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Quelles sont les opportunités et défis de vivre dans une station touristique ? Jean-Louis VERDIER - Maire-Adjoint, chargé de la Sécurité, Chamonix Mont-Blanc, France
L'attrait de la Vallée de Chamonix n'a de valeur que la passion qu'elle déclenche chez ceux qui la découvrent. Depuis des années, le massif du Mont-Blanc a fait rêver des hommes, donnant l'envie à certains de venir se ressourcer et à d'autres de rester "pour toujours", faisant même prévaloir la passion sur la raison.
Les mystères qui entourent cette vallée génèrent une motivation entièrement tournée vers la protection de cet environnement. Mais l'homme ne se nourrit pas que de passion, et les besoins, de plus en plus importants dans notre société, ont fini par engendrer une fréquentation touristique croissante pas toujours maîtrisée par les décideurs de la vallée. Si par le passé la population regardait cette évolution sans se méfier des conséquences, aujourd'hui, elle veut être associée à son développement et avoir un droit de regard sur son évolution.
Le patrimoine naturel dans lequel nous avons la chance de vivre implique en revanche des devoirs auxquels personne ne peut se soustraire. Les prises de position des Chamoniards dans ces enjeux environnementaux sont significatives de la volonté des résidents de maîtriser leur devenir.
Si l'étude touristique de Chamonix nous permet de comprendre les métamorphoses rapides survenues à plusieurs périodes de son histoire, sans pour autant inquiéter les résidents qui trouvent ainsi une amélioration de leurs conditions de vie difficile dans une vallée où tous les extrêmes se retrouvent regroupés, l'évolution rapide de notre société depuis 20 ans a de quoi inquiéter les habitants des régions où les biotopes se révèlent très fragiles. Cette société, toujours dirigée vers le profit, a des conséquences irréversibles sur l'environnement. Le Mont-Blanc, site unique au monde, se trouve aujourd'hui banalisé, ignoré par des décideurs nationaux qui ne voient que leur image politique face à des lobbies décideurs.
Aujourd'hui, vivre dans un site touristique unique au monde n'est ni un défi, ni une opportunité, mais une chance que nous devons transmettre aux générations futures.
Bien évidemment, cette idéologie philosophique a sa limite que lui impose le développement économique sans lequel il serait impossible de vivre. Une moitié de la population chamoniarde a ses racines à Chamonix depuis au moins une génération, certains noms de famille datent du 14 ème siècle. Pour elle, vivre à Chamonix s'inscrit dans une logique patrimoniale et affective. L'autre moitié des habitants se répartit entre ceux qui choisissent de s'installer à Chamonix et ceux qui viennent pour des raisons professionnelles. De par leur activité, ces populations sont liées directement ou indirectement au tourisme dont la ressource.naturelle est la montagne. C'est pourquoi, la croissance notable de la fréquentation touristique n'a pas alerté les décideurs.
Des observations récentes, permettant de voir l'évolution touristique, ont mis en évidence une inversion dans la fréquentation de la vallée entre les séjours longs et ceux de courte durée, évolution inquiétante ayant des conséquences sur l'aménagement et l'urbanisme. Un vrai défi que ces deux mots dans une vallée où les risques naturels, avalanches et inondations, limitent le développement de l'habitat. S'il est vrai que les années 60 et 70 ont vu une urbanisation quelque peu anarchique, avec des choix architecturaux mal adaptés à la configuration du site, la volonté actuelle s'attache à maîtriser son développement en prenant l'initiative d'acquérir des réserves foncières destinées au logement permanent, et des secteurs "clé" comme le Parc du Couttet qui permettra d'offrir, en plein centre ville, un espace paysager et culturel de grande qualité.
Aujourd'hui, Chamonix a une population d'environ 10 000 habitants, l'enjeu est de ne pas voir, à l'avenir, le nombre de ses résidents diminuer et ce pour ne pas en faire une ville exclusivement réservée aux résidents secondaires et touristiques. C'est pourquoi, les habitants doivent anticiper sur la pression des promoteurs.
Le développement de la construction et de l'aménagement de la montagne doit s'accompagner d'améliorations importantes des transports en commun. C'est pourquoi Chamonix, depuis plusieurs années, a mis en place la libre circulation dans les transports collectifs pour tous, afin de fluidifier la circulation et d'améliorer les conditions de stationnement.
La volonté de maîtriser nos outils touristiques se concrétise par la participation au capital de la société de remontées mécaniques pour empêcher les investisseurs institutionnels de venir s'implanter dans la vallée. Ainsi les élus, mais aussi la population locale, gardent une part prépondérante sur les choix d'investissement, sur la politique sociale et économique de la plus grande société commerciale de la vallée.
Aussi, la maîtrise de la conservation de ce site exceptionnel qui doit, de par sa fragilité, faire l'objet de la plus grande vigilance, a poussé les habitants des trois pays autour du Mont-Blanc à créer "l'Espace Mont-Blanc" dont les quatre objectifs sont :
- la conservation de l'activité pastorale,
- la sauvegarde des milieux sensibles,
- l'intégration d'un tourisme durable,
- la réduction de l'impact des transports.
"L"Espace Mont-Blanc" est un exemple de coopération transfrontalière fondée sur l'idée de responsabilité commune envers le patrimoine. Cette prise de conscience se concrétise par les combats que mènent les associations, les populations et les élus face à des décisions nationales prises à Paris, sans tenir compte des besoins locaux spécifiques. Je prendrai comme exemple l'hôpital et le tunnel :
- l'avenir de l'hôpital, pôle d'excellence dans la chaîne de secours en montagne, dépend malheureusement de la restructuration nationale des hôpitaux, qui occulte les besoins de la population et des alpinistes.
- le tunnel sous le Mont-Blanc, emblème de l'après guerre et d'une Europe réunifiée, pour lequel les pouvoirs publics n'avaient pas prévu une telle évolution économique, souffre.actuellement de la politique irresponsable du tout camion provoquée par les besoins industriels (flux tendus, transports inutiles). Chamonix, par la volonté de sa population est moteur dans cette lutte, le Mont-Blanc symbolise une autre politique sur le plan des transports français et européens. Nous savons que perdre ce combat, c'est perdre 15 ans dans la politique de transport.
Ces exemples illustrent la volonté des résidents de prendre en main la construction de leur avenir ; nous avons des échecs, mais aussi des espoirs qui renforcent encore cette capacité de mobilisation pour refuser d'être le lieu d'enjeux extérieurs, qu'ils soient économiques ou émotionnels. 1986, année du bicentenaire de la première ascension du Mont-Blanc en a été un révélateur. 2001, année internationale de la montagne, est l'opportunité pour l'Espace Mont-Blanc de demander le classement international au patrimoine mondial de l'humanité à l'UNESCO ; encore un enjeu que les résidents devront relever.
Le Mont-Blanc, on en rêve, montagne mythique où l'homme vient se retrouver face à la nature mais surtout à lui-même. Il doit donner à la population locale la volonté de préparer l'avenir pour que nos enfants trouvent la force de continuer à le gravir.