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Les Conditions Préalables à la Réussite du Développement

François VELLAS - Directeur Institut de Recherche pour l'Économie de Service et de Tourisme (CEREST), Université de Toulouse, France 

 

        

INTRODUCTION

I – Quel bilan du développement touristique des pays les plus pauvres ?

Le bilan du développement touristique dans les pays les plus pauvres est très contrasté puisque ces pays ne représentent qu’une part très faible des flux touristiques mondiaux (0,8% pour les 49 Pays les Moins Avancés PMA) alors que ces mêmes pays progressent plus rapidement que l’ensemble des pays développés, à tel point qu’en vingt ans leur part dans les arrivées touristiques internationales a presque doublé de 0,48% en 1978 à 0,80% en 1998.

Le rapport sur « Le Tourisme dans les PMA » publié en Mars 2001 conjointement par la CNUCED et l’OMT indique clairement que l’un des objets majeurs de la problématique du développement touristique pour les 20 prochaines années est de rendre effective une participation significative des PMA à la croissance du tourisme mondial. Dans ce but, les actions des organisations internationales sont essentielles pour assurer une meilleure prise en compte des impératifs d’éthique dans le tourisme comme le montre le code d’éthique de l’OMT ainsi que pour lutter plus efficacement contre la pauvreté.

1.1 - L’évolution des arrivées touristiques internationales dans les PMA

Les PMA représentaient 2,3 millions d’arrivées en 1988 soit 0,58% du total des arrivées touristiques internationales dans le monde. En 1998, leur part dans le total des 594 millions d’arrivées touristiques internationales atteint 0,80% soit 5,1 millions.

L’analyse des arrivées de touristes internationaux montre que le tourisme international progresse plus rapidement dans les PMA que dans l’ensemble du monde. L’analyse par pays révèle que la progression a été particulièrement forte pour le Cambodge, le Mali, la République Démocratique du Laos, la Myanmar, les Samoa, l’Ouganda et la Tanzanie qui représentent plus de 1,2 millions d’arrivées en 1998 par rapport à seulement 0,4 millions d’arrivées en 1992.

En revanche, le tourisme a progressé à un rythme plus lent au Niger, aux Comores, en Ethiopie, au Togo et au Bénin.

Les arrivées touristiques ont même diminué dans quelques PMA qui ont subit des crises politiques ou économiques. Il s’agit notamment de l’Angola, du Burundi, du Lesotho, du Rwanda, de la Sierra Leone et de la Somalie.

1.2 - L’évolution des recettes touristiques internationales dans les PMA

La croissance des recettes touristiques internationales a été particulièrement rapide pour les PMA passant de 1 milliard de dollars en 1992 à 2,2 milliards de dollars en 1998.
L’analyse par pays récepteur indique que les recettes touristiques internationales sont extrêmement concentrées puisque quatre pays, le Cambodge, les Maldives et le Népal, l’Ouganda, la Tanzanie représentent 51% du total des recettes du tourisme international dans les PMA en 1998.
Du point de vue des taux de croissance, la progression la plus rapide concerne le Cambodge, la Tanzanie, la Myanmar, le Bangladesh, Samoa, l’Ouganda et Haïti.
En revanche, le Népal qui est un des plus importants pays touristique parmi les PMA a connu une progression moins rapide de ses recettes touristiques internationales avec seulement + 12,7% entre 1992 et 1998.

Malgré les difficultés rencontrées par certains pays, les PMA bénéficient de nombreux avantages pour bénéficier d’un développement rapide du tourisme international grâce en particulier à un avantage de coûts comparatifs en terme de coût du travail et grâce à de nombreuses ressources naturelles touristiques encore non exploitées. Cependant, un des principaux problèmes concerne les difficultés à mobiliser les investissements locaux mais surtout internationaux.

1.3 - Le tourisme : Premier secteur d’exportation des PMA

Le tourisme international représente le premier secteur pourvoyeur de devises dans l’ensemble des PMA, à l’exception du secteur des combustibles et produits pétroliers qui est concentré essentiellement sur trois PMA (Angola, Guinée Equatoriale et Yémen) et qui représente des recettes d’exportation de 3 919,6 millions de dollars en 1998.

Cette importance du tourisme et du transport aérien dans les recettes d’exportations est particulièrement importante dans un certain nombre de PMA où elles arrivent en première position en tant que secteur exportateur. Tel est le cas notamment pour le Cap Vert, les Comores, la Gambie, Haïti, les Maldives, les îles Samoa, la Tanzanie, le Vanuatu.

Dans ces conditions, le tourisme représente pour une grande majorité de PMA un secteur essentiel à la fois pour le commerce extérieur et pour le développement économique, d’autant plus que pour un nombre important de PMA, il s’agit d’un secteur en forte croissance.

Cependant il existe toujours de nombreux obstacles aux exportations de services touristiques par les PMA avec notamment les contrôles des changes et les restrictions au transfert et à l’utilisation des devises encaissées par les entreprises touristiques, les obstacles au développement du tourisme d’affaire qui proviennent des restrictions à la liberté d’implantation pour des entreprises étrangères, les restrictions aux déplacements des touristes et principalement les obligations de visas, les distorsions résultant des pratiques non concurrentielles ou discriminatoires selon les opérateurs touristiques.

Pour lever ces obstacles et créer les conditions pour un développement du tourisme durable dans les PMA, il est indispensable de pouvoir mettre en place des stratégies adaptées de spécialisation internationale touristique dans le plus grand nombre possible de PMA.

II – Quelles stratégies et politiques de développement touristique pour les pays les plus paures ?

L’objectif global du développement touristique présente dans la plupart des PMA un enjeu spécifique particulièrement important. L’analyse du bilan touristique des PMA indique que le secteur touristique progresse pour toutes les régions où se situent géographiquement les PMA. Malgré les problèmes rencontrés par certains pays en particulier, la tendance de la croissance touristique des PMA est dans l’ensemble très forte puisqu’elle est souvent supérieure à la moyenne de la croissance touristique mondiale.

De ce fait le tourisme dans les PMA se situe dans un contexte favorable à la fois du point de vue de la conjoncture économique domestique et du point de vue de l’insertion des PMA dans la spécialisation internationale.

Cette situation présente par conséquent une OPPORTUNITE EXCEPTIONNELLE de faire du secteur touristique un des PIVOTS MAJEURS des stratégies de développement des PMA.

En effet, même lorsque l’importance du secteur touristique est plus qualitative que quantitative, le TOURISME PEUT JOUER UN ROLE DE CATALYSEUR de l’ensemble des stratégies de développement économique et social des PMA. Ce rôle de catalyseur intervient notamment dans les domaines suivants :

  • Infrastructures de base (Electricité, eau…)
  • Infrastructures de transports (Aérien avec notamment les aéroports, routiers…)
  • Infrastructures environnementales (Traitement des déchets et des eaux usées…)
  • Infrastructures de communications (Téléphone cellulaire, Internet….)
  • Infrastructure de santé (Hôpitaux…)
  • Infrastructures culturelles (Valorisation du patrimoine historique et artistique)

Dans tous ces domaines essentiels pour le développement des PMA, le tourisme joue un rôle majeur notamment en mettant en place une priorité d’exigence de QUALITE et de FIABILITE.

III – Quelles conditions préalables à la réussite du développement touristique ?

Les stratégies de spécialisation touristique internationale sont indispensables pour assurer une participation efficace et durable du tourisme au développement économique global. Pour cela, les stratégies touristiques ont pour conditions préalables six points principaux qui peuvent être mis en exergue pour déterminer des modèles de spécialisation et de développement touristique :

  • les dotations touristiques
  • les coûts comparatifs dans le secteur touristique
  • les conditions de la demande touristique nationale, régionale et internationale
  • les politiques commerciales
  • les politiques sociales et culturelles
  • les politiques de l’environnement

    1 – La mise en valeur des dotations touristiques des PMA

Les dotations touristiques constituent une des conditions préalables essentielles au développement touristique. Elles sont déterminées par l'importance des ressources dont dispose un pays pour assurer la production de l'ensemble des services de tourisme international. L'abondance relative de ces ressources naturelles, historiques ou culturelles va avoir une influence décisive pour expliquer la place d'un pays dans le tourisme international.

Les dotations factorielles du tourisme international peuvent être réparties en trois catégories principales :

  • Les ressources naturelles : Le patrimoine naturel constitue l’une des ressources économiques qui permet de répondre à une demande solvable de tourisme international. A condition que cette exploitation ne les dégrade pas, ne les détruise pas. Ce qui suppose une protection efficace de l'équilibre écologique et donc une détermination des limites apportées à leur "exploitation".
  • Les ressources artistiques, culturelles et du patrimoine historique : Leur importance en tant que facteur de tourisme international est déterminée par leur caractère plus ou moins unique qui permet à un pays de disposer de situation de monopole ou de quasi monopole.
  • Ressources en infrastructures touristiques : Il s’agit d’un des principaux aspects des stratégies de développement touristique qui constitue un problème majeur pour le développement des produits touristiques. En effet, les stratégies traditionnelles de développement touristique sont basées sur l’utilisation des ressources en capital. Elles sont un des facteurs principaux de la production touristique en raison de l'importance des infrastructures des équipements qu'elle nécessite, notamment pour le transport, l'hébergement, l'aménagement des lieux de séjour et des sites. Il en résulte dans cette conception traditionnelle du développement touristique, la nécessité d'investissements lourds qui supposent la disponibilité de capitaux importants. La production touristique s'apparente ici, de ce point de vue, à la production industrielle lourde. Dans ce cas, les dotations relatives en capital vont avoir une influence déterminante sur l'importance économique du tourisme international de pays à pays. Un pays qui dispose de ressources naturelles touristiques très importantes, mais qui est pauvre en capital, ne pourra pas développer suffisamment son secteur du tourisme international parce qu'il ne pourra pas réaliser les équipements nécessaires. Tel est le cas de nombreux PMA. Pour remédier à cette situation, les politiques de développement des investissements directs et indirects internationaux dans le secteur touristique sont indispensables.

    2 – L’utilisation des avantages comparatifs

Les coûts comparatifs constituent un avantage très important pour la plupart des pays en développement qui dispose d’une forte compétitivité en terme de coûts salariaux. A la différence des exportations d’autres services qui se heurtent aux problèmes de déplacement de main d’oeuvre hors des frontières, dans le secteur touristique, c’est le consommateur qui se déplace ce qui permet à ces pays de bénéficier totalement de leurs avantages de compétitivité internationale. Cependant, les coûts comparatifs ne se résument pas à la seule comparaison internationale de certains prix, mais ils doivent tenir compte, notamment dans le tourisme, du facteur qualitatif.

En raison de la très grande diversité des produits touristiques proposés les comparaisons de coûts entre des produits semblables est difficile, voire le plus souvent, impossible à réaliser.

De plus, les produits touristiques sont des services dont la production ne peut être répétée de façon identique. Il en résulte que la comparaison des coûts comparatifs dans le tourisme ne se réduit pas à la seule analyse des composantes du coût (transport, hébergement, services divers) mais elle porte sur la prise en compte non seulement des éléments de coûts salariaux mais aussi du rapport qualité-prix et de la qualification.

  • Les coûts salariaux constituent le point central des coûts comparatifs dans le tourisme et donnent un avantage essentiel à un grand nombre de pays en développement qui peuvent produire des services touristiques à des conditions très compétitives.
  • La qualité : La qualité et le rapport qualité/prix constituent un des motifs principaux du choix d’une destination touristique. Or, dans un grand nombre de PMA des efforts importants sont à accomplir en terme de stratégies de développement touristique pour améliorer ce rapport qualité/prix. La comparaison internationale du rapport qualité/prix des produits touristiques de pays à pays permet d'expliquer une partie importante de la répartition et de l'évolution des flux du tourisme international. La notion de qualité importe souvent plus que le prix.
  • La qualification : Les stratégies de développement touristique dans les PMA pour accroître le niveau de qualité des produits touristiques ne peuvent pas reposer uniquement sur l’avantage salarial, mais doivent également développer les qualifications du travail. En effet, les ressources humaines constituent un facteur fondamental pour la mise en valeur des richesses touristiques et pour leur exploitation économique dans le tourisme international. La qualification du travail constitue un critère de classement des pays qui permet d'expliquer leur place dans le tourisme mondial. Ainsi, l'insuffisance de qualification des cadres dirigeants de l'hôtellerie dans les PMA peut provoquer des contraintes au développement touristique en s’appuyant sur une migration de cadres venus de pays disposant des qualifications requises (know how) pour contribuer à la direction et à la maintenance des hôtels à clientèle internationale.

    3 - Le rôle de la demande touristique intérieure, régionale et internationale

La demande intérieure, régionale et internationale est un déterminant essentiel du développement du tourisme international. Cependant, dans un grand nombre de pays en développement, chacune de ces trois composantes de la demande touristique est souvent insuffisante, d’où l’importance des stratégies de développement de la demande. La demande est directement fonction des niveaux de revenus par habitant, mais aussi de l'intérêt d'une population pour le tourisme. C'est l'importance relative de la demande qui permet de comprendre certaines caractéristiques essentielles de l'évolution du tourisme international notamment la concentration des échanges touristiques entre pays semblables mais différenciés et de niveau de développement économique comparable. En effet, les échanges les plus intensifs s'effectuent le plus souvent entre des économies présentant des caractéristiques proches du point de vue des dotations factorielles. Tel est le cas dans le tourisme international où les échanges touristiques les plus importants concernent des pays voisins.

La demande touristique comprend trois composantes qui jouent un rôle plus ou moins important selon les pays, mais dont la combinaison permet d'expliquer en grande partie les différences de flux de tourisme international entre pays, notamment dans le cas des PMA.

  • La demande touristique intérieure : Le niveau de la demande touristique intérieure est essentiel pour expliquer à la fois l'importance du tourisme national et l'importance du tourisme international dans un pays. En effet, une demande touristique intérieure élevée crée des conditions et un environnement favorable au développement du tourisme. Les infrastructures de transport et d'hébergement sont créées pour répondre à cette demande. Il en est de même de la mise en valeur des sites naturels, historiques et culturels d'intérêt touristique. De telle sorte qu'un pays disposant d'une forte demande touristique intérieure est prêt à satisfaire dans de bonnes conditions une demande touristique internationale. Dans les PMA, même si la demande intérieure se situe à un niveau très faible, celle-ci fait partie des composantes essentielles d’un développement touristique durable. Bangladesh, en Ethiopie et Mozambique.
  • La demande touristique régionale : On peut définir la demande de tourisme régionale ou intra-régionale comme la demande de touristes en provenance d'autres pays de la même région ou du même continent. Deux catégories de flux peuvent être distinguées d’une part les arrivées de touristes résidant dans d'autres pays de la région qu'ils soient nationaux de ces pays ou étrangers y résidant et d’autre part les arrivées de touristes étrangers en provenance d'autres pays de la région dans laquelle ils effectuent des circuits. Le tourisme intra-régional porte principalement sur la première catégorie, c'est-à-dire le tourisme intra-régional des résidents de la zone. La demande touristique par zone montre que le tourisme régional est particulièrement développé non seulement dans les pays industrialisés, mais aussi dans les pays en développement.
  • La demande touristique internationale : Il s'agit à la fois de la demande de tourisme international intra-régional et inter-régional. Cette demande touristique internationale est principalement orientée vers les pays qui disposent des infrastructures touristiques les plus développées. Cependant, elle joue aussi un rôle majeur dans les stratégies de développement touristique de certains PMA qui occupent une place de leader régional.

    4 - Les politiques commerciales

Les politiques commerciales de libéralisation des échanges de services touristiques et de transport aérien peuvent aussi jouer un grand rôle préalable dans les stratégies de développement touristique. C’est ainsi que la rédaction d’une annexe spécifique tourisme au GATS peut permettre d’engager une négociation sur des obstacles qui demeurent importants par rapport à une large libéralisation des échanges internationaux de services touristiques, qui doit pouvoir bénéficier particulièrement aux PMA dont le secteur touristique est souvent entravé par des obstacles tels que notamment :

  • Le contrôle des changes
  • Le coût financier des visas constitue également un obstacle important aux échanges de services touristiques lorsque leur but est davantage orienté sur les recettes fiscales plutôt que sur un contrôle des mouvements de personnes. Le coût d’un visa peut atteindre souvent $50 et plus ce qui constitue un obstacle aux échanges touristiques Sud-Sud ainsi qu’au développement du tourisme familial et social.
  • Les taxes à l’entrée et à la sortie constituent un obstacle de plus en plus important notamment du fait de l’inflation des taxes aéroportuaires (Séminaire OMT/CNUCED de Tunis 1999). De même, un certain nombre de pays en développement imposent des taxes à la sortie du territoire pour les résidents afin de limiter les voyages destinés par exemple à effectuer des dépenses et des achats à l’étranger.
  • Les assurances obligatoires peuvent également être un obstacle au développement des échanges touristiques. Tel est le cas de l’assurance automobile lorsqu’il n’existe pas de convention entre pays frontaliers ou d’une même région.Ce type d’obstacle limite considérablement le tourisme automobile puisqu’il est nécessaire de souscrire des assurances spéciales dont le coût est souvent dissuasif.
  • Les pratiques discriminatoires concernant le traitement national sont également très importantes et souvent dissimulées. Tel est le cas de l’obstacle d’accès aux professions touristiques pour les opérateurs internationaux qui se manifeste dans l’obligation de posséder des diplômes ou certificats de capacité délivrés par les autorités nationales sans qu’un régime d’équivalence ne soit institué. Dans ces conditions, il semble que les politiques commerciales de réduction de ces obstacles sont un préalable essentiel à la réussite du développement touristique.

    5 - Les politiques sociales et culturelles

Les politiques sociales et culturelles du tourisme international constituent également un préalable important à la réussite du développement touristique. L'arrivée de touristes étrangers venant des pays développés constitue souvent un choc entre deux types de culture et de mode de vie, avec un risque important de dégradation culturelle pour le pays d'accueil, puis une réaction de rejet. Ce choc est aggravé lorsque le flux touristique a beaucoup d'intensité dans le temps (saison touristique) et dans l'espace (zones ou régions à forte concentration touristique) mais il peut aussi se manifester de façon plus diffuse par des moyens très divers.

En fait, sauf à choisir une politique d'isolement, d'autarcie et du sous-développement structurel, le "choc" entre les deux cultures est inévitable dans un processus rapide de développement. S'il n'a pas lieu par l'intermédiaire du tourisme, il aura lieu par d'autres moyens : la télévision, l'importation de biens de consommation, d'équipement et de technologie, la mode, les contacts avec les travailleurs émigrés à leur retour, la formation technique ou scientifique, etc.

Face au danger de ce choc socio-culturel, un des buts d'une politique du tourisme international doit être de contrôler les effets du tourisme international afin de les prévenir, de les réduire, de les canaliser. Pour cela, deux moyens peuvent être choisis :

  • Soit une concentration de la plupart des installations touristiques à distance des régions à population dense afin d'éviter une confrontation trop vive entre les deux modes de vie. Par exemple sur un littoral peu habité, dans une (ou des) îles. Cette solution présente cependant l'inconvénient de créer des zones d'activité économique coupées de l'environnement économique et social et donc "étrangères" au pays, de nécessiter des équipements qui ne seront utilisés que pour et par les touristes étrangers. Cependant, l'expérience montre que pour de petits pays, à faible population, cette solution est la seule possible lorsqu'il s'agit de promouvoir sur une grande échelle le tourisme international (îles Maldives, par exemple).
  • Soit la limitation du flux touristique à une clientèle étrangère respectueuse de l’environnement et des populations (Exemple de certains lodges en Tanzanie ou à Madagascar). Mais naturellement cette politique touristique très sélective suppose des équipements, des services et un environnement exceptionnel - et donc rare - qui est difficilement compatible à la fois avec les moyens dont la plupart des PMA disposent, avec la concurrence qu'ils subissent et avec le but de progrès socio-économique qu'ils poursuivent.

Pour cela une politique d'intégration des touristes étrangers dans la vie sociale et économique du pays est nécessaire à condition que la présence de touristes à haut pouvoir d’achat en grand nombre, ne produise (même involontairement) et ne provoque des bouleversements sociaux et culturels qui aboutissent à une dégradation culturelle ou au rejet du tourisme étranger (comme le montre le problème de l’exploitation sexuelle des enfants dans certains pays).

Pour éviter ces risques, les politiques du tourisme international dans les pays en développement ont pour objectif de répartir les flux touristiques sur :

  • des pôles de croissance où la concentration des touristes est inévitable mais peut être contrôlée ;
  • des circuits et séjours, intégrés à l'environnement social du pays, mais limités au nombre, notamment par la fixation de prix suffisamment rémunérateurs pour induire un véritable impact positif du développement touristique dans les PMA.

    6 - Les politiques de l’environnement

Les politiques de l’environnement constituent également un des facteurs essentiels préalable à la réussite des politiques de développement touristique dans les pays en développement. Le tourisme est en effet à la fois :

  • Un facteur de mise en valeur du patrimoine naturel des pays ;
  • Un facteur de perturbation ou de destruction de cet environnement.

Le but de la politique du tourisme international consiste, par conséquent, à favoriser ses effets positifs et à limiter ses effets négatifs.

  • Les principaux effets positifs consistent dans la préservation et la conservation du patrimoine. Il s'agit par exemple des créations de parcs nationaux ou régionaux afin d'assurer la survivance de la flore et de la faune. Le tourisme international est souvent à l'origine de la prise de conscience de la valeur du patrimoine naturel du pays et des possibilités offertes par son exploitation économique. De ce point de vue, les effets de l'industrie touristique sont très positifs. De plus, comparés àd'autres industries manufacturières, le tourisme est une activité relativement peu polluante. Bien souvent le tourisme peut être à l'origine de l'entretien de sites et de paysages jusqu'alors délaissés, et qui constituent une motivation d'attraction touristique.

Cependant, dans de nombreux PMA, le tourisme n’est pas associé à une véritable politique de protection ou de mise en valeur de l'environnement, faute de prise de conscience suffisante du problème, et faute de moyens, notamment financiers. En effet, les recettes procurées par le tourisme sont souvent affectées à d'autres dépenses jugées plus importantes, sans compensation budgétaire. Il en résulte que ce sont souvent les effets négatifs sur l'environnement qui l'emportent.

  • Les effets négatifs tiennent à la perturbation et à la destruction de divers éléments écologiques qui constituent le patrimoine touristique de ces pays : destruction de la faune (grands fauves en Afrique), des sites (installations d'une concentration excessive sur certaines zones notamment littorales), des sites de patrimoine historique ou culturel (visites effectuées sans qu'un aménagement spécial soit prévu de nature notamment à empêcher les vols et les dégradations), pollution des eaux (fleuves et rivières, nappes phréatiques, littoral) par le rejet des eaux usées sans station d'épuration. Pour réduire ces aspects négatifs, une politique de protection de l'environnement est indispensable. Elle est rentable à long terme puisque sans elle la destruction du patrimoine existant rendrait impossible l'activité touristique elle-même. Cependant, dans de nombreux PMA, elle se heurte, à court terme, à des impératifs d'ordre commercial ou financier et aussi à l'inexpérience de la pratique de la planification touristique.

Les pays en développement ont besoin de mettre en oeuvre une politique touristique vigilante dans le but de contrôler l'ensemble des effets économiques et sociaux provoqués par l'accroissement des flux du tourisme international. Cette politique touristique doit notamment s'efforcer de maîtriser les risques de dépendance économique que peut provoquer un accroissement anarchique du tourisme international. Il est souhaitable, pour cela, que les responsables des politiques touristiques développent, en collaboration avec les organisations internationales, leur pouvoir de négociation (bargaining power) face aux principaux acteurs du tourisme international.

Dans ces conditions, l’objectif global du développement touristique dans les pays les plus pauvres est celui de la mise à niveau de l’ensemble des infrastructures de base du développement touristique qui grâce au tourisme peuvent obtenir un débouché solvable rapidement tout en bénéficiant à l’ensemble des acteurs nationaux et locaux du développement économique de ces pays.

Pour cela, il est nécessaire grâce à un programme adapté avec l’appui des organisations internationales de la CNUCED, de l’OMT et de l’U.E. de permettre aux PMA de passer à une vitesse supérieure en consolidant les bases de leur développement touristique et en maintenant le rythme de croissance de la décennie précédente qui a permis d’accroître fortement la participation des PMA à la croissance du tourisme mondial.

Cependant, le développement touristique dans les pays PMA a également pour objectif primordial de devenir un des moyens privilégiés de lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion. De ce fait, les actions des ONG en faveur de la lutte contre l’exploitation des enfants (notamment contre les abus du tourisme sexuel) ainsi que pour une plus grande participation des communautés les plus pauvres sont essentielles pour renforcer les politiques mises en place par les Institutions Internationales..

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