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Le métier de guide et lanimation touristique en montagne aujourdhui - Un bref historique du métier de guide et de son évolution Claude REY - Vice-président du Syndicat National des Guides de Montagne, Chambéry, France
Le métier de guide, au sens où on lentend traditionnellement (accompagner des touristes en montagne dans le but de gravir un sommet), a maintenant plus de deux siècles, puisque lascension du Mont Blanc, événement fondateur de lalpinisme, remonte à 1787.
Depuis cette époque (fondation de la compagnie des guides de Chamonix en 1823), et jusquà la fin des années 70, les guides consacrent lessentiel de leur activité à lascension des sommets. Dans les premières décennies, les guides se regroupent à plusieurs (parfois plus dune dizaine) pour conduire quelques riches « voyageurs » sur les principaux sommets des Alpes, par la voie supposée la plus facile. Plus tard le guide travaille seul, aidé éventuellement dun porteur, et accompagne son client (parfois deux) sur des voies de plus en plus techniques.
La difficulté devient alors plus souvent un but en soi, le passage au sommet devenant parfois secondaire, puis, dans le début de la deuxième moitié du XXème siècle, les guides apprennent à travailler en collectivité (avec lUNCM, devenue ensuite lUCPA), lors de stages où ils encadrent des groupes relativement nombreux, en vue de leur enseigner les techniques de lalpinisme. Enfin, les guides pratiquent de plus en plus largement le ski, randonnée ou raid, et avec le développement des stations, le ski hors-piste.
En bref, en deux siècles, le ratio guide sur clients diminue, le niveau social des clients se diversifie, la difficulté des courses augmente, le métier se diversifie aussi, et le guide devient plus souvent un enseignant. Il pratique aussi de plus en plus ce que Gaston Rebuffat appelle alors des escalades « de récréation », que lon appelle de nos jours escalades « plaisir ».
Au cours de ces deux siècles, en permanence, les guides sadaptent aux besoins de leur époque, mais leur activité reste liée à la haute montagne, cest à dire à un environnement rude et exigeant, qui demande un engagement physique et moral important, un apprentissage long, et une bonne connaissance du milieu.
Nous arrivons à la fin des années 70, et il y a 6 à 700 guides en France, qui pratiquent leur métier dans ces conditions.
Vers cette époque samplifie alors en montagne le mouvement qui a été amorcé avec les escalades « de récréation ». En même temps, notre société se tourne de plus en plus vers des activités de pleine nature à caractère hédoniste, demandant peu deffort, peu dapprentissage et peu dengagement, dans le temps (entraînement) comme dans laction (retour facile et rapide à la « civilisation »).
Une fois de plus, les guides sadaptent bien à cette demande. Il sont même souvent pionniers dans les activités nouvelles comme le canyon, la via ferrata, le parcours acrobatique en forêt ou le « raid aventure », ce qui leur permet de vivre plus longtemps dans lannée de leurs compétences (sans que ce soit forcément en haute montagne), et aussi dêtre plus nombreux (en 2001, le nombre dadhérents au syndicat national des guides dépasse 1500). Cependant, cette nouvelle adaptation exige des guides une évolution dun autre ordre que précédemment : alors quils étaient toujours restés dans le cadre de lalpinisme, ils deviennent maintenant des animateurs dans des domaines qui ne relèvent plus de lalpinisme, mais où sont pourtant requises les capacités techniques qui leur sont propres.
Ce faisant, et lévolution de la société aidant, le guide a de moins en moins souvent affaire à un montagnard, et de plus en plus à un consommateur.
Les guides face à un choix
Continuer dans ce sens, sadapter sans état dâme à la demande, nest-ce pas pour les guides perdre un peu de leur âme ? Même si cela leur permet incontestablement de vivre du métier de guide plus nombreux, plus longtemps dans lannée et aussi à un âge plus avancé.
Dailleurs, à trop vouloir adapter ce métier, ny a-t-il pas un risque de le faire disparaître, ou tout au moins de le vider de son sens ?
Devrons-nous continuer à nous adapter à une demande qui nous détourne de notre passion ?
Car être guide, cest avoir une passion, tout autant quexercer un métier. Cest cette passion qui nous permet lengagement physique et moral exceptionnel qui est le nôtre, là où la nature est la plus belle, mais aussi la plus redoutable : en haute montagne.
Même si nous acceptons parfois ce rôle danimateur (certes dans des zones qui ne sont pas celles de la haute montagne) auquel lévolution de la société nous conduit, nous souhaitons affirmer notre spécificité, face aux autres activités économiques.
Et plutôt que nous adapter sans réserves aux besoins dune société citadine parfois un peu déboussolée et qui ne comprend pas toujours la nature (mais qui a en fait un besoin vital de lui être confrontée), nous préférons être des passeurs entre la société et la montagne. Car il sagit dun monde où sexpriment de façon brute, voire brutale, des forces de la nature qui ne peuvent pas être domestiquées.
Notre façon à nous guides de nous adapter aux besoins du tourisme sera de permettre à ceux qui ne connaissent pas la montagne de lapprendre, pour leur équilibre, leur plaisir et leur sécurité.
Nous pouvons et devons expliquer la montagne et ses valeurs, enseigner ce quest notre monde, en quoi il diffère du monde citadin de tous les jours. Le syndicat national des guides estime que cest là notre rôle, plutôt que de tenter vainement dadapter la montagne aux besoins de nos concitoyens.
Concrètement, au niveau de nos structures régionales et nationales, cela signifie que nous devons poursuivre laction dinformation que nous avons commencée depuis quelques années, auprès des établissements scolaires par exemple, et participer à linformation du public par tous les moyens possibles, et en particulier grâce au service public dinformation sur les conditions de la montagne que nous sommes en train de mettre en place sur Internet.
A titre individuel, cela signifie que chaque guide se doit dexpliquer à chacun de ses clients les difficultés et les risques de la montagne. Cest une démarche nouvelle et difficile, dans un milieu où jusque-là, on avait affaire à une clientèle dinitiés pour qui ce genre dexplication était superflu.
Expliquer la montagne, cest pour les guides leur façon de participer à lanimation touristique de demain.