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Possibilités d'emploi et de carrière pour les résidents d'un site touristique

Bernard PRUD'HOMME - Directeur Général de l'Office de Tourisme de Chamonix Mont-Blanc, France

 

 

Le mont-Blanc est une île

Nouveaux concepts de formation, nouvelles professions du vécu, nouvelles initiatives privées, nous venons de voir que la professionnalisation du tourisme peut ouvrir de nombreuses possibilités d’emplois pour la population résidente d’un site tourist ique.

Intéressons- nous alors à l’équation

A. RESIDENT TOURISTIQUE = PROFESSIONNEL DU TOURISME

et essayons de répondre rapidement à quatre questions importantes.

1. Que pense la population résidente des possibilités de carrière qu’offrent les centres touristiques ?

Simplement la population résidente souhaite :

  • travailler au pays
  • jouir du site à l’égal de la clientèle
  • transmettre l’outil de travail à sa descendance dans les meilleures conditions.

Eu égard à cette triple aspiration, la population résidente ne peut que se réjouir du développement touristique à condition qu’il soit maîtrisé.

2. Y- a-t il des qualifications touristiques spécifiques qui requièrent des formations spécialisées ?

À ce titre, l’évolution du cursus de formation des guides de haute montagne ces dix dernières années à l’Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme (ENSA) montre à quel point.la pluri-activité est facteur d’intégration et plus généralement de dynamisme pour la station.

Mais à Chamonix comme ailleurs les format ons parascolaires et universitaires existantes sont si peu adaptées à la réalité touristique que l'on voit par exemple de grands groupes spécialisés comme ACCOR organiser leur propre cycle de formation pour leur personnel.

Fidèle à son rôle pilote, Chamonix pourrait s’engager dans un projet éducatif adapté au tourisme moderne : une école nationale associant marketing, social et culture locale ( type ENSA) .

3. Dans quels domaines peut-on créer des professions et des carrières nouvelles ?

Aujourd’hui les besoins d’une station sont bien identifiés, la partie commerciale est assurée par l’ensemble des professionnels de la station et le directeur de station doit être attentif aux développements centrés sur :

  • L’environnement
  • L’image et la notoriété de la station
  • Les nouvelles technologies
  • Les activités tertiaires (consulting stratégie par exemple)

Tous générateurs de nouveaux emplois.

4. Comment les travailleurs saisonniers et les employés à temps partiel peuvent- ils être mieux intégrés à la production des services touristiques ?

Nous devons nous rendre à l’évidence, l’accroissement de la productivité des structures d’accueil, la diminution des durées de séjour des clients entraînent, dans l’hôtellerie par exemple, un doublement du nombre de clients pour conserver le même chiffre d’affaires et un appauvrissement des échanges notamment culturels entre les résidents prestataires et les clients.

La compensation du déficit de cette relation suppose une format ion ou plus exactement une « acclimation » des saisonniers à la culture locale et leur fidélisation à la vallée plus aisée dans une station comme Chamonix où la fréquentation touristique s’étale sur 8 mois.

Ces deux objectifs (acclimation et fidélisation) sont difficiles à atteindre si le coût du logement contribue à ce qu’ils soient plus démunis en partant qu’en arrivant .

Les réponses que nous venons d’apporter supposent une situation idéale dans laquelle deux groupes bien identifiés échangent services et richesses.PARTENAIRES DE SERVICES CLIENTS – HOTES TEMPORAIRES

Or, quelle est la réalité dans une vallée comme Chamonix ?

La classification « administrative » de la population vient à point nommé au secours de la sociologie et met en évidence quatre catégories de partenaires :

  • Les gens du pays
  • Les saisonniers
  • Les résidents secondaires
  • Les hôtes temporaires

Saisonniers et gens du pays trouvent facilement leur appartenance au groupe de prestataires de service et les hôtes temporaires sont nos clients.

Reste une catégorie : les résidents secondaires qui n’appartiennent ni à l’une ni à l’autre, plutôt un peu l’une un peu l’autre, et qui aujourd' hui ont un rôle passif très important en contribuant à une sur inflation du marché de l’immobilier . Ce qui explique que l’on a tant de mal à se loger dans la vallée et par conséquent à fidéliser les saisonniers.

Intéressons- nous quelques instants à cette catégorie de partenaires que sont les résidents secondaires

B - EXAMEN CRITIQUE D’UN PASSÉ RÉCENT À CHAMONIX

Ils occupent désormais une part importante des propriétés bâties de la vallée et cette part continue de croître, compte tenu de la rareté des espaces constructibles et la volonté de valoriser le bien acquis.

Vous voyez ici l’évolution des lits résidents secondaires comparée à celle de l’hébergement marchand plus particulièrement l’hôtellerie, les résidences de tourisme étant pour la plupart des lits se transformant en résidences secondaires dans les dix ans qui suivent leur construction.

En même temps, ce sont des pans complets de l’économie locale classique qui ont disparu : agriculture, artisanat, petite industrie, au profit d’une concentration dans le domaine des emplois de service et d’entretien, en quelque sorte une «monoculture» touristique au détriment de toute autre activité.

Et depuis quelques années, nous décelons les effets pervers de cette inflation du marché de l’immobilier qui transforme en profondeur le fonctionnement de notre économie.

Les indicateurs de l’économie officielle évoluent peu, et même stagnent par rapport à l’économie underground très dynamique qui affiche souplesse, mobilité, flexibilité au service d’une nouvelle clientèle européenne.

Aujourd’hui atteint - elle 50 % de l’économie totale ? aucune méthode ou enquête ne peut répondre à cette question.

En conséquence, en terme d’évolution d’emploi : les 5 ou 600 enfants de résidents qui arriveront sur le marché du travail dans les 5 à 10 ans n’auront peut être pour choix que :

  • L’accueil des excursionnistes venus dans le parc de loisirs Chamonix Mont- Blanc
  • Ou la gestion de biens et les services à la clientèle à haut pouvoir d’achat : ex. de cette évolution le développement du shopping d’articles de sports de grandes marques dans la rue Paccard, qui dans un proche avenir s’investiront dans le parc de loisirs

Concernant les espoirs fondés sur les emplois à haute qualification dans le domaine des nouvelles technologies, nous pouvons nous attendre à les voir se déporter vers Lyon, Paris, Londres, Dublin, Francfort où le rapport marge sur charges est beaucoup plus favorable qu’à Chamonix.

Mais alors, comment relancer le cycle de vie touristique de la station ?

C - LE GOUT DU MIEL EN MONTAGNE

Compte tenu de ces évolutions existe-t-il des f acteurs de régulation qui permettraient aux résidents de s’installer définitivement sur le site ?

Le directeur de station se doit de soutenir une économie essentiellement fondée sur le tourisme sans pour autant négliger d’attirer l’attention de la collectivité sur les conséquences de certaines formes de développement.

Ce qui précède montre qu’à terme ces conséquences sont défavorables aux résidents principaux.

Efforçons- nous pour conclure d’analyser ensemble quelques facteurs de régulation.

a) Augmenter la surface constructible en hauteur et faire ainsi chuter le cours du m2 ?

Vision à court terme qui aggraverait les situations de sur-fréquentation.

b) Appliquer les dispositions identiques à celles de la loi littoral ?

C’est probablement s’engager sur la voie de l’élitisme absolu, la raréfaction de l’offre contribuant à faire augmenter le coût du m2. Mais qui donnerait à la collectivité la possibilité de racheter plus facilement des zones sensibles.

c) Financer des logements saisonniers par les socioprofessionnels de la station et la collectivité ?

En projet dans de nombreuses stations et favorisée par le ministère du tourisme, la création de « maisons de saisonniers ». Vision malheureusement elle aussi à court terme compte tenu de la rareté du terrain constructible.

d) Envisager un double marché de l’immobilier , un prix du m2 propre aux résidences principales et un prix du m2 propre aux résidences secondaires.

Mais aujourd’hui, comment amorcer le processus ?

e) Faire baisser les droits de succession sur l’outil de travail du résident ?

Mesure complémentaire à la précédente mais qui paraît utopique aujourd’hui en France.

Les trois dernières solutions engagent une participation importante de la collectivité, et c’est la seule conclusion évidente :

Pas de régulation sans participation de la collectivité. Un peu à l’image de ce qui a été fait l’an dernier en prenant des parts dans la société de remontées mécaniques de la vallée.

D’autre part, les tentatives élitistes sont à repousser, les exemples de concentration de « riches propriétaires » montrent qu’ils ne suffisent plus à nourrir les « ilotes ».

Enfin, pour terminer sur une note plus optimiste, je vais vous raconter une petite anecdote :

« Joseph Tairraz, apiculteur de son état, me disait il y a une bonne dizaine d’années que ses abeilles se plaignaient de ne pas retrouver les senteurs champêtres le long de ces nouveaux pré carré engazonnés, et que peut-être nous pourrions aménager un peu la taxe d’habitation en imposant à chaque propriétaire une production de 10 kg de miel par an. Tu sais, me disait- il 10 kg c’est la production moyenne d’une ruche, cela ne demande pas beaucoup de travail seulement une à deux visites par semaine pour voir si la reine se porte bien. Deux visites par semaine, 100 jours de fréquentation supplémentaire par résident secondaire, intéressant Joseph ! Mais à l’époque je n’étais pas directeur de la stat ion… »

Je vous remercie.

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