|
|
Retour
liste Orateurs
Retour
liste Interventions
Le problème des collaborateurs saisonniers : est-il un frein au développement des stations touristiques ? Robert POULIQUEN - Directeur Départemental de Jeunesse et Sports, Annecy, France
A cette question, nous sommes tentés de répondre oui, car nous sentons confusément que la saisonnalité est le contraire de la durabilité, condition première, semble-t-il, du développement réussi. Mais bien sûr les choses ne sont pas aussi simples. La problématique posée nous invite à prendre du recul et à la segmenter comme suit :
- Qui sont les collaborateurs saisonniers ?
- Ont-ils des problèmes ?
- En quoi ces problèmes pèsent-il sur le développement des stations ?
On mexcusera de centrer davantage lanalyse sur le tourisme de montagne. Nous sommes à Chamonix et les massifs montagneux se caractérisent par une double saison touristique (lhiver et lété) qui accentue les phénomènes liés aux emplois saisonniers.
Qui sont ces collaborateurs saisonniers ?
Japprécie le vocable employé : collaborateur plutôt que travailleurs. Faut-il y voir un changement relationnel notable entre salarié et employeur ? On y reviendra.
Les travailleurs saisonniers du tourisme seraient 420 000 en France (80 000 en Rhône-Alpes). Il faut prendre ce chiffre avec prudence tant est multi-forme lactivité saisonnière rémunérée. Ces travailleurs peuvent être classés en quatre catégories :
- ceux qui sont là pour une saison, pour voir.
- ceux qui font plusieurs saisons, sans vouloir sinstaller.
- ceux qui viennent régulièrement, avec le projet de sinstaller.
- ceux qui vivent au pays, en situation de pluriactivité.
Les premiers sont les itinérants, les derniers les sédentaires. Les premiers sont plus jeunes et comptent plus dhommes que de femmes. Le secteur de lhôtellerie et de la restauration est de loin le principal employeur (70 % des 9 000 offres demplois saisonniers en Savoie lhiver dernier). A noter, bien entendu, en montagne lappel des remontées mécaniques et de leurs services. Les saisonniers, dâges différents, ont des capacités dadaptation très variables liées à leur revenus initiaux, à leur maturité personnelle, à leur mobilité. Cohabitent des salariés non formés et des salariés expérimentés, voire talentueux. La notion de précarité sapplique donc à leur emploi de façon fort contrastée.
Il sagit là de considérations générales, qui permettent toutefois de proportionner dune région à lautre, dune station à lautre et dun métier à lautre lincidence de la saisonnalité de lemploi, en noubliant pas cette vérité première et durable : il y a des saisonniers parce que lactivité est saisonnière et que ce nest pas en soi une anomalie ou un handicap.
Les collaborateurs saisonniers ont-ils des problèmes ?
La réponse est globalement affirmative. Le travailleur saisonnier peut avoir soit distinctement soit de façon cumulative un problème de logement, de transport, de santé, de formation, dintégration. Travailleur en quelque sorte étranger, il a à construire ou à organiser son séjour sur le plan matériel comme sur le plan personnel. Il le fait avec une fortune diverse.
Le logement semble être depuis toujours le fardeau du saisonnier bien que dans lhôtellerie 90 % des emplois seraient logés. Des mouvements caritatifs, linspection du travail ont pointé des situations matérielles critiquables : logement à plusieurs, peu équipés et mal situés. Ceci tend à diminuer mais la chambre reste très rare et très chère pour larrivant. Le transport quand on possède un véhicule, est aussi une difficulté aggravée lhiver par les aléas de la circulation, ou tout simplement par labsence de parking réservé dans les zones très fréquentées.
A ces charges quotidiennes sajoutent linconfort de ne pas disposer du temps libre suffisant pour régler des problèmes personnels de santé, dordre administratif ou même de garde denfants.
Plus fondamentalement les travailleurs saisonniers ont un problème de revenus. Non assurés de retrouver leur emploi lannée suivante, bien que beaucoup voient leur contrat de travail renouvelé, ils doivent choisir la voie la plus sûre. De ce fait toute modification de la conjoncture économique peut les conduire à changer leur destination.
Lembellie du marché de lemploi de 1999 2000 a ainsi brusquement écarté des stations des centaines de saisonniers. Il sagit dun public non pas volatile mais dépendant de loffre demploi, hormis ceux qui ont une qualification attachée à la vie de la station (techniciens, éducateurs sportifs). Dès lors, leur collaboration nest pas définitivement garantie.
Plus intimement, certains saisonniers, souvent parmi les plus jeunes, ont des problèmes dadaptation délibérément ou non. Ce sont parfois des écarts de conduite qui embarrassent les élus locaux et gênent lordre public. On parle de consommation dalcool, de drogue. Quelques uns sont réputés fragiles, instables et influençables.
Ces problèmes ont été repérés de longue date. Le Secrétariat dEtat au Tourisme se fondant sur les conclusions du rapport dAnicet Le Pors a avancé en février 2000 quinze mesures à leur propos.
En quoi les problèmes des collaborateurs saisonniers pèsent-ils sur le développement des stations ?
Le problème principal à cet égard est numérique et correspond à la question suivante : y aura-t-il assez de bras pour faire fonctionner la station ?
Au début de lhiver 2000-2001, des agences locales pour lemploi ont du sadresser fort loin pour satisfaire la demande. Des postes nont pas été pourvus. La qualité du service rendu à la clientèle, particulièrement déterminante dans lactivité touristique, sen est parfois ressentie. Ce type de rupture ou de panne dans lembauche constitue lobstacle le plus direct et le plus visible au développement des stations. Il apparaît que lhôtellerie et la restauration sont les branches professionnelles les plus exposées à ces déconvenues.
La mise en oeuvre des 35 heures se présente, dans ce contexte, pour beaucoup demployeurs, comme une gageure.
Corollaire des difficultés de recrutement, linvestissement dans la formation du saisonnier se trouve freiné. Lemployeur est moins incité à consacrer du temps au salarié quil ne reverra peut-être pas. La qualité de service rendu au vacancier peut sen ressentir une fois de plus. De manière générale, labsence de formation ou le manque dexpérience du collaborateur saisonnier constitue un frein.
Consécutive dune précarité liée à son emploi, à ses revenus, à son dépaysement et même son déracinement, la difficulté du saisonnier a trouvé sa vraie place dans lorganisation sociale de la station peut également constituer un frein au dynamisme de celle-ci. Le sentiment dappartenance à la collectivité fait parfois défaut entraînant une forme dindifférence ou de détachement vis à vis du vacancier, qui sen aperçoit.
Nétant pas véritablement actionnaire de léconomie locale et peu intéressé au partage des bénéfices, le saisonnier retourne sur lui-même des insatisfactions quune autre organisation contractuelle lui ferait peut-être oublier.
Citons enfin le problème de la langue étrangère mal maîtrisée par beaucoup de saisonniers. Peu informé de limportance de cette question, un grand nombre dentre eux se prépare mal à la communication élémentaire avec nos voisins européens, même par le biais de langlais.
Il est naturellement impossible de quantifier en termes financiers ou statistiques la conséquence de ce frein au développement des stations ou plus précisément à leur prestation idéale souhaitable. Convenons simplement que lon peut mieux faire et quil est temps de mieux faire, sachant que les modes de vie et de transport qui soffrent à la population en ce début de siècle lui ouvrent des choix et des horizons de vacances nouveaux et diversifiés ailleurs.
Quelles solutions ?
Il importe en premier lieu de rappeler lobjectif à atteindre : rendre les collaborateurs saisonniers plus fidèles et plus performants, essentiellement « les itinérants ». Faut-il des mesures nationales ou des initiatives locales ? Compte tenu de la diversité des situations tant chez les salariés que chez leurs employeurs, on admettra quil ny a pas dexclusive en la matière, ni de préséance.
Toute expérience volontariste est bienvenue. On recense, dores et déjà, dans le domaine du logement, de la formation, des transports et surtout de lemploi lui-même, des actions innovantes auxquelles les récentes mesures gouvernementales font écho. De lachat dun hôtel par une commune à la réalisation dun parking réservé, en passant par une action de formation en réseau ou la création dun groupement demployeur ou dune maison des saisonniers, nombreuses sont les avancées et aucune région touristique nest vraiment à la traîne sur ce plan.
Des priorités daction méritent toutefois dêtre dégagées :
- rendre la situation du saisonnier moins précaire, en favorisant la pluriactivité. A signaler à cet égard lexistence en Haute-Savoie de PERIPL (Pôle dEchanges de Ressources et dInformation sur la Pluriactivité.(www.peripl.org.) forme de « guichet unique » fournissant assistance, conseils et informations aux pluriactifs eux mêmes et à leurs employeurs.
- améliorer les conditions de travail et de vie du saisonnier, par une politique forte en faveur de son logement et par des mesures plus locales concernant les commodités quotidiennes. La conférence des saisonniers organisée en Savoie est une forme de mobilisation sur ce sujet. Les Contrats de développement locaux peuvent servir de cadre à cet effort nécessaire .
- former les salariés. Et donc trouver du temps pour cela. Cest un chantier difficile mais indispensable qui va de pair avec lengagement des intéressés sur le moyen et le long terme vis à vis de leurs employeurs.
- favoriser lintégration du collaborateur saisonnier dans la station sur le plan personnel. Un changement des mentalités est sur ce point à encourager. Un autre regard, faisant place à une forme de reconnaissance, doit être porté par la collectivité locale à ce public dont léchelon intermédiaire (particulièrement celui des saisonniers « semi-anciens » ou chefs déquipe) a une réelle influence sur limage de la station.