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Un travail décent dans l’hôtellerie et la restauration : le rôle du dialogue social

Sally PAXTON - Directrice administrative, Secteur du Dialogue social, Organisation Internationale du Travail, Genève, Suisse

 

Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je souhaite remercier le gouvernement de la Confédération Helvétique et tout particulièrement M. Keller, du Secrétariat d’État aux Affaires économiques, d’avoir invité l’Organisation Internationale du Travail à participer à cette importante Conférence.

C’est avec un plaisir tout particulier que je m’adresse à une audience associée à cette région de Genève et de la Haute-Savoie côté français car c’est le lieu où siège l’OIT. Le Directeur Général, M. Juan Somavia, m’a demandé de vous transmettre ses chaleureuses salutations et de vous dire à quel point il apprécie les excellentes relations établies entre l’OIT et sa ville d’accueil. Il regrette énormément de n’avoir pu venir lui-même et vous souhaite à tous une excellente conférence..

Dans cette région, chacun sait l’importance de l’industrie du tourisme. Elle est importante pour l’ensemble de l’économie, mais également pour l’emploi de plusieurs milliers de personnes, pas seulement dans les villes comme Genève, mais également dans les milieux ruraux, pour les activités hivernales et estivales.

Les décideurs avaient semble-t-il quelque peu sous-estimé l’importance du secteur touristique dans la planification économique. Seuls les évènements tragiques du 11 septembre et le repli boursier qui en a découlé ont permis de réaliser le nombre important d’emplois mis n danger. On a estimé qu’une perte de 10% au niveau du tourisme mondial pourrait signifier un surnombre de 9 millions de travailleurs, sur les 200 millions de personnes employées dans ce secteur ou en relation avec ce secteur.

Dès l’apparition des premiers chiffres concernant les pertes d’emplois consécutives au 11 septembre, l’OIT a convié tous les partenaires sociaux et les représentants des gouvernements concernés par l’industrie du tourisme à une réunion d’urgence. L’OIT répondait ainsi à une demande formulée par les partenaires sociaux désireux de se rassembler afin de mieux comprendre la crise et d’échanger leurs points de vue sur les manières d’en atténuer les effets sur les entreprises et les travailleurs de ce secteur. Voici quelques-unes de leurs principales observations :

  • À la différence des précédentes crises du tourisme, qui n’avaient qu’une dimension locale ou régionale, les évènements du 11 septembre ont affecté l’industrie du tourisme au niveau mondial.
  • Les secteurs du tourisme et de l’hôtellerie constituent un accès important pour les exclus sociaux et leur permettent de joindre la population active en employant notamment une vaste proportion de groupes vulnérables de travailleurs, tels que les femmes, les migrants et les jeunes.
  • Les petites et moyennes entreprises (PME-PMI) représentent plus de 80% de l’industrie dans de nombreux pays et n’ont pas les ressources nécessaires pour survivre à un repli boursier prolongé.

Outre ces observations, les partenaires sociaux se sont entendus sur une série de recommandations adressées aux gouvernements, aux organisations gouvernementales et à l’OIT.

Les premières recommandations adressées aux gouvernements comportaient des propositions de formations pour les travailleurs sans emploi, afin de faciliter leur réinsertion rapide une fois la crise terminée, ainsi qu’un report de taxes destiné aux entreprises afin d’alléger le poids actuel de leurs charges.

Les partenaires sociaux se sont engagés à rechercher des moyens de minimiser les pertes d’emplois à travers des accords mutuels et à réintégrer les travailleurs licenciés à la suite de la crise. Ils ont également décidé de développer une approche conjointe auprès des gouvernements afin de réduire l’impact de la crise.

Les partenaires sociaux ont également sollicité l’OIT pour entamer une surveillance permanente du secteur et tenir le public informé des tendances de l’emploi et des conditions de travail, ce que nous avons déjà commencé. L’OIT a également été sollicitée afin d’encourager les partenaires sociaux à faire face à la crise.

Cet exemple montre qu’une rapide réponse a pu être donnée grâce au dialogue social.
Les représentants des travailleurs et des employeurs de ce secteur se sont réunis sans attendre avec les experts gouvernementaux et ceux du secteur du tourisme, dans un commun effort de comprendre les dimensions du problème et de trouver des propositions concrètes sur la manière de surmonter cette situation de crise.
L’OIT a tenu une réunion similaire deux jours plus tard avec l’industrie de l’aviation civile, qui a également souffert des évènements du 11 septembre. Ces deux secteurs se trouvent confrontés à une crise bien réelle, ayant des conséquences graves pour de nombreux patrons et employés, une situation qu’aucun de nous ne souhaite voir se prolonger davantage.

Cependant, le côté positif de tout cela est l’effort collectif et l’engagement qui s’en sont suivis, et le fait que chacun ait collaboré pour trouver des solutions créatives et pratiques et tenter de conjurer les licenciements de masse et les faillites.

Bien que ce récent exemple de dialogue social soit situé au niveau international, le dialogue social à tous les niveaux a toujours été l’un des objectifs principaux, ainsi qu’un important instrument, de l’OIT tout au long de son existence. Les institutions fondamentales du dialogue social sont la Liberté d’association et la Négociation collective. On ne doute guère que ces dernières sont étroitement liées à un développement économique prospère partout dans le monde. La Liberté d’association et la Négociation collective ont par conséquent été qualifiées de principes de base du monde du travail par les constituants de l’OIT. C’est en tant que telles que l’OIT les a incluses dans la Déclaration sur les Principes et Droits fondamentaux du Travail, adoptées en 1998.

Le secteur touristique repose sur sa population active plus que tout autre secteur d’activité. Nombreux sont ses projets de développements qui auraient à gagner si le dialogue social était mieux développé dans ce secteur. Quelques-unes des conditions de ce secteur d’activité requièrent une attention toute particulière dans ce contexte.

L’une concerne la prépondérance des petites et moyennes entreprises qui, dans les pays industrialisés, emploient près de la moitié de la population active totale de ce secteur. Une importante majorité d’entrepreneurs et de travailleurs de ce segment ne sont affiliés à aucune organisation susceptible de les représenter au sein du dialogue social. Dans bon nombre de petites entreprises, les relations de travail ne sont pas sorties du cadre familial. De plus, ces petites entreprises ont rarement la force d’innover en matière de développement des ressources humaines.

Une grande partie des personnes travaillant dans le tourisme se sentent peu engagées vis à vis de ce secteur, car elles n’envisagent d’y travailler que sur une courte période. Une importante proportion des personnes travaillant dans le secteur de l’hébergement sont des jeunes qui souhaitent rapidement trouver une autre activité. Une majorité des personnes conservant ces postes sont des femmes qui doivent cumuler leur emploi et leurs obligations familiales. De nombreux travailleurs, hommes et femmes confondus, acceptent un emploi à temps partiel, et souvent même acceptent des arrangements d’astreinte.

Les migrants sont un autre groupe acceptant un emploi précaire. Ceci comprend non seulement les travailleurs migrants saisonniers, qui se déplacent d’une partie du pays à une autre, ou même d’un emploi saisonnier à un autre, mais également les migrants internationaux qui sont souvent déracinés socialement et manquent de connaissances sur les institutions et la culture locale.

L’un des défis reconnus de ce secteur consiste à trouver un moyen de retenir les travailleurs afin de faire en sorte que les investissements réalisés dans les ressources humaines portent enfin leurs fruits. Dans les circonstances actuelles de compétition mondialisée, on considère comme un point essentiel d’améliorer la qualité des services sans devenir plus onéreux. On admet que l’une des issues possibles consisterait à améliorer les compétences et les conditions de travail afin d’impliquer davantage les employés de ce secteur.

C’est pourquoi la formation professionnelle a été au centre de la réunion tripartite qui s’est tenue à Genève en avril dernier et a rassemblé près de 100 représentants des gouvernements ainsi que des organisations patronales et salariales issues du secteur de l’hébergement et du tourisme. Le thème en a été le développement des ressources humaines dans le contexte de mondialisation du secteur. Les conclusions de la réunion ont fait appel aux partenariats entre les gouvernements, les patrons, les employés et même les autres intéressés, afin de développer les politiques de formation. L’OIT a été sollicitée afin de rendre possible les expériences et les codes de meilleures pratiques.

Je tiens à féliciter les organisateurs de ces Sommets du Tourisme d’avoir choisi d’aborder les aspects socio-économiques du développement durable du tourisme. Lorsque le développement durable est devenu un sujet de préoccupation mondial il y a dix ans, d’une manière étonnante, le tourisme ne faisait pas partie des discussions. Toutefois, l’importance du tourisme pour un développement durable et le besoin d’un développement durable du tourisme ont été de mieux en mieux reconnus au cours de cette dernière décennie. Pourtant, la plupart des préoccupations de durabilité se sont jusqu’à présent largement limitées aux questions d’environnement. Pour autant que les dimensions sociales du tourisme aient été mises en évidence, elles étaient normalement limitées à la stabilité culturelle et au bien-être des communautés d’accueil ou à la préservation des modèles de consommation au sein de la population touristique.

Lors de plusieurs réunions rassemblant les partenaires sociaux de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme dans l’OIT, ceux-ci ont sollicité une promotion à l’échelle mondiale en faveur d’un développement durable du tourisme et ont demandé à l’OIT d’y jouer un rôle, en se concentrant sur les dimensions liées au travail dans ce secteur. Ce qui signifie se concentrer non seulement sur le nombre d’emplois mais également sur leur qualité.

Il y a deux ans, l’Organisation Internationale du Travail a adopté un agenda pour le Travail Décent, composé de quatre objectifs principaux : les droits de la personne au travail ; l’emploi et les revenus ; la sécurité du travail et la protection sociale ; et le dialogue social ; Ce dernier n’est pas seulement un but en lui-même : c’est également un moyen d’atteindre les trois autres objectifs d’une manière concertée.

Si l’on considère le secteur de l’hébergement et du tourisme à la lumière de l’agenda de l’OIT pour un travail décent, il reste beaucoup à faire. Mais il existe cependant les standards de l’OIT qui permettent de définir des solutions.

On retrouve trois types de déficits sociaux dans le secteur touristique figurant parmi ceux abordés par les principaux standards du travail définis dans la Déclaration sur les Principes et Droits fondamentaux du Travail, que j’ai mentionnée précédemment. Il s’agit du droit à la négociation collective, de la lutte contre la discrimination dans le travail, y compris la promotion selon le sexe et la protection des groupes ethniques et autres minorités, et la suppression du travail des enfants.

Je voudrais également attirer votre attention sur la Convention de l’OIT sur les Conditions de travail dans l’hôtellerie et la restauration (1991). Cette convention réclame l’application de standards identiques pour les travailleurs du secteur de l’hébergement et pour l’ensemble des travailleurs d’un même pays. Cette Convention prévoit notamment des heures de travail raisonnablement normales et des arrangements appropriés sur les heures supplémentaires, des temps de repos quotidiens et hebdomadaires minimum, un congé payé annuel, et une rémunération fixe minimum indépendante des pourboires. La Convention privilégie également les accords collectifs conclus entre les représentants du patronat et les organisations syndicales comme moyens d’application de ces dispositions, au lieu de passer obligatoirement par des accords légaux.

Les standards internationaux du travail que je viens de mentionner déterminent la participation décisive des partenaires sociaux dans leur processus d’application et de mise en oeuvre. Ainsi, pour parvenir à un développement durable du tourisme il est essentiel, du point de vue de l’OIT, d’établir un dialogue social dynamique et efficace.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une bonne continuation.

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