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Mes touristes à l'horizon 2010 : visiteurrs-rois momentanés au coeur de l'authentique ou migrants de masse temporaires nourriciers ? Miguel ROCHA DA SILVA - Propriétaire-directeur d'Amazon Nut Safari, Président d'Almerinda Malaquias, Manaus, Brésil
Chers invités, mesdames et messieurs,
C'est un immense plaisir pour moi d'être ici parmi vous aux septièmes Sommets du tourisme de Chamonix pour évoquer les perspectives du tourisme en Amazonie.
Durant ma courte introduction, laissez-moi vous dire que, parfois, je remercie Dieu d'être né fils de collecteur de caoutchouc dans la jungle amazonienne... Ma mère était Indienne et mon père, fils d'un pionnier portugais.
La jungle a fourni à ma famille de formidables moyens de subsistance : les remous de la rivière berçaient le canoë qui me servait de berceau, pendant que ma mère lavait le linge sur la berge... Les cris des singes et les chants d’une multitude d'oiseaux me guidaient vers un paisible sommeil... enfin les branches faisaient de l'ombre sur mon berceau.
En grandissant dans la jungle, j'ai nourri un profond respect envers le pouvoir de la Nature et un sentiment très fort de liberté. J'ai appris à suivre mon instinct et à comprendre où était ma place dans l'ordre des choses...
Comme j'étais le plus jeune d'une famille nombreuse, je fus le seul à être envoyé à la ville pour y recevoir une éducation. Je n'avais que huit ans lorsque je quittais la jungle. Les larmes aux yeux, j'ai fait la promesse de revenir et je l'ai tenue.
Et trois ans après, je n'oublie pas mon ami Peter Blake... Nous avons passé plus de cinquante jours, de l'embouchure de l'Amazone jusqu'au cours supérieur du Rio Negro, sur son bateau, le Seamaster. Le 1er octobre, j'ai organisé à bord une fête pour son anniversaire. À la fin du mois, il fit de même pour le mien. Le 1er décembre, nous nous promettions de faire un autre voyage ensemble, cette fois sur mon bateau. Et le lendemain matin, nous nous quittions chaleureusement.
Le 5 décembre à 11 heures du soir, je recevais un appel provenant de son bateau ; une tragédie avait eu lieu, à Macapa, à 2 000 kilomètres. Et nous regrettons ce qu'il aurait pu faire, outre ce qu'il avait déjà fait.
***
L'Amazonas est l'État le plus grand du Brésil et plus de 18 % de son territoire est inoccupé. Les zones protégées par la loi fédérale couvrent deux fois la superficie du Portugal, cinq fois celle de la Suisse et vingt fois celle du Liban. Il n'est donc pas surprenant que l'Amazonie ait commencé à attiser l'intérêt international. Et cela devrait se poursuivre dans les années à venir grâce à une amélioration des services, de l'hébergement et de l'accès.
Sur la rive gauche du Rio Negro se trouve la ville de Manaus, la capitale de l'État d'Amazonas, avec ses deux millions ou presque d'habitants. La majorité de l'économie du tourisme en Amazonie se concentre sur l'écotourisme et Manaus en est le point de départ.
D'impressionnantes constructions telles que l'opéra, le marché municipal (une réplique des « Halles » parisiennes), le port flottant sont les attractions principales pour les visiteurs de l'Amazonie.
Manaus compte un des aéroports les plus modernes du Brésil, « Aeroporto Internacional Eduardo Gomes », situé à 15 kilomètres du centre ville. Cet aéroport relie Manaus aux principales grandes villes du pays ainsi qu'aux côtes Est et Ouest des États-Unis, au Mexique, aux Caraïbes et aux pays voisins. Des vols réguliers partent tous les jours, certains sont directs.
De nombreux bateaux de croisière venant de par le monde s'arrêtent chaque année dans le port de Manaus. Une quarantaine de ces bateaux doit y accoster ces cinq prochains mois. La route qui relie le Venezuela à Manaus est une autre option très intéressante pour les touristes.
À présent, laissez-moi vous présenter rapidement « ma région », le Rio NEGRO.
Le Rio Negroest un affluent du fleuve Amazone. C'est le deuxième plus grand fleuve en terme de débit, sa profondeur peut atteindre 90 mètres et sa largeur 14 kilomètres à son embouchure. Au niveau du cours supérieur, cette largeur peut doubler.
Les îles d'Anavilhanas : cet archipel du Rio Negro compte environ 400 îles, des centaines de lacs, de rivières, des « igarapés » (petits affluents) et des « igapos » (forêt inondée) d'une beauté à couper le souffle, qui abritent des espèces botaniques rares, des animaux sauvages. Pendant la saison des crues, ces îles ne sont habitées que par les oiseaux et les reptiles tels que le « jacaré-açu », certaines espèces de tortues et des mammifères tels que les singes ou les paresseux. Lorsque les eaux commencent à se retirer, d'autres animaux arrivent, poissons et dauphins de rivière viennent nager entre les branches des arbres. Afin de préserver l'environnement naturel, le gouvernement fédéral a établi la loi N°6902 du 27 avril 1981, à l'origine de la station écologique d'Anavilhanas.
La rencontre des eaux : la confluence des fleuves offre le spectacle stupéfiant de la rencontre des eaux sombres du Rio Negro avec les eaux boueuses du Rio Solimões. L'eau de ces deux fleuves est si différente qu'un phénomène intéressant se produit : sur près de huit kilomètres, les deux fleuves coulent côte à côte sans se mélanger et il faut descendre 96 kilomètres en aval pour que les eaux se mélangent véritablement. La présence de dauphins de rivière (botos) dans cette zone ne fait qu'accroître la particularité du lieu.
Novo Airao : si Amazon Nut est basé à Manaus, nous sommes également présents à Novo Airao, ville et district de l'État d'Amazonas, à environ 128 kilomètres de Manaus, en amont du Rio Negro. Ces dix dernières années, la ville de Novo Airao est devenue un pôle commercial et offre aux habitants de la région des services élémentaires (éducation, santé, etc.).
Novo Airao compte de nombreuses forêts tropicales proches du fleuve. Quatre-vingts pour cent de ces forêts sont protégés par le gouvernement. Sur ces terres se trouvent la station écologique d'Anavilhanas, le Parc national du Jau et la réserve indigène de Waimiri Atroari, qui témoignent d'un modèle de préservation de l'environnement naturel. À Novo Airao, des associations et des coopératives facilitent la fabrication et la vente de produits issus de l'artisanat - comme c'est le cas également à Almerinda Malaquias.
Station écologique de Mamirauá (Réserve de développement durable)
C'est la forêt inondée protégée la plus grande de toute l'Amazonie. Cette réserve a été créée pour répondre aux besoins de la préservation de la biodiversité ainsi qu'à ceux des populations locales. Mamirauá se situe près de la ville de Tefé, dans l'État d'Amazonas, et couvre une superficie de 11 240 km².
Les activités de recherche sont divisées en trois programmes principaux :
- Les systèmes terrestres : phénologie, dissémination, chasse, écologie des caïmans, systèmes d'agroforesterie, inventaire des plantes et animaux.
- Les systèmes aquatiques : faune et flore, macrophytes aquatiques et pêche commerciale.
- Les systèmes socio-économiques : peuplement humain, modèles d'utilisation des ressources, éducation en matière d'environnement et service de soutien communautaire. La réserve de Mamirauá est gérée par une ONG locale, la Sociedade Cívil Mamirauá.
Le puissant Amazone est un fleuve extraordinaire qui compte des milliers d'affluents drainant la moitié de l'Amérique du Sud. Les espèces de poissons y sont plus nombreuses que dans l'Atlantique ! Le Rio Negro – qui coule sur plus de 1 300 kilomètres – est un vivier important pour la collecte de poissons d'aquarium. C'est de là que partent les espèces exotiques qui agrémentent les aquariums, bien au-delà des frontières du pays. Plus de la moitié des tribus indiennes du Brésil se concentre sur les rives du cours supérieur du Rio Negro. La forêt est habitée par des milliers d'animaux... (Les scientifiques et botanistes ont découvert récemment un élément naturel très important pour la prévention et le traitement de l'asthme.)
L'Amazonie a donc beaucoup à offrir en matière d'attractions touristiques naturelles, bien que ce soit encore un monde à explorer.
J'ajouterai que les visiteurs qui viennent en Amazonie bénéficient généralement de tarifs très compétitifs (Brazil Air Pass) qui permettent, lors d'un même voyage, de visiter bien d'autres lieux fabuleux sur l'immense territoire du Brésil.
L'accueil à l'amazonienne...
Nous sommes convaincus que la qualité des services va continuer à être un facteur déterminant pour l'Amazonie en tant que destination pour l'écotourisme. Le gouvernement s'efforce d'améliorer la qualité des services rendus, en proposant des programmes de formation centrés sur les besoins des touristes.
En ce qui concerne la clientèle du tourisme en 2010 et la question posée, nous pensons que nos visiteurs et amis seront toujours à la recherche d'authenticité. La première croisière sur l'Amazone remonte à un demi-siècle après la découverte du Brésil. La première remontée du fleuve s'est déroulée 150 ans après la découverte de Cabral... En Amazonie, les choses arrivent lentement et on imagine difficilement qu'il y aura une place pour les robots dans un avenir proche. Le travail des hommes continuera à jouer un rôle important pour longtemps : le travail humain reste heureusement moins onéreux que celui des robots... et il n'y a pas de terrain véritable pour le tourisme de masse qui nécessiterait davantage de libre-services. Nous sommes persuadés que les petites entreprises qui développent une réelle hospitalité de cœur, conserveront leur influence sur l'économie locale et cela bien au-delà des années 2020 !
En outre, elles ne feront pas de place aux « migrants » qui apportent uniquement de l'argent, car il n'y en aura tout simplement pas assez pour nous !
Enfin, laissez-moi vous dire que l'Amazone appartient à tous les citoyens du monde. Il est donc de notre responsabilité d'en prendre soin.
Visiter l'Amazonie et payer pour cela n'est pas votre devoir, c'est votre droit... Mais cela en vaut la peine car l'Amazonie est un lieu qui parlera à votre âme.
Je vous remercie pour votre attention !
Miguel ROCHA