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Le musée Guggenheim de Bilbao M. Juan Ignacio VIDARTE - Directeur Général du Musée Guggenheim, Bilbao, Espagne
Ce discours traite du Musée Guggenheim de Bilbao et des aspects les plus marquants de ses débuts, de sa mise en place et de son évolution.
1. La culture en tant que variable du développement
1.1 Le conceptLidée originelle sous-jacente à ce projet place la culture en tant que variable du développement, lui accorde une utilité en tant que variable instrumentale permettant datteindre des objectifs autres que purement culturels. La question du rôle social de la culture et donc du maintien de lintervention publique dans le financement des activités culturelles, suscite un débat permanent au sein des sociétés occidentales. Ces dernières années, un nouvel argument a vu le jour et acquiert peu à peu une importance croissante. Cette théorie stipule que la culture nest pas seulement digne du soutient de lÉtat du fait de ses mérites intrinsèques en tant que facteur de stimulation de la créativité, que moyen dexpression artistique ou de développement dune identité collective, mais quelle peut également servir doutil pour atteindre des objectifs politiques de développement économique ou de revitalisation urbaine. Cest le cas de villes comme Frankfurt ou Glasgow, et cette idée est également à la base du projet de la ville de Bilbao.
Ce type dinitiatives fait de plus en plus souvent partie de stratégies de développement économique plus larges, au sein desquels la culture est considérée comme un facteur permettant dinfluencer le choix du lieu dimplantation de projets commerciaux et dactivités liées au tourisme culturel ou daffaires et au secteur des services en général. On accorde également une place prépondérante à la culture en tant quinstrument permettant de diffuser une certaine image à létranger.
Les projets basés sur ce concept, et notamment celui du Musée Guggenheim de Bilbao, admettent lexistence dune relation directe entre lactivité culturelle potentielle dune région donnée et son niveau de développement économique. On considère en effet que la culture est non seulement, en elle-même, une activité économique génératrice demplois et de revenus fiscaux et consommatrice de biens et de services, mais quelle représente également un facteur essentiel à la création des conditions nécessaires à un développement économique équilibré et durable.
1.2 Six exemples liés au cas de BilbaoDans le cas de Bilbao, lutilisation de la culture en tant que variable du développement a pris des formes différentes, dont je citerai celles qui me semblent les plus significatives :
a. Une réponse à la mondialisationLe projet du musée Guggenheim de Bilbao a émergé en tant que réponse des institutions basques au phénomène de mondialisation et ses effets se sont manifestés au niveau des sphères culturelle, sociale et purement économique. Le cas de Bilbao est manifeste, en raison du processus dintégration au sein de lUnion Européenne. En effet, les frontières économiques commencent à disparaître. Les axes de la croissance économique se déplacent en direction de lEurope centrale, créant aussi bien des risques que des opportunités économiques. Bilbao et le Pays basque restant à la périphérie du puissant axe Londres-Milan, il était nécessaire de compenser la prédominance de ce dernier en créant un second axe sur lAtlantique Sud au sein duquel Bilbao jouerait un rôle phare. Au vu de la situation suscitée par ce nouveau scénario, à la fin des années 80, un plan stratégique commença à se profiler au Pays Basque, identifiant les aspirations de Bilbao à devenir une métropole régionale de taille moyenne entre la fin du vingtième et le début du vingt et unième siècle.
Lune des priorités de ce plan stratégique résidait dans la nécessité daccroître le poids du centralisme culturel de Bilbao. Parmi les activités entreprises dans le cadre de ce développement, on trouvait une série de plans dinvestissements publics répartis dans trois domaines spécifiques : les infrastructures de communication, lenvironnement et la culture. Outre leur fonction intrinsèque, ces projets présenteraient lavantage supplémentaire dimpliquer des architectes de renom international (Frank O. Gehry, Santiago Calatrava, Sir Norman Foster, César Pelli, Arata Isozaki, Rafael Moneo, etc.). On comptait, parmi les infrastructures de communication prévues, lextension du port de Bilbao et de laéroport, lamélioration des accès à la ville grâce à un métro et à la construction dune série de ponts sensés tresser le tissu urbain de Bilbao autour du fleuve Nervión. Concernant lenvironnement, un plan destiné à améliorer la qualité de leau et de lair a été mis en place et un projet a été lancé pour régénérer les eaux de lestuaire du fleuve. Ces investissements importants furent renforcés par la création dune série dinstitutions culturelles dont la portée devait être principalement locale ou régionale, mais à vocation internationale, comme le Palais des Congrès et de la Musique Euskalduna ou le Kursaal. Ainsi, les limites possibles à la création dun musée dart moderne et contemporain, imposées par le manque de ressources ou la petite taille de cette région, devinrent un atout, grâce à lengagement déterminé des institutions et à la collaboration dune institution culturelle prédominante et solidement implantée au sein du réseau international dinstitutions culturelles : la Solomon R. Guggenheim Foundation.
b. Dessiner la future métropoleLa culture en temps que variable du développement sest affirmée grâce à leffet du musée Guggenheim de Bilbao en tant que pilier de la configuration de cette métropole du futur, la Bilbao du futur. Cette ville, forte de ses quelques 700 ans dhistoire, a été créée en lan 1300. La cité médiévale est devenue, au seizième siècle, un centre de commerce doté dune forte activité portuaire, notamment avec les Pays-Bas et lAngleterre. Au milieu du dix-neuvième siècle, et tout au long du vingtième siècle, les fondements économiques de la ville étaient de nature économique, mais avec lavènement du siècle nouveau, elle aspire à devenir une métropole régionale de taille moyenne, investie dun rôle géographique primordial, sétendant du Sud-Est de la France au Nord-Est de la Péninsule Ibérique. La culture et les activités culturelles jouent un rôle majeur dans ce désir de transformation, car les métropoles occupent une place centrale en matière dinnovation, déducation, de transports, de travail qualifié et de production de services et constituent un centre de production et doffre de culture et de loisirs au sein duquel le Musée Guggenheim de Bilbao joue un rôle capital.
c. Le changement de personnalité de BilbaoLe Musée occupe également une place essentielle dans ce processus de transformation, en tant que force motrice du changement qui sopère au niveau de la personnalité de Bilbao, dont le caractère saccorde davantage à la vie moderne, à la culture contemporaine et cosmopolite.
d. La reconquête de lestime de soiDans tout processus de régénération économique ou de réhabilitation urbaine, on distingue un autre facteur, peut-être plus difficile à quantifier : il sagit de la reconquête de lestime de soi, de la confiance en la société. Lorsque les sociétés subissent des processus de transformation profonds, qui touchent leur essence même, comme cest le cas pour la société basque et la ville de Bilbao, elles ont besoin de certains éléments pour les aider à renforcer leur fierté et leur confiance et leur permettre de se confronter à de nouveaux défis. Le Musée a constitué lun de ces éléments.
e. Refléter une certaine imageLe Musée Guggenheim de Bilbao a également agit comme un mécanisme reflétant limage de la ville et de la région à létranger. Il va sans dire que le Musée est devenu une référence incontournable lorsquon évoque la ville de Bilbao et le Pays Basque en général. Cet effet, délibérément recherché, est doté dune valeur économique extraordinaire en tant que mécanisme de projection de cette image. Pour quantifier cet effet, nous pouvons nous référer aux chiffres correspondant à la valeur économique induite par la présence du Musée dans les actualités publiées dans la presse entre 1998 et 2001, et ce dans seulement sept pays (Espagne, États-Unis, France, Italie, Allemagne, Grande-Bretagne et Portugal) : ils sélèvent à 25 millions deuros en moyenne. Lévocation du Musée à la radio et à la télévision, pour lEspagne uniquement, a représenté une valeur de 7 millions deuros supplémentaires.
f. La régénération de lactivité économiqueIl est possible de chiffrer plus facilement leffet économique, encore plus important dun point de vue quantitatif. Dans le cadre de sa stratégie de régénération économique, lun des objectifs du Musée était précisément de contribuer à transformer la base industrielle de la ville en une économie orientée services et capable de générer, en outre, une activité économique susceptible de représenter un bénéfice direct pour les habitants de Bilbao et du Pays Basque en général. En ce sens, et selon une étude menée par le Musée conformément au modèle mis au point par les consultants de KPMG Peat Marwick, leffet économique direct du Musée, cest-à-dire lactivité économique générée suite à son ouverture le 31 décembre 2001, sest élevé à 775 millions deuros, soit quasiment 10 fois le coût de linvestissement initial. 120 millions deuros correspondent aux revenus fiscaux supplémentaires (revenus fiscaux au bénéfice du Trésor basque en conséquence des activités engendrées par le Musée), qui à eux seuls, dépassent le coût de linvestissement. En dautres termes, la période de recouvrement de linvestissement a été de trois ans, une période extrêmement courte pour ce type dactivité. En bref, dans un délai denviron trois ans, linvestissement public nécessaire à la création du Musée, soit approximativement 14.000 millions de pesetas, a été récupéré grâce aux seuls revenus fiscaux découlant des activités du Musée. Enfin, le Musée contribue au maintien de 4.100 emplois par an en moyenne.
2. Éléments clés du fonctionnement du Musée Guggenheim de Bilbao
Pour une institution culturelle, il existe sept éléments clés dans le fonctionnement dun musée et ils peuvent être regroupés en trois domaines principaux. Le premier concerne les paramètres de fonctionnement du Musée (points 1 et 2) ; le deuxième correspond à son contenu : la programmation artistique (points 2 à 4) ; et le troisième est lié à son modèle de gestion (points 5 à 7).
2.1 Un projet communTout dabord, le Musée est un projet commun né dune initiative conjointe des sphères publiques et privées : le secteur public regroupe trois institutions du Pays Basque le gouvernement basque, le Conseil provincial de Bizkaia et la Mairie de Bilbao - et le secteur privé est représenté par une organisation à but non lucratif, la Solomon R. Guggenheim Foundation, dont le siège social se situe à New York. Le caractère conjoint de ce projet, établi depuis le départ, en fait une entreprise atypique. En effet, ces programmes culturels ont en général une origine plus autonome et de plus, ce projet a suscité la participation de cultures très différentes. Dans le cas du Musée Guggenheim de Bilbao, chacun a accepté dès le début que les ressources économiques et les dimensions limitées du Pays Basque rendaient impossible la proposition de développement dune infrastructure culturelle au niveau international. Cependant, cest la reconnaissance même de cette impossibilité qui a conduit les participants à tenter datteindre ces objectifs en collaboration avec linstitution nord-américaine mentionnée plus haut.
2.2 Un prestige internationalIl sagit dun projet ambitieux, né de la volonté manifeste de devenir une institution culturelle, de servir de référence dans le monde des institutions dédiées à la culture européenne contemporaine. En dautres termes, les objectifs fonctionnels et la portée de lactivité ne sont ni locaux ni régionaux, mais européens. Cest dans ce sens que nos normes ont été développées et il sagit également de la clé de notre manière dagir : le Musée a pour objectif de fonctionner non seulement au niveau local, mais également sur le plan international.
Le deuxième ensemble de facteurs clés concerne la programmation artistique et plus particulièrement le concept muséologique, cest-à-dire lapproche de la présentation de la collection permanente et des expositions temporaires, par rapport à lespace et au bâtiment en lui-même, ainsi que son orientation éducative.
2.3 Un concept muséologique basé sur lidentité du Musée Guggenheim de BilbaoEn ce qui concerne son concept muséologique, le Musée Guggenheim de Bilbao revendique son caractère dexpérience unique, originale et nouvelle, liée à sa propre identité et non à limitation dautres musées du réseau auquel il appartient. Sa Collection Permanente, dont la nature atypique ne facilite pas toujours la compréhension, est une collection que se partagent les musées de Bilbao, New York et Venise. En dautres termes, la Collection Permanente est constituée de toutes les oeuvres des collections Guggenheim, que se partagent ces différents musées, et dune partie appartenant exclusivement au Guggenheim de Bilbao. Cette Collection Permanente est présentée de manière conjointe (les uvres ne sont pas identifiées selon leurs origines) et dynamique, cest-à-dire quelle présente différentes visions de lévolution de lhistoire de lart au fil du vingtième siècle. Cette approche est, pour le visiteur, plus éclairée que lapproche traditionnelle, qui consiste à réserver des espaces permanents pour des oeuvres dart spécifiques. Son intention est ainsi de réconcilier les trois modèles de musées traditionnels de manière dynamique : le modèle encyclopédique, dont la vision chronologique présente le travail dartistes déterminés dun point de vue fondamentalement chronologique ou historique, le modèle des installations spécifiques, pour lesquelles les artistes sont invités à créer des oeuvres pour des espaces précis du Musée et le modèle des analyses en profondeur, qui consiste à présenter le travail des artistes de la manière la plus détaillée possible et selon une approche plus encyclopédique. Ainsi, le Musée Guggenheim de Bilbao vise à offrir un aperçu de luvre de certains artistes qui soit capable doffrir toutes les perspectives nécessaires à la compréhension de leur carrière dans leur ensemble.
Dautre part, le programme des expositions temporaires est très actif et dynamique, car celles-ci sont à même de générer ou dencourager des visites répétées. Les cinq premières années des expositions temporaires ont été marquées par trois thèmes différents. Dune part, une série de longs voyages à travers lhistoire, avec des expositions comme China: 5000 Years (Chine : 5000 ans), qui présentait des uvres de cette culture millénaire, de lantiquité à nos jours ; From Dürer to Rauschenberg (De Dürer à Rauschenberg), présentée en collaboration avec la Graphische Sammlung Albertina ; ou The Art of the Motorcycle, (Lart de la moto) exposition dédiée à lévolution du design de la moto au cours du vingtième siècle. De grandes rétrospectives sur des artistes contemporains (Robert Rauschenberg, Eduardo Chillida, Andy Warhol, Francesco Clemente, Nam June Paik, Frank O. Gehry, etc.) ont également été organisées et enfin, une série dexpositions aux « regards spécifiques » : des expositions consacrées à certaines périodes de création dans la carrière dun artiste (Helen Frankenthaler ou Richard Serra, etc.) ou dun groupe dartistes (Amazons of the Avant-Garde (les amazones de lavant-garde), The Tower Wounded by the Lightning (La tour blessée par léclair), etc.)
2.4 Le concept muséographiqueEn ce qui concerne le concept muséographique, autrement dit la relation entre le contenant et le contenu, le bâtiment du Musée Guggenheim de Bilbao constitue une part essentielle dans la formation de cette expérience globale quévoque la visite dun musée. Cest pourquoi, depuis la phase de conception du projet, il était clair que la singularité architecturale de lédifice devait être dune qualité équivalente à lexcellence des oeuvres qui y seraient exposées. Ainsi, pour désigner larchitecte de ce bâtiment, sest tenu un concours restreint dont Frank O. Gehry a été le vainqueur. Un musée dart contemporain de la fin du vingtième siècle ne peut exclure larchitecture des arts plastiques qui y sont exposés, car celle-ci remplit également dautres fonctions, et notamment celle de carte de visite du Musée lui-même. Bilbao nest pas Paris, ni Londres et tout projet mené à bien dans cette ville et qui aspire à obtenir un effet instantané et immédiat de manière à capter lattention dun public international, devrait jouir dune apparence visuelle frappante. Le meilleur moyen dy parvenir était de construire un édifice capable de produire un impact manifeste.
Le bâtiment nest cependant pas un simple contenant pour les uvres quil abrite. Il sagit dune série despaces considérés comme idéaux en vue dexposer les travaux des vingtième et vingt-et-unième siècles : comme lart est de plus en plus souvent produit sur un éventail de supports qui va en sélargissant, les musées doivent les abriter et les exposer de la meilleure manière qui soit. Ainsi, le bâtiment prend une part active (non neutre) à ce phénomène, tout comme lutilisation que lon fait de ses espaces, que ce soit pour la présentation de la Collection Permanente ou des expositions temporaires. Cest pourquoi lon essaye doptimiser son utilisation, afin de transformer la visite dune exposition au Musée Guggenheim de Bilbao en une expérience unique, non seulement par son contenu, mais également par sa présentation. Ainsi, pour mettre en place ses expositions, le Musée collabore fréquemment avec des architectes ou des designers prestigieux, tels que Arata Isozaki pour lexposition China: 5000 Years; Gaetano Pesce pour Andy Warhol: A Factory; ou Frank Gehry, larchitecte du bâtiment pour The Art of the Motorcycle.
Le Musée dispose de trois types de galeries prévues à cet effet : on y trouve des espaces singuliers, parfois de grandes dimensions, comme la galerie 104 qui mesure 130 mètres de long sur 30 mètres de large et nest soutenue par aucune colonne elle représente un espace diaphane qui permet au Musée de présenter des expositions et dabriter des uvres habituellement pas visibles à lintérieur dun musée ; une série de galerie dites classiques, aux formes orthogonales et pourvues déclairages par le haut, et des galeries très neutres aux formes plus conventionnelles, destinées à présenter des uvres de format traditionnel. Enfin, le Musée renferme dautres espaces plus particuliers, aux lignes courbes, où lon peut admirer larchitecture du bâtiment et dont les plafonds atteignent souvent une hauteur de 16 mètres. Cette diversité despaces et le dialogue qui sétablit entre les espaces classiques et singuliers, articulés autour dun atrium central (le point de référence pour les déplacements à lintérieur du Musée), permettent de mieux apprécier les caractéristiques de chacun deux et doptimiser la richesse de lexpérience offerte par le musée.
2.5 Un instrument éducatifLe troisième et dernier facteur lié à la programmation artistique est la vocation doutil éducatif du Musée, de véhicule par lequel la culture est mise à la portée de la société. Cest pourquoi tout son fonctionnement, non seulement la mise en place du programme éducatif, mais également toutes les activités du Musée, doit être motivé par cette aspiration, car nous croyons que lexpérience offerte par un musée ne doit être uniquement plaisante, mais aussi enrichissante.
2.6 Lorientation clientLe modèle de gestion du Musée Guggenheim de Bilbao, dernier élément clé de son fonctionnement, est centré sur le client. Sa principale clientèle est évidemment constituée par ses visiteurs, mais ses membres individuels et corporatifs sont également des clients, ainsi que lensemble de la société, qui partage certaines attentes par rapport au Musée. Cest pourquoi les lignes directrices du fonctionnement et les éléments clés de cette institution visent précisément à répondre aux objectifs liés à ces groupes de clients, optimisant ainsi le niveau des revenus et sa capacité dautofinancement.
2.7 Un modèle de gestion mixteSon modèle de gestion est de type mixte. Comme nous lavons mentionné plus haut, le Musée Guggenheim de Bilbao est une institution très ouverte sur la société. En dépit du fait que le projet trouve ses origines dans une composante publique très solide en matière de financement, son modèle fonctionnel est plutôt privé, dans le sens où le conseil dadministration compte trois institutions publiques et 37 de type privé et si lon considère que seulement un quart des fonds du Musée sont dorigine publique. Tous ces éléments soulignent le fait que, dune certaine manière, son activité diffère de ce quelle pourrait être dans dautres types dinstitutions culturelles.
Un autre élément constitutif du modèle fonctionnel du Musée réside dans le fait que certaines activités sont menées au sein dun réseau, cest-à-dire quelles sont intégrées, à un certain niveau, au Musée Solomon R. Guggenheim de New York et à la Peggy Guggenheim Collection de Venise. Cette méthode est utilisée en particulier dans les domaines où lon peut tirer profit des économies déchelle des activités communes et de lefficacité de gestion quelles génèrent, notamment pour les activités liées à léducation, à lorganisation dexpositions, aux systèmes de partage de linformation, etc.
3. Détail des activités du Musée
Voici quelques paramètres quantitatifs liés à la situation du Musée.
3.1 Les visiteursLes visiteurs constituent bien sûr une référence de base : en cinq ans de fonctionnement, le Musée a reçu 5.345.000 visiteurs, en sachant que les estimations initiales tablaient sur un objectif alors considéré comme ambitieux de 500.000 visiteurs par an. Les provenances géographiques de ces visiteurs constituent également des données importantes, car le Musée revêt un caractère véritablement international, en ce qui concerne sa portée et son approche. Plus de 85% de nos visiteurs (6 sur 7) proviennent de lextérieur de la Communauté Autonome du Pays Basque et environ la moitié dentre eux viennent de létranger. Certains pays sont particulièrement présents, et ce depuis les débuts du Musée : la France avec 12%, les États-Unis et le Canada, avec près de 8%, lAllemagne et la Grande Bretagne, avec 6 à 7%.
3.2 LéducationConcernant le caractère éducatif, priorité fondamentale pour le Musée, il existe actuellement 47 programmes en fonctionnement, dont certains sont réalisés dans le cadre du système éducatif formel, et touchent tous les niveaux de léducation antérieurs à luniversité. Dautres sont prévus pour la société dans son ensemble. En tout, quelques 250.000 personnes participent chaque année aux programmes du Musée.
3.3 Le développementLe troisième élément clé, considéré comme un élément de développement dans la mesure où il est lié à limplication de la société dans le fonctionnement du Musée, prend la forme de deux programmes : celui des membres individuels appelés les Amis du Musée (on compte environ 14.500 personnes, ce qui fait du Musée linstitution culturelle au plus fort taux dadhésion de ce type en Espagne) et celui des membres corporatifs, avec 134 entreprises appartenant au réseau de soutien permanent et dont 37 appartiennent à la catégorie des membres du conseil dadministration, le plus haut niveau de représentation.
3.4 Le budgetLe budget du Musée Guggenheim de Bilbao sélève à 28 millions deuros. Ses dépenses se divisent en trois catégories, dont chacune représente environ un tiers du total : la programmation artistique, les coûts dexploitation, lentretien et la sécurité, les salaires, les coûts des articles vendus et les taxes. En termes de revenus, le niveau dautofinancement du Musée sélève à 75%. En dautres termes, les trois quarts des revenus du Musée proviennent de la création de ressources, principalement issues des visiteurs, de la librairie, du soutien des entreprises et du parrainage, alors que les 25% restants proviennent des subventions du Gouvernement basque et du Conseil Provincial de Bizkaia.
3.5 La programmation artistiqueEnfin, la programmation artistique a mis en place, en cinq ans dexistence du Musée, 27 présentations différentes de la Collection Permanente. Elles ont débuté avec une première présentation au contenu général, The Guggenheim Museums and the Art of this Century (Les Musées Guggenheim et lArt de ce siècle), qui a occupé la totalité de lespace dexposition du Musée et a tenu lieu dexposition inaugurale. La Collection Permanente a présenté notamment des spécimens de lart européen récent, des mouvements artistiques davant-garde, de lexpressionnisme du vingtième siècle, du Pop-Art américain, de lart basque et espagnol des vingt dernières années, de la peinture et de la sculpture modernes, certains courants internationaux de lart contemporain, des analyses approfondies de la photographie contemporaine ou de lart américain et européen daprès-guerre. Ces présentations de la collection Permanente ont été réalisées de manière successive et parfois simultanée. Le musée a également programmé 22 expositions temporaires, réparties dans les trois catégories mentionnées plus haut : des aperçus sur de longues périodes de lhistoire de lart (notamment la grande exposition China: 5000 Years, qui comprenait des uvres datées du Néolithique à nos jours ; De Dürer à Rauschenberg, qui regroupait des uvres sur papier ; ou The Art of the Motorcycle qui retraçait lévolution de lesthétique et du design au fil du vingtième siècle vue à travers la moto en tant quicône caractéristique). Ont également eu lieu de vastes expositions rétrospectives dartistes contemporains (Robert Rauschenberg, Eduardo Chillida, Andy Warhol, David Salle, Francesco Clemente, Giorgio Armani, Nam June Paik ou Frank Gehry) et dautres présentations, beaucoup plus spécifiques, centrées sur une période précise de la carrière dun artiste ou sur des collections ou des thèmes spécifiques (ex. : Helen Frankenthaler, et ses uvres créées à la suite de Mountains and Sea, des années 1956 à 1959, Cristina Iglesias ou Richard Serra).