retour Index quatrième sommet

Accueil

Retour liste Orateurs
Retour liste Interventions

 
Comment mettre en valeur les évènements traditionnels par le tourisme ?
Le cas du Carnaval brésilien et autres fêtes1

Prof. Dr Luiz Gonzaga GODOI TRIGO - SENAC, Sao Paulo, Brésil

 

Vai passar nessa avenida um samba popular
Cada parelelepípedo
Da velha cidade
Essa noite vai se arrepiar
Ao lembrar
Que aqui passaram sambas imortais
Que aqui sangraram nossos ancestrais

Francis Hime – Chico Buarque, 19842

 

Introduction

Au début du mois de février, les cabanons des faubourgs des plus grandes villes du pays s’emplissent de formes, couleurs, paillettes et silhouettes fantastiques. Les fonctionnaires municipaux analysent les problèmes relatifs à l’approvisionnement électrique, aux autorisations à délivrer aux milliers de vendeurs ambulants de nourriture et de boissons ou à l’installation de lignes téléphoniques et de câbles de communication pour la presse. Des contacts sont établis avec les hôpitaux et les centres médicaux locaux en prévision de l’accueil de ceux qui font des malaises ou qui ont trop bu ou pris trop de drogue. L’armée, en collaboration avec les forces de police routière et municipale, met en place de vastes plans de contrôle du trafic routier dans les villes et de prévention des accidents sur les autoroutes. Les plages, sous une chaleur tropicale de 36°C, se préparent à accueillir des millions de personnes sur une semaine. Les dealers des bas quartiers et des collines stockent marijuana, cocaïne et crack afin de faire face à l’augmentation de la consommation. Une véritable logistique de guerre se met en place par le biais des stations radio, des chaînes de télévision et des rédactions des journaux et magazines. Les distributeurs de bière et de boisson sans alcool produisent et transportent des tonnes de leur précieux liquide, entre les brasseries et les plus petits des débits de boisson. Des centaines de camions sont équipés des systèmes audio les plus modernes, et se préparent à animer les avenues et places dans tout le Nord-Est du Brésil. Les hôtels, compagnies aériennes et tour-opérateurs font les derniers préparatifs en vue d’accueillir des hordes avides de sensations particulières, dérivées de la fête du Carnaval proprement dit. Couturiers, maquilleurs, techniciens, ingénieurs, infirmiers, médecins, dealers, bookmakers, tops models, prostitués des deux sexes… tous se préparent à un surplus de travail intense et délicat, qui peut leur apporter plaisir et profit, et peut-être un peu de renommée et une apparition dans les médias. Le jeudi après-midi, le pays tout entier commence à mettre en veille une partie de ses activités habituelles. Jusqu’au mercredi suivant, c’est un important interlude qui va se dérouler et chacun participe à la plus grande fête de la société brésilienne. Le Carnaval peut commencer.

II - La culture et le spectacle

“A cor do meu batuque tem o toque
tem o som da minha voz...
O brilho do meu canto
tem o dom, a expressão da minha cor.”

Chico da Silva3

Le Carnaval est la célébration populaire la plus caractéristique du Brésil. Il rassemble le plus grand nombre de personnes et est connu dans le monde entier. Il existe plusieurs raisons au fait que le Carnaval brésilien soit devenu si célèbre : la beauté esthétique des parades, la joie des troupes carnavalesques et des trios elétricos4, le nombre de personnes qui se retrouvent dans les rues et participent aux festivités, le caractère sexuel exacerbé, les profits générés et l’immense organisation déployée dans la majeure partie du pays pour préparer les manifestations. Le Carnaval brésilien n’a rien à voir avec celui de Venise, de Munich ou de la Nouvelle-Orléans. La joie des Brésiliens se manifeste au plus fort de l’été, sous le soleil et la chaleur. À une époque de l’année où, dans un pays suffisamment libéral, les dernières restrictions sont laissées de côté et où presque tout est permis tant que dure le Carnaval. Le Brésil est connu par ses clichés sur le football, la joie de vivre, la liberté sexuelle et le Carnaval, et tous ceux qui apprécient la vie au royaume de Momo (Momo est le roi fanfaron du Carnaval) savent bien que l’expérience en elle-même va bien au-delà de tout ce qu’on peut filmer ou écrire à ce sujet

Mikhail Bakhtin tente de comprendre ces manifestations en soulignant que le rire populaire peut être perçu comme le dernier des sujets d’étude de la création populaire. Les festivités du Carnaval, les pièces comiques présentées sur les places publiques et les rites populaires visant à célébrer des faits heureux sont les meilleurs exemples de ce que peut réaliser la culture populaire, lorsque les brides de son imaginaire et de sa créativité sont relâchées. L’anthropologue Brésilien Roberto da Matta a mené une analyse structurelle de cet événement et en a conclu que le Carnaval, les défilés militaires et les processions religieuses sont trois manières différentes de ritualiser la vie sociale au Brésil, le Carnaval étant le plus spectaculaire de tous. Ce qui importe réellement, ce n’est pas l’animation trépidante des gens qui vont et viennent dans les bals du Carnaval, les parades des rues et les places publiques ? C’est la marche, cet immense rituel permanent de personnes qui se déplacent à travers les espaces urbains, détachés de leurs sens et de leurs soucis quotidiens. La marche est l’âme de la célébration. La ville est divisée en milliers de petits « villages » constitués par les troupes du Carnaval, les clubs, les écoles de samba, les trios elétricos, les groupes indépendants et les bars bondés. La pólis, la cité, devient un espace multiple avec un nouvel ordre esthétique, social et moral. Globalement, il s’agit d’un rite sans propriétaire, à l’exception des parades de rues à São Paulo et Rio de Janeiro, où les intérêts des chaînes de télévision et des banquiers des jeux de hasard (comme le jogo do bicho, une loterie clandestine très populaire, qui brasse des millions de dollars) qui soutiennent les écoles de samba ont créé un ordre rigide et complexe dans les parades. L’espace physique lui-même a été cristallisé dans des lieux bétonnés appelés sambódromos, avec des terrasses et boxes pour les spectateurs et tout un impressionnant attirail technique destiné aux médias et à la presse.

Mais cette activité festive, ce « nouvel » ordre social prôné par Bakhtin, ne convainc pas Umberto Eco. Pour lui, « Quelque chose sonne faux dans la théorie de la carnivalisation cosmique en tant que libéralisation globale. Il y a un côté diabolique dans l’attraction du carnaval cosmique-comique… la comédie et le carnaval ne sont pas réellement des facteurs de transgression, au contraire, ils représentent des exemples clairs de l’application de la loi. Ils nous rappellent l’existence des règles. »5 (Eco, 1989, 12 et 16) .

III Les chiffres des festivités

Qu’il s’agisse d’une transgression totale ou d’un interlude accordé par les détenteurs du pouvoir, le Carnaval implique de très nombreuses personnes au Brésil. Si l’on considère les chiffres sur la préparation des manifestations du Carnaval, ce qui ressort nettement, c’est la proportion et l’échelle des calculs réalisés sur le nombre de participants, le budget, le nombre de véhicules dans les rues et le nombre d’heures passées dans les parades. Au classement des arrivées internationales, le Brésil compte seulement deux millions de personnes, sur les cinq millions annuels de touristes internationaux. Néanmoins, le tourisme national demeure bien développé et compte des millions de personnes. Même en se basant sur ces données partielles, on peut observer que le secteur du tourisme national du Brésil est assez représentatif. Malgré sa faible projection sur le tourisme international, le Carnaval brésilien constitue la période de l’année qui attire le plus de visiteurs étrangers. Pourtant, c’est le touriste intérieur qui reste définitivement emporté par une convulsion nomade.

Le Brésil est le cinquième plus grand pays au monde (après la Russie, le Canada, la Chine et les États-Unis d’Amérique), avec une superficie de plus de huit millions de kilomètres carrés. Lorsque l’on considère les voyages à l’intérieur des frontières brésiliennes, on peut évoquer un vol de quatre heures et demi du nord au sud, à savoir, la distance équivalente entre New York et San Francisco. Essayez d’imaginer quelqu’un qui traverserait de telles distances sur le continent, y compris des distances considérées comme courtes (de 100 à 400 km), en voiture. Ainsi, à São Paulo, l’état le plus important de la fédération en termes économiques (le Brésil compte 26 états plus un district fédéral autour de Brasilia, la capitale du pays), dont la participation au PNB est de 38%, où les principales villes, comme Ribeirão Preto, sont à 400 kilomètres de la mer, ce qui représente une zone privilégiée pour les pèlerinages touristiques en été. Le flux de véhicules prévu sur les routes de l’état de São Paulo uniquement, durant la période de Carnaval, révèle partiellement la taille des célébrations : sur les 13 autoroutes principales de l’état de São Paulo, le nombre de véhicules estimé avoisine les 2,5 millions.6

Ce qui signifie que plus de deux millions de véhicules circulent dans l’état de São Paulo en période de Carnaval, en direction des plages ou des villes situées à l’intérieur des terres, dans lesquelles on peut trouver des fermes de toutes tailles, des stations touristiques et des endroits moins bruyants pour ceux et celles qui souhaitent échapper à la turbulence du Carnaval. Une partie de l’armée et l’ensemble des forces de police sont prêtes à guider et protéger les gens sur les routes et dans les rues au cours des festivités. Le plus grand danger réside dans les accidents de la route provoqués par des chauffards sous l’emprise de l’alcool ou de la drogue. 

Le Ministère de la Santé distribue près de 3 millions de préservatifs dans tout le pays durant le Carnaval.

C’est à Rio de Janeiro que le spectacle affiche l’une de ses caractéristiques les plus marquées : la parade des écoles de samba. La samba est un style musical qui s’est développé à Rio grâce à l’influence des noirs américains arrivés dans le pays en tant qu’esclaves, pour travailler dans les plantations du Brésil. En 1838, le mot samba est apparu pour la première fois dans le magazine Carapuceiro, de l’état du Pernambuco, comportant une connotation critique sur ce que les blancs considéraient comme les coutumes dépravées des populations noires, comme le candomblé, une religion Afro-Brésilienne, la capoeira, ou danse de combat, et la samba. À la même époque, la culture blanche officielle dominante voyait les différents types de musiques et de danses introduites au Brésil par les populations noires comme une seule et unique chose, couvrant la région qui s’étend de l’état du Maranhão, au nord-est du pays, à l’état de São Paulo, dans le sud-est. Tout un éventail de manifestations culturelles variées, comme le tambor da mina e da crioula de l’état du Maranhão, le milindô du Piauí, le bimbelô du Rio Grande do Norte, les variations du cóco issues du Nordeste (la région nord-est du Brésil), le samba-de-roda et le bate-baú de l’état de Bahia, le jongo provenant des états d’Espírito Santo, de Rio de Janeiro et du Minas Gerais, le partido alto et le lundu de Rio de Janeiro, la samba rurale et la samba de lenço de l’état de São Paulo7 (Cabral, 1996, p, 19). Tous ces styles ont, d’une manière générale, été regroupés sous le terme samba. Le rythme et les mouvements de la samba carioca (celle de Rio de Janeiro) ont une histoire spécifique. Les classes les plus pauvres, noirs et blanches, qui vivaient dans les collines et les faubourgs de Rio de Janeiro au siècle dernier n’ont pas seulement créé un nouveau genre musical, mais également toute une culture complexe et variée. Dans les années 1920, la samba se définissait déjà comme un style de musique très particulier, et toute une génération de compositeurs s’est mise à produire un son qui allait se déverser dans les rues, avant de s’exporter sur les écrans de télévision du monde entier. Ils s’appelaient José Barbosa da Silva, alias Sinhô (1888-1930), José Luís de Moraes, dit le Caninha (1883-1961), Ernesto dos Santos, le Donga (1889-1974), Alfredo da Rocha Viana Filho, le Pixinguinha (1897-1973), Ruben de Maia Barcelos (1904-1027), Alcebíades Barcelos, le Bide (1902-1975) et bien d’autres. Ils ont donné naissance à la samba de terreiro8, qui devînt le thème musical des écoles de samba dans les parades de rues (et fait déjà l’objet de pressions commerciales de la part de la production artistique des parades) et qui, à l’heure actuelle, s’est perdu dans un amalgame post-moderne en partageant sa place au classement musical avec les rythmes plus à la mode importés d’autres régions du Brésil ou du monde, comme les Caraïbes.

La structure des parades de rues à Rio de Janeiro est devenue de plus en plus complexe au fil des ans. En 1932, l’année de la première parade officielle du Carnaval, seules quatre écoles de samba y ont participé (Estação Primeira, Vai Como Pode, Para o Ano Sai Melhor et Unidos da Tijuca). En 1934, la parade s’est déroulée sur deux sites différents et comptait huit écoles. En 1940, 18 écoles ont paradé « sur l’avenue »9. En 1950, il y avait trois parades différentes, avec 36 écoles y participant. En 1960, les parades étaient divisées en trois groupes distincts, selon leur taille et leur niveau de professionnalisme, et rassemblaient un total de 44 écoles. En 1980, il y eut quatre groupes, avec 35 écoles. En 1984, des changements sont survenus dans la parade du Carnaval de Rio de Janeiro avec l’ouverture du Sambódromo (un terrain de défilé) sur l’avenue Marquês de Sapucaí. L’idée du Sambódromo est due à Darcy Ribeiro, un célèbre anthropologue Brésilien, qui était alors vice-gouverneur de l’état de Rio de Janeiro. En 1996, la parade fut divisée en six catégories (la plus importante est connue sous le nom de Catégorie Spéciale, puis viennent les groupes A, B, C, D et E), avec un total de 70 écoles de samba. Cette expansion eut des effets secondaires inattendus. « Les écoles de samba se multipliaient avec frénésie, et même leurs propres thèmes musicaux – les samba-enredos – ne parvenaient plus à suivre. Il devenait nécessaire d’accélérer le rythme des pas et même de changer les rythmes des samba-enredos en rythmes de marche, afin de permettre à près de 5000 participants de défiler le long du Sambódromo en 80 minutes. Les groupes ont dû s’adapter à un rythme musical plus rapide et au bout du compte, ils sont devenus quasiment identiques, comme s’il n’y avait plus qu’un seul groupe pour toutes les écoles. » (Cabral, 1996, p.234)10.

Parallèlement aux banquiers des jeux de hasard, la Liesa (le Syndicat des Écoles de sambas) a appris à négocier avec les chefs d’entreprise, et sur les 16 écoles classées dans la Catégorie Spéciale, six seulement dépendent encore entièrement des bookmakers. Le coût de la parade est rien moins que faible, comme le montrent ci-dessous les chiffres de Carnaval brésilien de 1997 (pour les écoles de samba de la ville de Rio de Janeiro) :

École de samba
Coût en US$
  • Mocidade Independente
  • Imperatriz Leopoldinense
  • Beija Flor de Nilópolis
  • Estação Primeira da Mangueira
  • Acadêmicos do Salgueiro
  • Império Serrano
  • Vila Isabel
  • Portela
  • Porto de Pedra
  • Estácio
  • Grande Rio
  • União da Ilha
  • Viradouro
  • Unidos da Tijuca
  • Acadêmicos de Santa Cruz
  • Acadêmicos da Rocinha
1 million
1,5 million
1,3 million
1,5 million
1,2 million
1,2 million
600 000
1,2 million
800 000
400 000
900 000
500 000
900 000
1 million
1,2 million
700 000
Total
15,9 million
Source : Journal Folha de São Paulo, Fév/02/1997.

À Manaus, capitale de l’état d’Amazonas, 40.000 personnes se rassemblent à l’auditorium de Ponta Negra, sur les bords du fleuve, au son du rythme régional appelé Boi-Bumbá, un mélange de samba et de pagode.

À Olinda (dans l’état du Pernambuco), le centre historique de la ville est entièrement paralysé durant toute la semaine du Carnaval. Le mardi, une cérémonie typique exhibe 70 mannequins géants qui, avec les groupes frevo, les danseurs et les clowns, font la joie des amoureux du Carnaval, appelés foliões, durant de nombreuses heures. Bien d’autres troupes carnavalesques, autrement dit, des groupes qui ne font pas partie du programme officiel du carnaval d’Olinda, vont dans les rues et arrosent les passants avec du savon, de la boue ou du jus de mangue, et portent même des symboles érotiques ou ridicules, comme des doigts tendus, des portes ou des morceaux de corde. Il n’est pas nécessaire de procéder à une analyse anthropologique très poussée pour réaliser que toutes ces choses n’ont aucune signification mythique ou hermétique, mais sont simplement des références humoristiques absurdes, le fameux non-sens, ou « foutaises ». Quelque 250 groupes ont pris part aux festivités du carnaval pernambucano, répartis entre Olinda et une vingtaine d’autres villes au cours du lundi, dédié au maracatu, une danse aux influences africaines et indigènes. Le moment le plus marquant fut le samedi, à Recife, où 37 trios elétricos se sont rassemblés autour d’un million de personnes dès cinq heures du matin, après la troupe traditionnelle Galo da Madrugada. Sur une succession de rythmes de frevo, samba, axé-music, boca da garrafa, tchan et maracatu, les festivités se sont poursuivies tout au long de la journée, jusqu’en fin d’après-midi. Elles ont duré onze heures, en un véritable marathon qui s’est étendu sur une grande partie du centre ville, les ponts et les canaux de Recife, d’où les petits bateaux suivaient le défilé du Carnaval.

À Salvador, l’un des principaux centres de la culture noire au Brésil, les premières heures du Mercredi des Cendres ont été secouées par la présence de 50.000 personnes rassemblées autour du trio elétrico sur la place Castro Alves. Le trio elétrico, tel un bateau navigant sur une marée humaine, avec de nombreux effets de lumière et un son puissant très clair de plusieurs centaines de décibels, joue un rythme contagieux. Les foules dansent autour du camion et, parfois, les trios elétricos organisent leur procession de manière à ce que chacun porte leur propre abadá, une sorte de T-shirt coloré avec leur logo, dans un espace limité par des cordes et surveillé par un personnel de sécurité, spécialement recruté pour dégager un chemin dans la foule et veiller à ce qu’aucun non-membre n’entre dans l’espace réservé.

Il y a quelques années, à Rio de Janeiro, l’importance attachée au côté fou du Carnaval avait atteint un tel point que plusieurs patients de l’hôpital psychiatrique Pinel avaient été conviés à la parade, en tant que membres de l’école de samba Unidos do Porto da Pedra qui faisait partie de la Catégorie Spéciale. L’école avait adopté le thème « Chaque personne atteinte de folie avec sa propre manie » (Cada louco com a sua mania) et avait proposé un voyage dans l’inconscient, rendant hommage à plusieurs fous célèbres de l’Histoire, comme Napoléon, Don Quichote, Raul Seixas (un chanteur Brésilien), Dona Maria a Louca (une reine Portugaise), Freud et Nijinski. Comme à l’habitude, des femmes magnifiques (et presque nues) conservaient leur place au sein de la parade. Les seules restrictions concernaient la nudité frontale ou les organes sexuels découverts. Artistes, sportifs, humoristes, écrivains ou patrons d’entreprise du monde du divertissement, comme Beto Carreiro, ont également participé à la plus grande parade des écoles de samba du Brésil.

Un autre fait marquant de la transgression sexuelle du Carnaval a été renforcé à Rio de Janeiro. Le treizième bal Carmen Miranda, dans les rues d’Ipanema, rassemblait gays, drag-queens, travestis, bimbos, lesbiennes et d’autres gens ayant sympathisé avec ces groupes. L’attrait sexuel a littéralement explosé dans les festivités à travers le pays, et dans certains lieux et certaines villes, les limites entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas ont tendance à disparaître. Dans certaines boîtes de nuits ou ruelles sombres, tout vous est permis. C’est ce qui a donné lieu au stéréotype du Carnaval brésilien, devenu une sorte de Sodome et Gomorrhe, aux nombreuses couleurs et fantasmes. En réalité, la liberté sexuelle est cantonnée à certains lieux de certaines villes. Dans le reste du pays, le défilé du Carnaval s’exprime par la danse, la bière et la bonne humeur. Dans les régions plus éloignées des côtes, notamment dans les villes plus petites ou de taille moyenne, le Carnaval est plutôt paisible, d’une ambiance plus familiale. Il est courant de voir adultes, enfants et adolescents prendre part ensemble aux danses organisées dans les boîtes de nuit, les petites fermes ou les hôtels. Cependant, ce que les médias reprennent largement, c’est cette atmosphère intense et de joie incontrôlée liée aux festivités des grandes villes.

IV – Les bénéfices

Au Brésil, on a coutume de dire que l’année ne commence qu’après le Carnaval, et que le pays s’arrête pendant cinq jours, ce qui provoque une baisse significative du PNB. Ce concept de paralysie économique ne s’appuie pas sur des chiffres car, d’après les calculs, le Carnaval brasse un milliard de dollars. Ces calculs ont été effectués par le plus grand journal du pays, le Folha de São Paulo, et présentent un registre financier des festivités du Carnaval. La répartition des finances est indiquée ci-dessous.

Secteur
Profits en US$
  • Tourisme
    • Transport aérien
    • Hôtels

100 millions
67,2 millions
  • Industrie
    • Brasserie
    • Boissons non alcoolisées

200 millions
155,4 millions
  • Parades (Rio de Janeiro)
    • Costumes
    • Tickets pour les parades

19,8 millions
12 millions
  • Parades (Salvador)
    • Costumes
    • Recettes liées aux touristes

12 millions
115 millions
  • Parades (São Paulo)
    • Costumes et tickets

20 millions
  • Diffusion TV
    • Globo et Manchete (Rio)

2,4 millions
  • Publicité (boissons uniquement)
4,5 millions
  • Accessoires pour les costumes
278 millions
Total
986,3 millions
 Source: Newspaper Folha de São Paulo, Feb/02/1997, p.2-7

Toutefois, les calculs demeurent subjectifs et ne représentent pas la totalité de l’argent qui circule réellement durant le Carnaval. Par exemple, ce total ne tient pas compte des dépenses réalisées par les touristes étrangers au Brésil, ni des bénéfices réalisés par la vente de l’un des articles les plus prisés en cette période de festivités : les préservatifs. Ce chiffre exclut également l’argent lié aux activités économiques illégales (comme le trafic de drogue) et semi-légales (la prostitution), les activités liées indirectement au Carnaval (pharmacies, magasin de vêtements, restaurants, stations-services, etc.) ou la fraude fiscale et l’économie clandestine. Sur les 300.000 chambres d’hôtel réparties sur l’ensemble du Brésil, 240.000 ont été occupées durant le Carnaval de 1997, d’après l’association brésilienne de l’industrie hôtelière (la ABIH, Associação Brasileira da Indústria de Hotéis), générant ainsi un pourcentage maximal de 80%. Étant donné que le prix moyen d’une nuitée est de 70,00 USD, les hôtels ont réalisé près de 67,2 millions de dollars américains.

Les experts de l’institut de recherche en économie (le FIPE, Fundação Instituto de Pesquisas Econômicas) ont déclaré que le pays ne s’arrête pas réellement en période de Carnaval. En effet, si certains secteurs d’activité s’arrêtent, d’autres continuent de fonctionner, créant ainsi une sorte de courant compensateur assuré par le secteur tertiaire de l’économie. Le Brésil n’a toujours pas de réseau intégré d’informations et de données statistiques qui permette d’évaluer de manière plus rigoureuse l’économie nationale, et de nombreuses petites entreprises ou travailleurs occasionnels ne paient pas de taxes ou mentent sur leurs bénéfices afin de tromper les contrôleurs des impôts. De tels écarts d’information, associés à l’économie parallèle ou clandestine, brouillent les chiffres officiels sur les bénéfices et les investissements inhérents, et conduisent à sous-estimer le réel impact du Carnaval sur l’économie. Malgré tout, on observe qu’une telle influence sur l’économie ne peut être ignorée, car elle représente un surplus de consommation au cours de l’été.

Le Brésil a connu plusieurs changements depuis sa complète re-démocratisation de 1990. Il a rejoint progressivement l’économie mondiale, et a stabilisé sa vie économique intérieure depuis 1993. Ces changements garantissent une approche plus prudente des chiffres financiers et de l’organisation de ses activités productives, y compris les festivités populaires. Par exemple, d’aucuns peuvent observer les foules qui sautent et chantent derrière les trios elétricos dans les principales villes de la région Nord-Est et s’imaginer que cela représente le chaos total, mais ils se tromperaient du tout au tout. Les défilés de trios elétricos dans les villes de Natal, Salvador ou Recife sont l’une des manifestations les mieux organisées de la fête. Il est évident que la logistique d’organisation, les méthodes de contrôle ou le style professionnel du Carnaval n’ont rien à voir avec ceux des grands centres touristiques, comme les parcs à thème de Floride, par exemple. Néanmoins, la planification stratégique et les tactiques déployées lors du Carnaval brésilien atteignent des niveaux de sophistication très élevés. Les méthodes et l’organisation peuvent permettre également de calculer les bénéfices. Les gens de Bahia ont fait des calculs très précis. Là-bas, le Carnaval génère des bénéfices qui se montent à 100 millions de dollars en une semaine, emploie 50.000 personnes et fait travailler des milliers de petites entreprises durant toute l’année. Le Carnaval sert également de sorte de terrain d’essai pour les nouvelles tendances musicales et les nouveaux artistes, qui continuent de rapporter de l’argent au cours des mois qui suivent les festivités. La ville de Salvador elle-même, la capitale de Bahia, a accueilli 100.000 touristes provenant des autres états brésiliens ou de l’étranger, sans parler des autres destinations importantes de l’état de Bahia, comme Porto Seguro et Ilhéus. Les hôtels ont connu un taux d’occupation de 100% et les distributeurs de bière ont vendu cinq millions de litres en cinq jours à Salvador.

Les trios elétricos, qui marquent le début du Carnaval dans la région du Nord-Est, symbolisent la structure requise pour motiver les foules. Chacun de ces groupes musicaux coûte près d’un million de dollars. La moitié de cette somme couvre le coût du camion et de l’équipement audio. L’autre moitié est répartie entre les cachets des artistes et des musiciens qui dirigent le spectacle du haut de leur camion, les salaires de quelque 300 membres du personnel de sécurité, et l’infrastructure qui permet d’assurer les services au public, comme les soins médicaux, les toilettes et les buvettes où se vendent nourriture et boisson. D’un autre côté, les bénéfices réalisés par chaque trio elétrico peuvent atteindre trois millions de dollars avec la vente des costumes (les abadás) et les apparitions des sponsors. Une abadá coûte entre 150 et 400 USD.

La ville de Porto Seguro, située à 730 km au sud de Salvador, est un vaste territoire libre dédié aux vacances et aux loisirs tout au long de l’année, mais qui se transforme en un paradis peuplé d’hédonistes durant le Carnaval. Des milliers de personnes se rassemblent autour de la ville de Porto Seguro et dans les villages voisins d’Arraial d’Ajuda et de Trancoso, face à l’océan Atlantique. Les divertissements s’étirent le long de la fameuse Passarela do Álcool (la passerelle de l’alcool), une rue remplie de petits bars dans le centre de Porto Seguro, ainsi que dans les boîtes de nuits où chacun peut apprendre à danser sur les rythmes locaux, et sur les plages, où est organisée une sorte de «luau » (fête carioca). Ce dernier est inspiré d’une tradition polynésienne mais a été adapté à l’atmosphère de Bahia, agrémenté de quelques touches couleur locale, comme les « batidas de pinga » (les boissons à base de sucre de canne) avec des fruits de la région, avec sexe et marijuana à profusion, venue de la région du Nord-Est, considérée par les spécialistes comme la meilleure de toute l’Amérique Latine. Ce « territoire libre » est toléré par les autorités locales et demeure possible grâce à une organisation interne qui tente de satisfaire aux besoins en matière de sécurité et de bien-être des visiteurs. On a constaté de menus larcins lors de la dernière saison, mais la communauté locale tente d’empêcher ce type d’abus, afin de s’assurer la pérennité du flux de touristes et des revenus qu’ils représentent. Porto Seguro n’a pas été planifiée pour devenir une station touristique, et il est donc courant de rencontrer des problèmes tels qu’une pénurie d’eau ou des embouteillages en période de vacances, et surtout pendant le Carnaval. Mais tous ceux qui s’y rendent savent très bien à quoi s’en tenir, qu’il s’agit d’un lieu à part sur la côte et que l’on ne peut s’arrêter à ces quelques désagréments, somme toute mineurs. C’est l’un des rares cas de tourisme de masse non planifié entretenu par son propre style. Pourtant, la ville a atteint les limites de sa capacité d’occupation et certains indicateurs dénotent une baisse de la qualité des services et signalent une décadence à venir si des mesures concernant l’infrastructure et le contrôle du flux touristique ne sont pas rapidement prises. Il n’est plus possible de compter sur les innombrables petites pensions de famille, les pousadas, les bars, les restaurants et les night-clubs, ni de continuer avec les vendeurs ambulants et les stands de nourriture dans les rues sans établir un contrôle strict des conditions sanitaires, du respect de l’environnement et des monuments historiques, de la sécurité des visites sur terre ou en mer, de la planification urbaine et de la répartition du flux touristique tout au long de l’année afin de prévenir la dégradation de la région. Il pourrait se produire une sur-exploitation de la région, susceptible d’entraîner un vieillissement et une aggravation précoces de l’environnement et des attractions touristiques, comme l’a analysé John Urry dans : « The tourist gaze ». Si le cas se produit, les bénéfices de plusieurs saisons touristiques florissantes ne suffiront pas à garantir l’entretien de la région et le futur développement des zones inoccupées, si utiles à l’industrie du tourisme.

Les bénéfices générés par le Carnaval ne s’arrêtent pas au Mercredi des Cendres. Durant toute l’année, des week-ends sont organisés autour de festivités particulières, des représentations de trios elétricos et de troupes de carnaval sont données lors de manifestations officielles et professionnelles, des voyages sont organisés à travers le Brésil afin de commercialiser les nouveautés relatives au Carnaval dans tous les états, et la toute dernière marotte nationale : le Carnaval hors-saison, programmé en différents mois du calendrier. En fait, l’industrie des festivités populaires s’est considérablement développée dans le pays. Il y a le Carnaval en février. Il y a les fêtes de la bière en octobre, à forte influence germanique (Oktoberfest) dans l’état de Santa Catarina, au sud du Brésil. Toujours dans cette région, à la même époque, ont lieu d’autres festivités telles que la Marejada, d’influence portugaise, la Festa do Marreco (fête de l’oie) et la Festa da Maçã (celle de la pomme), ainsi que d’autres nouveautés qui surviennent chaque année. Le Carnaval hors-saison peut se dérouler en juillet ou en décembre, selon les décisions locales prises à São Paulo, Brasilia, Rio Grande do Norte ou Bahia. En juin, on retrouve les festivités typiques de Santo Antonio (Saint Antoine) et de São João (Saint Jean), qui rassemblent d’importantes foules, notamment dans le Pernambuco. Au mois d’octobre, pas moins de douze fêtes sont organisées dans l’état de Santa Catarina (Octoberfest est l’une d’entre elles ; la seconde plus importante au monde, après l’Allemagne) qui est une région à forte influence germanique, portugaise et italienne. Ces célébrations ont conféré progressivement au Brésil une certaine expérience dans l’organisation des manifestations de masse. Au même titre que les évènements sportifs, comme le football qui est le jeu national, le pays acquiert peu à peu le savoir-faire pour planifier, articuler, promouvoir et organiser les évènements majeurs. L’arrivée des parcs d’attraction aquatiques et des parcs à thèmes au Brésil va probablement contribuer au développement des technologies, des méthodes organisationnelles et des capacités administratives permettant de gérer le tourisme de masse.

Conclusion

Du bal aristocratique Gala au Copacabana Palace Hotel de Rio rassemblant quelque 850 célébrités ou du bal de l’Ilha Porchat Club sur la côte de l’état de São Paulo, rassemblant 17.000 personnes, en passant par l’anonymat des personnes de toutes origines défilant dans les rues, le Carnaval implique des millions de personnes et de dollars, des milliers de mètres de bande vidéo pour les principales chaînes de télévision et des centaines de pages dans les journaux et les magazines, montrant ce qui se passe au pays de la joie de vivre. Ce n’est pas vraiment une fête démocratique, ni la célébration d’un retournement social, mais c’est la fête nationale la plus importante. Les riches et les puissants savent très bien où est leur place, y compris durant le Carnaval, et les pauvres se comportent comme des rois uniquement en tant que participants, « à titre exceptionnel », en jouant des rôles prédéfinis. La classe moyenne se sent un peu plus libre, et la société tolère le libertinage et les changements significatifs des coutumes sociales, mais pour quelques jours seulement. Humberto Eco avait probablement raison de souligner que le comique n’est pas révolutionnaire, et que seul l’humour est susceptible d’inquiéter le pouvoir en place. Et pourtant, à l’intérieur du divertissement comique du Carnaval, il y a une place pour l’humour. Les religieux orthodoxes, les moralistes socialistes et les partisans de la répression sont dérangés par les masses descendues des collines, des banlieues et des faubourgs mieux lotis et plus proches, vers les places publiques et les avenues des centres villes. L’enthousiasme débordant lié au Carnaval n’est pas un phénomène inconnu dans le mode de vie des Brésiliens. Les matchs de football, certaines manifestations politiques, les enterrements de personnes célèbres (citons par exemple celui d’Airton Senna, à São Paulo ), les week-ends à la plage, les marchés et les longs embouteillages dans les grandes villes ou sur les routes, montrent toujours les mêmes personnes en mouvement, qui vivent et font partie de la société. Leur action peut paraître organisée ou chaotique, collective ou individualiste, joyeuse ou plus sérieuse selon les occasions, mais elle est immanquablement marquée par une spontanéité existentielle. Dans son analyse des Brésiliens, Darcy Ribeiro, un idéaliste, a déclaré « La vérité, c’est que nous sommes une nouvelle Rome. Une Rome tardive et tropicale. Le Brésil est la plus grande des nations latines, de par sa population, et commence également à se faire connaître pour sa créativité artistique et culturelle. Il devient urgent désormais que le Brésil se fasse également connaître dans le domaine de la technologie de la civilisation du futur, afin de devenir un pouvoir économique, d’un progrès autosuffisant. » ( Ribeiro 1995, pp 454-455)11.

Durant le Carnaval, ce qui est exprimé sur les places, dans les boîtes de nuit, dans les rues et sur les plages, c’est la matérialisation des rêves, de ce qui bouillonne dans l’imaginaire des gens sur ce qui s’échappe par les fissures de la répression, chapeauté par la culture et la civilisation. Qu’il s’agisse ou non d’une célébration contestataire, le Carnaval est un moment privilégié au cours duquel la société s’effraie et s’amuse à la fois. Apollon fait place à Dionysos, et les rites chrétiens se transforment en rituels païens, des plus antiques aux plus modernes, tout cela sous couvert de la sophistication technologique, de l’esthétique et des comportements tribaux contemporains. Le Carnaval est une véritable fête nationale, célébrée par des milliers de sous-groupes dans plus de cinq mille villes de toutes tailles qui constituent l’organisation politique du pays. Il est difficile, voire impossible, d’en couvrir tous les aspects et caractéristiques. L’organisation socioculturelle complexe du pays passe par d’autres modifications au cours du Carnaval et affiche son caractère pluraliste, avec plusieurs niveaux d’interprétation possibles, l’un après l’autre, par un Carnaval qui est à la fois épistémologique et anthropologique. À l’instar du mystérieux Torotumbo, décrit par Miguel Angél Astúrias, le Carnaval – ou mieux, les Carnavals prennent les villes d’assaut et se répandent en rites colorés et en orgies. La plus existentielle des festivités brésiliennes est ponctuée par une date sur le calendrier, une référence déguisée au sein de la société et, parce qu’elle est tellement chargée de signification, elle devient également importante d’un point de vue économique pour le pays. Les gens, captivés par une telle situation, se sentent reconnaissants et admettent leur propre mérite dans ce processus. 

E um dia, afinal
Tinham direito a uma alegria fugaz,
Uma ofegante epidemia
Que se chamava carnaval
Palmas para ala dos barões famintos
O bloco dos napoleões retintos
E os pigmeus do bulevar,
Meu Deus, vem olhar
Vem ver de perto uma cidade a cantar
A Evolução da liberdade
Até o dia clarear.

Francis Hime – Chico Buarque, 198412

 

References

BAKHTIN, M. 1987. A Cultura Popular na Idade Média e no Renascimento.
São Paulo: Hucitec ; Brasilia, Universidade de Brasilia

BUARQUE, Chico. 1989 Letra e música 1
São paulo: Companhia das Letras

CABRAL, S. 1996. As escolas de samba do Rio de Janeiro
Rio de Janeiro: Almir Chediak

ECO, Umberto. 1989. Carnaval
México : Fondo de Cultura Económica

MATTA, Roberto da. 1979 Carnaval, malandros e hérois
Rio de Janeiro : Zahar

PERRONE, Charles A. ; DUNN, Christopher ; 2002 Brazilian popular Music & Globalization. New York : Routledge.

RIBEIRO, Darcy. 1995 O povo brasileiro
São Paulo : Companhia das Letras

Notes

1 Traduit en anglais depuis la version portugaise par Douglas Altamiro Consolo. Retour texte

2 Une samba populaire va défiler dans cette avenue

Tous les pavés
De la vieille cité
Vont trembler dans la nuit
En se rappelant
Que des sambas immortelles les ont parcourus auparavant
Qu’ici nos pieds ont saigné
Qu’ici nos ancêtres ont dansé la samba
(Traduction des paroles de « Vai Passar », de Francis Hime et Chico Buarque, 1984.) Retour texte

3 « La couleur de mon rythme a la nuance et le son de ma voix,
L’éclat de ma chanson a le don, l’expression de ma couleur. »

 (Traduction d’une chanson de Chico da Silva.) Retour texte

4 Groupes de musiciens du carnaval, qui jouent sur les camions équipés d’instruments de musique, de micros et de haut-parleurs. Ces camions parcourent les rues, suivis des foules dansantes. Retour texte

5 Traduit du portugais : « Algo está mal com a teoria da carnavalização cósmica como a liberação global. Há um truque diabólico em apelar ao carnaval cósmico-cômico.... a comédia e o carnaval não são instâncias reais de transgressão, ao contrário, representam claros exemplos de reforço da lei. Nos recordam da existência da regra. » Retour texte

6 Voir : « Dado a inexistência de controles administrativos dos deslocamentos das pessoas que não ultrapassam as fronteiras internacionais do Brasil, consideram-se as estatísticas do movimento interno de passageiros como apenas indicadores do comportamento dos fluxos turísticos internos. »  Retour texte

7 Traduit du portugais : « O tambor da mina e da crioula do Maranhão, o milindô do Piauí, o bimbelô do Rio Grande do Norte, as variedades de coco de todo o Nordeste, o samba-de-roda e o bate-baú da Bahia, o jongo do Espírito Santo, do Rio de Janeiro e de Minas Gerais, o partido alto e o lundu cariocas e o samba rual e samba de lenço de São Paulo. » Retour texte

8 Terreiro est un haut lieu de culte de la macumba, un rite religieux afro-brésilien. Retour texte

9 Dans le contexte du Carnaval, l’expression « sur l’avenue » (na avenida, en portugais) signifie participer aux parades de rues du Carnaval, ce qui implique généralement de se joindre à une école de samba et de concourir pour le prix de la meilleure école de samba, le meilleur thème musical, les meilleurs costumes, danses, etc. Retour texte

10 Traduit du portugais : « As escolas de samba sofreram uma inchação assustadora e nem o samba-enredo aguentou. Foi preciso acelerar o seu andamento e até alterar o ritmo para o da marcha, a fim de que quase 5.000 pessoas façam (sic) o seu desfile (na passarela do sambódromo) em 80 minutos. As baterias tiveram que se adaptar à correria da música... e ficaram todas muito parecidas, como se houvesse uma só bateria para todas as escolas. » Retour texte

11 Traduit du portugais : « A verdade é que somos uma nova Roma. Uma Roma tardias e tropical. O Brazil é a maior das nações neolatinas, pela magnitude populacional, e começa a sê-lo também por sua criatividade artística e cultural. Precisa agora sê-lo no domínio da tecnologia da futura civilização, para se fazer uma potência econômica, de progresso auto-sustentado. » Retour texte

12 Et un jour, enfin
Ils eurent droit à un moment de joie,
Comme une épidémie haletante
Appelée Carnaval.

Bravo ! pour les barons affamés
Pour ces troupes de Napoléons colorés,
Et pour ces pygmées des boulevards…
Mon Dieu, penche-toi et voie,
Penche-toi et voie de plus près, cette cité qui chante
L’évolution de la Liberté
Jusqu’à la nuit tombée.

(Traduit des paroles de Francis Hime et Chico Buarque, 1984) Retour texte

haut de page