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Héritage culturel et retour aux origines : la notion d’identité culturelle doit-elle être redéfinie à mesure que le monde se rétrécit ?

Frans SCHOUTEN - Professeur à l'Institut Néerlandais du Tourisme et des Transports, Amsterdam, Pays-Bas

 

Il y a quelque temps, j’ai assisté à une conférence sur le tourisme culturel en Afrique. On pouvait y entendre les habituelles idées fausses émises en ces occasions, notamment le fait que le Tourisme culturel apporterait à la destination davantage de revenus et moins de visiteurs et qu’il représentait le marché à la croissance la plus rapide du secteur du développement touristique. Cette dernière affirmation peut s’avérer exacte, mais elle dépend cependant de la manière dont vous définissez le tourisme culturel. Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un non-sens. Si la croissance touche à la fois une niche et le marché principal, la différence ne fera que s’accentuer, même si la croissance de la niche est plus rapide. Si le tourisme culturel représente 20% du marché, qu’il augmente de 100% en 5 ans et que les formes traditionnelles de tourisme (80%) augmentent de 50% sur la même période, en fin de compte, le volume de la demande pour les formes traditionnelles de tourisme sur 5 ans sera plus important que la demande de tourisme culturel. De plus, le tourisme culturel est difficile à définir et il ne s’agit pas d’un marché unique. Il s’apparente davantage à un continuum de rencontres occasionnelles et de phénomènes culturels qu’à une prise de décision intentionnelle basée sur des préférences culturelles. Il est probable que seuls quelques touristes se considèrent comme des « touristes culturel » et la totalité de ce concept a peut-être pris forme sur le tableau noir de scientifiques à la recherche d’étiquettes destinées à catégoriser des phénomènes. Nous avons mené une petite enquête dans la ville historique hollandaise de Haarlem et interrogé des touristes et visiteurs d’un jour. Aucun d’entre eux ne se considérait comme un touriste culturel. Nous les avons cependant questionnés sur le type d’activités auxquelles ils participaient et voici quelle a été leur réponse : regarder ces jolies maisons anciennes, faire les magasins, boire un café ou déjeuner dans une auberge douillette d’autrefois. Ils avaient visité l’église et s’étaient assis pour écouter quelqu’un s’exercer au grand orgue (expérience considérée comme assez forte), et la plupart d’entre eux prévoyait de visiter un musée dans le courant de l’après-midi. Ils ne se considéraient pourtant pas comme des touristes culturels.

Au cours de la conférence mentionnée plus haut, un chercheur impliqué dans un projet de développement du tourisme culturel dans une communauté tribale a fièrement annoncé qu’au cours de la visite du village de la tribu, il était prévu que les touristes assistent à la circoncision rituelle d’un jeune garçon. Une telle annonce soulève bien des questions, notamment sur le risque de se retrouver à cours de jeunes garçons en pleine saison ou sur le nombre de circoncisions possibles sur une seule personne. Plus sérieusement, y a-t-il des limites à ce que l’on peut exposer à des yeux étrangers ? Toutefois, la question essentielle est de savoir qui demande un tel produit ? L’hypothèse sous-jacente est que les touristes recherchent une expérience « authentique ». Cela est sans doute vrai, mais ce concept est encore moins bien défini que le tourisme culturel lui-même. Les travaux classiques de McCannell (1979) sur l’authenticité mise en scène et son concept de zones « front stage » (sur scène) et « back stage » (en coulisse) a conduit certaines personnes de notre profession à penser que la mise en scène était un mauvais concept. Elle revient à dégrader les cultures d’origine et avec le temps, à diminuer les valeurs culturelles qui lui sont associées. Le même problème survient lorsque l’on permet à des étrangers d’entrer dans l’espace le plus privé et sacré d’une personne, comme dans l’exemple de la circoncision cité plus haut. Mais ce domaine est très nuancé et la ligne qui sépare l’espace public de l’espace privé est différente dans de nombreuses cultures. De plus, peut-on dire que toute mise en scène est mauvaise ? Lorsque je travaillais en Indonésie, j’ai demandé à un collègue pourquoi aussi peu de ses compatriotes assistaient aux répétitions des danses de cour au palais du Sultan. Sa réponse a été simple et révélatrice : « En Europe, vas-tu régulièrement assister à des danses de cour du 18ème siècle dans des palais royaux ? ». J’ai évidemment répliqué « Non » et sa réponse fut qu’il en était de même pour les Indonésiens et qu’en outre, il ne considérait pas ces danses comme représentatives de sa propre culture, mais de la culture des classes supérieures.

Pourquoi « Williamsburg » constitue-t-elle une attraction et pourquoi une visite surprise « arrangée » de touristes à un mariage marocain à Marrakech serait-elle une tromperie ? Serions-nous en train de mesurer selon deux normes différentes ? C’est effectivement ce que nous faisons, dans les pays occidentaux, les loisirs et le divertissement sont résolument considérés comme un commerce. Mais le tourisme, en particulier dans les pays en voie de développement, est encore hanté par le mythe de l’hôte et de l’amphitryon, un concept qui néglige largement l’échange économique qui se situe à la base de l’expérience du touriste, travesti en voyageur. La mise en scène peut également être considérée comme la manière dont les populations d’une destination peuvent garantir la valeur du produit touristique tout en préservant leurs vies privées. Ils sont évidemment totalement habilités à agir de la sorte.

Nous devons reconnaître que partout dans le monde, le tourisme est une activité commerciale. Le tourisme, c’est avant tout vendre du rêve. Le noyau du tourisme, c’est la marchandisation de l’évasion, la réponse commerciale aux aspirations de l’être humain à une autre réalité, au-delà de la monotonie et de la grisaille du quotidien. Le tourisme, c’est vivre une expérience qui dépasse l’ordinaire, s’échapper du train-train quotidien pour atterrir dans un monde plus merveilleux, excitant et stimulant. Notre profession consiste à « mystifier le banal, amplifier l’exotique, minimiser la misère, rationaliser le mal-être et romancer l’étrange » (Mason, 1994). Les personnes qui se rendent sur des sites historiques recherchent principalement une image du passé plutôt qu’une authentique expérience historique. Le passé est perçu comme étant très éloigné, comme l’écrit David Lowenthal (1985) dans son célèbre ouvrage : The Past is a Foreign Country (Le passé est un pays étranger). La plupart des touristes souhaitent ainsi vivre une expérience qu’ils sont heureux de croire authentique lorsqu’ils sont sur place, mais elle ne doit pas nécessairement correspondre à la réalité (Mckercher & Du Cross, 2000)

Lorsque des danses, des musiques et des cérémonies indigènes sont présentées dans un décor mis en scène, cela laisse suggérer qu’elles perdent leur signification et leur valeur d’origine pour les cultures impliquées. Pourtant, le folklore des pays occidentaux montre que le spectacle, le plaisir et le sentiment de fierté locale peuvent s’accorder. En outre, qui peut dire si ces représentations ne subiraient pas d’autres changements liés à des développements au sein des sociétés ? Michel Picard (1983) a constaté que les danses exécutées à Bali ont été spécialement mises en scène pour les touristes, aux premiers jours du tourisme sur l’île. Aujourd’hui, les Balinais considèrent eux-mêmes ces danses comme faisant partie de leur patrimoine authentique, mais les danses originelles « sacrées » et « interdites » ont été oubliées. Est-ce que cela est lié à la mise en scène destinée aux touristes ou bien les Balinais ont-ils perdu leur connaissance des danses ? Quoiqu’il en soit, qui peut en être sûr ? Les cultures sont indubitablement assez fortes pour survivre à une telle perte et même pour conserver une atmosphère « authentique », comme le démontre le cas de Bali.

Des changements surviendront dans toutes les sociétés et le tourisme n’est certainement que l’un des facteurs de ce processus. Les systèmes de communication modernes ont certainement un impact beaucoup plus important. Ces processus d’échange culturel sont pourtant aussi anciens que la culture elle-même. Chaque culture dans le monde s’est formée à travers un processus sans fin de don et d’emprunt. La culture est un phénomène en constante évolution, une identité vivante. La culture est un modèle dynamique et lorsqu’elle est cantonnée dans un modèle statique, elle cesse d’être une source d’inspiration. Lorsque la conservation d’une culture se transforme en conservatisme, le traitement devient pire que la maladie et peut finir par tuer le « patient ».

On peut faire une autre observation intéressante à ce propos. Non seulement les cultures changent, mais leur appréciation peut également changer avec le temps. Le patrimoine est ré-évalué par chaque génération et certains aspects lui sont rajoutés tandis que d’autres peuvent s’affaiblir. En Europe Occidentale, la multiplication de centres d’accueil s’attachant à la vie des personnes ordinaires au tournant du 19ème et du 20ème siècle, illustre le détournement de l’attention vers d’autres formes de patrimoine que les aspects plus traditionnels. Ce constat s’applique également au succès accru de l’archéologie industrielle et à la demande croissante du « tourisme vert » en Europe Occidentale. Il est intéressant de noter que ces évolutions ne se diffusent pas de manière simultanée dans les différents pays d’Europe. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Allemagne, ces phénomènes sont survenus bien plus tôt que dans les pays méditerranéens. Il semble qu’un fossé de quelques générations soit nécessaire avant qu’apparaisse la nostalgie. Dans le Nord de l’Europe, la Révolution Industrielle est survenue un peu plus tôt que dans le Sud du continent et le laps de temps nécessaire à la naissance du sentiment de nostalgie s’est écoulé plus tôt que dans le Sud. Lorsque dans une société perdure une mémoire personnelle autour de la rudesse du travail industriel, elle ne semble pas souhaiter la retrouver pendant ses loisirs. Il est intéressant de noter que le phénomène du tourisme vert est une tendance très européenne qui n’a pas d’équivalent en Asie, en Afrique ou en Amérique Latine. Même pour l’élite urbaine, en dehors de l’Europe, il ne s’est pas écoulé suffisamment de temps pour que l’on puisse considérer la campagne avec le même désir romantique que ne le veut la tendance actuelle en Europe. Toutefois, il était également intéressant d’observer ma propre réaction face à la présentation anthropologique d’un évènement folklorique en Macédoine. Comme je regardais le film d’un oeil fasciné, j’ai réalisé que si ces images avaient été tournées en Hollande, je les aurais dépréciées en tant que traditions arriérées. Il est évident qu’une certaine distance dans l’espace et dans le temps est nécessaire pour pouvoir apprécier un phénomène et faire appel à la nostalgie comme force motrice du tourisme.

Avant de pouvoir juger de la détérioration des cultures traditionnelles dans les cultures en voie de développement, nous devons tout d’abord contempler l’évolution de nos propres traditions dans les pays occidentaux. Le professeur Rooijakkers l’ethnographe néerlandais le plus en vue à l’heure actuelle, signale que dans la première moitié du 20ème siècle, on pensait fortement que les processus de modernisation et d’urbanisation faisaient progressivement disparaître toute forme de coutumes, de traditions, de chansons, d’histoires et de rituels d’autrefois. Les chercheurs ont considéré qu’il était de leur devoir de sauvegarder autant que possible la culture « authentique » des fermiers et des pêcheurs. C’est ce qu’ils firent, en décrivant méticuleusement les phénomènes qu’ils rencontraient. La génération suivante d’ethnographes grandit avec l’idée que ce type de travail était limité et qu’à un certain stade, toute forme de tradition disparaîtrait. Mais ils allaient être bien surpris : dans les années 60, ils découvrirent que les traditions populaires étaient éternelles et en constant changement. Ils devinrent critiques vis à vis de leurs propres recherches et découvrirent que certaines traditions anciennes n’étaient pas aussi anciennes qu’ils le croyaient. Ils commencèrent à démystifier leur travail, tout en restant liés au paradigme de leur science. Ils découvrirent que certaines traditions ne remontaient pas au Moyen-Âge, mais seulement à quelques années ou étaient le résultat d’un mouvement romantique et nationaliste du 19ème siècle, comme les kilts en Écosse. Ils marquèrent une distinction entre folklore véritable et « faux-lklore », le nouvel ersatz de folklore. Mais Rooijakkers s’est particulièrement intéressé à ces nouveaux phénomènes. Il n’est pas tant concerné par le passé en tant que tel, mais par la manière dont il est mobilisé à diverses fins. Il met l’accent sur l’énorme besoin de ce qu’il appelle la « fiction sociale » : la mythomanie qui entoure les traditions, les rituels et les coutumes, c’est-à-dire le culte du patrimoine. Celui-ci nous permet de donner un sens à notre temps et à notre espace et de façonner nos émotions. Un exemple parfait de cette tendance réside dans le matraquage médiatique qui a eu lieu autour de la mort de Lady Diana, maintes fois repris pour donner voix au chagrin. Le processus par lequel les populations nourrissent et donnent forme à leurs illusions est un reflet de leur manière de percevoir le monde qui les entoure. D’après Rooijakkers : « le folklore n’est jamais innocent ». Il recherche le processus de « folklorisation et de muséalisation ». Il observe que lorsque l’élite locale s’aperçoit qu’une coutume particulière ou un bâtiment traditionnel est sur le point de disparaître, elle met en place un comité pour le préserver. Le côté reluisant est mis en lumière et les aspects négatifs (bagarres lors du festival annuel, oppression des populations rurales défavorisées par les propriétaires terriens) sont oubliés. À la fin du processus, la coutume ou l’objet est transformé et a changé fondamentalement, tant au niveau fonctionnel que du point de vue de sa signification. C’est devenu une attraction touristique ou une pièce de musée. (Interview Volkskrant, 19 octobre 2002)

Tout cela nous ramène à la question de l’identité. L’identité culturelle est l’expression de la place d’une personne dans le monde. Dans le domaine du tourisme, l’« amphitryon » (fournisseur) et l’« hôte » (client) véhiculent tous deux leur conscience identitaire, et de leur rencontre émerge toujours quelque chose de nouveau. D’un certain point de vue, cette rencontre peut faire ressurgir les liens d’une personne avec ses racines, à la fois pour le fournisseur et pour le visiteur. Mais elle peut également aiguiser une certaine curiosité par rapport à ce qui a été perdu au cours du processus et déclencher des tentatives pour le raviver. Le tourisme peut représenter un stimulus majeur pour les compétences et les connaissances en voie de disparition. Il peut également susciter l’envie de ce que les autres semblent posséder ou de ce qu’ils possèdent et que vous n’avez jamais eu. Le touriste a évidemment souvent l’avantage dans cet échange, car dans la plupart des pays, il/elle semble posséder ce que les autres n’ont pas : la liberté de voyager, du temps pour les loisirs et l’aisance. En affichant ces atouts, le touriste contribue encore davantage à la détérioration progressive de ce qu’il recherchait en particulier, qu’il assiste à une représentation mise en scène ou non.

De tels effets peuvent aisément conduire à la mondialisation et à une détérioration encore plus grande des cultures locales, donnant ainsi naissance à une uniformité culturelle, décrite comme des processus de « Disneyfication » et de « McDonnaldisation ». Cette observation est à la fois vraie et fausse. Elle conduit en effet à une imitation des comportements occidentaux, mais honnêtement, qui ne préférerait pas aller travailler en moto plutôt que de faire le trajet à pieds ou à bicyclette, ou qui ne préférerait pas un soda frais sorti du réfrigérateur au lieu d’un soda chaud ? Mais l’identité culturelle est une force vive qui finira par s’affirmer en tant que contre-tendance puissante contre la domination culturelle mondiale de l’Occident et l’uniformité culturelle qu’elle génère. L’identité culturelle représente la volonté de protéger le caractère unique de sa culture, de son langage et son identité – et des systèmes de valeurs correspondants – de l’influence étrangère. Nos racines deviennent de plus en plus importantes, comme l’a déclaré Naisbitt (1990) :

« Plus nos styles de vie s’homogénéisent, plus nous nous cramponnons fermement à des valeurs profondes et nous cherchons tous à préserver nos identités, qu’elles soient religieuses, culturelles, nationales, linguistiques ou raciales, plus les mondes deviennent similaires, plus nous devons chérir les traditions qui en sont issues ».

De l’échange entre cultures, certaines choses se perdront et d’autres apparaîtront. La direction à donner au développement constitue un défi difficile, dans lequel il s’agit d’éviter le dilemme mentionné plus haut entre conservation et conservatisme, car seuls les choix effectués librement peuvent être réalisés.

Plus le monde se transforme en village global, plus le besoin de s’identifier avec ce dont on dispose grandit. Le renouveau des dialectes locaux, le regain d’intérêt pour l’histoire régionale et locale, le folklore, etc. sont autant d’expressions de cette évolution. Le formidable foisonnement de musées en Europe au cours des 20 dernières années, n’émane pas particulièrement d’institutions nationales prestigieuses, mais de développements locaux modestes (ETB, 1991). Le fait de rassembler une collection et de bâtir un musée, d’être fier de son histoire et de ses accomplissements, reflète la volonté de poser des bases solides à son identité, dans un monde qui devient tellement complexe, abstrait et obscur qu’il n’apporte plus la consolidation nécessaire.

Dans de nombreux pays occidentaux, on note un intérêt grandissant pour les régions, les dialectes et les langues régionales, le passé et la nature. Il s’agit d’un pas en arrière par rapport à une culture politique dirigée par l’économie. Dans le secteur du tourisme, les régions tentent de se forger un profil différent, basé sur une atmosphère différente, une population différente, une culture différente, un langage différent un patrimoine différent, une alimentation et des coutumes différentes. Le tourisme prend une part active dans la transformation d’une culture en divers arguments de vente, qui peuvent singulariser une destination par rapport à une autre. Mais il ne s’agit pas uniquement d’être compétitif sur un marché difficile, il s’agit également de redécouvrir son identité. La même chose se produit dans les pays en voie de développement : les minorités luttent pour leurs droits, les empires tels que l’ex Union Soviétique et l’Indonésie, composés de multiples groupes ethniques, se dissolvent. À un niveau plus modeste, on favorise également une architecture vernaculaire dans les hôtels et les structures récemment construits.

Un équilibre est évidemment nécessaire entre le touriste, l’expérience de la culture découverte et la communauté d’accueil. Les touristes, la culture et la communauté dépendent les uns des autres. Les touristes ont besoin d’une expérience authentique, d’une culture vivante, du maintient et de l’amélioration des ressources, qui à leur tour dépendent du développement économique et spirituel de la communauté locale.

La population locale doit être en mesure de retirer de tout développement touristique des bénéfices économiques ainsi qu’un regain d’estime de soi en termes d’emplois, de magasins et de fierté personnelle. Nous trouvons un bel exemple de ce constat dans la ville historique de Heidelberg, où les antagonismes à l’encontre de l’afflux de touristes ont généré la création d’un grand groupe de guides bénévoles grâce à l’information/l’éducation sur leur propre histoire locale et ses significations historiques. Les autorités locales ou nationales doivent en bénéficier en termes d’imposition directe et indirecte sur les ressources culturelles. Elles doivent être conscientes de ces bénéfices. L’amélioration des infrastructures touristiques existantes doit également être profitable à la population locale. Le tourisme culturel peut stimuler la formation et l’éducation. Le perfectionnement des compétences, des traditions, des arts et de l’artisanat locaux bénéficie à la fois à la population, aux touristes et au gouvernement. À ce titre, la modernisation d’une société ne constitue pas toujours un progrès. Autrefois, à l’époque coloniale hollandaise, le Musée Sonobudoyo de Yogyakarta, à Java, disposait d’écoles d’artisanat annexes au musée. Les étudiants se servaient des collections comme exemples afin d’apprendre différents styles et différentes techniques. Tout cela a été abandonné, mais je vous assure que nos ancêtres ont souvent eu de meilleures idées en matière de continuité culturelle que celles que nous avons aujourd’hui. Les musées et les centres patrimoniaux pourraient également devenir l’épicentre des souvenirs et des objets d’artisanat de qualité, car ils disposent des modèles originaux et de l’expertise nécessaires et le touriste sophistiqué se lasse de plus en plus des ventes d’objets de pacotille dans les rues et sur les marchés touristiques. Ils veulent rapporter chez eux un échantillon d’authenticité. Pour connaître le succès, les attractions liées au patrimoine culturel doivent être remises aux goûts du jour, transformées en matières premières ou commercialisées d’une manière ou d’une autre, afin de faciliter la consommation de l’expérience (Mckercher & Du Cross, 2000).

L’objectif d’un développement et d’un tourisme culturels durables basés sur ce concept est d’assurer la continuité de notre passé dans le futur. Pour ce faire, nous devons nous attacher davantage aux traditions, à l’authenticité, à l’identité, aux personnes et aux opportunités de rencontre et d’échange. De cette manière, toute la viabilité économique des attractions culturelles et patrimoniales peut être améliorée au profit du patrimoine lui-même, de ceux qu’il attire et de ceux qui dépendent de lui. Notre patrimoine n’est pas seulement le miroir de notre passé, mais c’est aussi une fenêtre sur le futur.

Références :

1. Brunner, Edward (1995) : The Ethnographer/Tourist in Indonesia (L’ethnographe/touriste en Indonésie). Dans : M.F. Lanfant, J.B. Allcock, et E.M. Brunner, International Tourism, Identity and Change (Tourisme international, identité et changement), Sage. Londres.

2. Dann, Graham (1994) Tourism and Nostalgia: Looking forward to going back (Tourisme et nostalgie : envie de remonter le temps); Vrijetijd en Samenleving, Vol. no. 1/2.

3. Dann, Graham (1996) The Language of Tourism. A sociolinguistic perspective. (Le langage du tourisme. Une perspective sociolinguistique) CAB International, Wallingford, Royaume-Uni

4. English Tourist Board (Office du tourisme d’Angleterre) (1991) English Heritage Monitor (Contrôle du patrimoine anglais), Londres, ETB

5. MacCannell, Dean (1979): Staged Authenticity: Arrangements of Social Space in Tourist Settings (Authenticité mise en scène : Aménagement de l’espace social dans les installations touristiques); American Journal of Sociology, Vol. 79 no.3.

6. Mason, G. (1994) The ‘Fakelore of Hawaii”, manufactured myths (Le « faux?lklore d’Hawaï », des mythes fabriqués). Dans : The Eye, vol. 11/4.

7. Naisbitt, John et Aburdene, Patricia (1990) : Megatrends 2000, New York.

8. Lowenthal, David, (1985) : The Past is a foreign Country (Le passé est un pays étranger), CUB, Cambridge

9. McKercher, Bod & Du Cross, Hillary (2000) : The fundamental truth about cultural tourism (La vérité fondamentale sur le tourisme culturel), Paper Seminar Hong Kong

10. Picard, Michel (1983) : Community Participation in Tourist Activity on the island of Bali, Environment, ideologies and practices (Participation de la communauté aux activités touristiques de l’île de Bali, idéologies et pratiques) ; UNESCO/URESTI-CNRS, Paris

11. Picard, Michel (1995) : Cultural Heritage and Tourist Capital: Cultural Tourism in Bali (Patrimoine culturel et capital touristique : le tourisme culturel à Bali). Dans : M.F. Lanfant, J.B. Allcock, et E.M. Brunner, International Tourism, Identity and Change (Tourisme International, Identité et changement), Sage, Londres

12. Picard, Michel (1996) : Bali, Cultural Tourism and Tourism Culture (Bali, Tourisme culturel et Culture du tourisme), Archipelo Press, Singapour

13. Rooijakkers, G. (2002) Cité d’après une interview parue dans De Volkskrant, 19/10/2002

 

Frans Schouten, Ass. Prof. Visitor Management (Gestion des visiteurs) NHTV Breda University of Professional Education B.P. 3917, 4800 DX Breda, Pays-Bas Tél. : 31.76.530 2203 - Fax : 31.76.530 2295. E-mail : schouten.f@nhtv.nl

 

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