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Les différences culturelles entre pays vont-elles rester la principale motivation des voyageurs ?

Dr Ronald G. PARRIS - Directeur, Ralph Bunche Institute of International Studies, William Patterson University,Wayne, New-Jersey, USA

 

1. La question des différences culturelles en tant que futures incitations majeures au voyage sera examinée dans le contexte des propositions suivantes, dans le Document de synthèse de la conférence, « Tourisme et culture : nouveaux paradigmes pour un développement durable » :

a) Les touristes sont incités à voyager à l’étranger principalement en raison des différences culturelles nationales, desquelles ils peuvent tirer un certain enrichissement culturel ou, comme l’affirme le professeur Keller, « pour apprendre des autres pays, avec leurs coutumes et leurs différentes façons de faire. »

b) La mondialisation modifie les relations entre le tourisme et la culture en favorisant l’intégration et l’homogénéisation des attentes et des expériences, donnant ainsi naissance à une culture globale ou tout au moins à une « culture globale des loisirs » répondant à des normes internationales sur la qualité des services. 

c) Dans le même temps, la mondialisation provoque un mouvement culturel inverse destiné à protéger et préserver l’identité culturelle.

2. En bref, on considère que la mondialisation s’accompagne d’assimilation culturelle, de pluralisme culturel et d’autodétermination culturelle. On dit du tourisme qu’il bénéficierait de ces processus, quoiqu’il soit plus particulièrement animé par les différences culturelles ou la diversité. 

HYPOTHÈSES THÉORIQUES

Tourisme et interactions culturelles :

3. On entend par tourisme international un système de relations et de processus, de pratiques et de réseaux d’action impliquant des personnes et des institutions issues de différents pays et de différentes cultures, mis en place dans le but d’organiser des voyages internationaux et des systèmes d’hébergements, de fournir et de consommer des activités de loisir dans divers pays de destination. 

4. Le concept d’interactions est essentiel à la compréhension de ce phénomène. Ces interactions sont à la fois intersociales, interculturelles et intersectorielles. Ainsi, le point de départ est le système de relations ou d’interactions sociales au sein duquel le contact culturel se produit et s’organise. Les facteurs sociaux et culturels se rejoignent parfois dans un concept unique d’interaction socioculturelle, qui illustre la difficulté de maintenir la distinction de manière empirique. 

5. Une certaine clarté conceptuelle peut cependant être retirée du paradigme d’interaction tiré des sciences sociales traditionnelles, selon lequel un acteur hypothétique est confronté à certaines conditions dans une situation où il (au sens générique du terme) est incité à définir des objectifs et des buts (rationnels, irrationnels, non rationnels ou expressifs) et cherche à les atteindre. La culture joue un rôle de guide dans la recherche de la satisfaction de ses intérêts et de l’accomplissement de ses buts, car elle renseigne également sur le déploiement des interactions sociales avec les autres acteurs. 

6. C’est en ce sens que je comprends le rôle de la culture au sein du tourisme, comme cela se manifeste doublement au niveau de l’encouragement ou de la motivation d’un individu à voyager (la « culture quotidienne » du touriste de Keller) ainsi qu’au niveau de son impact sur les interactions amphitryon-hôte. D’un point de vue économique, la culture est considérée comme un système mondial d’« origine-lien-destination » (Pearce, 1989) et d’un point de vue culturel, comme un « système de mise en relation des interactions culturelles » ou une interface de culture touristique de liens « en amont » et « en aval », le premier dans le pays d’origine, et le second dans le pays de destination. L’encouragement ou la motivation à voyager peut se comprendre dans le contexte de ces liens. 

7. L’interface touristique démarre avec la construction d’images culturelles qui filtrent la publicité et la promotion des fournisseurs, des opérateurs touristiques, des agences publicitaires et des représentants des offices du tourisme nationaux et régionaux. Ces « modèles idéalisés » ou « rêves créés » entrent dans le cadre de la prise de décision des touristes potentiels et en interaction avec leurs propres valeurs « spécifiques à leur culture », participent à la réalisation ou non de la destination choisie. 

CULTURE 

8. La culture est définie selon deux axes principaux : premièrement, en tant que « paradigme social de croyances, valeurs, traditions, connaissances de sens commun et prescriptions (normes et sanctions) dominantes qui guident et légitiment les prises de décisions, les pratiques sociales et les interactions humaines ». Elle est également définie comme les « manifestations tangibles du patrimoine d’une société, mises en vitrine comme des attractions touristiques. » Le professeur Keller attire l’attention sur le rôle de la culture à la fois au niveau de sa présence physique et de ses valeurs traditionnelles, « qui ne peuvent pas être exploitées directement ». En d’autres termes, la culture existe en tant qu’objet qui peut être acheté et vendu sur le marché comme une marchandise, mais il existe également une culture sacrée, qui n’est pas à vendre.

9. Le tourisme culturel, s’il est défini au sens strict comme la production, l’organisation et la consommation des manifestations tangibles de la culture, (par ex. les musées, les sites historiques, les monuments, etc.) n’exclut pas le rôle de la culture au niveau des interactions sociales entre les touristes et les locaux. Celui-ci est intimement lié à la « culture vivante » ou au mode de vie quotidien d’une société. Cependant, en matière de tourisme, les interactions culturelles produites dans les deux sens, impliquent à la fois des appréciations positives et négatives. 

10. L’une des perspectives, par exemple, serait d’établir une limite jusqu’à laquelle une société serait exposée au « regard inquisiteur du touriste », qu’il génère des revenus ou non. La logique veut que les aspects les plus vulnérables et privés de la culture le restent, plutôt que de rendre publiques toutes ses traditions et de « transformer des mythes en T-shirts » (Polly Pattullo, 1996). On reconnaît en même temps que le tourisme, et en particulier le tourisme culturel, peut jouer un rôle positif dans le sens où il aide à recréer ou recrée le passé historique, les formes d’arts et les traditions indigènes (par exemple, la restauration du « Seville Arawak settlement and Heritage Park » en Jamaïque, restauration des maisons des plantations, transformées en attractions touristiques, cérémonies typiques américaines et africaines, stimulation de l’art populaire, artisanat et musique populaire). Il s’agit donc de créer un juste équilibre la culture en tantq qu’attraction principalement destinée aux touristes et les traditions et les pratiques culturelles « en coulisse », destinées au plaisir de la population locale, mais auxquelles les touristes qui y sont sensibles peuvent participer. Tous les éléments de la culture sont utiles à la compréhension de la manière dont les touristes appréhendent et donnent un sens aux différences physiques et sociales dont ils sont les témoins dans les pays d’accueil et qui peuvent structurer leurs futures motivations à voyager. 

LE TOURISME EN TANT QU’« USINE À RÊVES » 

11. L’interface culturelle touristique pose la question importante de savoir dans quelle mesure les images culturelles idéalisées, les « rêves » ou les « marqueurs » des pays de destination promus pour stimuler la demande sont corrélés de manière positive aux valeurs et traditions culturelles locales. Le Document de synthèse de la conférence suggère qu’en matière de marketing, la différence n’est pas significative, étant donné que les « rêves » eux-même sont construits à partir d’une grande proportion de matières premières culturelles de production et s’y intègrent. En tant que telle, la culture pourrait être traitée comme n’importe quel produit ou marchandise destinée à être consommée. 

12. Selon un point de vue quelque peu différent, le tourisme n’est pas seulement un produit d’exportation mais il est ancré dans des interactions sociales (à la fois directement et sur un plan secondaire) dont les dimensions sont à la fois culturelles, politiques et économiques. Le « produit touristique » n’est pas considéré comme une simple marchandise construite ou un kit de voyage organisé (du rêve en boîte) au contenu et aux frontières bien délimitées, mais on considère qu’il s’agit, à divers degrés, d’un processus fluide d’expériences touristiques.
Le tourisme culturel ne consiste pas uniquement en des visites sur des sites culturels et des circuits historiques, mais il englobe un éventail plus large de paramètres sociaux au sein desquels des interactions touriste-hôte prennent forme et ne sont pas toujours tangibles et mesurables (Marie-Francoise L'Enfant, 1980). 

13. Dans tous les cas, la cohérence ou la concordance entre les « rêves » créés et les réalités culturelles locales restent toujours une question empirique. Pour certains observateurs, la concordance est malaisée. Les îles Caraïbes, par exemple, sont typiquement idéalisées à l’intention des touristes et présentées comme « un petit coin de paradis » ou « bien au-delà de ce que vous pouvez vous imaginer. » On encourage les habitants de l’île et l’on attend d’eux qu’ils entretiennent cette image du paradis sur terre – « des images stéréotypées d’hommes et de femmes heureux, insouciants, aimant s’amuser, aux comportements hauts en couleurs et dont la vie se résume à des journées d’indolence passées sous les palmiers et à des nuits de plaisir grâce à la musique, à la danse et au sexe » (Pattullo, 1996). 

On considère que ces rêves ou images stéréotypées, bien qu’utiles à certains types de tourisme en tant qu’instruments de marketing, nient les complexités de la vie et de l’histoire caribéennes – le « carrefour culturel » ou la terre de rencontre des américains, des européens, des africains, des asiatiques de l’Est et des nord-américains, née de l’exploration européenne, la colonisation, l’esclavage, l’engagisme et les efforts, plus récents, de constitution d’une nation et d’intégration régionale. Un modèle de marketing intégré et plus équilibré qui mettrait en valeur non seulement les ressources naturelles du soleil et de la mer, mais également l’écologie de la région et le patrimoine historique et culturel, correspondrait mieux aux bases historiques et culturelles de la région..

14. La conception et la promotion d’images idéalistes étroites peuvent générer des revenus touristiques, mais peut également engendrer une certaine aliénation culturelle, une ambivalence ou même une « identité culturelle touristique » parmi la population locale, poussée à répondre à ces images (« Soyez amicaux avec les touristes », « Souriez. Vous êtes des attractions touristiques vivantes »). Mais les locaux souhaitent également répondre à ces images, car ils admirent le style de vie et l’aisance que les touristes semblent représenter et ils « rêvent » également des opportunités d’accéder à une vie meilleure dans les pays d’origine des touristes. 

LE PROCESSUS D’ADAPTATION CULTURELLE 

15. Le tourisme se caractérise par un processus continu d’adaptation sociale et culturelle. Les touristes s’adaptent à des degrés différents aux nouvelles expériences culturelles, en remodelant probablement les modèles culturels idéalisés acquis avant leur arrivée. La société hôte s’adapte à leur présence et à leurs modèles culturels importés, en élargissant parfois l’éventail de leurs opportunités d’être exposés à et de vivre des manifestations de la culture locale plus authentiques. Quel en est le résultat par rapport au respect de la diversité culturelle, capable d’accroître le rôle des différences culturelles en temps que future incitation au voyage ? Ou la mondialisation aurait-elle à ce point modifié les cultures nationales dans le sens d’une culture globale homogénéisée et assimilée qu’elle serait susceptible de décourager le voyage ? Les résultats sont-ils si nettement dichotomisés ? Ce sont les questions auxquelles je vais tenter de répondre. 

16. Je souhaite ici soutenir la théorie selon laquelle la nature de l’adaptation du comportement du touriste peut dépendre de caractéristiques sociales et notamment de l’âge, de l’appartenance ethnique, de la classe sociale et des capacités de communication, de la culture « quotidienne » ou spécifique qu’il apporte à la situation, de la « culture de service » et la « culture traditionnelle » rencontrées au cours de l’interaction, des conditions de l’interaction, telles que le style et la qualité de l’hébergement et des autres services, de la nature de l’interaction sociale avec la population locale et du type de tourisme auquel il participe (V. Smith, 1977). On admet généralement que certains types de tourisme, tels que le « tourisme de masse », le tourisme « tout compris » ou le « tourisme de croisière » peuvent occasionner des besoins plus lourds en matière d’infrastructure dans le pays d’accueil (peut-être moins pour le « tout compris ») et une normalisation des services qui tend à limiter ou à banaliser les interactions entre les touristes et les locaux. En examinant les niveaux de l’adaptation culturelle « tolérable » et ses implications au niveau des motivations du voyage, le concept du « point de basculement » sur un continuum de différences culturelles et d’homogénéité culturelle peut constituer un guide plus utile que le moindre mal qu’est la différentiation culturelle dichotomique, lorsqu’il s’agit de déterminer si oui ou non le touriste sera incité à revenir. Dans le cadre de la planification touristique, le point de basculement de l’interaction culturelle, bien qu’il ne soit pas aisément accessible, et les facteurs qui l’affectent, doivent être pris en compte dans l’examen des motivations ou des incitations au voyage dans le contexte d’une culture globale présumément homogénéisée, née de la mondialisation.

17. Il faut souligner que la planification touristique doit non seulement gérer les motivations et incitations au voyage des touristes, mais également la nature de l’adaptation de la population locale au tourisme. L’adoption d’un style de vie touristique, mentionné plus haut, représente, pour la population locale, un point éloigné d’acculturation sur le continuum culturel de l’adaptation. Un tel style de vie peut même être associé à des comportements déviants, criminels, destinés à le soutenir : harcèlement des visiteurs, drogue, prostitution. Le style de vie touristique représente un changement plus général dans la vision du monde, accompagné d’une perte de l’identité culturelle. Ces conséquences pourraient, en retour, avoir des conséquences négatives sur les motivations des touristes à revenir. Un avertissement clair est lancé, afin de ne pas ignorer l’importance de la protection et de la préservation de l’identité culturelle : 

« Si nous ignorons notre culture… nous nous réveillerons un matin et il n’y aura plus de visiteurs. Les visiteurs auront simplement cessé de nous trouver intéressants, car nous serons devenus exactement comme eux et ils choisiront d’aller se faire bronzer plus près de chez eux, là où les tarifs aériens et les repas sont moins chers » (Pattullo, 1996). 

Une identité culturelle forte est donc considérée comme un élément capital pour l’incitation au voyage. 

MOTIVATION DU VOYAGE 

18. Si nous examinons le rôle des différences culturelles ou de l’homogénéité culturelle dans la motivation au voyage, nous revenons à notre acteur hypothétique satisfaisant des besoins et cherchant à atteindre des buts, dans une situation d’interaction avec d’autres acteurs et d’autres conditions. Pour satisfaire ses besoins et atteindre ses buts, notre acteur s’oriente vers la situation via divers modes de motivation.. À cet égard, la motivation se distingue des buts ou des objectifs et est dotée de caractéristiques à la fois rationnelles et d’investissement. En ce qui concerne la motivation de l’acteur à voyager, une ancienne étude (Crompton, 1979) identifie la rupture de la routine comme la motivation de base au voyage, mais admet également le rôle d’autres motifs socio-psychologiques au niveau de la préférence de la destination, et notamment la découverte et l’évaluation de soi, la relaxation, le prestige et le renforcement de la solidarité familiale. 

19. En ce qui concerne la rupture de la routine du voyageur, les caractéristiques de la destination doivent, dans l’idéal, être très différentes de celles du pays d’origine, afin d’anticiper tout découragement au voyage. Des études réalisées sur des touristes allemands et américains, par exemple, placent le changement de lieu comme facteur clé des voyages à l’étranger. Les différences régionales et locales jouent également un rôle dans le tourisme national, comme l’illustre l’abondance du flux de touristes américains vers des villes telles que New York, Miami, San Francisco et la popularité de destinations telles que Disney World, Las Vegas, Hollywood, Vail, etc. 

20. L’occidentalisation des centres d’affaires tels que Shangaï, par exemple, qui a adopté un modèle urbain américain, des fast-foods américains et étudie même des plans qui prrévoient d’ériger des répliques de Times Square et de Central Park de New York, peut bien sûr constituer un découragement pour un touriste orienté vers la culture, mais pas tant que ça pour un attaché commercial. Néanmoins, on devrait reconnaître que de telles manifestations extérieures d’occidentalisation n'ébranlent pas forcément la force de la culture indigène chinoise, qui peut déjà constituer une source de motivation au voyage pour les touristes avisés à la recherche d’éducation et d’expérience culturelle locale. De la même manière, la prolifération de fast-foods McDonald en France n’ébranle pas nécessairement les valeurs culturelles et les traditions de base de la France, bien qu’elle ait un impact évident sur les goûts alimentaires, en particulier chez les jeunes. Lors du contact entre les cultures, se produit une certaine dose d’adaptation ou d’acculturation, sans nécessairement conduire à un point extrême d’assimilation ou de nivellement culturel, c’est-à-dire de dégradation ou d’effacement des différences culturelles. L’acculturation peut même attirer les touristes qui préfèrent retrouver une part de leur propre culture dans les pays de destination. La présence d’un restaurant McDonalds pour un américain et l’accès à un pub de style anglais et à un « fish & chips » peut constituer, d’une certaine manière, une expérience culturellement rassurante. Cela illustre bien à quel point il est pertinent d’évaluer les motivations des touristes en termes de niveau de confiance en soi et d’innovation. 

21. Il existe un ensemble de facteurs de fond dans la relation entre motivation au voyage et différences culturelles nationales : ils sont liés aux relations historiques, politiques et économiques entre le pays d’origine et le pays d’accueil. Ces relations, dessinées par exemple par le colonialisme, aident à expliquer les préférences de certains citoyens des puissances européennes pour des voyages dans leurs anciennes colonies (par ex. : les Britanniques, les Français, les Espagnols, les Nord-Américains), où ils trouveront une certaine compréhension culturelle et partageront des connaissances linguistiques. Par exemple, une grande majorité des arrivées de touristes et des investisseurs dans l’industrie en reprise de Cuba, était d’origine hispanique. Outre les liens impériaux, la position géographique (et le coût) peuvent également jouer un rôle dans les décisions de voyage, comme dans l’illustre le cas des États-Unis pour les voyages aux Bahamas, au Mexique, à Porto Rico, dans les îles Vierges, la forte croissance du tourisme de croisière entre les États-Unis et les Caraïbes, ainsi que l’importance des investissements directs des États-Unis dans le secteur hôtelier de ces deux îles.

LES AUTRES FACTEURS DE CHOIX DES DESTINATIONS TOURISTIQUES : HARCÈLEMENT, VIOLENCE ET MONDIALISATION DE LA TERREUR 

22. En dehors de l’influence des facteurs psychologique, historique, économique et géographique cités plus haut sur les décisions de voyage, on compte d’autres facteurs d’importance tels que le harcèlement, la violence et la mondialisation de la terreur. La violence ou la menace de violence transgresse ou rompt l’ordre social aux niveaux local, national ou international. La violence, qu’elle soit sporadique, opportuniste ou institutionnalisée (climat ou modèle de violence) a des impacts négatifs sur le secteur du tourisme en excluant les touristes des interactions avec la population locale ou en leur inculquant la peur de celles-ci. La cause immédiate de la violence n’est pas toujours facile à identifier. Par exemple, l’incident qui s’est produit en Tasmanie en 1996, au cours duquel un jeune homme mécontent avait tué une trentaine de touristes, juste après avoir discuté avec certains d’entre eux, ne répond pas à la question de savoir si cet incident a été déclenché par les touristes ou si les touristes constituaient la cible facile de son aliénation totale ou de son malheur. Au fil des ans, divers incidents violents ont été rapportés dans ces endroits lointains et notamment en Égypte, en Espagne, dans les Îles Vierges et à Miami. 

23. Le harcèlement des visiteurs constitue une autre forme de menace sur les touristes et tourne autour du sexe, de la drogue et de l’aliénation. On a rapporté un exemple récent de harcèlement sur une île des Caraïbes, où une famille française qui rendait visite à des amis locaux et qui profitait du soleil sur la plage, s’est trouvée confrontée à un jeune homme qui a fait preuve de violence verbale à leur égard, sans aucune raison connue. Lorsqu’ils ont répliqué qu’ils n’avaient rien fait pour mériter cela et qu’ils venaient d’arriver de France la veille, le jeune homme s’est excusé, en déclarant qu’il croyait qu’ils venaient de Grande-Bretagne et qu’il haïssait les Britanniques. Selon les faits rapportés, ils se trouvaient quasiment tous les jours sur la plage, et on les abordait pour leur proposer des drogues illégales. Ils vécurent une autre expérience étrange : un autre jeune homme les menaça de kidnapper deux des membres de la famille, car le père paraissait riche et pouvait se permettre de payer une rançon. Des expériences comme celle-ci sont susceptibles d’avoir des conséquences sur les futures décisions de voyage des visiteurs et de troubler leur interaction avec la population locale.

La Mondialisation de la terreur :

24. Les touristes sont devenues les cibles « faciles » de la violence, dans ce nouvel âge de la terreur. Une attaque récente liée, selon les rapports officiels, au réseau Al Qaeda, a tué quelques 180 visiteurs dans une discothèque de Bali, principalement des Australiens, alors que l’on s’attendait à ce que la cible soit américaine. Des interdictions de voyager et des recommandations ont été imposées en Indonésie immédiatement après l’attentat du 12 octobre. À la suite de cela, le Président indonésien à appelé ses collègues, au cours du Récent sommet Asie-Pacifique (à Cabo San Lucas, au Mexique) à lever l’interdiction de voyager dès que possible, afin d’éviter des conséquences graves sur le secteur touristique, en assurant que ces interdictions ne pouvaient que provoquer la panique et encourager les terroristes. De telles préoccupations à propos d’éventuelles conséquences néfastes sur le secteur du tourisme suite à des actes de violence constituent une réaction quasiment internationale. Lorsque l’on a appris, par exemple, que les deux tireurs isolés de la région de Washington étaient des citoyens jamaïcains, l’Office du tourisme jamaïcain, déjà sensible à l’image de violence du pays a temporairement retiré ses films publicitaires américains diffusés dans le cadre de sa campagne destinée à inverser la baisse des arrivées de touristes, encore aggravée après l’attaque du 11 septembre. 

25. L’incident du tireur isolé a encore fait chuter un secteur du tourisme déjà défavorisé à Washington, dépendant des visites publiques, des conventions et des attractions du gouvernement - le Washington Monument, le Bureau of Engraving and Printing (Bureau des gravures et impressions), la Maison Blanche et le Pentagone. L’attaque du tireur isolé a créé un repli au cours d’une reprise apparente, après le contrecoup du 11 septembre et la peur de l’anthrax, périodes pendant lesquelles les trois quarts des chambres d’hôtels étaient vides. Le secteur de la restauration a souffert, car de nombreux habitants de Washington décidèrent de rester chez eux plutôt que de risquer de devenir des victimes de ces attaques sporadiques. L’impact psychologique de l’incident du tireur isolé reste fort pour certains, qui déclarent toujours se sentir vulnérables, en dépit de l’arrestation des deux hommes, et ce dans une nation dont la vulnérabilité avait déjà été dévoilée par l’attaque du 11 septembre. 

26. L’incident qui a eu lieu à Kaduna, au Nigeria autour de l’élection de Miss Monde, souligne la relation volatile entre violence et « tourisme événementiel ». La violence religieuse déclenchée par le discours prétendument excessif d’un reporter local n’a pas seulement provoqué la perte de nombreuses vies, mais a finalement donné lieu à la décision de déplacer l’événement vers un lieu plus tempéré, à Londres, afin de rassurer en partie les partcipantes. Cet incident a rapidement mis fin à la grande entrée du Nigeria dans une aventure touristique de cette importance et souligne la sensibilité et la fragilité du secteur touristique lui-même Cette débâcle a eu lieu sur fond d’une lutte religieuse incessante entre chrétiens et musulmans à Kaduna. Certaines concurrentes à l’élection de Miss Monde elles-mêmes se sont retirées de la compétition pour protester contre une sentence de la cour du Sahara nigérien, qui condamnait à la mort par lapidation une jeune femme qui avait donné naissance à un enfant illégitime. Un nombre croissant de musulmans ont protesté contre l’élection de Miss Monde en elle-même, la condamnant en tant que promotrice de la promiscuité et de l’indécence de la femme. 

27. L’attaque terroriste contre l’hôtel israélien Paradise de Mombasa, au Kenya, souligne encore les dangers du terrorisme pour les cibles « faciles ». Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, pas très loin des lieux de l’incident, des touristes s’ébattaient dans une piscine, apparemment déterminés à profiter de leurs vacances, plusieurs d’entre eux déclarant que cet incident n’avait pas grand chose à voir avec eux. Ce cas illustre la capacité d’extraire de son environnement immédiat des sentiments exprimés de sécurité, afin d’assurer une non-interférence avec la fuite du monde banal et routinier. 

28. Un spécialiste du tourisme déclare que certaines personnes sont dans une certaine mesure, immunisées contre de tels événements, alors que d’autres adaptent leur comportement en conséquence, en voyageant sur de courtes distances ou en restant chez eux. Alors que le 11 septembre a été un événement tragique et considérable, l’Europe ne semble pas en avoir été grandement affectée, car le tourisme national a comblé le vide. Même la guerre possible avec l’Irak ne paraît pas susciter une trop grande panique, car elle a été anticipée. De plus, les tour-opérateurs peuvent passer à des destinations plus sûres, y compris aux toutes nouvelles destinations d’Europe de l’Est, plus proches (CNBC Market Watch, 28 novembre 2002). 

29. Les différences culturelles entre les pays resteront-elles une incitation au voyage majeure ? 

(1) La réponse est oui, et en particulier pour les visiteurs dont les motifs sont la découverte, l’éducation et l’accomplissement culturel. 

(2) La ligne séparatrice entre l’encouragement et le découragement au voyage n’est cependant pas établie de manière rigide, mais existe en tant que « point de basculement » sur un continuum culturel de différences et de similitudes entre les pays et qui forme la décision de voyager. En effet, lors de la rencontre de cultures différentes, divers degrés d’acculturation sont susceptibles de se produire. Même sous la surface évidente des manifestations de l’homogénéisation culturelle, certains visiteurs peuvent être encouragés à aller au-delà de ces manifestations, afin de se confronter à la culture indigène profonde d’un pays, celle qui se déroule en coulisse.

(3) Le phénomène d’acculturation ou d’assimilation, en particulier dans les relations coloniales, ne constitue pas nécessairement un découragement au voyage, mais un élan vers l’affirmation d’un long modèle de relations économiques et politiques et de compréhension culturelle et de compétences linguistiques partagées. 

(4) Au-delà des différences culturelles nationales, on trouve d’autres facteurs essentiels de la motivation au voyage : le harcèlement des visiteurs, la violence et la mondialisation de la terreur.

 MONDIALISATION, TOURISME ET DÉVELOPPEMENT DURABLE 

30. Je me tourne à présent vers l’hypothèse selon laquelle la mondialisation génère en fait une culture globale de goûts, d’attentes et d’expériences uniformes. Quelle est la nature de la mondialisation et a-t-elle réellement donné lieu à un nivellement des différences culturelles nationales ? On considère que la mondialisation en tant que processus d’englobement progressif de terres éloignées dans un réseau d’échanges matériel, trouve ses origines aux 15ème et 16ème siècles, pendant la phase mercantiliste de l’expansionnisme européen vers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud, pour la recherche d’or, d ‘épices et d’esclaves. L’expansionnisme européen a créé un carrefour de différents peuples et différentes cultures qui devaient se prendre mutuellement en compte, parfois de manière dramatique, notamment lorsque les Espagnols ont interrompu temporairement la colonisation afin de débattre de la question de savoir si les autochtones américains avaient des origines monogénétiques, étaient pourvus d’âmes et étaient dignes d’être christianisés et s’ils méritaient donc de meilleurs traitements.

31. L’interaction entre différentes cultures a produit divers degrés d’hybridation et de syncrétisme, d’assimilation culturelle et de rétention culturelle. Ce processus accompagne également la phase actuelle de mondialisation, conduite par la modernisation des transports, de la télécommunication et du commerce, qui a réduit le monde à un village global. Mais a-t-elle également créé une culture globale, par laquelle les identités se construisent autour de relations mondiales et ne sont pas liées à un lieu en particulier ? Nous pouvons répondre que la culture mondiale est anticipée ou qu’elle est sur le point de se constituer, via la diffusion du consommateursime, la culture populaire, la technologie et les stratégies de marketing mondiales. Mais nous n’en sommes pas au point où nous pouvons affirmer que les cultures nationales ont été transformées en « espaces culturels superficiels et homogénéisés. » (Barrie Axford, 1995). Une culture mondiale des loisirs créée par le tourisme est un flux existant d’attentes et de normes uniformes, tout comme il existe d’autres normes et comportements uniformes liés au monde du football, du cricket, ou de la culture du « Hip-Hop » et du « Rap ». Ces flux distincts se produisent sans forcément interférer avec ou détruire les cultures traditionnelles nationales et locales. Comme pour le tourisme, les cultures locales s’adaptent à ces règles ou leur résistent. L’adaptation et la résistance sont deux caractéristiques actuelles de nos réalités mondiales, à la fois la persistance de différences et l’homogénéisation des formes culturelles. Le flux de réseaux culturels au sein du système mondial est en fait multidimensionnel et réciproque. Il n’existe pas une culture mondiale, mais un réseau mondial de flux culturels menés par la mondialisation. 

32. J’ai tenté de démontrer précédemment que les relations entre tourisme et cultures nationales sont complexes et variées. La diffusion du tourisme de masse a été occasionnée par l’amélioration des transports aériens, tels que les avions à réaction longue distance, les télécommunications et l’augmentation du niveau des revenus dans les pays les plus industrialisés d’Europe et des États-Unis. Pour fournir des services à un nombre plus important de touristes, l’organisation interne de l’industrie du tourisme a été transformée de manière à répondre aux attentes des touristes, qui sont devenues de plus en plus uniformes. Nous pouvons dire du mode d’organisation de masse du tourisme qu’il a été à la fois une réponse aux opportunités de mondialisation et une caractéristique du processus de mondialisation en lui-même. Alors que certains pays s’abstiennent de recourir au tourisme de masse au profit de formes de tourisme moins intrusives, il existe déjà une forte concurrence du tourisme de masse, même dans les destinations les plus « mûres ». Par exemple, un grand nombre de pays des Caraïbes se sont engagés dans le tourisme de masse en tant que soutien à l’exportation majeur (par ex. : Antigua, la Barbade, la République dominicaine) alors que d’autres, tels que la Dominique et la Guyane, retardataires du développement touristique, montrent un intérêt plus important pour d’autres formes de tourisme et notamment le tourisme écologique. Mais dans l’ensemble, le tourisme de masse et une culture de l’hospitalité normalisée constituent tout à fait l’image du futur des régions. Même Cuba, par exemple, a adopté le modèle du tourisme de masse dans le cadre de ses tentatives de reprise industrielle, en partie à cause d’un rétrécissement des options au sein d’un développement intégré, dû à l’embargo continu des États-Unis et à la perte des privilèges commerciaux spéciaux avec l’ex-Union Soviétique. Mais dans le cadre du tourisme de masse, il existe un point de basculement qui semble avoir des impacts négatifs sur la demande ultérieure d’un pays à l’autre. Cela se produit lorsque l’« usine » touristique d’un pays est considérée comme trop « mûre » ou modelée. Les touristes passent à d’autres destinations. Ceci explique en partie la récente diminution du nombre de touristes nord-américains vers plusieurs destinations des Caraïbes et le basculement des touristes britanniques d’une île à l’autre. Au cours du dernier trimestre, dans une tentative de ramener les touristes des États-Unis vers une île des Caraïbes, une importante remise de 35% a été proposée, avec un crédit maximum de 200 USD par personne sur les billets d’avion, ainsi que des remises sur l’hébergement et les repas pour un séjour d’une semaine, valides dans une quarantaine d’hôtels participants. 

TOURISME ET DÉVELOPPEMENT DURABLE 

33. Les questions de développement durable sont immédiatement abordées lorsque l’on se penche sur les interactions entre tourisme et culture, en particulier dans les états constitués de petites îles. La plupart d’entre eux, souvent d’anciennes colonies, se sont engagés dans le tourisme comme s’il s’agissait de la voie du « développement ». Dans certains de ces états, la transition vers le tourisme a été relativement douce, les élites des plantations transformant leurs propriétés agricoles en installations pour touristes, substituant simplement un secteur économiquement vulnérable par un autre. L’abandon des propriétés et la négligence de l’agriculture accompagnent ce processus. Tout comme leurs exportations traditionnelles de sucre, de bananes, d’épices et de coton, le tourisme intègre encore davantage ces pays dans le système mondial de commerce, en donnant accès aux bases de leurs ressources (nature, main d’œuvre, patrimoine culturel) par l’organisation, la production et l’« exportation » de loisirs, principalement destinés aux pays du Nord. Le tourisme international, tout comme les forme traditionnelles de commerce, est donc constitué de relations « centre-périphérie » de dépendance et d’inégalité structurelle. La prise en compte du principe de viabilité constitue un défi supplémentaire pour les efforts de développement de ces pays. 

34. Au début de leur indépendance politique, la plupart des pays pauvres ont adopté des stratégies de développement visant à limiter le degré d’ouverture et d’intégration dans l’économie mondiale, l’état jouant un rôle majeur. Pourtant, à partir des années 1990, ces pays ont été appelés à adopter le « consensus de Washington » de privatisation et de libéralisation et à restreindre le rôle de l’état dans l’effort de développement (Deepak Nayyar, 2002). Cette nouvelle philosophie, menée par la Banque Mondiale, le FMI et l’Organisation Mondiale du Commerce, a généré de nouvelles opportunités pour certains pays, mais la plupart d’entre eux ont été marginalisés par ce processus : 

« Dans leur effort pour attirer des investissements étrangers directs, les pays en voie de développement se font concurrence dans une « course d’en bas », en offrant des exonérations fiscales temporaires, en adoucissant la réglementation du travail, en réprimant les syndicats ou en restant aveugles face aux problèmes liés à l’environnement » (Deepak Nayyar, 2002). 

Certains petits états ont commencé récemment à mettre en place un consensus selon lequel leur « vulnérabilité » et leurs besoins en potentiel productif devraient être pris en compte par les Institutions de Bretton Wood et l’OMC dans leur transition d’un système commercial préférentiel au nouveau régime mondial de libre échange (David Peretz et al. 2001). Ils craignent que les secteurs productifs de leur économie ne soient balayés par le « débordement d’importation », à l’heure où la levée des barrières commerciales, prévue pour 2005, approche. Ainsi, le pouvoir des gouvernements nationaux est réduit, en raison des incursions dans leur espace économique et politique traditionnel. Cela implique également des difficultés liées au traitement des questions de développement durable, et notamment de l’impact du tourisme sur l’environnement.

35. Dans le cadre de ces contraintes mondiales, les pays en voie de développement peuvent-ils adopter les principes de viabilité et développer un tourisme qui soit compatible avec l’environnement et le patrimoine culturel de la population locale ? Si c’est le cas, quelles sont les chances de succès ? Il faut répondre à cette question avec prudence, en particulier pour les états constitués de petites îles. En général, ils ne partagent pas uniquement les caractéristiques de vulnérabilité de leur économie, mais également la fragilité de leurs écosystèmes. En outre, ils ne disposent que de ressources limitées pour le soutien scientifique et technique de la viabilité. Ils disposent d’options de développement limitées, car ils échangent le produit d’une monoculture contre un autre dans un contexte de dépendance structurelle. Le tourisme lui-même est susceptible d’être associé à la fragilité de l’environnement, qui se manifeste au travers des problèmes d’érosion côtière, de destruction de récifs de corail, de pollution, de ruissellement, d’immersion illégale d’ordures par les bateaux de croisière, pour ne pas citer l’expédition de déchets nucléaires dans leurs eaux territoriales et la capacité de gestion inadaptée des ressources en eau potable. Nous pouvons également mentionner les demandes concurrentes d’allocation des ressources. 

36. Ces limites à la mise en place d’un développement durable vont probablement persister, car le développement implique des changements sociétaux et sociaux ainsi que la mobilisation et une nouvelle canalisation des énergies. Le consensus de développement actuel semble ignorer le fait que dans tout contexte de modification (développement ou sous-développement), on rencontre des difficultés au niveau de la gestion des différentes perspectives du changement, notamment la question de savoir si quelque chose doit être changé et quoi ; des perspectives conflictuelles en ce qui concerne la modification des priorités, au vu de la distribution limitée et inégale des ressources et des nouvelles réglementations sur la privatisation et la libéralisation des organisations internationales, des propositions sur des approches alternatives du changement ; au niveau de la rapidité avec laquelle ces changements doivent se produire et finalement, de ce qui se passera si des changements se produisent. En particulier dans le cadre des nouvelles contraintes du commerce mondial et des problèmes de dette et d’ajustement structurel, ces hypothèses posent le dilemme de leaders nationaux quasi-impuissants face à leur autodétermination et à la prise de décisions. Bien que les théories aient une longue histoire, les perspectives des participants et leurs situations pratiques en matière de choix servent rarement de point de référence. Nous accordons peu d’attention au fait que le développement implique une théorie de pouvoir, une théorie de prise de décision et une théorie de culture. Si l’on comprend la relation entre tourisme et développement durable, équitable et juste, la prise en compte de la structure du pouvoir, des processus de prise de décision aux niveaux local, national et international et du rôle de la culture au sein du tourisme est incontournable. S’ils sont posés en ces termes, ces problèmes persisteront.

 

Références

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