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Quels sont les objectifs des stratégies culturelles de Chamonix Mont-Blanc ?

M. Claude MARIN - Directeur Service Culturel, Chamonix Mont-Blanc, France

 

Pour évoquer les liens entre culture et tourisme à Chamonix, il me semble nécessaire d’aborder brièvement une des problématiques de notre commune.

Avec une population permanente de 10000 habitants, nous sommes une petite ville.
Du point de vue de notre économie nous sommes une grande station avec une capacité de 55000 lits l’hiver et 65000 lits l’été.

En terme de culture, les élus de notre commune ont dû prendre en compte les besoins légitimes exprimés par les habitants. C’est ainsi que nous disposons d’une bibliothèque, d’une maison des Jeunes et de la Culture, de deux écoles de musique et d’un musée. 

Tous ces équipements sont surdimensionnés. Si je devais prendre un exemple, ce serait la bibliothèque municipale, occupant une surface de 2000 m², qui propose en prêt 60 000 livres, disques et jeux et offre des espaces d’expositions et de lecture très agréables. Une bibliothèque très grande pour une ville de 10 000 habitants mais d’une dimension logique compte-tenu de la population touristique que nous accueillons, plus particulièrement les résidents secondaires très nombreux à Chamonix puisque nous comptons 8000 propriétaires de chalets et appartements.
Ces habitués de Chamonix connaissent bien et profitent largement de l’offre culturelle dont on peut penser qu’elle participe à les fidéliser, au même titre que le réseau associatif très riche. (Certaines de ces associations organisent des manifestations de qualité qui sont subventionnées). 

A Chamonix, les équipements et la plupart des services répondant à la demande des habitants font partie de la diversité de l’offre touristique globale de la station. Il s’agit là d’une stratégie affirmée qui représente ponctuellement des investissements importants et un coût de fonctionnement annuel élevé pour la commune. 

Pour mieux définir les objectifs des stratégies culturelles de Chamonix, permettez-moi un retour en arrière pour analyser d’où l’on vient afin de mieux savoir où l’on va. 

Jusqu’à la moitié du XVIIIème siècle, on ne faisait que traverser les Alpes en quelques lieux et cols plus ou moins aménagés : marchands, pèlerins, militaires et quelques « voyageurs » en route pour les villes d’art de la péninsule italienne se croisent par exemple au Col du Mont-Cenis ou au Col du Grand Saint-Bernard pour ne citer que des passages proches. La montagne est alors hostile, diabolisée, repère de brigands et d’âmes errantes. Les voyageurs craignent les terribles orages et les tempêtes de neige même l’été en ce petit âge glaciaire. 

Une combinaison nouvelle de facteurs résultant d’une évolution des systèmes économiques, de l’amélioration des moyens de transports ainsi qu’une relative stabilisation des frontières en Europe favorisent les déplacements et les voyages. Et la littérature de l’époque participe beaucoup à ce que l’on porte un regard nouveau sur la nature en général et la montagne en particulier. Tout est en place pour que se détermine un nouvel acteur : l’homo turisticus alpinus dont on peut penser qu’il est né ici à Chamonix en 1741. 

Les écrivains, les poètes, les peintres évoquent le sentiment de la montagne, les scientifiques expérimentent, analysent et expliquent ces nouveaux territoires, les voyageurs relatent et commentent leurs séjours et leurs conquêtes.

L’invention de ces hauts lieux touristiques transforment le regard, l’approche et l’esprit de ces sites : les monts maudits deviennent sublimes, ces lieux stériles engendrent des revenus. Le tourisme alpin est ainsi né d’une approche culturelle de la montagne par les citadins et de la perspective d’une nouvelle économie pour les montagnards.

Les sports d’hiver naîtront plus tard d’une nouvelle perception de la montagne. La neige qui isole, retarde les travaux des champs, cette neige que l’on subit va devenir l’or blanc des stations.

La fréquentation touristique de la montagne est bien antérieure à l’organisation de l’offre. Les stations ont essayé dans un premier temps de répondre à la demande, avant de structurer leur offre pour l’adapter aux comportements complexes et hétérogènes du client d’aujourd’hui.

D’une démarche marketing visant à développer un tourisme de masse où il était essentiellement question de produits, de cibles, de modèles, les stations sont passées à un marketing anthropologique où il est question de sens, de valeur, d’authenticité. Et chacun de rechercher ses racines, ses mythes fondateurs pourrait-on dire. 

La Mairie de Chamonix et l’Office du Tourisme ont défini une stratégie accompagnée d’un projet-station qui offre une vision collective du développement ainsi qu’un positionnement clair pour les clients démarchés et face à la concurrence. 

Au-delà de la qualité des services que l’on se doit d’offrir, il a été défini que ce sont les caractéristiques naturelles et culturelles de notre site qui fondent son véritable avantage concurrentiel, à savoir notre environnement naturel, et les activités qui y sont rattachées – alpinisme, ski, randonnée mais également notre histoire et notre culture. 

La politique culturelle de Chamonix participe donc à la définition de la stratégie, à son accompagnement et au développement de la station. Et cette démarche n’est pas seulement portée par la collectivité. Quant un directeur de remontées mécaniques affirme qu’il ne veut plus être seulement un transporteur mais qu’il souhaite développer une offre culturelle sur son site dans une démarche qualité, nous pensons alors que nous sommes tous engagés dans une vision prospective commune de notre station.

Peut-être que le plus important en montagne ce n’est pas la marche mais plutôt la démarche.

Très concrètement, quels sont les objectifs (et les moyens) de la stratégie culturelle de Chamonix ?

Compte tenu de notre particularité présentée au début de cette intervention, à savoir Chamonix ville et station, il a été créé voici 12 ans un service Animation-Culture directement rattaché à la Mairie. Nos missions sont multiples :

  • Mettre en œuvre les actions définies par les élus,
  • Assurer la cohérence et la coordination de tous les évènements,
  • Accompagner ou organiser des manifestations,
  • Développer des programmes et des projets sur le long terme.

Quelques exemples :

  • Nous avons créé en 1991 un Festival des Sciences qui réunit chaque année sur un nouveau thème une trentaine de scientifiques et qui rassemble sur 3 jours un millier de participants. Pourquoi un Festival des Sciences ? parce qu’à l’origine de l’alpinisme, il y a de nombreux scientifiques et aujourd’hui encore de nombreux chercheurs travaillent dans la vallée : glaciologie, géologie, astro-physiciens, botanistes, écologie… A Chamonix la science et la montagne partagent une longue histoire qui se poursuit. De ce festival nous faisons un espace de réflexion pour une science citoyenne, un outil de communication pour la station et une source d’animation pour les scolaires de la vallée. En 2002, nous avons organisé 84 interventions dans les classes de Chamonix.
  • Avec le Musée Alpin de Chamonix et le Conservatoire d’Art et d’Histoire de Haute-Savoie, nous avons réalisé de nombreuses expositions thématiques qui nous ont donné l’occasion de redécouvrir notre histoire.

Ces expositions ont un triple objectif :

  • offrir une prestation culturelle s’inscrivant dans l’offre touristique de la station,
  • redécouvrir et requalifier notre histoire et notre patrimoine,
  • établir une communication évènementielle véhiculant une autre image de Chamonix, j’entends par autre, une image moins attendue que les grandes compétitions sportives et les exploits extrêmes, une image plus douce que celle générée par la dangerosité de la montagne.

 

  • L’histoire du ski dans la vallée – 1876/1893
  • L’histoire de l’aménagement de la montagne : du rail au câble
  • Le cinéma de fiction à l’occasion du centenaire de l’invention du cinéma
  • 200 ans de tourisme
  • L’épopée scientifique de la famille Vallot
  • 500 ans d’histoire cartographique du Mont-Blanc
  • la rétrospective de la vie de l’écrivain Roger Frison-Roche,
  • et pour 2003 : Traverser les Alpes et Lartigue en hiver

Nous nous attachons également à coller à l’actualité et aux célébrations :

  • An 2000 (les Portes) – Année de la Montagne- Année Internationale de l’Eau
  • Année du Japon -Victor Hugo.

Enfin nous développons actuellement un projet de nouveau musée (de l’homme et de la montagne).

Pour être très concret, j’ai retenu trois exemples représentatifs de notre action culturelle et de la diversité de nos objectifs et des engagements financiers qu’ils représentent :

  • Dès la fin de la prochaine intervention, nous vous invitons à découvrir en avant-première, notre future exposition, Traverser les Alpes, en cours de montage.
  • Je vous présente ici la dernière acquisition du Musée Alpin : une vue du Mont-Blanc par Signac, un peintre post-impressionniste, un tableau que la ville de Chamonix vient d’acquérir.
  • Et enfin un dossier de coopération transfrontalière avec nos voisins de Courmayeur, bénéficiant ainsi d’un financement européen. Mais de ce projet, c’est Luigi Cortèse qui vous en parlera.

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