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Brève introduction aux débats
Tourisme et culture : nouveaux paradigmes pour un développement durable du tourisme

Prof. Peter KELLER - Président du Comité Scientifique des Sommets du Tourisme

 

Diaporama

 

Introduction

De par leur vocation, les 4es Sommets du tourisme Chamonix-Mont-Blanc Genève se distinguent des autres conférences qui traitent des liens entre le tourisme et la culture. Ici, le propos ne se limite pas à savoir comment exploiter les visiteurs et la culture pour en tirer le plus grand profit. Notre ambition est de poser des questions en conservant notre curiosité et notre capacité d’émerveillement.

La culture en tant que ressource touristique : invitation au voyage et source d’innovation

Pourquoi l’être humain voyage-t-il ?

Cette question est déterminante pour la réussite économique. La demande touristique, fluctuante et sujette à des crises, ne peut pas s’expliquer par des seules raisons économiques. Le voyage et le tourisme répondent à des motivations qui ne relèvent pas exclusivement de l’offre et de la demande. On voyage pour découvrir d’autres pays, d’autres coutumes, d’autres manières d’être. La culture est une ressource touristique essentielle.

(Tableau 1)

Les attractions culturelles attirent les visiteurs. Elles sont source d’innovation pour l’économie. Mais les ressources culturelles ne peuvent être exploitées qu’avec le support économique d’équipements et d’infrastructures qui les mettent en valeur. Sans économie, pas de culture !

La critique traditionnelle du tourisme : le plus prisé des bonheurs individuels et une forme de culture éphémère contestée

Pourquoi le tourisme n’est-il pas reconnu comme faisant partie de la culture moderne ?

Ce fait dérange bon nombre de ceux qui voient dans culture en soi une valeur absolue. L’activité touristique leur paraît suspecte. Ils n’acceptent pas que le tourisme utilise les ressources culturelles à des fins commerciales. Ils reprochent à se secteur économique d’aliéner la réalité et d’exploiter la culture comme un cliché publicitaire. Ils déplorent que le tourisme instrumentalise la culture pour susciter l’émotion, qu’il la mette en scène comme un événement et la vende comme une marchandise. Ils craignent aussi que le tourisme ne favorise la dilution des cultures locales et l’avènement d’une culture unique à l’échelle planétaire.

Pourquoi le tourisme n’est il pas reconnu comme faisant partie de la culture moderne ?

La critique culturelle traditionnelle a peu d’effet dans la pratique. Mais elle conduit à des malentendus et à un manque de reconnaissance du tourisme en tant que phénomène culturel. Elle ne tient pas compte du fait que le tourisme est l’une des formes les plus populaires du bonheur individuel et l’une des dernières expériences de la liberté personnelle. Elle ne voit pas non plus que le monde de la culture lui-même joue aujourd’hui largement sur la corde émotionnelle et vend des attractions culturelles comme des événements. On sait aujourd’hui que le plaisir culturel n’est pas possible sans consommation.

(Tableau 2)

L’être humain face à l’étranger : accueil et rejet

Quel est l’apport culturel du tourisme ?

En critiquant systématiquement le tourisme, les tenants d’une culture « pure » ne voient pas que le tourisme a une fonction culturelle essentielle. Dans l’Antiquité déjà, l’hospitalité était une forme pacifique de rapport à l’étranger. Et il en est toujours ainsi aujourd’hui, même si la situation du tourisme moderne s’est complexifiée. A vrai dire, quatre cultures différentes se rencontrent aujourd’hui : la culture quotidienne généralement urbaine des visiteurs, la culture mondiale des loisirs, la culture de service du lieu et la culture traditionnelle de la région visitée, qui est souvent rurale.

(Tableau 3)

Quel apport culturel du tourisme ?

Ce choc des cultures n’est pas sans générer de tensions. Plus le nombre des visiteurs assoiffés d’expériences à vivre est grand, plus le contexte social et la qualité de vie de la population indigène risquent d’en pâtir. Les centres touristiques sont en fait des laboratoires de la cohabitation multiculturelle, qui est une composante toujours plus importante pour les pays d’immigration.

Le changement culturel à l’ère de la mondialisation : ouverture sur le monde et retour aux sources

Le tourisme renforce-t-il la tendance à un nivellement de la culture globale, sapant ainsi les bases mêmes de sa dynamique ?

Le monde s’intègre, c’est un fait. Et en s’intégrant, il rapetisse. Ce processus, les voyages et le tourisme ne font que l’accélérer. L’intégration croissante du monde donne naissance à des visions, des attentes et des comportements communs. Elle favorise le nivellement, mais aussi la domination des cultures à la pointe de l’évolution scientifique, technique et économique. De plus, avec l’appui des médias, est apparue une culture mondiale des loisirs, qui est essentiellement virtuelle et, contrairement au tourisme, n’implique pas de voyage.

Le tourisme renforce-t-il la tendance à un nivellement de la culture globale, sapant ainsi les bases mêmes de sa dynamique ?

Le processus de mondialisation a cependant induit un mouvement en sens contraire. Plus la culture mondiale tend à s’uniformiser, plus fortement s’affirme la volonté de sauvegarder les identités culturelles locales. Toujours plus nombreux sont les humains en quête de leurs racines culturelles. Bien que les visiteurs s’attendent à trouver, dans le monde entier, des standards de confort et de prestations identiques, leurs préférences vont de plus en plus dans le sens de la culture originelle, du temps retrouvé, du singulier et de l’unique.

(Tableau 4)

La sauvegarde de la diversité culturelle : nivellement, ethnocentrisme et nouvelle identité culturelle

Comment le rapport conflictuel entre la modernité et la tradition se répercute-t-il sur la rencontre touristique ?

L’individu moderne vit tiraillé entre l’ouverture sur le monde et le repli sur la sphère locale. Le nivellement et la tendance ethnocentrique pèsent sur les sociétés. La solution ne réside ni dans une « soupe culturelle globale », ni dans l’autarcie culturelle au niveau local. La fermeture tue le progrès et le développement.

Comment le rapport conflictuel entre la modernité et la tradition se répercute-t-il sur la rencontre touristique ?

Le tourisme encourage les autochtones à accepter les atouts des autres cultures. Dans le même temps, il peut aussi contribuer à renforcer la conscience identitaire locale. Si ces deux processus ne sont pas entravés, on peut en espérer une contribution au maintien de la diversité culturelle dans l’intérêt de l’humanité.

(Tableau 5)

La nouvelle culture des loisirs mondiale : authenticité et simulation

L’héritage culturel est-il en passe d’être remplacé par une production touristique « hors sol » ?

Le renforcement des identités culturelles est aujourd’hui important en ce sens que l’héritage des cultures traditionnelles semble menacé, qu’il est de plus en plus sclérosé dans une forme muséale désincarnée. Souvent, l’argent manque pour sauvegarder les constructions symboles de l’authentique.

L’héritage culturel est-il en passe d’être remplacé par une production touristique "hors sol" ?

Par contre, on investit toujours davantage dans des parcs de loisirs ou des parcs à thématiques, qui imitent souvent des éléments de l’héritage culturel en le rehaussant d’un effet de mode. Comme ces attractions sont implantées dans les agglomérations, le visiteur peut s’épargner le voyage jusqu’aux attractions authentiques. Il en résulte une sorte de production « hors sol ». Les limites entre l’authentique et le simulé sont de plus en plus floues, car ce que l’Histoire a produit ne peut pas être conservé comme une « relique » intangible et chaque époque l’interprète à sa manière.

(Tableau 6)

L’économie événementielle et la fabrique à rêve : imagination et mise en scène du tourisme

Comment l’économie événementielle du tourisme peut-elle assurer l’exploitation économique durable des ressources culturelles ?

Du point de vue économique, le tourisme est un commerce basé sur les rêves des visiteurs potentiels. De plus en plus, les visiteurs potentiels amènent les prestataires à concevoir et à proposer un ensemble de services comme un tout pour réaliser leurs rêves. Vu sous cet angle, le tourisme devient une fabrique à rêve. C’est une sorte de filiale de l’économie événementielle et du vécu émotionnel qui est en train d’émerger. A partir des ressources culturelles existantes ou créées ex nihilo, cette économie imagine et met en scène ses produits dans une atmosphère hédoniste et ludique, comme on le fait au cinéma ou au théâtre.

Comment l’économie événementielle du tourisme peut-elle assurer l’exploitation économique durable des ressources culturelles ?

Cette nouvelle conception du tourisme présuppose une démarche orientée systématiquement en fonction des besoins de la clientèle. Elle contraint les prestataires à coopérer entre eux et, au niveau du personnel, exige un engagement total et individualisé pour répondre à la demande des clients. Enfin, au niveau du management, elle requiert le professionnalisme des parties prenantes et le recours aux moyens télématiques les plus modernes.

(Tableau 7)

Épilogue

La fabrique à rêve qu’est le tourisme en vient à générer elle-même une nouvelle forme de culture. Cela dit, il ne faut pas oublier que l’événementiel et les expériences fortes ne sont pas la fin ultime des voyages. L’être humain ne voyage pas seulement pour lutter contre l’ennui. En voyageant, il est aussi en quête de lui-même. Dans la situation exceptionnelle du touriste, il se pose la question du sens de sa vie, cette vie éphémère et évanescente, comme le tourisme lui-même.

(Tableau 8)

L’événement et les expériences fortes ne sont pas la fin ultime des voyageurs

 

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Source : Keller, P., Tourisme et culture, les aspects culturels du développement durable du tourisme, Cadre de référence, 4e Sommets du tourisme Chamonix-Mont-Blanc Genève 

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