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Comment le tourisme international, entre crise et durabilité, peut-il contribuer à un monde meilleur ?

Francesco FRANGIALLI - Secrétaire général de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), Madrid, Espagne

 

Monsieur le Secrétaire d’État,
Monsieur le Chef du Service du Tourisme de la Suisse,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Vice-Président du Conseil régional,
Monsieur le Maire de Chamonix,
Mesdames et Messieurs,  

Diapo 1

Je suis heureux de me retrouver pour la quatrième fois à ces Sommets du Tourisme de Chamonix-Mont-Blanc Genève, mais, en cette nouvelle occasion, je voudrais conférer un caractère quelque peu original à ma présentation et parler, non seulement en ma qualité de Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, mais aussi en celle de simple conseiller municipal d’une commune de Haute-Savoie, située dans une vallée voisine de celle de Chamonix : Morzine-Avoriaz.

Diapo 2

Le maire de Morzine, qui ne doute de rien, m’avait demandé il y a deux semaines, de jeter les bases d’une réunion consacrée au plan de déplacement urbain de la station en partant des enjeux globaux de la planète, pour finir avec ceux, sans doute moins insurmontables, des encombrements et du stationnement locaux. “ Vaste problème ”, aurait dit en son temps le Général de Gaulle !

Ironie mise à part, il est quelquefois bon d’élargir la perspective : “ think global, act local ”, disent les anglo-saxons - penser de manière globale pour pouvoir prendre les bonnes décisions au plus près possible du terrain.

C’est l’essentiel de cette présentation, avec quelques adaptations, que je me propose de reprendre devant vous.

* * *

Au delà de la mode, l’urgence est au développement durable, et ce fut la thématique même du Sommet de Johannesburg, dix ans après le “ Sommet de la Terre ” de Rio de Janeiro et l’adoption du célèbre “ Agenda 21 ”.

Diapo 3

Relisons ce que le Président de la République française, M. Jacques Chirac, disait le 2 septembre à Johannesburg :

“ Dix ans après Rio, nous n’avons pas de quoi être fiers. La mise en œuvre de l’Agenda 21 est laborieuse. La conscience de notre défaillance doit nous conduire, ici, à Johannesburg, à conclure l’alliance mondiale pour le développement durable ”.

“ Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre ”.

“ Si l’humanité entière se comportait comme les pays du Nord, il faudrait deux planètes supplémentaires pour faire face à nos besoins ”.

Notre planète est fragile, il faut la ménager ; c’est cette préoccupation que s’efforce de prendre en compte la stratégie de “ développement durable ” à laquelle nous invite si éloquemment le Président de la République.

Diapo 4

Le concept avait été défini à Rio de Janeiro comme “ un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ”. Le terme vient du mot anglais “ sustainable ”, difficilement traduisible en français, puisqu’il correspond à une notion à la fois de persévérance de l’effort dans la durée et de renouvellement. C’est un vocable popularisé par le célèbre rapport de la Commission Brundtland de 1987 pour les Nations Unies, intitulé “ Notre futur commun ”.

Je cite ce rapport : “ Par sa nature même, le développement durable est un processus de transformation dans lequel l’exploitation des ressources, la sélection des investissements, l’orientation des techniques et les changements institutionnels se font de manière harmonieuse et renforcent le potentiel présent et à venir... ”.

La recherche de la durabilité se place au carrefour d’une triple préoccupation, économique, sociale et environnementale : la poursuite d’un développement économique sans lequel rien n’est possible ; la recherche d’une plus grande justice sociale sur une base mondiale ; le souci, enfin, de protection et de renouvellement de ressources naturelles non indéfiniment extensibles, dans un monde connaissant une progression démographique largement incompressible.

* * *

Diapo 5

S’engager pour le développement durable, c’est affronter des enjeux immenses comme la pauvreté, l’eau, l’énergie, le climat.

Premier défi : la pauvreté, avec ses corollaires, la santé et l’éducation

Deux milliards 800 millions d’hommes vivent avec moins de 2 euros (ou 2 dollars) par jour, 1,2 milliard survivent à peine avec moins d’un euro : ils représentent 23 pour cent de la population mondiale.

Diapo 6 et 7

Cependant, comme je l’avais souligné dans ma propre intervention à Johannesburg : “ la pauvreté ne s’analyse pas simplement comme une insuffisance de revenus : il s’agit d’un phénomène complexe, multidimensionnel, lié à des facteurs comme le chômage, la maladie, l’analphabétisme, la mortalité infantile et la dégradation de l’environnement, parmi beaucoup d’autres ”.

Car le problème du retard dans le développement est global, et pas seulement économique : ce sont, en dernière analyse, les mêmes communautés qui souffrent de la pauvreté et de la faim, pour lesquelles l’espérance de vie est la plus courte, qui sont victimes des grandes épidémies, n’ont pas accès à l’eau potable, à l’éducation ou aux services de santé, sont touchées par les pollution et vivent dans un environnement dégradé.

24.000 personnes meurent de faim chaque jour dans le monde et 46.000 de maladies infectieuses. Trente millions d’habitants de l’Afrique subsaharienne sont porteurs du virus du SIDA et la pandémie gagne maintenant les grandes concentrations de populations pauvres de l’Asie.

Un quart des habitants du monde n’a pas accès à l’éducation.

L’objectif de la communauté internationale, affirmé il y a deux ans par les Nations Unies au travers de la “ Déclaration du Millénaire ” et repris à Johannesburg, est de réduire de moitié d’ici à 2015 la proportion de la population souffrant de la faim et de l’extrême pauvreté.

Diapo 8

Autres défis majeurs : l’accès de plus en plus difficile à l’eau, la désertification et le recul de la forêt primaire

Sources, cascades, torrents, à Morzine comme à Chamonix, l’eau jaillit de toute part. La neige accompagne nos hivers ; sa fonte alimente nos rivières et fait fleurir le printemps de nos alpages. Plus bas, les sources d’Évian et de Thonon recueillent ce que la Dranse et l’Arve n’ont pas emporté vers le lac et que nos sols ont filtré. Nous nous proposons à Morzine, de labelliser bientôt la qualité de notre eau communale. Une autre commune voisine, la prestigieuse station de Mégève, s’apprête à relancer sur les tables des grands restaurants et dans les magasins de luxe, la commercialisation de l’“ Eau de Mégève ”, qui fut exploitée durant une quinzaine d’années au début du siècle dernier.

Dans le monde, trois millions de personnes meurent chaque année du fait de la mauvaise qualité des eaux. Une Africaine parcourt en moyenne 6 kilomètres par jour pour approvisionner sa famille en eau. Trente millions d’habitants du Bengale sont victimes d’une pollution à l’arsenic des nappes phréatiques. 1,5 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable ; ils seront, si rien n’est fait, 5 milliards en 2025.

L’objectif fixé à Johannesburg est de réduire de moitié d’ici à 2015 la proportion de personnes qui n’ont pas accès à l’eau.

Diapo 9

Avec l’eau, à Morzine, comme à Chamonix, nous avons la forêt. Elle recouvre chez nous 23 pour cent du territoire communal. Comme l’eau qui la fait vivre, c’est un bien précieux. C’est le cœur même de notre écosystème en moyenne montagne. En Afrique, le désert gagne sur les régions sahéliennes, et celles-ci sur les zones forestières tropicales. Dans le monde, une surface de forêt primaire équivalente à celle d’un stade de football disparaît toutes les cinq secondes - juste le temps que j’ai pris pour prononcer cette dernière phrase. Il vous en reste quand même encore un peu en Guyane, M. le Secrétaire d’État !

Il faut savoir que la forêt constitue ce qu’en langage savant on appelle un “ puit à carbone ” : les arbres absorbent le dioxyde de carbone, qui sinon aurait une vie extrêmement longue, et recyclent l’oxygène. J’y reviendrai dans un instant.

Diapo 10, 11 et 12

Autres défis encore : l’énergie et le climat

“ Nous devons apporter une énergie propre aux 2 milliards d’hommes qui n’y ont pas accès ”, a déclaré cet été le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, “ et pour avoir la certitude que ce progrès ne s’accompagnera pas d’un désastre en matière de changement climatique, il convient d’améliorer les conditions de la production énergétique, d’accroître la part des énergies renouvelables, de mettre en œuvre le protocole de Kyoto, de mettre fin aux mécanismes de subvention et de fiscalité pervers, de financer les recherches sur les nouveaux modes d’énergie propres et les “ puits à carbone ”.

L’accès à l’énergie est inégal : d’un côté la pénurie, de l’autre le gaspillage ; la résorption, éminemment souhaitable, de la première qui serait accompagnée de la persistance tragique du second, ferait de la question de l’énergie une bombe à retardement pour l’environnement.

C’est près d’ici, à Évian, comme Jacques Chirac l’a annoncé à Johannesburg, que la France fera en juin prochain une proposition à ses partenaires du G8 sur les innovations technologiques qui permettront une énergie et des transports plus propres. Je reviendrai sur ce thème un peu plus loin au cours de cette présentation.

La consommation débridée d’hydrocarbures et, plus généralement, d’énergie fossile, aux États-Unis d’abord, en Europe et au Japon, ensuite, et le rejet des six gaz dits “ à effet de serre ” (dioxyde de carbone et méthane, principalement) qui en découle, représentent l’une des causes, qui n’est plus désormais contestée, du réchauffement climatique.

En effet, le rayonnement infrarouge qui résulte de l’échauffement solaire se trouve pour partie bloqué dans la biosphère et l’atmosphère par l’écran formé par lesdits gaz. Ces émissions de gaz peuvent avoir des causes naturelles (éruptions volcaniques…) ou humaines (défrichage des terres en brûlant la forêt, écobuage, activité industrielle, chauffage urbain…). Elles s’accompagnent, dans certains cas, de celle de particules de suie, et un immense nuage brun obscurcit le ciel de l’Asie du Sud-Est.

C’est ce contre quoi le Protocole de Kyoto, signé en 1997, s’efforce de réagir. Il prévoit de réduire globalement de 5,2 pour cent en 2012 le niveau des émissions de gaz par rapport à celui atteint en 1990.

Diapo 13

Mais la réduction sera modulée, et, par exemple, l’Union européenne devra consentir des efforts supérieurs à la moyenne. D’où l’idée adoptée cette semaine par les pays qui la composent, de conférer davantage d’efficacité mais aussi un peu de souplesse au système en permettant, à partir de 2008 aux grandes entreprises rejetant trop de gaz dans l’atmosphère, d’acheter des “ droits à polluer ” à celles ayant dépassé leurs objectifs de réduction. En quelque sorte, le traditionnel principe : “ pollueur payeur ” deviendra “ pollueur acheteur ” !

Alors qu’un autre protocole, celui de Montréal de 1987 sur l’interdiction des gaz contribuant à la disparition de la couche d’ozone, semble produire des résultats positifs, le protocole de Kyoto, qui n’est pourtant pas encore entré en vigueur, est jugé insuffisant par nombre d’experts qui estiment que la réduction n’est pas assez sévère. En revanche, outre l’opposition des États-Unis qui ont accru leurs émissions de 17 pour cent depuis 1990, il est jugé trop brutal par de grands pays en développement comme l’Inde, dont les émissions par habitant sont six fois inférieures à celles des pays industrialisés mais s’accroissent beaucoup plus vite.

Diapo 14

De tout temps, le climat a changé, mais le sens de l’évolution récente est clair : le phénomène s’amplifie. Les dix dernières années ont été les plus chaudes du XXème siècle. À notre latitude, tout se passe comme si nous rapprochions de la Méditerranée à la vitesse de 12 mètres par jour.

Faute de réduction drastique des gaz à effet de serre, la température moyenne pourrait augmenter de 1,5 à 6 degrés entre 1990 et 2100, chiffres généralement admis et confirmés par le professeur Edouard Bard dans la communication récemment présentée par lui au Collège de France.

Dans ces conditions, est-ce vraiment le moment, comme le souhaite le gouvernement américain, de demander un délai de dix ans d’études avant d’agir, mais, dans le même temps, d’alléger les réglementations protégeant les forêts et les parcs naturels des États-Unis pour y forer de nouveaux puits de pétrole ?

Diapo 15 et 16

Les conséquences concernent toute la planète : les cyclones tropicaux, les inondations et, inversement, les périodes de sécheresse se multiplient ; le phénomène dit d’“ El Niño ” se répète à intervalles de plus en plus rapprochés ; les coraux meurent du fait de l’élévation de la température de l’eau de mer; la banquise de l’Antarctique se fractionne ; les glaciers des Alpes, et plus encore ceux des Andes, se rétrécissent - regardez le glacier des Bossons ! - en Afrique, le Kilimandjaro a déjà perdu 80 pour cent de ses neiges, et devrait perdre le reste d’ici à 2020 ; depuis 1860, le niveau des mers a monté de quelque 20 centimètres et des archipels entiers comme les Maldives, les Marshall ou les Tonga sont menacés de quasi-disparition ; un relèvement d’un mètre obligerait 70 millions d’habitants du Bangladesh à fuir les terres inondées.

Moins dramatique : la presse britannique s’inquiète du jaunissement attendu des traditionnels gazons anglais et de l’irruption des plantes tropicales dans les jardins de sa Gracieuse Majesté !

* * *

Diapo 17

Cela ne concerne pas que les autres. Pour nos domaines skiables de moyenne altitude - je ne parle pas des Grands Montets - la conséquence sur l’enneigement serait directe comme l’a montré l’exposé présenté par M. Eric Martin, du Centre d’étude de la neige de Météo France, lors d’un récent colloque de l’Organisation mondiale du tourisme à Andorre.

Les cinq diapos suivantes sont tirées de cette présentation.

Diapo 18

Regardez ce graphique. Nos mémoires ne sont pas défaillantes lorsque nous nous souvenons avec nostalgie des hivers d’autrefois, bien davantage enneigés que ceux d’aujourd’hui. Un siècle de mesure des températures à Annecy montre le réel décrochage amorcé dans la seconde moitié des années “ 80 ”.

Diapo 19

L’enneigement a déjà commencé à décliner depuis les années “ 60 ”. Voici la situation en jours d’enneigement mesurée au Col de Porte, situé dans le Massif de la Chartreuse à 1340 mètres d’altitude. La réduction est lente mais continue. Elle tend à s’accélérer.

Diapo 20

La durée de l’enneigement en moyenne montagne est appelée à diminuer. Elle est actuellement pour notre région, d’un peu plus de cinq mois à l’altitude de 1500 mètres.

Diapo 21

Avec un réchauffement de seulement 1,8 degré - c’est-à-dire le “ bas de la fourchette ” de ce qu’il est raisonnable de prévoir - l’effet serait marginal à 2500 mètres, mais nous perdrions 40 jours d’enneigement annuel à 1500 mètres. Ce n’est pas un hasard si désormais de grands opérateurs comme la Compagnie des Alpes n’investissent plus qu’en très haute altitude !

Diapo 22

La situation serait particulièrement critique autour des périodes de Noël et de Pâques, si cruciales pour notre économie touristique. La conclusion s’impose d’elle-même : nous devons nous préparer à l’éventualité que certains hivers pourraient être presque sans neige, et diversifier notre activité touristique en conséquence. C’est la condition de sa durabilité.

Diapo 23

Le mouvement est lancé.. Les innovations se multiplient. Voici, par exemple, ce qu’écrit le récent guide Rhône-Alpes du Figaro : “ Cet hiver, La Plagne met en place des sentiers pédestres à thèmes. Aux Arcs, on apprend à reconnaître les empreintes de la faune locale. À Courchevel, on découvre un fromager et sa cave. Au chapitre sportif, il n’y a que l’embarras du choix. Golf sur neige à Megève, escalade d’un torrent gelé aux Deux-Alpes (ruisseling), balades en chiens de traîneaux à Avoriaz, ski tracté par un cheval à Morzine (ski-joëring), luge sur piste éclairée à Courchevel, parcours-aventure à Morzine, bouée sur neige aux Ménuires, etc. La culture est aussi de mise avec le festival de musique classique Musicaval à Val d’Isère, l’exposition “ Traverser les Alpes ” à Chamonix et les festivals d’humour à Villard-de-Lans et Saint-Gervais ”.

Diapo 24

Avec les conséquences des modifications du climat et du réchauffement sur notre activité, nous touchons au cœur même de la notion de développement durable du tourisme. C’est la raison pour laquelle l’OMT organisera l’année prochaine en Tunisie, une importante conférence sur le thème : “ tourisme et changement climatique ”.

Ainsi que l’illustre de manière synthétique le schéma que voici, la problématique du tourisme durable repose sur les interactions entre trois pôles : la croissance de la fréquentation et de l’activité touristiques ; les bénéfices qui en résultent pour les communautés d’accueil ; enfin, la qualité environnementale des destinations et le maintien de la biodiversité, supports indispensables des produits de l’écotourisme.

Ce sont ces interactions et leur logique qui sous-tendent le paragraphe 43 du Plan d’action adopté à Johannesburg, à l’initiative de l’Organisation mondiale du tourisme et avec le concours d’institutions comme la CNUCED et le Programme des Nations Unies pour l’environnement. Le tourisme durable et l’écotourisme, dont la valeur avait déjà été soulignée quelques mois plus tôt au Sommet de Québec, sont désormais reconnus comme des instruments importants pour faire reculer la pauvreté.

* * *

Aux facteurs extérieurs que l’on a décrit, un autre va s’ajouter, qui tient à la mobilité des hommes et à leur propension à se déplacer sans cesse davantage.

Diapo 25

Les arrivées de touristes internationaux, mesurées par l’Organisation mondiale du tourisme, sont passées de 25 millions en 1950 à près de 700 millions l’année dernière, dont 400 millions en Europe.

Malgré le ralentissement économique et la crise que nous vivons depuis le 11 septembre 2001, malgré l’attentat de Bali et les nuages qui s’accumulent sur l’Irak, cette croissance va continuer - inéluctablement. Un triplement du nombre de touristes internationaux est attendu sur l’espace d’une génération. La multiplication des courts séjours, qui continuera d’accompagner le rétrécissement des longues vacances d’été, contribuera à l’accroissement du nombre de déplacements en voiture.

Diapo 26

En France, entre 90 et 100 millions d’arrivées de touristes étrangers sont prévues à l’horizon 2020, contre 76 millions l’année dernière. S’y ajouteront un bien plus grand nombre de séjours et de déplacements internes, la plupart effectués par route. Pour les étrangers qui viennent chez nous, voiture et autocar réunis représentent 70 pour cent des mouvements de touristes et 90 pour cent de ceux des excursionnistes.

Paris et l’Île de France mis à part, la région où nous trouvons, Rhône-Alpes, est celle qui enregistre le plus grand nombre de déplacements par route.

Diapo 27

En travaillant et en nous chauffant, chacun d’entre-nous contribue à l’effet de serre. En nous déplaçant aussi. Pensez-y en achetant votre prochaine voiture ! Regardez cette diapo, vous avez le choix entre l’essence, le diesel et le GPL, ou encore entre une Smart et une Ferrari !

Diapo 28

Prêtons une attention particulière au fait que la France compte 62.000 autocars de tourisme et que, pour ce mode de transport, le nombre de voyageurs-kilomètres a doublé en vingt ans. Chez nous comme ailleurs, l’accueil et le stationnement des autocars posent des problèmes difficiles. Comme les camions, ils polluent davantage en fond de vallée : on ne le sait que trop dans la région de Chamonix !

Il faut garder à l’esprit qu’en Europe, le secteur du transport routier est responsable de l’émission de près du quart des émissions de gaz à effet de serre, et qu’une augmentation de l’ordre de 35 pour cent du trafic est attendue pour la décennie en cours.

L’Union Européenne et l’industrie automobile se sont mises d’accord pour réduire de 25 pour cent les émissions de CO2 par les voitures particulières neuves sur la période 1995-2008 ; mais, compte tenu de la croissance prévisible du trafic, cela ne suffira pas pour éviter un accroissement sensible de la pollution.

Diapo 29

Le développement durable des transports passe donc par l’adoption de technologies nouvelles, par la maîtrise de la circulation automobile, par la substitution, chaque fois que c’est possible, de modes de transports publics, proportionnellement moins polluants, à l’automobile privée. Comme le montre cette image, Chamonix l’a découvert, il y a déjà bien longtemps ! “Il s’agit désormais d’utiliser moins de béton et plus d’intelligence dans les transports ”, écrit la Commission Européenne dans son récent “ Livre Blanc ”.

* * *

Deux facteurs vont ainsi dramatiquement converger pour nos destinations : le raccourcissement de la saison d’hiver, fruit du changement climatique, d’une part ; la croissance du nombre d’arrivées et la multiplication des déplacements de courte durée, effectués en voiture individuelle, d’autre part.

Leurs effets s’additionnant, cela veut dire davantage de circulation sur nos routes déjà proches de la saturation et davantage de concentration des arrivées dans nos stations sur des périodes de plus en plus limitées.

Comme le note la Commission européenne dans son récent “ Agenda 21 pour un tourisme européen durable ” : “ le transport risque de devenir le principal goulot d’étranglement de la croissance du tourisme en Europe ”.

Diapo 30 et 31

Oui, c’est pour cela qu’il est vraiment temps de prendre à bras le corps le problème de la circulation et du stationnement, de se doter de plans de déplacement urbain comme nous l’avons entrepris dans notre commune, et, pour ce faire, de s’inspirer des exemples étrangers ainsi qu’en a fort opportunément pris l’initiative le Conseil général de la Haute-Savoie en organisant un voyage d’étude dans des stations voisines des Alpes suisses et autrichiennes. Le moment est venu également de convaincre nos visiteurs de laisser, autant que faire se peut, leur voiture au parking et, pour les communes, en corollaire, de s’équiper en moyens publics de transports non polluants - à Morzine, nos futures navettes électriques qui seront introduites cet hiver.

Les contraintes sont évidentes, mais l’enjeu en vaut la peine. “ Un grand sacrifice est aisé mais ce sont les petits sacrifices continuels qui sont durs ”, écrivait Goethe - que vous connaissez comme poète, mais peut-être moins comme spécialiste des transports puisqu’il fut ministre de la reconstruction routière de l’État de Weimar.

D’une manière générale, en cette année internationale de l’écotourisme, déclarée par les Nations Unies, soyons attentifs à la qualité environnementale de nos villages et de nos vallées : c’est ce qui peut nous conférer un avantage décisif dans la compétition entre destinations touristiques. Comme l’Union européenne nous y a invités lors d’un grand Forum tenu mardi dernier à Bruxelles, adoptons des Agendas 21 locaux du tourisme durable. Lions tourisme de qualité, diversification des activités et développement durable : c’est là notre carte maîtresse.

Ainsi que l’écrit encore “ l’Agenda 21 du tourisme européen ” : “ la gestion de la qualité (y compris la durabilité) des destinations est le seul moyen d’affronter à l’avenir la concurrence à l’échelle internationale et de préserver les destinations intactes et exceptionnelles ”

Diapo 32

C’est bien cela notre mission : sauvegardons ce qu’il y a d’intact et d’exceptionnel dans nos stations de montagne. Ne surexploitons pas notre forêt, mais entretenons la ; veillons à la qualité des eaux et ne relâchons pas l’effort en matière d’épuration ; introduisons le tri sélectif des ordures ménagères ; évitons la densification urbaine ; préservons le patrimoine bâti et pour cela utilisons les matériaux traditionnels : le bois, la pierre, l’ardoise et la lauze ; enterrons les lignes électriques ; supprimons les publicités et enseignes nocturnes disgracieuses ; amplifions l’action de fleurissement de nos villages, que soutient le Secrétariat d’État au tourisme.  

Diapo 33

Mesdames et Messieurs,

Ce n’est pas un exercice académique que de s’efforcer de resituer des problèmes locaux dans un environnement élargi, c’est la condition même de l’efficacité.

Ce n’est certes pas au niveau de nos modestes communautés que nous résoudrons les problèmes de la planète ; mais, rien ne nous empêche d’essayer de régler intelligemment les nôtres. Et puis, si ceux qui en ont les moyens ne donnent pas le bon exemple, qui donc le fera ?

Je vous remercie.

 

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