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Complémentarité des actions culturelles entre Chamonix et Courmayeur : l'espace culture Mont-Blanc

Luigi CORTESE - Consultant, Courmayeur, Italie

 

Courmayeur et Chamonix ont entamé en 2001 une initiative transfrontalière pour mettre en place un réseau de coopération culturelle : l’Espace Culture Mont-Blanc. Le constat est, compte tenu des importants flux touristiques et de la proximité spatiale, qu’il est possible d’organiser manifestations et expositions en commun, dans le cadre de ce qu’on a appelé le « Musée Transfrontalier du Mont-Blanc ».

 

Mesdames, Messieurs,

Après Martigny et Chamonix, où l’ambition de traduire les évènements culturels dans des opportunités touristiques, est déjà affirmée et consolidée, c’est à moi de vous présenter une nouvelle démarche de coopération culturelle qui est en train de prendre son essor dans cette région : l’Espace Culture Mont-Blanc.

Il faut tout d’abord rappeler le rôle de l’Espace Mont-Blanc, entité de coopération internationale qui œuvre pour la sauvegarde et la gestion du territoire qui entoure le Massif. C’est à partir de ce modèle et profitant du réseau constitué par cette expérience que Courmayeur et Chamonix ont entamé une réflexion commune qui a comme but celui de associer culture et tourisme dans une offre internationale d’expositions et de manifestations.

Juste un petit pas en arrière pour évoquer les éléments sur lesquels se base l’idée d’Espace Culture Mont-Blanc.

Avant tout le fait d’avoir ici, au cœur des Alpes, une grande région ayant des caractères communs : le français, langue de souche non seulement pour les Savoyards et les Valaisans mais aussi pour beaucoup de valdôtains, l’histoire, les traditions populaires. Donc, même si les évènements des derniers deux cent ans ont fait évoluer de façon différente les trois versants du Mont-Blanc, on peut confier qu’il y a ici, génétiquement, les ressources humaines et intellectuelles pour une forte coopération culturelle.

Le patrimoine montagne. La montagne nous sépare. La montagne nous rapproche. Toutes les populations de cette région ont le sentiment d’être en quelque sorte les « gardiens » de ce patrimoine exceptionnel qui est le Mont-Blanc. La puissance physique, le rôle symbolique qu’il a dans la dimension européenne, la connotation mythique qu’il a dans l’histoire de l’alpinisme et dans l’imaginaire collectif de la montagne, font du Mont-Blanc le « sommet idéal » où peuvent s’identifier les cultures montagnardes des Alpes nord occidentales.

L’aspect économique. Chamonix et Courmayeur sont parmi les majeures stations de l’arc alpin. Presque 500.000 présences en 2001 pour Courmayeur (environ 880.000 dans la Valdigne) et deux millions pour Chamonix. Il s’agit d’une masse importante de clientèle à laquelle il faut rajouter les passages, compte tenu de la position des deux stations le long de l’axe internationale qui traverse le Mont-Blanc et les présences dans les maisons de vacance. Dans les périodes de haute fréquentation touristique on a donc une population qui exprime une forte demande de services, de loisirs et de culture aussi.

Bien si les échanges entre Courmayeur et Chamonix ont toujours été importants et constants, c’est dans la période de fermeture du Tunnel du Mont-Blanc, drôle de le constater, que l’on a fait les progrès plus grands dans le sens d’une concrète coopération culturelle entre les deux stations. Après des années de contacts et d’essais de collaboration, en 2001 les deux Communes ont signé une « Charte de coopération culturelle » et ont entamé la réalisation d’un projet transfrontalier dans le cadre du programme Interreg IIIA : le « Musée Transfrontalier du Mont-Blanc ».

Courmayeur et Chamonix : deux vitrines d’exception pour la culture de la montagne

Le projet du « Musée Transfrontalier du Mont-Blanc » se base sur l’idée de deux structures muséales indépendantes mais complémentaires, travaillant de concert de part et d’autre du massif. Le Musée enfonce ses racines dans Chamonix et Courmayeur, deux communautés qui ont participé très activement à la création de l’histoire de la montagne et au processus de civilisation tout à fait particulier qui en a découlé. Les deux sont aujourd’hui des destinations de niveau international où l’on retrouve une clientèle touristique toujours très attentive aux propositions culturelles et artistiques. Cette clientèle exprime une demande très forte d’évènements et de manifestations, si possible de haut niveau. Face a cette demande, qui on estime croissante, Chamonix et Courmayeur ont des positionnements complémentaires et du point de vue de leurs caractéristiques touristiques et de celui de la typologie de leur clientèle. Leur union stratégique peut créer une synergie très forte et, on peut le dire, unique dans tout l’arc alpin Nord occidental.

Mais il faut encore dire que Courmayeur et Chamonix sont les pivots d’une réalité territoriale dans laquelle on retrouve une richesse culturelle tout à fait remarquable, une richesse qui constitue un arrière terroir qui est en quelque sorte l’élément moteur pour des importantes propositions muséales. Or, dans ce cadre, Courmayeur et Chamonix ont une grande responsabilité dans le développement économique des territoires qui les entourent. Le Musée Transfrontalier peut devenir le pivot d’une politique culturelle qui implique aussi d’autre petits centres de montagne de la région du Mont-Blanc qui pourront enrichir leur offre et leurs initiatives culturelles en profitant des impulsions données par cette dynamique de coopération transfrontalière.

Le Musée aura une grande valeur médiatique en tant que « créateur » d’image et de symbolisation de la montagne. Il permettra de focaliser l’attention des visiteurs sur des thèmes qui valorisent le monde alpin dans son ensemble. Les espaces du musée pourront, à ce titre, être les étendards qui contribueront à enrichir la stratégie touristique de Chamonix et de Courmayeur en positionnant le Pays du Mont Blanc sur un terrain culturel au-delà du sens « arts et traditions populaires ».

C’est sur la base de ces considérations que nous estimons que le Musée Transfrontalier pourra être unique en son genre, de part sa position privilégiée au cœur des Alpes et de part l’importance de l’histoire et l’expérience humaine et culturelle des collectivités qui le soutiennent.

Les actions du programme de coopération culturelle

Le projet du Musée Transfrontalier est la première étape de la démarche de l’Espace Culture Mont-Blanc et les deux stations vont profiter de l’aide de l’Union Européenne pour créer les conditions de mise en place un réseau culturel dans le pays du Mont-Blanc, notamment avec ces actions :

  • soutenir les initiatives des deux stations pour la réalisation d’espaces d’exposition ;
  • organiser ensemble expositions et manifestations;
  • mettre en place un Comité Transfrontalier de Coopération Culturelle permanent ayant la tâche de proposer les programmes des initiatives communes et de pérenniser la collaboration.

Le réseau culturel peut s’appuyer sur des atouts intéressants si l’on considère la situation géographique de la région du Mont-Blanc. Autour du Massif se positionnent trois pôles qui peuvent être les pivots de l’Espace Culture Mont-Blanc. Courmayeur, Chamonix et Martigny. Comme on l’a vu ces stations peuvent jouer un rôle stratégique dans la coopération culturelle transfrontalière et pour ce qui est du Val d’Aoste il faut tenir compte aussi que dans la Valdigne, dans les Communes de Morgex et La Salle va se réaliser, grâce à l’intervention de l’Administration régionale, un important écomusée, centré sur les thèmes de la montagne, de la nature et du territoire.

Les liaisons entre les trois stations principales sont fortes en vertu d’un réseau routier bien développé, même si l’on peut voir que Chamonix est en quelque sorte le point de gravitation de cette région idéale.

L’approche géographique nous permet de faire encore quelques considérations et pour ce qui est de l’organisation de l’offre culturelle et pour la définition d’un potentiel bassin de clientèle. Dans le rayon d’une heure en voiture, déplacement tout à fait acceptable pour une bonne partie de nos visiteurs, nous retrouvons non seulement les trois stations mais aussi des villes importantes comme Annecy et Aoste.

Le bassin de clientèle potentielle est vaste est il comprend des aires urbaines et métropolitaines telles que Chambéry, Lyon, Lausanne, Genève, Turin, Milan. Déjà, aujourd’hui, en Vallée d’Aoste, une grande partie des touristes proviennent de ces grandes villes.

Un dernier coup d’œil sur la situation de Chamonix et Courmayeur, pour mieux apprécier la possibilité concrète de mettre en place des initiatives communes. Après la réouverture du Tunnel du Mont-Blanc seulement 25 – 30 minutes séparent les deux stations. Il s’agit d’une situation privilégiée qui permet de réaliser des échanges quotidiens de clientèle.

Une première évaluation de tous ces éléments nous dit qu’à Courmayeur et Chamonix on est dans les conditions de pouvoir imaginer un important domaine culturel, où l’enjeu principal est celui d’être à mesure d’offrir à la population résidente et aux touristes un paquet international de manifestations et expositions de qualité.

Je ne peux pas rentrer dans les détails car l’Espace Culture Mont-Blanc est encore dans sa phase initiale mais l’on peut dire que les thèmes à développer dans le cadre de cette coopération transfrontalière ne manquent pas. Le cœur de la proposition culturelle du Musée Transfrontalier est la montagne et l’exposition « Traverser les Alpes » organisée par Chamonix est une anticipation des sujets qui seront développés par les initiatives communes des deux stations.

Pendant les nombreuses discussions qui ont animé la phase de rédaction du projet transfrontalier on s’est en tout cas dit qu’il ne fallait pas tomber dans la célébration ethnographique. Sur cet argument il y a déjà un certain nombre de musées et de centres d’exposition d’une part et l’autre de la frontière. L’ambition du Musée Transfrontalier du Mont-Blanc est celle de représenter la montagne dans sa dimension universelle, avec ses problèmes et ses contradictions, avec un effort pour intégrer les apports venant des différentes cultures et visions de ce monde ainsi complexe.

Je conclue rapidement avec le planning opérationnel du projet.

Le projet Interreg pour le Musée Transfrontalier du Mont-Blanc se déroule en deux années 2003 et 2004 avec les actions suivantes :

  1. constitution de la structure permanente de coopération et développement culturel: l’Espace Culture Mont Blanc. Il s‘agit de l’opération principale pour faire démarrer le réseau de coopération culturelle ;
  2. analyse économique (budget, frais de fonctionnement, etc.), pour donner aux Administrations communale un cadre fiable des investissements nécessaires à l’organisation des évènements et à la gestion des espaces des expositions permanentes;
  3. programme des expositions communes. Déjà en 2003 nous estimons de pouvoir organiser une première exposition de photographies sur un thème qu’on est juste en train de définir mais qui devrait donner de l’espace aux nouveaux photographes de montagne de nos régions ;
  4. charte design commune pour l’aménagement des expositions permanentes sur les deux versants du Mont-Blanc (Musée de la Montagne à Chamonix et Salles du Jardin de l’Ange à Courmayeur). Le but est celui d’harmoniser l’organisation et l’équipement des espaces dédiés aux expositions transfrontalières dans les deux stations ;
  5. promotion auprès des acteurs locaux et du grand public et pour impliquer le personnes ressources du terroir et pour lancer l’initiative sur le marché touristique des deux pays.
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