retour Index quatrième sommet

Accueil

Retour liste Orateurs
Retour liste Interventions

 
Rhône-Alpes peut-elle être ouverte au monde tout en préservant sa diversité culturelle ?

Anne-Marie COMPARINI - Présidente de la Région Rhône-Alpes, France

 

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation Mondiale du Tourisme,
Mesdames, Messieurs les professionnels du tourisme,
Mesdames, Messieurs,

Je voudrais vous exprimer ma joie d’être avec vous cette après-midi pour clore ces sommets du tourisme. La question qui m’est posée : « Rhône-Alpes peut-elle être ouverte au monde tout en préservant sa diversité culturelle ? » touche au cœur de l’action menée par le gouvernement avec la décentralisation et la Région Rhône-Alpes. Je le dis souvent : il ne faut pas avoir peur de l’ouverture. Inévitable dans le monde qui s’impose chaque jour davantage et dans l’Europe qui se construit progressivement, je suis convaincue qu’il faut y voir une source d’indéniables richesses. Pour autant, elle ne peut se faire sans un ancrage fort, sans une connaissance de son identité, forgée notamment autour d’un patrimoine commun. Le citoyen européen, que nous appelons de nos vœux, ne s’en rattache pas moins à un héritage, et, en Rhône-Alpes, celui-ci n’est pas mince ! Grande quête de nos contemporains, la qualité me paraît être le critère essentiel pour guider notre action en matière de tourisme.

OUI, car

1. Rhône-Alpes bénéficie d’un potentiel touristique de qualité.

A la jeunesse institutionnelle de la Région correspond l’ancienneté des territoires qui la composent. Que l’on pense à la grotte Chauvet, témoin de l’expression artistique en Rhône-Alpes il y a 32 000 ans ! Depuis, que de noms et de titres témoignent d’une riche histoire : capitale des Gaules, Dauphiné, Savoie, principauté souveraine de la Dombes et tant d’autres. Au cours des siècles, quelques 800 châteaux, églises ou abbayes ont été édifiés, auxquels s’ajoutent tant de cités historiques. Au total, Rhône-Alpes est riche de plus de 2 000 édifices historiques protégés, 200 musées et 500 maisons thématiques.

Ce patrimoine témoigne déjà du caractère bénéfique des apports extérieurs que nous nous attachons à conserver et à animer ce riche legs du passé. Les prix rhônalpin du patrimoine récompensent des actions fortes tandis que les conventions patrimoniales signées avec les Départements permettent de coordonner les efforts dans ce domaine.

A côté de monuments et de cités de premier ordre, nous disposons de territoires culturellement bien marqués. Les terroirs différents sont à l’origine d’une grande diversité de paysages et de saveurs. Pierres dorées ou grises ici, pisé ou colombages là, les vieilles pierres de nos villes et de nos villages confèrent à chaque lieu un caractère unique. Ce kaléidoscope géologique trouve sa traduction gourmande dans une gastronomie qui compose tout un pan de notre patrimoine. Des productions de réputation mondiale sont la base de la fête que de grands maîtres offrent au gourmet rhônalpin depuis plusieurs siècles.

La région peut s’enorgueillir d’une longue tradition vinicole. Le poète latin Martial célébrait Vienne « la vineuse », alors qu’au siècle dernier, Victor Hugo évoquait la passion du Grand Pompée pour le vin de Tournon. Aujourd’hui, si le Beaujolais est le troisième fleuve de Lyon, tant d’autres vins régionaux de qualité, comme ceux des Savoie, viennent emplir le verre de l’amateur.

L’évocation de la gastronomie m’amène à souligner que l’attrait qu’exerce Rhône-Alpes sur le tourisme ne pourrait se comprendre sans l’intensité de la vie culturelle dont nous bénéficions. Diffusant un quart des spectacles français, Rhône-Alpes occupe la deuxième place en France derrière l’offre parisienne, avec un millier de sites de diffusion et plus de 200 événements de type festivals ou biennales. De même représente-t-elle le deuxième pôle éditorial du pays : il y a là une belle continuation du rayonnement de l’imprimerie de la Renaissance ! (note AMC : Agence régionale installée à Annecy)

OUI, aussi

2. Dotée d’un tel potentiel, Rhône-Alpes est soucieuse de guider les touristes pour une découverte de qualité, et ce autour de trois axes :

  • pour contribuer pleinement au développement personnel, l’activité touristique doit être préparée par une bonne formation. Consciente de la richesse que représente une jeunesse nombreuse, avec 35% des Rhônalpins ayant moins de 25 ans, la Région consacre la moitié de son budget à la formation, secondaire et supérieure. La construction et l’entretien des établissements ne résument pas son action. Celle-ci intègre la préparation et l’incitation des jeunes gens aux pratiques culturelles. Les chèques-culture, dont le succès est éclatant avec plus de 100 000 chéquiers vendus par an, subventionnent l’achat d’un livre, d’un disque, d’une place de cinéma ou de spectacle pour les lycéens et les apprentis. Les dispositifs « Lycéens au cinéma » et « Lycéens à l’opéra » organisent l’éducation du goût des jeunes Rhônalpins en leur permettant de rencontrer des artistes professionnels et d’étudier des œuvres de manière approfondie. Inviter les lycéens et les apprentis à cette découverte est une bonne garantie pour l’avenir d’une pratique culturelle de qualité.
  • La qualité à mettre en avant est aussi celle de l’offre régionale. Celle-ci a besoin d’être mieux connue, malgré les efforts déjà importants : seulement 10% des sites patrimoniaux accueillent plus de 30 000 visiteurs annuels et 10 d’entre eux plus de 100 000 personnes. Le Comité Régional du Tourisme, outil de communication régional, est chargé de la promotion touristique de la région. La réalisation, Monsieur le Président du Syndicat de l’hôtellerie et de la restauration, de guides touristiques et de cartes d’itinéraires thématiques de découverte, consultables sur Internet, doit aider le touriste à s’orienter au sein d’une offre foisonnante. Il y a là des fils conducteurs pour apprécier des territoires. Ce savoir-faire, construit avec les partenaires locaux, est l’objet d’échanges au sein de notre coopération décentralisée. La découverte des églises baroques de Savoie en randonnées à raquettes inspire directement les itinéraires du même genre élaborés dans la voïvodie de Malopolska, région polonaise partenaire de Rhône-Alpes. Là encore, ouverture et échange de compétences peuvent être bénéfiques. J’ajoute que la promotion de nos territoires est complétée par la co-production de films tournés en région et faisant une belle part aux paysages rhônalpins. Après la Dombes, le Vercors sera à l’honneur avec Le Papillon, avec Michel Serrault, sortant le 18 décembre.
  • Je voudrais signaler le souci particulier de Rhône-Alpes de s’adresser à tous les touristes et, notamment, à ceux qui souffrent d’un handicap. L’achat de matériel roulant neuf et la mise aux normes progressive de l’ancien doit rendre le réseau T.E.R particulièrement attractifs aux handicapés souhaitant découvrir la région. Cette accessibilité est recherchée et soutenue financièrement tant pour les activités sportives que culturelles. La liste des sites culturels adaptés sera bientôt disponible sur Internet avec un lien depuis le site du Conseil régional. La Région souhaite promouvoir la notion de « territoires de séjour touristique adapté » par une contractualisation avec les collectivités locales volontaires.

OUI, enfin

3. La qualité ne se limite pas à notre potentiel ni à la découverte à laquelle nous invitons les touristes : nous recherchons aussi celle du tourisme comme activité économique à part entière, donc comme secteur d’un développement durable.

Notre effort se concentre dans deux directions :

  • la qualité doit être celle de la structure de l’économie du tourisme rhônalpin. Deuxième pôle touristique français, Rhône-Alpes accueillent ses hôtes dans plus de 2 600 hôtels, 900 campings et 2 300 gîtes ruraux.

Nous avons le souci que la situation professionnelle des acteurs du tourisme, particulièrement des saisonniers, bénéficie d’une meilleure sécurité. Cela inspire nos contrats « stations-vallées » et les « contrats de stations moyennes », auxquels s’ajoutent des actions de prévention sur les dangers qui peuvent menacer la santé de ces saisonniers. Il faut aussi mentionner les investissements que nous consacrons aux lycées professionnels qui préparent aux divers métiers de l’hôtellerie, de la restauration, de la culture et du tourisme : ce sont des secteurs qui ont un vrai besoin de main d’œuvre qualifiée.

En aidant les filières culturelles à se structurer, nous contribuons à pérenniser la qualité de l’offre culturelle rhônalpine. Je mentionnais plus haut les films présentant des images de notre région. Avec la société Rhône-Alpes Cinéma, le Conseil régional a co-produit plus de 100 films, dont plusieurs ont reçu prix et distinctions. Nous sommes désormais la deuxième région française de tournage, véritable moteur pour les économies locales et promoteur indéniable de la qualité de notre environnement naturel et culturel. Pour accompagner les étudiants du 7e art dans leur insertion professionnelle, nous avons institué une Bourse d’aide à la rédaction d’un premier scénario de court-métrage.

Le même objectif guide nos interventions en faveur des Musiques actuelles, dotée récemment d’un plan régional. Ce sont là, en amont, des mesures qui contribuent à rendre durable la qualité de l’offre culturelle de Rhône-Alpes, attrait majeur pour les touristes.

  • Le deuxième aspect de la qualité du tourisme comme activité économique est son impact sur l’environnement et, plus largement, son rôle dans l’aménagement harmonieux du territoire. Comme pour les autres activités économiques, l’exploitation du potentiel touristique doit s’inscrire dans une logique de développement durable et non dans celle d’une utilisation intensive et de courte durée, le plus souvent destructrice.

Ce n’est pas un hasard si une partie de notre action en faveur du tourisme passe par le cadre des C.G.D., puis des C.D.R.A. Ces outils d’aménagement du territoire par partenariat sont ainsi garant d’une action concertée, respectueuse des richesses locales et des attentes de la population concernée.

Les P.N.R., au nombre de 6 en Rhône-Alpes, participent de la même logique. Loin de se limiter à la préservation statique d’un milieu naturel, ils permettent de mettre en valeur l’identité d’un territoire autour d’une production ou d’une tradition. L’ouverture au tourisme prouve là de manière éclatante son rôle vivifiant pour des territoires et pour son patrimoine. J'inaugurais récemment le P.N.R. des Monts d’Ardèche, constitué autour de la châtaigne. Il est le fruit d’une initiative locale, celle des castanéiculteurs. Il s’inscrit dans la Route européenne de la châtaigne, qui guide le touriste à travers des territoires dotés d’une identité forte.

L’aménagement de vastes zones autour de monuments ou d’activités culturelles importants fait l’objet de plusieurs Grands Projets d’Intérêt Régional qui figurent au sein de notre nouveau S.R.A.D.T. On peut en citer au moins deux, celui du Grand Lac du Bourget, celui du sud de l’Ardèche autour de la grotte Chauvet . Il y a là de vraies possibilités de structurer des espaces touristiques et économiques de qualité.

Pour conclure, je vois dans la qualité la meilleure garantie d’un tourisme culturel digne de ce nom. Si le mot de culture n’est pas galvaudé, il implique préparation, effort, éducation, temps de découverte. Pour être satisfait, le touriste culturel requiert un objet de qualité. C’est cette rencontre que le Conseil régional s’efforce de favoriser en la structurant et en cherchant à ce que tous en tire un bénéfice durable. C’est à cette condition que Rhône-Alpes gardera et développera son potentiel touristique, et conservera ainsi ses identités. Je vous remercie.

haut de page