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Genève, ville internationale et culturelle ?

François BRYAND - Directeur Général de Genève Tourisme, Suisse

 

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

En préambule, je souhaiterais exprimer ici la satisfaction d'un responsable touristique de pouvoir, dans le cadre de ces 4èmes Sommets du Tourisme, prendre le temps d'une réflexion sur son propre secteur d'activités. Ces interludes, malheureusement trop rares, sont en effet précieux. Ils nous permettent de ralentir nos occupations quotidiennes, nous forcent à prendre ce recul indispensable avec nos concepts de marketing, stratégies et autres théories qui auraient tendance à nous faire oublier que le tourisme n'est pas un produit de consommation ordinaire et que ses liens, notamment avec la qualité d'un site, sa population et sa culture, sont essentiels. Ces réflexions sont d'autant plus importantes, que le tourisme, malgré le coup de frein qu'il subit actuellement, n'en demeure pas moins la branche économique la plus importante à l'échelle mondiale et que sa capacité à surmonter rapidement les crises devrai lui faire retrouver une croissance exponentielle dont les conséquences socio-économiques marqueront à l'évidence ce début de 21ème siècle. 

S'agissant du tourisme genevois et du thème abordé cette année, ce dernier nous intéresse tout particulièrement dans la mesure où il tend à prouver, si besoin est, que le tourisme existe au-delà des paysages idylliques et des plages dorées et que chaque région, en particulier les villes, recèlent un patrimoine historique et culturel susceptible d'être intégré dans son offre touristique. 

Même si l'on estime en Europe à une faible part le nombre de touristes voyageant exclusivement pour une motivation culturelle, cette proportion augmente sensiblement si l'on prend en compte le nombre de visiteurs qui combinent leur voyage d'affaires avec la visite d'un lieu culturel. cette réalité met d'ores et déjà en évidence la complémentarité de deux milieux condamnés à s'entendre. 

Depuis plusieurs années, Genève Tourisme s'efforce de mettre en évidence les multiples facettes d'une région extrêmement riche et diversifiée. Au-delà du jet d'eau, de l'horloge fleurie et d'une double vocation humanitaire et internationale que personne ne renie, l'image de Genève doit être e permanence complétée. N'oublions pas en effet, que Genève a été et reste encore capitale horlogère, berceau du protestantisme, place financière, de foires et d'expositions, centre de commerce, d'histoire et de culture ou encore haut lieu gastronomique et de tradition hôtelière. Genève peut et doit ainsi revendiquer une identité forte en mariant harmonieusement ses racines locales et son ouverture sur le monde.

Ce mariage n'est cependant pas né d'hier. Malgré le mérite déployé, depuis plus de 100 ans, par un office du tourisme méritant, il faut bien se rendre à l'évidence que l'entrée en scène de Genève dans l'histoire trouve son origine des siècles auparavant. Sans remonter jusqu'à notre premier touriste, de Jules César à Calvin, en passant par Jean-Jacques Rousseau, Voltaire et Henri Dunant, Genève doit d'être sortie de l'ombre à l'intervention d'un certain nombre d'hommes hors série. La Genève touristique et internationale d'aujourd'hui puise donc ses racines dans un riche patrimoine historique et culturel. Nous mesurons ainsi que notre tourisme moderne ne pourra jamais se substituer complètement à ce qui en fait la substance, à savoir : une Genève à l'évidence située dans un site naturel extrêmement privilégié, mais surtout une Genève héritée des siècles passés, tolérante, ouverte au monde, aux idées et aux échanges. 

Comment en effet expliquer que Genève, dont le rôle aurait pu se limiter à celui d'une simple métropole régionale, occupe aujourd'hui une place privilégiée sur l'échiquier des capitales du monde.

Certes la présence sur son sol de la plupart des grandes organisations gouvernementales, qui vaut à Genève d'être souvent le rendez-vous des visiteurs du monde entier, aura joué un rôle déterminant dans son développement touristique. Mais pour essentielle qu'elle soit, cette situation n'explique pas tout. Une série d'évènements antérieurs auront également joué un rôle déterminant dans l'afflux à Genève de talents et de compétences. De l'impérialisme romain à nos jours en passant par la royauté, la féodalité épiscopale, la Réforme ou plus tard les mouvements romantiques et l'occupation française, Genève a été pratiquement le terrain de toutes les expériences qui, à certains égards, représentaient les prémisses d'un tourisme culturel. 

En rendant ainsi la notoriété mondiale de Genève aux hommes sans qui notre ville n'aurait jamais connu la destinée que nous lui connaissons, la question aujourd'hui est de savoir si notre république est à même de combiner judicieusement ce riche patrimoine historique et culturel avec sa vocation, pour ne pas dire son étiquette, de ville internationale ? En d'autres termes culture et tourisme d'affaires sont-ils antinomiques à Genève ? 

A ce stade, nous sommes bien évidemment persuadés, que loin d'être contradictoires, ces deux univers possèdent toutes les caractéristiques pour s'entendre. Même si notre ville n'est pas véritablement considérée comme une destination culturelle de plein droit, elle peut offrir de manière occasionnelle nombre de prestations culturelles enrichissantes.

La politique de Genève Tourisme est à cet égard parfaitement claire. Nous sommes convaincus qu'une offre touristico-culturelle complémentaire aux nombreux atouts de notre ville, représente une plus-value susceptible de répondre aux attentes de nos visiteurs, quelle que soit leur première motivation de voyage. Nos hôtes sollicitent en effet régulièrement des équipements ou des programmes culturels que nous nous efforçons d'englober systématiquement dans notre offre. L'information culturelle, la mise ne valeur de notre patrimoine, l'organisation et le soutien aux diverses manifestations entrepris depuis plusieurs années attestent d'ailleurs de notre volonté en la matière. A titre d'exemple et de façon non exhaustive, nous diffusons l'ensemble des supports culturels édités par notre office et la ville de Genève, à savoir : la liste des très nombreux musées, les découvertes, promenades en vieille ville, les visites à thèmes, ou encore la collection des promenade du plan piétons.

A noter encore que d'ici la fin de l'année, nous publierons un très intéressant ouvrage intitulé "Personnages célèbres" qui retracera la vie de 36 hommes et femmes qui ont pour point commun d'avoir vécu à Genève et laissé une trace durable dans la mémoire collective tout en enrichissant la vie culturelle, scientifique et économique de Genève. Parmi eux Jean-Jacques Rousseau dont le musée à l'emplacement de sa maison natale, vient d'être inauguré cet été avec le soutien de Genève Tourisme.

En marge de cette information très dense, notre office a également collaboré, à l'occasion de la commémoration du centième anniversaire du prix Nobel de la Paix, attribué à Henri Dunant en 1901, avec l'association "Genève, un lieu pour la Paix, et a édité 3 itinéraires qui passent en revue les différents lieux et bâtiments dans lesquels oeuvrèrent les artisans de la paix. Nous soutenons également l'association des guides de Genève, qui ne manque pas d'offrir des produits adaptés à l'actualité comme celui élaboré cette année dans le cadre du 400ème anniversaire de l'Escalade ou encore relatif à l'ouverture du nouveau musée Patek Philippe.

Par ailleurs, Genève Tourisme, soucieux d'animer notre ville, organise ou soutient des manifestations à caractère culturel et touristique. Cette année dans un concept intitulé "lumière sur Genève", avec le soutien de la ville et du canton de Genève, nous voulons développer une offre touristique cohérente, réunissant l'ensemble des acteurs, attractions et manifestations existantes comme le "christmas tree festival", la patinoire et le marché de Noël, récemment inaugurés. Nous voulons également, grâce à ce concept, créer à moyen terme un programme de mise en lumière du patrimoine naturel et construit de Genève.

Citons encore notre contribution aux manifestations organisées par la ville et le canton de Genève, comme la journée du Patrimoine, la Fête de la Musique, la fureur de lire ou encore la nuit de la science. L'ensemble de ces évènements, spectacles, concerts, théâtres ou expositions se déroulant à Genève, figure chaque semaine dans le "Genève Agenda", crée par notre office et distribué gratuitement à la population et aux visiteurs étrangers.

Dans un autre domaine , les différentes offres d'excursions régionales peuvent également représenter une alternative enrichissante aux visiteurs internationaux sensibles à la beauté de notre environnement naturel. Le Mont-Blanc évidemment mais aussi Gruyère ou le Château de Chillon sont quelques exemples de sites voisins, susceptibles d'intéresser nos congressistes en mal d'air pur ou d'histoire.

Enfin, Genève Tourisme organise les Fêtes de Genève, qui restent la plus grande manifestation touristique de Suisse, festival multiculturel, mélangeant musique techno et bal populaire avec spectacle pyromélodique. Evénement inamovible de l'été genevois, ces réjouissances favorisent les rencontres et plongent genevois et visiteurs étrangers dans une ambiance de liesse conviviale, artistique et ludique. En attirant 1.5 millions de personnes chaque année, elles s'inscrivent également dans une perspective de communication externe et contribuent largement à l'évolution de notre image touristique.

Mesdames et Messieurs, ces multiples exemples prouvent que l'offre culturelle existe bel et bien à Genève. Prétendre le contraire serait faire preuve d'une aveugle mauvaise foi.

Au regard de cette offre, encore une fois, riche et diversifiée, il semble opportun d'évaluer le potentiel touristique de Genève. Notre ville de 200 000 habitants a en effet le privilège d'accueillir chaque jour près de 10 000 visiteurs en provenance de 100 pays différents. Pour une journée ou un court séjour, les critères de choix et la motivation de nos hôtes, restent bien évidemment très variés, mais la majorité d'entre eux se déclare "amoureux" de Genève et satisfaite des prestations reçues.

La question désormais, est de savoir si notre offre culturelle est accessible à tous et en particulier aux touristes de passage. Là encore l'analyse des fréquentations des lieux culturels semble démontrer l'attractivité de l'offre. En rappelant au passage que nos musées municipaux, s'agissant des expositions permanentes, sont gratuits, ce qui représente un avantage promotionnel indéniable mais peut-être encore mal exploité, 350 000 visiteurs ont fréquenté en une année les Musées d'art et d'histoire, 220 000 notre musée d'histoire naturelle ou encore 80 000 une exposition de 4 mois "Mexique Terre des Dieux" il y a quelques années. Ajoutons encore à cela que les concerts de l'orchestre de la Suisse Romande comme les spectacles du Grand Théâtre, affichent pratiquement complet à chaque représentation.

Cependant, sans posséder d'analyse détaillée, nous estimons que la proportion de touristes dans ces statistiques reste malheureusement faible. Tout au plus pouvons-nous avancer que la forte communauté internationale de Genève, qui génère avec leurs amis et leur famille de passage une part importante de notre tourisme, représente certainement avec les Genevois, les clients potentiels de nos spectacles culturels.

Alors, pourquoi Genève qui possède un riche patrimoine culturel, une offre extrêmement diversifiée, qui attire des millions de visiteurs dans ses hôtels, n'a-t-elle pas véritablement l'image touristique d'une ville culturelle.

La réponse à cette question est à l'évidence multiple.

Tout d'abord, il convient de rappeler ici que la politique culturelle de notre ville appartient entièrement au département des affaires culturelles de Genève alors que le développement touristique est de la responsabilité de notre office privé du Tourisme. Ce rappel, loin de vouloir opposer qui que ce soit, est important dans la mesure où si l'n admet, comme évoqué précédemment, que la culture devrait faire partie intégrante de l'offre touristique, il convient de vérifier que les politiques menées de part et d'autre, à défaut d'être parfaitement cohérentes, sont compatibles voire complémentaires. 

Le département des affaires culturelles de notre ville, qui occupe environ 1000 personnes et gère un budget de 180 millions de francs, a pour mission principale la conservation du patrimoine culturel, bâtiments et collections que possède notre ville. 

Ce département effectue un très grand travail scientifique de recherche et de mise à niveau du patrimoine existant tout en développant de nouveaux projets. Par ailleurs, ce dernier souhaite diversifier l'offre culturelle, classique, contemporaine ou alternative et s'adresse essentiellement, faute de véritable promotion internationale, à un public régional le plus large possible dans un esprit de démocratisation de la culture. Pour ce faire, une large part de son budget est consacré à son fonctionnement et à la conservation du patrimoine, alors qu'un tiers est distribué sous forme de subventions et que peu de moyens financiers sont affectés à la promotion de l'offre culturelle.

Sans porter de jugement, et tout proportion gardée, il est intéressant de mettre en relation cette politique avec celle d'un centre culturel qui serait situé dans un bassin de population moins important, et qui dans une démarche, quasiment inverse, n'aurait pas à se préoccuper de la conservation de son patrimoine et développerait uniquement des projets porteurs grand public, en consacrant l'essentiel de son budget à l'acquisition d'expositions et à leur promotion internationale. On pense notamment dans notre région à la Fondation Pierre Gianadda, qui est pour beaucoup une référence en matière d'offre touristico-culturelle.

Vous aurez compris que la démarche marketing d'un office de tourisme s'inscrit plus dans la lignée de ce dernier exemple, quand bien même nous admettons parfaitement que la mission d'un département culturel d'une ville comme Genève dépasse largement le cadre de l'exploitation d'un simple musée et qu'elle peut se référer uniquement à des critères de marketing touristique. 

Un autre frein à un développement plus touristique de la culture à Genève semble être lié aux infrastructures proprement dites. Sans revenir sur le projet refusé du nouveau musée d'ethnographie, il semble que note ville soit parfois à l'étroit pour exposer ses trésors dans de bonne conditions et ne possède pas de salle de concert à la hauteur de la réputation de son orchestre symphonique, par exemple. Sans vouloir semer le trouble dans les esprits, à l'heure où nous envisageons la construction d'un centre de congrès, ne devons-nous pas songer à la création d'un véritable centre culturel ? Nous pouvons en effet rêver à des jours meilleurs où nos quais pourraient s'embellir et ressembler sans rougir à ceux de Sydney avec en prime une manifestation annuelle culturelle de réputation internationale.

En terme d'infrastructure cependant, je ne voudrais pas passer sous silence l'extraordinaire réhabilitation de l'usine des Forces Motrices. Ce bel exemple de réaffectation d'espace industriel en lieu de culture n'est pas unique à Genève. On peut en effet citer encore, l'ancienne usine de dégrossissage d'or devenue "L'Usine" ou encore les ateliers désaffectés de la société des Instruments de Physique (SIP) transformés en Musée d'Art moderne et contemporain. Nous ne pouvons bien entendu que saluer cette volonté d'associer une reconversion d'un site à un acte de préservation du patrimoine d'une part, et qui favorise l'éclosion d'activités culturelles d'autre part.

A l'évocation de ces quelques réflexions et contraintes, nous pouvons affirmer en conclusion, que notre image de ville internationale, dépositaire d'une longue tradition d'accueil, alliée au formidable patrimoine culturel de notre ville, représente à certains égards une offre attractive et parfaitement complémentaire. Pour la renforcer, il convient cependant encore de briser certains tabous et notamment d'admettre, face au succès remporté par les festivals de musique et autres grandes expositions de peinture que la culture, n'en déplaise aux puristes, doit aussi plaire au plus grand nombre avant d'être réservée à une élite. Cette démarche repose bien évidemment sur l'imbrication de deux univers parfaitement compatibles et notamment sur une collaboration étroite entre les professionnels du tourisme et les responsables de la culture.

Nous sommes alors convaincus que le développement de l'un n'ira pas sans l'autre et que l'image culturelle de Genève profitera au développement de notre tourisme. 

Enfin, certain que nos amis hauts-savoyards et savoyards me pardonneront, je ne pouvais pas terminer mes propos, en ce jour précis du 400ème anniversaire de la bataille de l'Escalade, sans évoquer le souvenir de la Mère Royaume. Cette femme emblématique de Genève qui dans un geste héroïque repoussa les troupes du Duc de Savoie cette fameuse nuit du 11 au 12 décembre 1602, me permet, non seulement, de rappeler que cette évocation historique attire et réjouit chaque année des milliers de visiteurs dans notre vielle ville, depuis 4 siècles, considérablement amélioré la qualité de notre accueil touristique.

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