le premier sommet  1-3 décembre 1999

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Le Premier Sommet de 1999


Le concept

La première conférence de 1999 est consacrée à la dimension écologique du développement touristique durable. Le Tableau 3 illustre en détail le déroulement projeté de la conférence.

En ouverture, il conviendra de présenter des visions des autorités responsables. Un exposé d'ordre métaphysique débouchera sur un événement. Le premier jour de conférence, on entendra des exposés sur l'état des lieux et une analyse critique du concept du développement durable. Dans les ateliers qui suivront, les discussions seront consacrées aux principaux aspects de la réflexion critique sur le développement compatible avec l'environnement. Deux tables rondes seront axées sur les conséquences politiques dans une optique mondiale et régionale. Et la conférence s'achèvera par une "Déclaration de Chamonix" qui s'adressera à tous les responsables du développement touristique durable.


L'ouverture

La première conférence doit se pencher sur une série de questions fondamentales liées au concept du développement durable en matière touristique. Il s'agit là, en partie, de questions qui dépassent les considérations quotidiennes. Elles sont toutefois déterminantes pour appliquer le concept du développement durable.

Au seuil du nouveau millénaire

L'ouverture de la conférence, au tournant du millénaire et sous le symbole du Mont-Blanc, doit thématiser le développement durable dans une perspective visionnaire. L'homme, avec ses besoins et ses aspirations, doit être au centre de ces visions. L'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) prouve, dans sa vision " Tourisme 2020 " que la demande pour le tourisme international est loin d'être satisfaite. Il s'agira, à l'avenir, de mettre à disposition des conditions cadre qui permettent à la fois l'encouragement du tourisme et la maîtrise de ses externalités.

Il serait intéressant de voir comment la première destination mondiale, le Pays hôte de la conférence, envisage les développements futurs du tourisme sous l'aspect de la compatibilité écologique.

Le spirituel et le magique de la montagne

En guise d'entrée en matière, la conférence discutera l'importance de la nature pour le voyageur, notamment la question des liens entre le voyageur et la nature. On peut partir de l'idée que le vécu en milieu naturel établit des liens entre l'homme individuel et la création (religere). Il sent qu'il est lui-même une partie de la nature. Enfin, l'homme placé devant la majesté des sites de haute montagne pose des questions dernières. Cette situation exceptionnelle confère une valeur élevée à la nature comme aux voyages et au tourisme.

L'interaction entre l'homme et la montagne influence le développement socio-économique. Mais l'homme crée avec la technique de plus en plus une seconde nature. Chamonix Mont-Blanc est un laboratoire potentiel pour analyser et étudier ces processus.


La réflexion de base

Le défi écologique : l'état des lieux

Une série d'exposés sera l'occasion de rappeler les menaces écologiques mondiales et locales et leurs corollaires pour le développement touristique. Il conviendra ici, autant que possible, de projeter sur le développement local des phénomènes globaux tels que l'effet de serre. On doit aussi exposer à quelles conditions la mise en valeur touristique permet de préserver l'équilibre écologique de l'espace alpin.

Prenant en compte les contraintes écologiques, on abordera la question de savoir si les nouvelles tendances dans le domaine touristique - par exemple un nombre en hausse de voyages plus courts ou lointains, ainsi que la mise à contribution croissante des sites pour les activités intensives de sports et de détente - sont compatibles avec le développement durable. Il faudrait y ajouter des réflexions sur l'écobilan du tourisme par rapport à d'autres activités de loisirs et branches économiques.

Le concept du développement durable : l'analyse critique

La technique est devenue pour l'homme une seconde nature. Le bien-être dans les pays développés fait obstacle au retour à la nature que prônait Rousseau. Dans ces conditions, on se pose la question philosophique de savoir ce que la nature représente pour les humains. Il faut également éclairer nos options sur le genre de nature que nous voulons. Ces interrogations d'ordre éthique sont d'importance cruciale pour la vie des générations à venir.

Depuis que l'homme s'est lancé dans le cosmos, la planète Terre est devenue un objet de gestion écologique. Une conviction est apparue : on peut planifier et gérer les cycles écologiques. Et pourtant, quels que soient les sentiments humains d'omnipotence, le souhait de diriger et de réaliser des processus écologiques complexes se heurte vite à des limites. Le délai requis pour formuler un problème écologique, le corriger, puis pour juger des résultats obtenus, est souvent plus long que la période de latence d'une crise écologique. Il est malaisé de trouver la relation optimale entre les coûts croissants de l'expectative et les coûts décroissants de l'erreur.

Plus particulièrement, les questions relatives aux valeurs quantitatives et quali-tatives d'une croissance écocompatible restent sans réponse. Chaque intervention de l'homme dans la nature génère un potentiel modifié. L'économie n'évolue pas par cycles. Et toute activité économique fait disparaître de précieuses ressources de l'environnement naturel. On ne peut démolir un meuble pour en refaire un arbre. La loi de l'entropie crée à long terme une contradiction irréductible entre la survie économique et écologique de l'homme. Il n'en importe pas moins, dans le tourisme comme ailleurs, de sonder aujourd'hui les voies pour parvenir au mieux à une croissance et une plus-value, tout en réduisant gaspillages et pollutions à un minimum.

Dans quelle mesure peut-t-on mettre à contribution l'environnement naturel et les sites pour la croissance touristique future ? C'est une question actuellement ouverte. Toujours plus, des microcosmes techniques artificiels remplacent les stations touristiques classiques. Ils font l'objet d'une planification scientifique et d'une production industrielle. Ces attractions touristiques nouvelles ne dépendent plus des espaces libres. Les ressources des paysages ne jouent alors presque plus de rôle. En revanche, ces machines à consommer exigent beaucoup d'énergie.


Le cas de l'Espace Mont Blanc

Un laboratoire pour le développement durable

Depuis 1991, une " Conférence Transfrontaliers Mont-Blanc (CTMB) " des Ministres de l'Environnement de la France, de l'Italie et de la Suisse a pour objectif d'établir pour la région du Mont Blanc un concept de valorisation active de la montagne allant de la protection des milieux naturels et des paysages à la promotion d'activités socio-économiques dans le sens du développement durable. De 1992 à 1997, un projet d'étude de faisabilité n'a pas abouti. Des collaborations régionales entre les trois pays ont néanmoins permis d'obtenir certains résultats positifs (balisage de chemins, information, études sectorielles) ainsi qu'une prise de conscience du problème. Or, il faudra saisir à l'avenir les chances de faire de l'Espace Mont-Blanc un véritable laboratoire du développement durable.


La gestion des problèmes écologiques

Ces questions fondamentales influencent la gestion ou le management des problèmes touristiques d'environnement. En se fondant sur l'urgence et la portée du défi écologique, on peut distinguer, en principe, quatre domaines de mesures stratégiques :

  • la protection des régions restées proches de leur état naturel ;
  • la remise en forme écologique des centres touristiques existants ;
  • la production écologiquement propre par les prestataires touristiques ;
  • la gestion des flux de visiteurs.

La nature : sauvegarder les derniers grands espaces naturels

La progression irrésistible des phénomènes de civilisation réduit le nombre des régions peu ou pas du tout exploitées. Simultanément, la valeur économique des derniers espaces restés naturels s'accroît. Ce qu'il est convenu de nommer l'écotourisme passe pour une branche de croissance. On doit ici poser une ques-tion : l'écotourisme est-il effectivement écologique ? La problématique touche au premier chef les pays en développement et ceux qui émergent. Il s'agit toutefois aussi de préserver les dernières zones intouchées dans les espaces touristiques à utilisation intensive.

Le site : recycler l'offre touristique

La remise en forme écologique des centres touristiques est un gros pro-blème qui doit être résolu aux conditions de concurrence sévères propres à un marché mondial d'acheteurs. La plupart des stations classiques de tourisme sont en passe de revitaliser leurs structures. L'objectif est de renforcer la compétitivité internationale. Il convient dans le même temps de maîtriser des problèmes écologiques, notamment celui du trafic routier et des stationnements. Cette double tâche dépend de deux facteurs : exploitation à un taux suffisant des capacités installées et succès économique.

L'industrie : imiter le cycle écologique

La production écologiquement propre dans les industries clés de l'offre est déjà bien avancée. L'hôtellerie internationale est toujours plus capable de suivre au plus près les cycles écologiques et de produire proprement. Le secteur des remontées mécaniques fonctionne généralement avec des ressources renouvelables (énergie hydraulique) et a résolu les problèmes d'élimination des déchets. Les milieux écologiques font porter la critique sur l'enneigement technique et l'industrialisation croissante de la gamme des pistes offertes. L'aviation civile s'attache à réduire la consommation de kérosène et à combattre les nuisances sonores. Les compagnies aériennes les plus dynamiques souscrivent à une gestion écologique ciblée.

L'événement : gérer les flux de visiteurs

Les grandes manifestations touristiques posent un problème croissant. Appliquant les recettes du "event marketing", de nombreuses destinations touristiques visent à obtenir un meilleur taux d'utilisation de l'offre existante. On ne dispose guère d'écobilans pour de telles manifestations, le succès économique constituant le but premier. Mais, dans le domaine des Jeux Olympiques et des expositions universelles attribués selon des considérations politiques, on note les efforts consentis pour résoudre les problèmes d'aménagement et de trafic liés aux manifestations d'envergure.


Les politiques touristiques respectueuses de l'environnement

Les entreprises dépendant du tourisme et les organisations touristiques sont aujourd'hui conscientes de l'environnement dans de grandes parties du monde. S'agissant de l'encouragement de l'offre et de la demande, on tient compte des préoccupations écologiques autant que faire se peut.

Le monde : la mondialisation et le développement durable du tourisme

Face à l'impact puissant des risques écologiques à l'échelle mondiale, la question se pose de savoir si ces efforts ponctuels suffiront. Le tourisme croît à un rythme exponentiel dans diverses régions de la planète. La Terre supporterait-elle que tous les hommes aient un comportement touristique analogue à celui de la popu-lation des pays occidentaux très industrialisés ? Vu la mondialisation croissante de la demande touristique, on doit également s'interroger sur les conditions cadres indispensables à un tourisme international durable.

Il serait intéressant de savoir comment les organisations touristiques internationales jugent cette évolution. Sont-elles par exemple favorables à un impôt sur les carburants pour que le trafic aérien internalise ses coûts écologiques ? Et quelle est leur attitude au sujet de l'exploitation touristique étendue aux derniers espaces naturels encore disponibles ? De quels instruments disposent-elles pour contribuer au développement durable du monde ?.

La région : le développement local et la politique de l'environnement de l'Arc alpin

Les problèmes sont différents sur les fronts locaux et régionaux. Le paradigme de la compétitivité internationale des destinations figure au premier plan dans les régions touristiques classiques. D'où la question : un niveau élevé de protection écologique est-il un atout dans la lutte concurrentielle mondiale ?

Pour appliquer le concept du développement durable, la localité et la région sont déterminantes. Elles exécutent les lois et les directives des gouvernements. La solution novatrice des problèmes évoqués suppose que l'on ait une marge de manœuvre suffisante au niveau local. La Convention des Alpes, adoptée par les gouvernements centraux des Etats, reconnaît l'importance de l'approche décentra-lisée en fait de décisions touristiques. Elle définit pour l'espace alpin des normes spécifiques de mise en valeur et de protection. Le recours à cet instrument reste controversé quant à sa nécessité et à son utilité.

Des questions centrales du développement durable dans le tourisme, comme la régulation du trafic individuel ou la délimitation contraignante de zones à exploi-tation intensive et extensive, attendent encore leur solution dans la majorité des grands centres touristiques.


La Déclaration de Chamonix Mont-Blanc

Par une Déclaration de Chamonix Mont Blanc, les conclusions de la conférence doivent être consignées sous forme de recommandations en faveur du développement durable. Les autorités de Chamonix ont la volonté de consentir des efforts considérables d'une conférence à l'autre. Ainsi, la grande station de Chamonix confirme qu'elle souhaite devenir un véritable laboratoire du tourisme.

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