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Une expérience de tourisme orienté vers le développement durable dans l'archipel des Maldives

Mohamed SAEED - Ministre du tourisme, Malé, Maldives

 

L'archipel des Maldives est un petit état insulaire composé de 1 190 petites îles situées dans l'océan Indien. La population des Maldives actuellement estimée à 265 000 personnes est répartie sur 199 îles et se concentre pour le quart à Malé, la capitale.

Parmi les quelque 1 000 îles inhabitées, 82 ont été développées en centres de villégiature. Cinq autres îles ont été recensées et sont actuellement en cours de développement pour le tourisme. Il est prévu que ces nouveaux centres fonctionnent au plus tard au début de l'année prochaine.

15 780 lits sont actuellement disponibles dans l'ensemble des centres de villégiature et hôtels.

Le tourisme dans les Maldives a débuté en 1972 avec seulement 1 097 visiteurs cette année-là.

En 1998, les Maldives ont accueilli 395 725 touristes qui ont passé en moyenne 8,8 jours dans le pays. Le taux d'occupation moyen des centres de villégiature en 1998 a été de 76,2 %. La principale attraction de l'archipel des Maldives étant son environnement naturel, tous les centres de villégiature appliquent des règles strictes pour protéger et préserver l'environnement, la flore et la faune des récifs coralliens.

Outre sa politique d'encouragement des investissements locaux et étrangers pour le développement des centres de villégiature et autres équipements annexes, le gouvernement a eu un rôle de régulateur et de stimulateur du développement touristique en investissant de manière conséquente dans les transports aériens, la fourniture de services de télécommunication fiables et efficaces et la création d'un Institut pour les services hôteliers et de restauration.

La croissance économique des Maldives a été en grande partie déterminée par l'activité touristique. Cette tendance est à l'origine d'un changement radical dans la structure de l'économie, autrefois essentiellement tournée vers la pêche, elle est aujourd'hui largement dominée par l'industrie du tourisme à laquelle sont venues se greffer des activités tertiaires qui accompagnent l'activité touristique et la hausse générale du niveau de vie. On estime à 19,3 % la part du tourisme dans le PIB en 1998. Tandis qu'un tiers des recettes du gouvernement provient des revenus du tourisme. Environ 70 % des devises étrangères qui entrent dans le pays viennent du tourisme. La recette totale du secteur touristique en 1998 est estimée à 302,99 millions de dollars US.

Premiers développements

Un certain laisser-faire et une absence de planification ont caractérisé les premiers développements du secteur, essentiellement motivés par le secteur lui-même. Étant donné la nature et le nombre réduit de services qu'il proposait alors, le secteur nécessitait des investissements en capitaux relativement faibles, qui provenaient principalement de l'épargne privée et de capitaux à court terme obtenus par les avances des voyagistes étrangers. Le nombre total de lits s'élevait en 1972 à 280 et atteignait 2 400 à la fin de l'année 1980.

La plupart des centres de villégiature étaient situés près de l'aéroport international de Malé, ce dernier se trouvant à seulement 5 minutes de bateau de la capitale, Malé. En 1972, le nombre total d'arrivées était d'environ 1 097, mais en 1980, le nombre d'arrivées a atteint 42 000. Durant la plus grande partie des années 1970, la part du secteur dans le PIB s'est maintenue à environ 10 %. Durant les années 80, la part du secteur a augmenté à environ 16 %, représentant 21 % des recettes du gouvernement et fournissant environ 41 % des revenus des échanges avec l'extérieur.

Développement planifié

Afin de promouvoir et de guider le développement de l'industrie du tourisme et d'établir les orientations des diverses politiques, le gouvernement a créé en 1978, le Département du tourisme et des investissements étrangers qui a été rebaptisé Ministère du tourisme en 1988. Le gouvernement, par le biais du Département du tourisme et des investissements étrangers a élaboré des politiques et renforcé les institutions chargées d'administrer et de contrôler le secteur. Ces politiques ont servi de base à une planification globale de cette industrie. Dans le but de favoriser les investissements étrangers dans ce secteur, une loi sur les investissements étrangers a été votée en novembre 1979.

Dans les années 80, le Ministère du tourisme a participé au développement de ce secteur, notamment par l'établissement de normes d'exploitation et la définition de zones à développer pour le tourisme.

La question de l'environnement a commencé à occuper le devant de la scène en 1984, au moment de la création d'un Conseil national pour la protection de l'environnement. En juin 1990, une Unité de recherche sur l'environnement, rattachée au ministère de la planification, a été créée pour recueillir, examiner et gérer toutes les informations utiles relatives à l'environnement. La loi sur la préservation et la protection de l'environnement (1993) a doté le Ministère de la planification, des ressources humaines et de l'environnement de larges pouvoirs, notamment en matière d'élaboration et de mise en application de politiques.

Le gouvernement a pris un certain nombre de mesures pour limiter la dégradation de l'environnement et aider au maintien à long terme d'une nature intacte. Parmi ces mesures on trouve notamment une réglementation et des lignes directrices détaillées pour l'exploitation et le développement des centres de villégiature.

On a défini des capacités d'accueil pour les centres de villégiature afin que le nombre d'utilisateurs ne dépasse pas le seuil limite acceptable pour l'environnement.

La zone de construction maximum de chaque île de villégiature est limitée à 20 % de la surface terrestre et la hauteur des bâtiments ne peut excéder la hauteur de la végétation. Seul 68 % de la longueur de plage peut être utilisée pour les chambres d'hôtes. Vingt pour cent de la plage doit être réservé au public et 12 % doit demeurer vierge. Les constructions sur les récifs et les lagunes sont autorisées à condition qu'un espace ouvert équivalent à celui construit sur la lagune ou les récifs soit laissé sur l'île. Toutes les chambres d'hôtes doivent être situées face à la plage et chaque bungalow doit disposer de cinq mètres linéaires de plage.

Le gouvernement axe également ses efforts dans la mise en application de normes environnementales visant à promouvoir et à préserver l'intégrité de l'écosystème. Ces normes concernent: les restrictions sur l'abattage des arbres ou la préservation de la végétation naturelle, l'évaluation obligatoire de l'incidence sur l'environnement (EIE) avant la réalisation de tous travaux importants, le contrôle de la construction des jetées et épis, la restriction de la construction de digues et brise-lames isolés ou immergés.

Le gouvernement interdit en outre l'exploitation du sable et des coraux dans les centres de villégiature et les îles peuplées. Le gouvernement a défini un certain nombre de sites spécifiques comme zones marines protégées. Dans ces zones, la pêche, l'ancrage, le ramassage des coraux et autres activités destructrices sont interdites. D'autres zones semblables vont être identifiées et déclarées comme site protégé.

Le problème de la gestion des déchets est pris en compte avec l'installation obligatoire d'incinérateurs, compacteurs de bouteilles et broyeurs d'ordures dans tous les centres de villégiature. Les dispositifs d'évacuation des eaux usées par imprégnation dans la couche aquifère sont vivement découragés et aucune autorisation dans ce sens n'est accordée aux nouveaux centres de villégiature. L'installation de structures de traitement des eaux usées est obligatoire dans tous les nouveaux centres de villégiature. La mise en place dans les centres de dispositifs de dessalement et d'approvisionnement en eau non salée a considérablement réduit les agressions à la couche aquifère naturelle.

Dans cet environnement protégé des centres de villégiature, où chacune des nombreuses espèces vivant au cœur des récifs est soigneusement protégée, où même le ramassage de coraux morts est interdit et où chaque élément de l'environnement est considéré comme un atout, il n'y a aucun désir d'attirer un tourisme de masse incontrôlé.

Un centre de villégiature dans les Maldives, isolé sur une seule île est semblable à un paquebot de croisière sur l'océan ; autonome, produisant sa propre énergie et sa propre eau en dessalant l'eau de mer et important 90 % de ses besoins.

Contrairement aux paquebots de croisière, ces centres ne sont pas bondés et les dispositifs pour le traitement des déchets et des eaux usées sont plus complexes et nécessitent des investissements plus importants. Aujourd'hui, presque chaque centre possède son propre incinérateur. Outre la fourniture de ces services, les coûts de transport et de transfert vers ces petites îles dispersées au cœur des récifs sont élevés. Ces facteurs, combinés au coût élevé de main- d'œuvre dans les Maldives, de ces îles une destination qui n'est pas réputée comme bon marché auprès des vacanciers.

Aujourd'hui, les Maldives accueillent plus de 400 000 touristes par an. Ces visiteurs passent la plus grande partie de leur temps dans les bungalows privés des centres de villégiature autonomes spécialement développés pour le tourisme. Aux Maldives, une île ne peut abriter plus d'un centre de villégiature. Pour ce qui est des loisirs, la plupart des touristes s'adonnent au farniente sur les plages privées, pratiquent la plongée ou l'exploration des fonds avec masque et tuba et d'autres sports nautiques.

La prudence, la sagacité et le rôle estimable des actionnaires de l'industrie du tourisme, notamment des entrepreneurs locaux et étrangers, et l'action du gouvernement des Maldives ont contribué à la réussite du développement d'un tourisme soucieux et respectueux de l'environnement.

La majorité des touristes qui visitent les Maldives viennent d'Europe (plus de 75 %) ; ils sont conscients de ce qu'ils viennent chercher, ils perçoivent les îles comme un paradis naturel et ont un profond respect de l'environnement. Il est important que tous, les habitants des Maldives, comme les autres investisseurs et partenaires commerciaux, gardent bien ce fait à l'esprit, qu'ils orientent et ciblent les Maldives en considérant que l'éloignement, la paix et l'harmonie avec l'environnement qui sont uniques dans les Maldives, constituent un article de luxe à vendre avec discernement.

Bien que l'esprit de découverte demeure après 27 ans de tourisme dans le pays, les normes strictes en matière d'environnement ont progressivement transformé le tourisme dans les Maldives en un produit de luxe qui offre des niveaux de services et de prestations très élevés.

Ces développements sont si discrets et si bien planifiés qu'en approchant certaines de ces îles, les touristes auront l'impression qu'ils sont sur une île sauvage où seuls quelques toits de bungalows apparaissent dans une parfaite harmonie avec la nature. Une fois installés, ils se sentent beaucoup plus à l'aise, dorlotés par un personnel résident presque invisible, égal au nombre de touristes, ils se sentent protégés, en sécurité et en harmonie avec la nature. Même dans les centres hôteliers les plus sophistiqués destinés aux touristes tout comme aux hommes d'affaires, les superstructures modernes sont bien espacées et dissimulées au milieu de la verdure.

Les Maldives s'engagent à développer le tourisme d'une manière planifiée.

Le second plan décimal pour le tourisme (1996 - 2005) prévoit d'accroître la capacité d'accueil de 10000 lits en 10 ans. Au cours des 4 ou 5 dernières années, nous avons vu la capacité d'accueil augmenter d'environ 4 000 lits. Avec cette augmentation, nous attendons une faible baisse du taux d'utilisation de la capacité d'accueil de 77,4 % en 1997 à environ 74,6 % en 1998. Une expansion incontrôlée de la capacité d'accueil, pourrait voir le nombre de lits se multiplier rapidement pour envahir plus d'un millier d'îles demeurées libres. Le gouvernement et l'industrie du tourisme évaluent encore avec soin les incidences de la capacité d'accueil existante de 15 780 lits cette année, avant de poursuivre toute expansion. Un développement maîtrisé du tourisme et la maturité et la volonté de tous ceux qui souhaitent mettre en lumière les éventuels impacts négatifs ont fait des Maldives une destination convoitée avec un tourisme orienté vers le développement durable.
Outre les politiques destinées à limiter les aspects négatifs de l'environnement, le gouvernement s'est aussi employé à développer les infrastructures nécessaires au développement touristique. Les investissements du gouvernement pour l'aéroport ont été étroitement liés au développement du secteur touristique. L'ouverture de l'aéroport de Malé en 1981 a marqué le début d'une autre phase importante dans le développement de l'industrie. Il a permis un meilleur accès aux principaux marchés à travers les vols réguliers et facilité l'arrivée de jets de grande dimension. Les exploitants des centres de villégiature se sont également attachés à fournir des services de transferts confortables de et vers l'aéroport. En conséquence, les transports intérieurs liés aux besoins du tourisme se sont considérablement améliorés. Aujourd'hui, le transport par mer est supplanté par les transferts aériens.

Les développements ci-dessus ont aidé au renforcement des activités dans le secteur et ont façonné dans les Maldives un modèle de tourisme respectueux de l'environnement. Sa part dans le PIB a augmenté de 11,5 % en 1980 à 19,3 % en 1998, elle représente un tiers des recettes totales du gouvernement et près de 70 % des recettes du commerce extérieur. Le tourisme est ainsi devenu un des principaux véhicules de l'impressionnant développement socio-économique advenu dans le pays au cours des deux dernières décennies.

Le marketing est un aspect central de toute activité commerciale. Avec l'expansion de l'aéroport international de Malé et le développement des liaisons aériennes, le secteur a pu dans une certaine mesure réaliser une diversification des marchés. 

Néanmoins, les principaux marchés les plus porteurs restent concentrés en Europe. Le tourisme étant une industrie de plus en plus compétitive au niveau international, le besoin d'une réelle stratégie marketing qui mette en valeur les Maldives comme destination touristique est important. Pour attirer la confiance et mettre en œuvre une stratégie marketing rentable, le gouvernement et le secteur privé collaborent à la participation à différents salons internationaux du tourisme et à d'autres formes d'activités promotionnelles.

La politique de transport aérien du pays exerce une influence considérable sur les perspectives du tourisme dans les Maldives. 

Il sera donc essentiel pour les Maldives de maintenir une politique de transport aérien qui conduise à des développements futurs et assure la pérennité de l'industrie.

Les leçons de l'expérience

Nous avons aussi su tirer un certain nombre de leçons et d'expériences de nos réalisations passées, lesquelles peuvent guider nos programmes futurs et les activités susceptibles de favoriser un tourisme durable. Il apparaît évident que le facteur clé de la réussite du tourisme dans les Maldives a été la politique générale favorable à l'environnement. La ligne politique a encouragé et favorisé l'implication du secteur privé étranger comme local à tous les niveaux du développement de l'industrie.

Les difficultés à trouver les investissements financiers nécessaires au niveau local, ont été en partie compensées par la venue de capitaux étrangers stimulée par la politique de libre mouvement des capitaux conduite par le gouvernement. Par ailleurs, le rapatriement illimité de fonds et la politique de taxation libérale ont attiré des investissements étrangers considérables dans le secteur. Il est toutefois important que le secteur financier du pays soit renforcé et que le régime légal soit développé de manière conséquente en accord avec les normes internationales. Alors seulement pourrons-nous être assurés du développement d'une industrie durable, contrôlée au niveau national et hautement compétitive dans une économie mondialisée.

Contrairement à de nombreuses destinations touristiques, le pays possède de par son caractère insulaire un avantage inhérent en faveur du développement d'un "tourisme-enclave". Ceci a aidé à minimiser les aspects négatifs du tourisme, permettant à la culture, aux traditions et aux modes de vie locaux d'être maintenus sans pression étrangère excessive sur la société.

Dans le même temps, il est apparu qu'au moment du choix des îles à développer pour le tourisme, un équilibre prudent était requis entre l'expansion géographique et les densités de population. La recherche de cet équilibre permettra une croissance mieux équilibrée des activités économiques autorisant la coexistence dans les mêmes zones d'autres industries telles que la pêche et l'agriculture. En outre, il est admis qu'une telle expansion aiderait à accroître le niveau de vie de la population et augmenterait les opportunités commerciales.

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