retour index premier sommet

Accueil

Retour liste Orateurs
Retour liste Interventions

 

Le site : recycler l'offre touristique

Christian REY - Président de l'Office de Tourisme de Genève, Suisse

 

Avant d'aborder la question du site proprement dit, il nous a semblé important au préalable de situer l'offre touristique dans son contexte historique.

L'offre touristique, balbutiante à la fin du siècle dernier, est véritablement née au début du siècle. Concernant initialement la bourgeoisie, elle avait deux pôles d'intérêt principaux: les villes d'eau/centres de thermalisme et les stations de montagne - les stations balnéaires sont arrivées un peu plus tard, de même que les voyages de loisirs et d'agrément. Ces derniers ont connu leur vrai début dans l'entre-deux-guerres avec l'attribution des congés payés pour une grande partie de la population.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'offre touristique a aussi été fortement stimulée par la démocratisation des voyages en train et l'arrivée de l'automobile. Essentiellement européenne dans ses destinations, l'offre s'est élargie au début des années 60, avec la croissance du transport aérien et l'avènement des vols charters. Très rapidement, on a constaté une augmentation progressive des pôles d'intérêt selon la méthode des cercles concentriques dont le rayon allait en s'agrandissant au fur et à mesure du développement des transports facilité et élargi.

L'avènement de l'aviation rapide dans les années 70 a sans aucun doute encore contribué à parachever le développement de l'offre touristique, qui a aujourd'hui atteint un stade mondial. Parler de globalisation de l'offre touristique est tout à fait de mise ici. Il suffit pour s'en convaincre de regarder la vitrine ou les offres de la plus petite des agences de voyages de quartier.

Encore plus important que le développement des réseaux de lignes aériennes qui a grandement facilité l'accès aux stations touristiques du monde entier, la baisse des coûts du transport a été l'élément déterminant, le détonateur qui a fait exploser la demande.

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'amélioration du niveau de vie aidant, les touristes qui désirent aller toujours plus loin pendant leurs vacances, ont pris goût à un certain confort dans leur vie quotidienne et ne veulent pas ou plus de surprises désagréables en voyage - cf. le slogan dans les années 70 de la chaîne Holiday Inn : "The best surprise is no surprise" - même s'ils restent plus que jamais à la recherche de connotations locales marquées.

Aussi a-t-on assisté à une évolution de l'offre, et en corollaire, du site. Aussi bien en matière d'infrastructure hôtelière - constructions plus fonctionnelles, salles de bain et literies modernes. Que pour ce qui concerne l'offre, qui a également été renouvelée pour tenir compte des exigences de plus en plus strictes de la clientèle. Les dates de départ et de retour, par exemple, doivent désormais impérativement coïncider avec des week-ends. Autre exemple, les logements précaires ne sont plus guère de mise : les tentes du Club Méditerranée des années 60, qui avaient pourtant fait le succès de la formule, ont été progressivement remplacées par des hôtels assez luxueux, même si pour abaisser les coûts et "populariser" la demande et ainsi trouver de nouvelles couches de clientèle, il a fallu revenir, pour des questions de prix, à des établissements un peu plus modestes, cependant tout en maintenant une offre de repas de très bon niveau en qualité et en quantité (service à volonté).

Le bétonnage des plages comme à Malaga, aux Canaries ou à la Grande Motte, en France, pour ne citer que quelques exemples à ne plus copier, s'est ralenti, voire arrêté dans la plupart des nations industrialisées, même s'il reste encore beaucoup à faire dans les pays en développement qui commencent à s'ouvrir au tourisme et qui pour des raisons de gains rapides d'absence de législation adaptée ou de corruption, copient et même amplifient les mauvais exemples passés de certains pays européens.

De nouvelles normes morales ont certes été édictées, et s'il existe encore une clientèle "populiste" qui, pour des raisons de coût ou d'intérêt, continue de fréquenter des stations bétonnées et surpeuplées, ce n'est plus le cas de la grande majorité des nouveaux touristes. Ceux- ci, qui habitent à longueur d'année dans des villes, désirent un dépaysement vraiment marqué, avec la possibilité de pouvoir dire à leurs connaissances et amis "qu'il n'y avait pratiquement personne sur les plages ou dans les restaurants." De plus, la notion nature prend une importance de plus en plus grande.

Des voies du changement sont ainsi en train de se dessiner depuis la fin des années 80. En outre, la volonté accrue d'intégrer deux nouvelles préoccupations planétaires comme le droit au développement et l'exigence de gérer intelligemment les ressources de l'environnement, ont entraîné en 1992 la mise sur pied du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, et l'adoption subséquente de l'Agenda 21. Des applications concrètes sont encore à trouver dans ce domaine, mais la direction est montrée.

La collaboration autour d'une nouvelle politique cohérente, afin que le monde de l'économie contribue à la concrétisation du développement durable représente une réponse à la crise qui frappe les pays industrialisés. La mondialisation a un besoin urgent de trouver un sens et une direction, la notion de l'emploi étant explicitement liée.

De nombreux observateurs et acteurs du milieu du tourisme ont compris la nécessité de reformuler les modèles et les produits touristiques dans l'esprit de la durabilité, pour permettre de retrouver des valeurs culturelles, sociales et environnementales capables d'assurer la pérennité de la ressource touristique.

C'est la raison pour laquelle il est apparu urgent de faire la promotion d'instruments permettant la mise en place et la gestion d'un tourisme plus responsable.

Ces moyens, concrètement, sont les éco-audits, les labels de qualité, les prix et récompenses, la diffusion de bonnes conduites, les systèmes de suivi et d'information, les chartes de qualité et les programmes de formation. En Suisse par exemple, la Fédération du tourisme et plusieurs organismes importants, dont la société des hôteliers, ont institué des labels de qualité attribués en fonction de normes très strictes.

Il est impératif de recycler l'offre en matière de site touristique, analyser la demande en fonction des exigences d'un développement durable, par exemple en trouvant des moyens pour limiter le nombre de visiteurs tout en assurant la rentabilité d'un site, et en maÎtrisant les problèmes écologiques (trafic routier et stationnements). Une revitalisation des structures passe aussi par l'établissement d'un nouveau consensus avec notamment les autorités décernant les permis de construire, les milieux du transport et du tourisme influençant l'offre dans son ensemble, et aussi les médias qui jouent un rôle non négligeable dans la promotion, auprès du grand public et des tour-opérateurs, des stations touristiques. A ce titre, des Sommets comme celui de Chamonix permettront incontestablement de faciliter la mise en œuvre de nouvelles normes d'orientation dans le domaine du tourisme, quels que soient les lieux et les situations et même si leur application prend des allures de défi mondial.

Mais les présentations, sur la base d'expériences heureusement menées à bien, de nos collègues de Davos, Zakopane et Calvia- Majorque, nous permettront de nous faire une idée plus concrète de ces développements spécifiques.

 

haut de page