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Les politiques touristiques respectueuses de l'environnement
La région : Le développement local et la politique de l'environnement de l'Arc alpinJean-Paul REVAZ, Chef du Service de la promotion touristique et économique de l'Etat du Valais, Sion , Suisse
Après une longue phase de développement où les facteurs quantitatifs l'ont souvent emporté sur les facteurs qualitatifs, le tourisme alpin se trouve aujourd'hui dans une période de mutation. Pour réussir cette mutation, l'Arc alpin doit engager résolument son tourisme dans une perspective de développement durable.
Conception du développement touristique en milieu alpin
L'essor du tourisme a entraîné de profonds bouleversements dans la société alpine qui est passée très rapidement d'une économie agraire, quasi autarcique à une économie de services incluant la rencontre avec des mentalités nouvelles.
Dans ce contexte de mouvance, il est primordial que les habitants des régions alpines se sentent à l'aise chez eux et s'intègrent dans une économie dominée par le tourisme. La meilleure façon d'y parvenir est de faire des résidents de ces régions des acteurs du tourisme.Comme le montrent diverses enquêtes, le touriste d'été apprécie par dessus tout une offre de qualité pour tous les aspects du tourisme liés à l'environnement, qu'il soit naturel ou culturel. C'est avant tout un promeneur qui aime le calme et la nature et qui termine sa journée avec un spectacle. C'est aussi un sportif à la recherche de sensations nouvelles. Le touriste d'hiver recherche en priorité une offre en installations sportives facilement accessibles ainsi que des possibilités de divertissement. C'est en résumé un adepte des sports de glisse qui veut se distraire le soir. Tous deux aiment être bien reçus, bien logés et assis à une bonne table.
Nous nous devons de répondre à cette demande.L'environnement naturel des Alpes est l'un des atouts maîtres de son tourisme. Une topographie accidentée et variée associée à des conditions climatiques généralement favorables permettent d'envisager une exploitation touristique sur une grande partie de l'année. D'autre part, le maintien d'espaces préservés, la diversité de la faune et de la flore, l'air pur des montagnes, donnent une image très positive de l'Arc alpin auprès de la clientèle. A ces richesses naturelles s'ajoute un patrimoine socio-culturel original.
Il faut par conséquent prendre conscience de l'obligation de conserver un capital environnemental et culturel de première valeur sans pour autant renoncer à en tirer parti, notamment dans les régions où le développement touristique est la seule chance de s'en sortir pour les populations locales.
Les régions alpines ont trouvé dans le tourisme l'un des moyens de leur développement. En zone de montagne il n'y a, à vrai dire, guère d'alternative significative si l'on veut éviter un exode massif des populations.
La composition éclatée du secteur touristique, mosaïque d'entreprises et d'organismes privés et publics, débouche sur autant d'intérêts particuliers et parfois divergents. L'implication de tous ces acteurs et de la population résidente au processus de mise en place d'un tourisme de qualité - tenant compte à la fois des impératifs de l'économie de marché et du respect des valeurs sociales, culturelles et écologiques - est essentielle.
A partir de cette conception globale du développement touristique en milieu alpin, le Valais travaille à l'élaboration d'une politique touristique respectueuse de l'environnement. Dans les grandes lignes, cette politique a quatre objectifs clairement orientés sur l'environnement :
1. Préserver et mettre en valeur les sites naturels
Depuis 1987 le Valais dispose d'un Plan directeur cantonal en matière d'aménagement du territoire. Cet outil de travail constamment actualisé, permet, avec ses applications dans les plans d'aménagement communaux, une bonne maîtrise de l'utilisation de notre sol. Les erreurs du passé et notamment celles des années 60 - 70 ont laissé des traces dans le paysage mais ces traces se font de moins en moins sentir car la qualité générale de l'environnement spatial s'est grandement améliorée. L'action des organisations écologiques et les avancées technologiques ont, dans bien des cas, contribué à cette amélioration.
L'exemple de la pratique du ski est à ce point de vue très évocateur des progrès réalisés et des problèmes subsistants. Depuis le début des années 80, il ne s'est pas créé un seul nouveau domaine skiable en Valais. Et il y a très peu de projets en cours. Un projet mériterait d'aboutir rapidement : celui du versant suisse de la Tête de Balme, tout près de Chamonix, en complément du versant français déjà fort bien pourvu en installations. Mais les intérêts écologiques qui s'opposent ici aux impératifs de survie d'une région valaisanne, largement sous-équipée pour le ski et de surcroît très excentrée, pèsent lourdement et l'affaire s'éternise.
Pendant ces 20 dernières années, le nombre total des remontées mécaniques a baissé de 10% en Valais alors que la capacité de transport des installations augmentait de 30%. Le remplacement des téléskis par des télécabines a nettement réduit les atteintes au paysage tout en permettant d'accroître l'efficacité du réseau et la sécurité des skieurs. L'enneigement artificiel provoque encore chez nous des tensions entre exploitants de domaines skiables et organisations écologiques. Dans certaines régions de l'Arc alpin, on fait preuve de plus de conciliation en la matière puisqu'en Autriche par exemple, les pistes pouvant être enneigées artificiellement représentent 20% des domaines skiables contre 5% seulement en Suisse.
Le respect de l'environnement passe évidemment par la protection des espaces de grande valeur écologique. Là pas de tergiversation, il faut en faire des réserves naturelles. Nous avons en Valais un site remarquable : Finges où le Rhône coule librement dans une plaine alluviale. Passage obligé entre le Haut et le Bas du canton, il est traversé par une route à trois pistes et la ligne ferroviaire du Simplon. En raison de l'étroitesse de la vallée et des contraintes géologiques, il est impossible que l'autoroute du Valais, construite aujourd'hui jusqu'aux abords de Finges, évite ce paysage. Afin de préserver le site, le Gouvernement valaisan a opté pour une refonte totale des axes de transport de façon à réduire au maximum l'emprise des équipements.
Les réserves naturelles présentent un intérêt touristique évident. Sans avoir la même valeur écologique, beaucoup d'autres sites naturels peuvent avoir un attrait touristique. Il faut leur donner alors une plus-value. Nous privilégions en Valais cette valorisation.
La candidature de Sion à l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2006 a favorisé la prise de conscience des impératifs du développement durable avec notamment l'organisation d'un concours de "projets exemplaires de développement durable". Plusieurs de ces projets sont aujourd'hui en cours de réalisation.
2. Valoriser les utilisations spécifiques du sol
L'environnement alpin ne s'arrête pas au paysage. Il est aussi riche de ce que les hommes en ont fait, surtout avant l'ère industrielle et touristique.
Les trésors d'ingéniosité de nos ancêtres pour survivre dans un environnement qui fut longtemps hostile, nous ont laissé non seulement de beaux sujets de réflexion mais également des réalisations remarquables. Certaines sont encore utilisées comme aux origines ; la plupart sont devenues des attractions touristiques.
Les activités séculaires des Alpes sont avant tout liées à l'agriculture. Leurs produits sont souvent originaux. Ils entrent de ce fait dans une offre touristique qu'il est profitable de promouvoir. Toute récente qu'elle soit, l'expérience en la matière montre qu'il faut agir, ici encore, au niveau régional, en combinant les produits et en assurant leur authenticité et leur qualité.
3. Sauvegarder et promouvoir les richesses culturelles et les traditions
Dans une perspective de développement durable, la notion d'environnement s'étend également aux sites construits présentant un intérêt historique ou culturel. Et par là même un intérêt touristique.
Comme dans bien des régions alpines, la pauvreté a longtemps régné en Valais. De ce fait les sites historiques sont peu nombreux si l'on excepte la période romaine. Tous ceux qui ont une valeur indéniable pour le patrimoine sont aujourd'hui classés monuments historiques et bénéficient d'une protection absolue de la part des pouvoirs publics. D'autres sites, de moindre valeur, sont ressuscités par des privés.
Si le bâti contribue généralement peu au patrimoine alpin, les traditions l'enrichissent de façon souvent remarquable. Attachées à la religion comme les processions, au folklore comme les cortèges ou à la terre comme les combats de reines, elles connaissent un net regain de popularité et attirent les touristes toujours friands d'authenticité.
La vie culturelle, animée par de très nombreuses sociétés villageoises de musique ou de théâtre, complète une offre touristique qui s'inscrit parfaitement dans notre conception du développement durable.
4. Collaborer à des projets interrégionaux et transfrontaliers
Les régions alpines sont confrontées à des problèmes de développement très communs mais elles ne les traitent pas forcément de la même manière.
L'échange de savoir-faire a déjà trouvé dans la zone du Mont-Blanc des concrétisations au niveau local avec le Triangle de l'Amitié où gens de Chamonix, d'Aoste et de Martigny confrontent leurs expériences. Cet échange a des prolongements sur le plan régional ce qui facilite les réalisations transfrontalières.
Beaucoup de ces réalisations, au caractère de développement durable très affirmé, se font dans le cadre des activités d'organisations internationales comme la Communauté de Travail des Alpes Occidentales (COTRAO), le Conseil du Léman ou l'Espace Mont-Blanc.
Depuis 10 ans, l'Union Européenne finance un programme de développement de ses régions périphériques qui encourage en particulier les coopérations transfrontalières. Les cantons suisses limitrophes de l'Union ont été appelés à collaborer à ce programme dénommé lnterreg. Ils participent aujourd'hui à de nombreux projets avec le soutien financier de la Confédération helvétique. lnterreg a connu d'emblée un grand succès, notamment dans les domaines de l'économie, de l'aménagement du territoire, de la protection de l'environnement et de la culture. Le programme a également permis de rapprocher l'Union de ses citoyens et la Suisse de ses voisins.
Conclusion
Nous estimons que lorsque le pouvoir décisionnel appartient avant tout aux régions et à leurs habitants, les résultats en matière de développement durable sont meilleurs que lorsque ce pouvoir incombe à la capitale. L'avenir des Alpes appartient donc en priorité à ceux qui vivent dans cet espace remarquable. Ils se doivent de valoriser cet environnement et de le respecter car seul un niveau écologique élevé leur permettra de résister à la concurrence, plus particulièrement à sa concurrence touristique. Leur survie et leur indépendance en dépendent. Faute de quoi ce seront les technocrates qui les y obligeront.