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Le cas de l'Espace Mont-Blanc

Stefania MUTI - Coordinatrice administrative de l'Espace Mont-Blanc, Aoste, Italie

 

INTRODUCTION

La mise en œuvre d'un laboratoire alpin pour l'application concrète des principes du développement durable: c'est le concept sur lequel s'est engagée la Conférence Transfrontalière Mont-Blanc, l'organisme de coopération réunissant France, Suisse et Italie pour la protection et la mise en valeur du territoire transfrontalier du Mont-Blanc.
Comme rappelé dans le cadre des rapports précédents, la Conférence a été créée en 1991 à l'initiative des Ministres chargés de l'Environnement et des communautés locales intéressées, ainsi qu'à la suite d'une proposition avancée par un groupe de célèbres alpinistes en vue de la création d'un Parc international. À partir de la notion de Parc, les communautés locales ont élaboré la notion d'Espace, un concept novateur en mesure de concilier les incontournables exigences de protection avec celles du développement, dans un territoire où l'exceptionnel patrimoine naturel et environnemental cohabite avec des activités économiques et touristiques d'envergure internationale, et non sans conflits...
Au fil des années, la Conférence a réalisé différents projets dans quatre secteurs majeurs: la promotion de formes de tourisme doux, la revitalisation de l'agriculture de montagne, l'étude des zones les plus sensibles à la pression de l'homme ainsi que la recherche de solutions aux problèmes des transports, tant au niveau local qu'au niveau international. Les démarches réalisées ont permis de "tester" sur le terrain l'application de politiques communes de gestion du territoire et de renforcer la méthode de coopération.

LE CONTEXTE GEOGRAPHIQUE ET TERRITORIAL

L'Espace Mont-Blanc comprend un territoire assez vaste (3500 km2 environ), au cœur des Alpes, à cheval sur la Savoie, la Haute-Savoie, le Valais et la Vallée d'Aoste.
Le massif du Mont-Blanc et les régions qui l'entourent offrent des sites variés : le système des glaciers ; les centres très développés au point de vue touristique tels que Chamonix, Courmayeur ou Megève ; les villages traditionnels du versant valaisan du Val Ferret ou du Beaufortin, où l'agriculture de montagne et l'élevage représentent une importante ressource, soit au point de vue économique, soit pour ce qui est du maintien du paysage ; les espaces protégés de la Combe de l'A ou des Aiguilles Rouges...
L'Espace Mont-Blanc est aussi relativement bien relié au réseau des communications routières internationales, ce qui implique, au point de vue de la fréquentation touristique, que cette région est facilement joignable à partir des grands bassins urbains, ceux de la plaine du Pô et de la France sud orientale.
Un contexte géographique très différencié, donc, qui par ses valeurs naturels, paysagers et écologiques représente aussi un milieu sensible et fragile aux pressions anthropiques, avec des différents degrés selon le site considéré.

LA METHODE DE TRAVAIL : ACTIONS CONCRETES, ZONES-TEST, PROJETS PILOTE

La mise en œuvre des programmes de la Conférence Transfrontalière Mont-Blanc se réalise par une approche pragmatique, qui, étant donné la portée limitée des ressources humaines et économiques disponibles, cherche à amplifier les effets des initiatives en impliquant les acteurs de terrain dans des projets concrets, en concentrant les réalisations dans des zones spécifiques et en cherchant de donner aux projets un caractère "exemplaire", de manière à pouvoir être exportés ailleurs.
Certains projets de la Conférence Transfrontalière Mont-Blanc ont été reconnus au niveau européen et, de ce fait, ils ont été éligibles pour un cofinancement dans le cadre de programmes communautaires Interreg ou Life.
L'importance de ces initiatives, en plus de leur valeur intrinsèque, réside dans leur dimension interrégionale et dans l'échange d'expériences, ces dernières étant mutualisées dès la phase de conception des projets jusqu'à l'évaluation des résultats obtenus. Coordination et harmonisation: voilà les véritables mots clé de la Conférence, pour qu'un versant de la frontière sache ce qui se passe de l'autre côté, du moins en matière de gestion du territoire.
De plus, la Conférence privilégie la démarche participative: dans la mesure du possible, on recherche la participation et l'implication de tous les acteurs potentiellement intéressés, afin que la réalisation des initiatives puisse avoir de réelles retombées au niveau local.

L'ESPACE MONT -BLANC VERS LA MISE EN ŒUVRE D'UN " TOURISME DURABLE"

Partant de la réflexion commune engagée sur le thème de l'avenir touristique de la région du Mont-Blanc, et relevant des situations très différenciées selon les secteurs, l'Espace Mont-Blanc s'est donné comme objectif la promotion d'un tourisme "extensif doux ".

l'espace Mont-Blanc et le tourisme

Les principes appliqués dans la réalisation d'actions concrètes dans ce domaine sont rattachés surtout à une notion de mise en réseau des ressources (infra structurelles, patrimoniales, humaines, naturelles, etc.) existantes, afin de mieux les gérer, de distribuer les flux touristiques au sens temporel et physique, et de mettre en valeur le patrimoine existant.
En mentionnant quelques-unes des réalisations, une attention particulière a été consacrée à la promotion des randonnées et du vaste réseau d'itinéraires tout autour du très célèbre Tour du Mont-Blanc, par la remise en état et la valorisation de nombreux parcours, la mise en place de panneaux de signalisation identiques sur les trois versants, la publication d'une série de brochures et, bientôt, d'un Guide des sentiers.
La communication et la sensibilisation des visiteurs n'a pas été négligée, à travers l'organisation de journées d'information, de randonnées de découverte avec les Accompagnateurs de moyenne montagne et les Animateurs de la Nature et la diffusion de publications.

Les actions concrètes réalisées
Principes appliqués

 

UN EXEMPLE : LA GESTION DES FLUX DANS LES VALLEES VENY ET FERRET DE COURMAYEUR (VALLEE D'AOSTE, ITALIE)

La forte fréquentation touristique des vallées Veny et Ferret de Courmayeur a posé la question de pouvoir gérer ces flux par la mise en place d'un système de réglementation des accès en voiture.
En ce qui concerne les questions liées à l'accueil, à l'aménagement et à la gestion des flux, la réflexion de l'Espace Mont-Blanc, d'entente avec la Commune de Courmayeur, a dégagé quatre pistes de travail :

  • L'ACCUEIL DES VISITEURS ET LA REGULATION DES FLUX, comprenant la réalisation de travaux d'aménagement "souples" ,
  • LA DEFINITION ET ENSUITE L'APPLICATION DE LA "CAPACITE DE CHARGE", fixée en un nombre maximum de voitures qui peuvent accéder aux deux vallées,
  • LES STRUCTURES ET LES MOYENS DE GESTION, impliquant notamment la structuration du partenariat local et l'organisation de la réglementation,
  • L'AMELIORATION DES SERVICES DE TRANSPORT COLLECTIF ET LA VALORISATION D'AUTRES MOYENS DE JOINDRE LES VALLEES, soit par exemple le réseau des sentiers, les itinéraires VTT et les promenades à cheval.
L'expérience dans les vallées Veny et Ferret de Courmayeur

Les mesures de gestion des flux sont mises en place pendant la saison estivale.
Le programme de réglementation est financé à l'aide de Administration régionale, dans le cadre des activités de l'Espace Mont-Blanc, grâce à la stipulation de conventions spécifiques avec la Commune de Courmayeur et l'Agence de Promotion Touristique Mont-Blanc.
Les résultats d'ores et déjà obtenus incitent la Commune, l'APT et la Région a poursuivre dans cette expérience, qui peut certes être améliorée, mais qui a permis déjà de réduire sensiblement le parking sauvage dans les vallées, de protéger les ressources naturelles et d'augmenter l'utilisation des moyens de transport collectifs.
L'expérience de Courmayeur a suscité l'intérêt de l'ICOMOS (Conseil International des Monuments et des Sites), organisation internationale non gouvernementale compétente en matière de patrimoine et, à ce titre, expert auprès de l'UNESCO.

UN SCHEMA DE DEVELOPPEMENT DURABLE POUR L'ESPACE MONT-BLANC

La prochaine étape pour l'Espace Mont-Blanc est l'élaboration d'un Schéma du développement durable, outil de programmation et de planification des activités sur le territoire. Le schéma sera rédigé à partir des enquêtes sectorielles réalisées par la Conférence Transfrontalière Mont-Blanc sur les thèmes des milieux sensibles, du périmètre, des transports, de l'agriculture de montagne et du tourisme. De toute évidence, il s'avérera indispensable de lui intégrer les dispositions, les réglementations et les orientations promulguées au niveau local, national et international en matière d'aménagement du territoire et de développement durable dans un contexte alpin.
Côté Vallée d'Aoste, parmi les documents de référence, il y aura, par exemple, le Plan Territorial paysager et d'autres plans sectoriels approuvés aussi bien au niveau local que régional. Pour les pays membres de l'Union européenne la réglementation afférente est assez vaste: le texte de référence le plus récent est la Décision du 24 septembre 1998, n° 2179, adoptée par le Parlement et par le Conseil, portant sur l'examen ultérieur du programme communautaire de politique et d'action en faveur de l'environnement et du développement durable. Un document de référence intéressant, en revanche, pour tous les trois pays qui participent à l'Espace Mont-Blanc, est la Convention alpine.

UNE VRAIE POLITIQUE DE L'ENVIRONNEMENT...

"La vraie politique de l'environnement se joue sur quatre secteurs: finances, bilan, industrie, transports et agriculture. À tous ceux qui s'occupent d'environnement revient la tâche de réparer les dégâts". Cette notion, exprimée par M. Klaus Toepfer, ancien ministre allemand chargé de l'environnement, si d'un côté peut apparaître pessimiste, de l'autre, elle nous permet de mieux comprendre dans quelle direction doit évoluer l'approche vis-à-vis des questions environnementales, si l'on souhaite que les stratégies mises au point aient un impact global sur le territoire.

Le Schéma pour le Développement durable de l'Espace Mont-Blanc pourra avoir des retombées ponctuelles et décisives uniquement si son élaboration d'abord et son application ensuite se feront avec la participation et l'implication de tous les acteurs socio-économiques intéressés, et non seulement avec celle des contextes institutionnels. La définition d'un plan pour le développement durable perd toute sa signification si le modèle qu'il propose ne fait pas l'objet d'une application concrète dans les processus décisionnels ayant trait à la gestion du territoire, mais aussi et surtout, à l'économie locale, au tourisme, aux services fournis aux citoyens, aux infrastructures...
En d'autres termes, si l'offre touristique continue d'attacher une plus grande importance à la quantité plutôt qu'à la qualité, si le processus d'abandon des activités agricoles et pastorales n'est pas contrasté, ou, si pour le système des transports (tant au niveau local qu'international), aucune décision n'est prise pour endiguer des flux de trafic manifestement incompatibles avec la qualité et la vocation touristique du pays, la création d'un espace protégé englobant le massif du Mont- Blanc, malgré sa grande signification symbolique et ses effets positifs en vue de la protection, stricto sensu, du patrimoine naturel, serait exempte de retombées générales significatives sur le territoire environnant.

Pour ne pas échouer, le schéma doit se traduire en un grand programme collectif, en un véritable plan pour la qualité dans les différents secteurs sur lesquels s'appuient l'économie locale et ses perspectives de développement, un outil opérationnel de référence, partagé et appliqué.

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