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Le spirituel et le magique de la montagne : L'Homme, la nature et le sens du voyage Pierre Lainé - Ecrivain, La Motte Servolex, France
L'un des phénomènes sociaux les plus étonnants de notre époque se présente sous la forme du rassemblement de l'humanité dans les villes, les mégapoles et leurs banlieues. Certains pays enregistrent quatre-vingt pour cent, ou plus, de leur population concentrée dans ces zones urbaines. Le phénomène concerne à la fois les pays riches, et, avec des raisons parfois différentes, les pays de moindres ressources. Au seuil du nouveau millénaire on enregistre çà et là à travers le monde, une accélération de ce mouvement dont on n'a pas encore décelé toutes les conséquences.
Cette stupéfiante modification de la répartition des populations sur l'espace terrestre, projette ses effets sur le marché du tourisme, tout particulièrement quand la vie urbaine s'accompagne d'une élévation du niveau de vie et d'une plus grande disponibilité dans le temps. La concentration de l'habitat fait surgir le désir d'espaces plus larges et d'horizons plus profonds. Dans l'esprit de ceux qui vivent dans un environnement artificiel, demeure la nostalgie de la forêt, de la plaine, de la mer ou de la montagne. On veut les retrouver. On veut aussi "se retrouver", faire une pause, faire le point sur sa vie prise dans l'agitation des activités de la cité. Certes, on voit surgir maintenant, dans un environnement artificiel, des produits nouveaux. Ils se présentent sous forme de parcs de jeux et d'attractions, qui captent le désir de dépaysement et de loisir. Cependant ces nouvelles propositions, quasi - touristiques, ne peuvent concurrencer que modestement les destinations habituelles du vacancier ou du touriste. Elles n'enregistrent que de brefs séjours. De plus, la fragmentation des départs s'accentue. Passer une fin de semaine à Disneyland au cours de l'année, ne supprime pas le départ en vacances et le périple touristique.
Le sens du voyage ne se découvre pas seulement dans les raisons de la rupture avec le quotidien. Il se situe, en bonne part dans le choix d'une destination. Ainsi, quitter la ville et ses contraintes, faire le choix d'aller séjourner à la montagne, c'est pour le voyageur, se diriger vers un espace naturel particulièrement favorable à sa santé physique et à son épanouissement spirituel. Il ne s'agit pas toujours d'une option pleinement raisonnée. Parfois c'est un attrait ou un appel intérieur qui le pousse vers les cimes. Peut-être encore, la démarche trouve-t-elle sa source dans le souvenir d'une précédente incursion dans les hauts domaines. Là, furent vécus des instants privilégiés et exaltants touchant à l'irréel voire au magique.
Examinons quelques-uns uns des actes clefs posés par celles et ceux qui, dans leur temps libre, ont choisi de s'affronter à la montagne, et qui par la médiation de l'effort physique gagneront la chance de s'ouvrir au spirituel donc à l'intelligence de leur relation avec la nature.
MONTER - Comme aimait à le dire le grand écrivain et poète Suisse, Ramuz, "avec ou sans métaphore la montagne enseigne à s'élever". Si l'effort physique entraîne le corps, c'est l'esprit qui le guide vers le haut. Gagner de la hauteur, se hisser vers un sommet, cela peut vouloir exprimer, parmi diverses significations, un accueil de la transcendance. La hauteur à laquelle on tente d'accéder désigne analogiquement ce qui dépasse l'homme et que, paradoxalement, celui-ci peut joindre dans la plénitude de son être.
SE DESSAISIR - Que l'on soit touriste, randonneur ou alpiniste, marcher en montagne, gravir un sentier d'altitude, escalader la paroi, implique de se charger d'un bagage aussi léger que possible. Tout le nécessaire, certes, mais seulement le nécessaire. Il faut renoncer au superflu. L'esprit lui aussi s'épure des pensées habituelles. Ce dessaisissement occasionnel constitue une introduction à l'ascèse.
SE DEPASSER - Vaincre la pesanteur, qui dans la pente, tire le corps en arrière, renforcer son courage pour surmonter la fatigue, s'affronter à l'obstacle, extraire toutes les ressources de son corps pour ne pas renoncer. Gaston Rébuffat, membre de la célèbre Compagnie des guides de Chamonix, écrivait dans l'un de ses livres, à propos de l'escalade d'une paroi abrupte : "Là où il y a une volonté, il y a un chemin"(1). La montagne est une école qui apprend à fortifier le corps et le caractère pour surmonter les difficultés de la vie.
CONTEMPLER - C'est se laisser pénétrer par la vision magique de la splendeur des pics, des forêts, des prairies, de la faune et de flore, en jouir esthétiquement et spirituellement. Par le regard admiratif, la contemplation nourrit l'esprit. Ce que la contemplation a recueilli s'inscrit alors intérieurement. N'avons-nous pas conservé en nous la vision d'un magnifique paysage de montagne qui avait produit en nous un sentiment d'émerveillement. Cette vision resurgit parfois de notre mémoire visuelle, peut-être en ce moment, et nous goûtons encore la beauté.
MEDITER - Sans que cela implique nécessairement une connotation religieuse, la contemplation engendre souvent la méditation. La merveille d'un panorama alpin incite l'homme à se détacher des préoccupations matérielles, son esprit se dilate, il passe à un autre niveau d'existence. Paradoxalement son regard qui, au-delà des cimes se perd dans l'infini engendre l'intériorité. Alors, peut-être, s'interroge-t-il sur la place qu'il tient dans le cosmos, sur le sens de sa vie et de sa destinée.
En continuité avec les actes clefs que je viens d'évoquer, je souligne combien les besoins de contact avec la nature et de ressourcement de la personne humaine, sont à prendre en considération. Ces besoins percent d'ailleurs peu à peu, les catégories stéréotypées des études de tendances(2) qui habituellement occultent les plus hautes aspirations de la personne. Dans un rapport récent, le sociologue Jean Viard révélait " que la demande du consommateur, voyageur ou touriste, paraît être une demande " de sens " pour répondre au non-sens qu'il perçoit dans son propre présent ". Donc les lieux attractifs sont ceux qui répondent à ces besoins(3). L'espace montagnard se présente comme l'un de ces lieux, peut être le plus favorable, dans la mesure où il offre le silence, l'authentique, la rencontre avec la nature et les chances d'un ressourcement. Pour renforcer cette affirmation, je mentionne un des aspects de la vocation des régions d'altitude : depuis la nuit des temps, à travers le monde, des foules de pèlerins visitent d'innombrables sites montagnards, reconnus comme sacrés dont certains portent des sanctuaires. Des monastères, lamaseries, hospices, hôtelleries accueillent, parfois à de très hautes altitudes, des retraitants de diverses religions qui viennent se ressourcer spirituellement. Pensons parmi bien d'autres sites à l'Abu et aux hautes grottes de la montagne d'Armanath en Inde, au T'ai-chan et l'O-mei chan en Chine, au Fujiyama et au Ontake au Japon, au mont Arafa en terre d'Islam. Nos montagnes européennes possèdent nombre de ces hauts lieux ainsi l'Oropa piémontais, l'insigne Gargano dans les pouilles, le Maria Waldrast autrichien, le Ziteil des grisons, le Grand Saint Bernard, le Mont Saint Odile ou la Salette en France Il faudrait tout un livre pour en recueillir la liste.
Hors les lieux sacrés, des temples et des sanctuaires d'altitude, c'est toute la montagne qui forme un pôle d'attraction. Il est un sens profond caché en l'homme qui l'oriente vers les hauteurs à la recherche de cette relation avec l'absolu par la voie de la nature. En plusieurs significations, toute approche des sommets est une montée vers le ciel.
La demande de ressourcement avec ses diverses facettes, notamment celles qui incluent le souhait d'une pleine relation avec la nature sauvegardée, ne peut que s'amplifier dans le siècle qui vient, en raison des contraintes croissantes de la civilisation urbaine. Il n'est pas inutile pour les responsables de l'aménagement et de la gestion touristique en montagne, de porter attention à cette donnée qui concerne les besoins supérieurs de l'homme ; ceci afin de composer une offre qui probablement engendrera de nouveaux facteurs de croissance.
Les comportements de l'homme envers la nature dépendent des convictions qu'il s'est forgé sur cette relation. Tout d'abord comment il se situe envers elle, puis, quel statut il lui confère et par-là quelle signification il lui prête. C'est pourquoi je ne peux passer sous silence, certains des courants de pensée qui depuis quelques années prennent de l'ampleur. Très probablement, ils mettront en cause, dans ce siècle qui éclôt, certains aspects du concept de développement. Ils poseront aussi de fortes contestations ou oppositions aux théoriciens et décideurs de l'aménagement touristique. Il s'agit entre autres, des courants proches de l'éthique néofinaliste du philosophe allemand Hans Jonas et de ceux connexes à l'écologie radicale du norvégien Arne Naess. Je n'en trace ici que quelques traits succincts en rapport avec notre sujet. Pour Jonas, les sciences modernes (en particulier celles de l'évolution biologique) ont enlevé à l'humanité une grande partie de sa prééminence en révélant son appartenance aux processus évolutifs. Cette perte, selon Jonas, n'est acceptable que dans la mesure où elle s'accompagne d'un gain de dignité de la nature : celui de posséder une finalité propre(4). Jonas appelle au respect de cette finalité et à l'instauration d'une pleine conscience de la responsabilité de l'homme envers ses descendants, "même si l'obligation à l'égard de l'homme continue encore à avoir une valeur absolue, elle n'en inclut pas moins désormais la nature comme condition de sa propre survie et comme complément de sa propre complétude existentielle. Nous allons encore plus loin et nous disons que la solidarité de destin entre l'homme et la nature, solidarité nouvellement découverte à travers le danger, nous fait également redécouvrir la dignité autonome de la nature et nous commande de respecter son intégrité par-delà l'aspect utilitaire. Il est à peine nécessaire de dire qu'une interprétation sentimentale de ce commandement est exclue par la loi de la vie elle-même, qui est manifestement comprise dans l'intégrité de la vie qui elle-même doit être préservée"(5).
Arne Naesse, est l'inventeur d'une distinction entre "écologie superficielle", dont l'objet est le combat contre l'exploitation excessive des ressources naturelles et contre la pollution, tout en conservant une vision anthropocentrique, et "l'écologie profonde" ou "écologie radicale"(6). Il s'agit là d'une réflexion philosophique de l'harmonie et de l'équilibre écologique(7). Cette réflexion se découvre, en partie, voisine de celle de Jonas dans une commune référence à une vision organiciste du monde. Elle affirme que tous les organismes de la nature doivent être considérés comme champs de relations intrinsèques. Ces relations révèlent une multi polarité égalitaire. De là, vient l'affirmation que tous les êtres ont un droit égal à la vie. "L'écosophie" traite entre autres sujets des distinctions entre écologie superficielle et écologie profonde. On peut dire que l'écosophie possède une dimension spirituelle et même religieuse(8) dont l'aboutissement est une sacralisation ésotérique de la nature. En conséquence, pour reprendre une formule d'un des membres de cette école, la terre n'est pas faite pour l'homme mais l'homme pour la terre. Certes, l'écologie profonde invite à un cheminement de croissance et d'épanouissement spirituel, elle le fait cependant, en prêtant à la nature ce qu'elle n'a pas. John Seed ne conseille-t-il pas de "penser comme une montagne", nous retrouvons là une approche magique de la nature qui était celle de nos ancêtres.
Ainsi l'écosophie et l'écologie profonde opèrent dans leur idéologie un décentrement : celui de l'homme depuis le sein de la nature. La nature et tous les êtres se voient conférer le statut de sujets de droit au même niveau que l'homme.
Ceci engage pour ceux qui suivent ces affirmations, de nouveaux comportements dans leurs relation à la nature et une contestation des modes de vie de nos sociétés.
Différemment de l'écosophie ou de l'écologie radicale, la spiritualité du développement durable que j'évoque, elle, conserve à l'homme sa primauté. Cette primauté s'inscrit dans une pleine conscience de sa haute responsabilité comme protecteur et gestionnaire de toute part de la nature qu'il peut atteindre. Elle génère une éthique de l'aménagement, elle vise aussi à promouvoir une harmonie entre la sauvegarde des ressources naturelles non renouvelables et les croissances réalisées au profit du plus grand nombre.
J'ai parlé de la relation avec la nature de l'homme en général et du voyageur ou du touriste en particulier. C'est maintenant vers l'homme aménageur pour le tourisme que je souhaite attirer votre attention. L'aménageur - et à travers lui, le promoteur et l'entrepreneur - établit une relation particulière avec l'environnement. Une relation qui peut devenir une confrontation. Il utilise gratuitement le profil des pentes en hiver, la beauté des sommets en toute saison et même la qualité de l'air ou les particularités de la faune et de la flore comme éléments de base de l'offre touristique. Or ces supports de l'offre touristique, l'aménageur peut les dégrader au point d'anéantir toutes les chances de succès d'une croissance économique et sociale. Certes cet aménagement permettra pour un temps de créer de nouveaux courants économiques et de l'emploi. On parlera peut-être alors de développement. En réalité ce n'est pas toujours le cas. Tout particulièrement quand le coût écologique n'a eu comme correspondance que la seule spéculation foncière ou immobilière dont on connaît les effets et qui n'ont de perspective qu'à court terme ou moyen terme. L'économie comme élément du concept de développement durable ne peut prétendre représenter en elle-même une finalité. Si elle est indispensable, elle l'est seulement en tant qu'instrument au service de l'écologique et du social. Nous pouvons faire ici un rapprochement avec la tension entre "être" et "avoir". Les grandes spiritualités, les grandes religions et de nombreuses philosophies le rappellent : l'avoir peut asphyxier l'être, car le bonheur de la personne humaine ne se résume pas à la possession et la consommation de biens matériels, fussent-ils touristiques. Cette tension ne concerne pas seulement l'individu elle concerne aussi les groupes sociaux en vue de leur développement. A ce niveau du collectif, les décideurs, aidés par des experts quand il s'agit de cerner les options, de l'aménagement, ont besoin, quand le moment est venu de fixer leurs choix, d'éclairer leur conscience. Ceci, pour que cet aménagement puisse générer un véritable développement durable. Cet éclairage peut venir d'une éthique nourrie par une spiritualité. Ne conviendrait-il pas alors d'ajouter aux trois dimensions du concept de développement durable, "l'écologique, l'économique et le social", le spirituel ou l'éthique ? Comme aménageur et président de station de tourisme, je veux citer selon mon expérience des domaines étroitement imbriqués ou ces choix cruciaux de conscience, que vous connaissez bien, sont à prendre.
L'expansion continue en surfaces, et en bâtiments - le suréquipement réalisé sur des espaces vierges - le but réel de l'aménagement : est-il mis en uvre pour un profit seulement privatif ou pour l'intérêt collectif ? - l'importance des impacts sur les situations économiques, sociales et culturelles des communautés d'accueil et sur l'environnement Un aménagement et un développement sans éthique n'est le plus souvent que la recherche d'un profit financier. Tentons donc de promouvoir un développement intégral, le seul qui puisse être durable. Un développement, qui tout en élaborant une offre touristique attrayante économe et respectueuse des ressources naturelles, ne s'opère pas au seul avantage d'une partie des acteurs de ce développement et exprime une solidarité avec les hommes du présent. Cela doit concerner très directement, ceux qui concourent à la réussite du développement dans ce domaine spécifique. Je donne comme exemple, les saisonniers du tourisme, souvent oubliés dans le partage des fruits du développement, et dont les conditions de vie et de logement à travers l'Europe ne sont pas toujours respectueuses des personnes.
En conclusion, il est évident qu'une spiritualité et une éthique du développement durable ne peuvent remplacer les législations et réglementations de prévention et de protection. Un certain nombre de ses actes législatifs sont déjà en vigueur, d'autres viendront. Cependant, par le fait que ces actes se placent à un niveau de contrainte, ils ne peuvent suffire à engager l'homme dans une saine relation avec la nature. Il faut l'éclairer sur la signification profonde de cette relation ; il convient d'éduquer sa liberté par l'intermédiaire de sa conscience. Ceci lui permettra, qu'il soit aménageur ou touriste, de maîtriser ses comportements et de respecter les règles d'un véritable développement durable. Cela est d'autant plus important que nous somme invités par les études prospectives à prendre conscience des situations sociales du futur proche :
Dans vingt-cinq ans, la population mondiale, aura considérablement augmentée en nombre. Elle sera concentrée dans presque tous les pays à plus de soixante-cinq pour cent dans les zones urbaines. C'est une certitude. Cette population ressentira, si les modes de vie actuels se perpétuent, les effets stressants de la surdensification, de l'artificiel du bruit, de l'agitation. On peut en conséquence émettre une double hypothèse, celle d'une très forte augmentation de la demande touristique (tout particulièrement la demande interne comme le souligne l'étude prévisionnelle de l'O.M.T, "Tourisme horizon 2020") et celle d'une explosion des besoins de sens, de ressourcement, de contact avec la nature. Or on sait que cela posera de multiples problèmes de répartition des temps libres, de circulation, d'accueil, de protection des espaces naturels, d'éducation des touristes. On sait aussi que de tels problèmes prévisibles nécessitent de mettre en uvre des réponses longtemps à l'avance. Ce sont les décideurs d'aujourd'hui qui ont la charge de préparer les bonnes réponses. Ils peuvent le faire par des choix judicieux, éclairés par une véritable éthique. En d'autres termes il leur revient d'élaborer un véritable développement intégral pour que les touristes du futur trouvent satisfaction à leurs besoins, au sein de la nature sauvegardée particulièrement dans les hauts espaces des montagnes du monde.
Pierre Lainé
(1) étoiles et tempêtes éditions Arthaud 1954 retour texte
(2) par exemple dans : prospective de la demande touristique à l'horizon 2010. Réinventer les vacances. La documentation Française. Paris, commissariat général au plan 1998. retour texte
(3) étude prospective en gisements d'emplois générés par la mutation de la demande touristique. Paris, conseil national du tourisme français 1997. retour texte
(4) The phenomenon of life. Toward a philosophical Biology - NewYork, Harper & Row, 1996. De même dans le principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique. Paris, éd du cerf 1990. retour texte
(5) Le principe responsabilité p 188 retour texte
(6) The shallow and the Deep, Long-Range Ecology Mouvement. A summary. Inquiry XVI/1 1973. retour texte
(7) Voir le livre de Bill Devall et Georges sessions, Deep Ecology, Salt Lake City, peregrine books, 1985. retour texte
(8) Voir l'article de Jacques Arnoult : Gnose et écologie. Communio tome XXIV. retour texte