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Une vision pour 2020 et sept lignes de force pour le tourisme de montagne

Francesco FRANGIALLI - Secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme (OMT)

 

Madame la Ministre,
Monsieur le Président,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs.

Monsieur le Maire, je souhaiterais commencer cette intervention en m'adressant à vous.

Me trouvant à Chamonix pour la première fois cette année, je voudrais tout d'abord exprimer un sentiment de solidarité et d'affection particulières à l'endroit de votre commune et de sa population.

Tous ceux qui aiment votre ville ont eu la gorge serrée en apprenant, l'un après l'autre, les malheurs qui ont touché votre communauté depuis l'hiver dernier. Car il y a dans le cœur de chaque amoureux de la montagne une place spéciale pour Chamonix. A l'exemple de l'héroïne du " Retour à la montagne " de Frison-Roche, il est difficile de rompre le charme et de s'éloigner lorsqu'un jour de sa jeunesse, on a rencontré vos montagnes, votre vallée et ses habitants. C'est mon cas, et c'est pourquoi je suis si heureux de me retrouver une fois de plus chez vous.

* * *

Ce Congrès, Mesdames et Messieurs, arrive au bon moment. Il intervient alors que l'industrie touristique mondiale s'apprête à franchir une nouvelle étape avec la multiplication spectaculaire des arrivées et des flux sur l'ensemble de la planète.

Une telle perspective ne peut pas ne pas comporter une incidence majeure dans la relation du tourisme aux site qui l'accueillent et à l'environnement où il se déploie.

Cet impact sera d'autant plus fort qu'il concernera des espaces sensibles et, parlant à Chamonix, je centrerai naturellement mon propos sur la problématique du développement du tourisme de montagne.

* * *

Pendant une première période, les sports de neige et les sports de glace ont vécu une phase élitiste, et ceci immédiatement avant la Seconde Guerre mondiale et jusque dans les "années 50". Et puis, ce secteur a rencontré de plein fouet la vague de démocratisation des loisirs, spécialement dans les pays de l'Ouest européen, avec l'accès des classes moyennes et moyennes supérieures à la pratique des sports d'hiver.

Ce choc a représenté une opportunité historique. Il s'est accompagné d'un changement de dimension spectaculaire, mais aussi d'une transformation en profondeur de la clientèle. Progressivement, l'accès aux sports d'hiver ne s'est plus limité aux habitants des pays qui ont des montagnes, à ceux qui ont la possibilité de pratiquer ces sports près de chez eux ; il s'est étendu aux Européens du Nord, venus vers les pays de l'Arc alpin et vers les Pyrénées pour pratiquer le ski. Selon l'European Travel Monitor, 24 millions de séjours de neige ont été pris en Europe pendant l'hiver 1997-1998.

Cet élargissement a représenté un changement d'échelle, puisque c'est à une explosion de l'industrie touristique des sports d'hiver qu'on a assisté avec ce double mouvement de démocratisation et de diversification des clientèles européennes. Pour la France, la grande étude SEMA METRA avait démontré à la fin des " années quatre-vingt ", que le marché national se rapprochait de la saturation, mais que d'autres, en Grande-Bretagne et en Espagne notamment, s'ouvraient, ce qui devait se vérifier au cours de la décennie suivante.

Aujourd'hui, une nouvelle étape se présente, car dans le domaine de la montagne comme ailleurs, la compétition devient mondiale, ainsi que l'ont démontré les travaux du Premier congrès mondial du tourisme de neige et de sports d'hiver organisé en avril dernier par l'OMT dans la Principauté d'Andorre. A ce congrès, la plus importante délégation était chinoise ! Demain, un pays comme la Chine sera une grande destination de sports d'hiver. Ce sera aussi un marché générateur porteur, comme le sont déjà le Japon qui compte quelque 14 millions de pratiquants du ski, ou la Corée. Il nous faut nous habituer dès maintenant, dans nos esprits comme dans nos décisions économiques, à ce changement de dimension.

Après l'Europe et l'Amérique du Nord, ce sont la Cordillère des Andes et les massifs de l'Asie du Nord Est qui s'ouvrent au tourisme de neige. Demain, ce sera sans doute aussi le cas du Caucase. Ici aussi, la mondialisation frappe à notre porte : il y a certes aujourd'hui 4.000 remontées mécaniques en France, 3.500 en Autriche, 3.000 en Italie et 2.000 en Suisse ; mais il y en a également 3.800 aux États-Unis, 3.000 au Japon et un millier au Canada. "Les Sommets du tourisme", Mesdames et Messieurs, ne se trouvent pas qu'en Europe, loin s'en faut !

* * *

Mais, avant d'envisager les conditions de cette nouvelle étape de développement, arrêtons-nous un instant sur les conditions dans lesquelles s'est déroulée la précédente.

Les pays qui s'y sont lancés ont suivi des cheminements différents, et je salue ici la présence du Directeur du tourisme de Suisse, M. Keller, Président de la Commission de l'OMT pour l'Europe. Un pays comme la Suisse, ou un pays comme l'Autriche, ont suivi des stratégies de développement très différentes, par exemple, du pays qui est le mien, la France. En Suisse, en Autriche, le développement des sports de neige s'est effectué le plus souvent à partir des villages traditionnels. Une priorité y a été donnée à la qualité de l'accueil, mais aussi, à juste raison, aux loisirs d'après-ski, à toutes ces activités de commerce, de sport et de détente, qui sont le complément du ski. L'hébergement hôtelier y est dominant, à la différence de la France où une grande partie de l'accueil se fait en résidences secondaires et locations meublées, davantage consommatrices d'espace.

Peut-être est-ce là la raison pour laquelle, selon une récente enquête de "l'European Travel Monitor", l'Autriche arrive largement première parmi les destinations de vacances de neige des Européens, suivie justement de la Suisse, la France et l'Italie ne venant qu'ensuite.

Un pays comme la France, avec des stations de "seconde", puis de "troisième" générations, réalisées au cours des "années soixante" et "soixante-dix" dans le cadre du "plan neige", a, en revanche, principalement, et peut-être trop exclusivement, conféré une priorité au développement du domaine skiable, y compris de très haute altitude. C'est là une démarche probablement plus enthousiasmante sur le plan sportif, mais sans doute moins valorisante sur celui des retombées économiques, sociales et culturelles. C'est aussi une politique dont l'impact environnemental n'a été considéré qu'avec retard, spécialement avec la directive "montagne" de 1977, la mise en place de la procédure spécifique de décision pour les Unités Touristiques Nouvelles (UTN), et ultérieurement les lois "montagne" de 1985 et 1991. Le développement ultérieur des "stations villages" s'est effectué pour partie en réaction contre certains excès du "plan neige".

* * *

Mesdames et Messieurs,

La nouvelle étape qui s'annonce pour le tourisme de montagne, se présente dans un contexte global de croissance, passée et prévisible, du tourisme mondial, que je vais m'efforcer d'illustrer à l'aide de quelques images.

Chacun mesurera qu'elle peut être l'impact sur les infrastructures, les appareils de formation, et surtout l'environnement et les sites, de telles prévisions. Un triplement en 25 ans des flux dans le monde, un doublement en Europe, ne sauraient être neutres. La notion de "développement durable", appliquée au tourisme, introduite en 1992 au "Sommet de la terre" de Rio de Janeiro, est plus urgente que jamais. C'est avec raison que cette Conférence l'a choisie pour thème central.

Dans ce contexte, un certain nombre de lignes de forces peuvent être dégagées, s'agissant particulièrement du tourisme de montagne. Lui aussi connaîtra la croissance des flux, la multiplication des arrivées, le raccourcissement de la durée des séjours et la diversification qui va se poursuivre, des clientèles.

Ces lignes de force sont, à mon sens, au nombre de sept. Après l'étape du développement élitiste, puis celle de la démocratisation des loisirs de neige, ces sept éléments permettent de cerner les enjeux et paramètres d'une troisième phase : celle de la mondialisation de la concurrence entre destinations du tourisme de montagne des divers continents.

* * *

1. D'abord, l'apparition de nouvelles clientèles.

Dans la vallée voisine de Haute-Savoie, où je me rends fidèlement, on entendait parler la saison dernière sur les pistes, le russe et l'arabe. Voilà des clientèles nouvelles ! Dans quelques années, dans les montagnes européennes, nous entendrons parler le chinois, comme on entend déjà parler le japonais, l'été à Chamonix ; car l'OMT prédit qu'en l'année 2020, ce sont cent millions de Chinois qui visiteront le reste du monde. On observe ainsi la coïncidence, et la convergence, de trois phénomènes : l'apparition de clientèles nouvelles dans les pays traditionnels concernés par l'activité de sports d'hiver, l'émergence de pays neufs intéressés par les sports de neige sur la carte du monde, enfin une croissance plus rapide des voyages intercontinentaux à longue distance par rapport à la moyenne des déplacements touristiques. Ces trois éléments combinés façonneront le visage du marché du tourisme de montagne de demain.

Il est clair que de tels changements prévisibles dans la structure des clientèles appellent à une réflexion de fond tant sur la gamme des prestations à proposer, et sur leur qualité, que sur l'adéquation aux attentes de ces nouveaux clients, de l'offre immobilière de loisirs.

J'ajoute que cette mondialisation, tant des marchés générateurs que des destinations de montagne, pose un problème particulier aux stations traditionnelles. Celles-ci n'ont pas la capacité, comme les stations dites "intégrées", de présenter une offre d'hébergement large et homogène ni des produits calibrés pour leur commercialisation par les grands tours opérateurs internationaux.

Elles doivent dès lors se regrouper pour conduire une politique de commercialisation et de marketing active, à l'exemple des stations françaises et suisses réunies dans le domaine skiable des "Portes du Soleil". Elles doivent surtout s'efforcer d'innover dans la mise en marché, spécialement pour ce qui concerne les hébergements en locations meublées, et il est permis de penser à cet égard, qu'au delà des mécanismes traditionnels de type "centrales de réservations", un outil nouveau de commercialisation comme Internet leur offre une véritable opportunité.

2. La deuxième évolution que je voudrais citer, tient à la fin de la césure entre ski alpin et ski nordique et à l'apparition de nouvelles activités sportives et ludiques.

Un pays comme la France connaît aujourd'hui cinq millions de pratiquants du ski alpin et un million et demi de pratiquants du ski nordique. Aux Etats-Unis, les chiffres respectifs sont de 10,5 et 3,5 millions. Ce sont là des masses qui, sans être comparables, relèvent du même ordre de grandeur, et, dans les mêmes stations, certains pratiquent simultanément ces deux formes de ski. Mais, déjà, le ski nordique est souvent remplacé par d'autres modes de découverte de la montagne ou de l'environnement, comme par exemple la pratique de la raquette ou la randonnée, avec ou sans skis.

Simultanément apparaissent et disparaissent de nouveaux sports de neige ou de glace. Certains, comme le télémark, ont été pratiqués depuis longtemps et reviennent à la mode ; d'autres, comme le curling ou le bobsleigh n'ont jamais réussi à percer parce que les contraintes étaient trop fortes ; d'autres encore tels le véloski, sont apparus sur nos pistes il y a quelques années, pour s'évanouir aussitôt -je le signale en précisant immédiatement que, personnellement, la disparition du véloski ne me fera pas pleurer parce que je trouve que c'est là une activité extrêmement dangereuse pour les autres usagers de la piste ! Mais aujourd'hui ce sont surtout les "nouvelles glisses" qui arrivent: le monoski, le ski (si on peut l'appeler ainsi -la glissade serait meilleur) sur des " big foot " (et non sur des "big feet" comme la grammaire anglaise l'aurait voulu !), les miniskis, et d'autres instruments de torture ! Et surtout, bien évidemment, il y a pour symboliser ces nouvelles formes de glisse, le snowboard, le surf des neiges, dont la pratique s'adresse essentiellement à une nouvelle génération et s'accompagne d'un ensemble de comportements vestimentaires et culturels originaux, suffisamment étranges pour soulever l'inquiétude des parents et justifier la curiosité des sociologues. Aux États-Unis, le snowboarding représente déjà près de 4 millions de pratiquants, et son émergence est allée de pair avec un léger déclin du ski alpin.

Ces changements ne sont pas sans conséquence pratiques, mais aussi économiques. Des "snow-parks" voient le jour ; les pistes ne doivent plus présenter la même configuration, et la coexistence de plusieurs sports sur le même lieu pose un certain nombre de difficultés, voire de risques. Mais, en même temps, c'est le vecteur par lequel des nouvelles catégories, notamment les jeunes, abordent les sports de neige. Ils prennent la relève des "baby boomers", pratiquants désormais chevronnés du ski alpin, et c'est donc là une considération tout à fait importante pour la conduite d'une analyse prospective.

3. Le troisième élément de réflexion, ne concerne encore qu'un petit nombre de stations, mais mérite qu'on s'y arrête. Il tient à l'apparition de groupes, pratiquement de dimensions industrielles, dans l'industrie des sports d'hiver : la Compagnie des Alpes, la Compagnie des remontées de Val d'Isère et bien d'autres, devenus maintenant des opérateurs extraordinairement importants. Quand, par exemple, une entreprise comme Pierre et Vacances, cède les remontées de la station d'Avoriaz à un autre groupe, nous sommes en présence d'une sorte de mécano industriel, comme il peut en exister dans le domaine financier ou dans celui de la grande industrie. Bien évidemment, cela ne concerne pas les stations de moyenne altitude ou les petites stations, mais de plus en plus on observe, avec ce phénomène d'intégration, l'apparition d'une épine dorsale de grandes compagnies autour desquelles tend naturellement à s'agglomérer le reste de l'industrie des sports de neige. C'est un changement qui peut avoir des aspects positifs, mais également d'autres plus inquiétants, et auxquels il convient, me semble-t-il, de prêter attention.

4. Il y a une quatrième donnée dont il est encore difficile de préciser la portée et l'ampleur : ce sont les changements climatiques qu'on nous annonce.

L'enjeu n'est pas négligeable. Il faut savoir que l'augmentation moyenne de 2 degrés de la température que l'on prévoit souvent pour la fin du prochain siècle correspond à une élévation d'environ 300 mètres des attitudes d'enneigement.

Pour ma part, je n'ai pas encore très bien compris pourquoi un courant chaud sur la côte du Pacifique empêchait la neige de tomber sur les Pyrénées, mais il paraît que c'est le cas. Dans le village de Haute-Savoie où je suis résident, une commerçante m'a dit l'année dernière, voyant la neige qui arrivait tardivement à contre-saison : "il faut bien que l'hiver se fasse", et j'ai trouvé que cette phrase était l'expression d'une sagesse populaire, peut-être plus forte que les caprices d'El Niño ou les incertitudes de l' "effet de serre". Mais il serait intéressant de savoir si, réellement, le fait de recevoir moins d'enneigement en basse altitude et davantage en haute altitude est quelque chose de passager ou de durable. Il importe d'être en mesure d'en analyser l'impact à moyen terme sur l'économie des sports d'hiver.

Enfin, il convient d'apprécier tant la portée que les limites de l'enneigement artificiel pour répondre à ces données climatiques nouvelles. Il y a, paraît-il, maintenant une "neige de culture", comme il y a des perles du même nom. Selon les pays, cette technique est regardée comme une opportunité d'étendre la période d'exploitation, comme par exemple en France où elle concerne déjà 160 sites et 2500 hectares, ou, à l'exemple de la Suisse, comme une atteinte potentielle à l'environnement, qui suscite l'opposition des mouvements écologistes.

5. Une autre donnée -la cinquième- me paraît devoir être relevée. Nous avons observé ces dernières années beaucoup d'imprudences dans les ambitions des collectivités locales qui se sont lancées dans le développement du ski, sans avoir ni l'expérience ni le potentiel adéquats.

Dans vos vallées, la plupart des villages ont vécu pendant des générations avec la seule ressource de l'agriculture de montagne, qui est souvent une agriculture pauvre. Or il peut arriver que certains d'entre eux bénéficient de cette manne, de ce trésor que représente l'activité touristique d'hiver, et que d'autres, deux à trois cents mètres plus bas en altitude, n'en profitent pas. Les populations ont alors le sentiment d'une injustice, et ceci a entraîné parfois la tentation pour ceux qui n'avaient pas les atouts géographiques et climatiques nécessaires, de se lancer malgré tout dans l'industrie des sports de neige. Comme la Cour des Comptes l'a relevé : beaucoup de déconvenues ont été alors au rendez-vous, que les changements climatiques récents, ci-dessus mentionnés, pourraient encore accentuer. Comment permettre, au sein d'une même région naturelle, une solidarité de développement local face à la manne, mais aussi aux aléas, de l'exploitation de l'"or blanc", voici une autre piste de réflexion pour ce Congrès.

6. Il y a un autre domaine qui est en train de changer. Il tient à une prise de conscience de ce que représente aujourd'hui la station de sports de neige, la station de sports d'hiver.

Comme l'avait souligné il y a maintenant plus de dix ans, la grande étude SEMA METRA sur l'économie des sports d'hiver, la station de sports de neige peut être assimilée par bien des aspects à une entreprise. C'est une entreprise qui produit un service qu'elle commercialise, ou plutôt une gamme de services qui sont le ski et les autres loisirs et sports de neige et, naturellement, les hébergements et autres prestations de services qui y sont associés.

Aux Etats-Unis, d'ailleurs le modèle de développement de la station de ski est profondément calqué sur celui de l'entreprise commerciale ou immobilière, qui en est tout à la fois le promoteur et le vecteur. Elle n'est pas très différente, par exemple d'une resort, consacrée au golf. En Europe, en revanche, la différence entre cette entreprise et une autre, du secteur industriel ou commercial, c'est qu'elle n'a pas de direction générale. Elle consiste, en fait, en un conglomérat d'acteurs différents, publics comme la municipalité ou l'office du tourisme, et privés comme les professeurs de ski, les commerces ou les hébergements. Seule parfois, et encore incomplètement, la société privée ou municipale en charge de l'exploitation des remontées mécaniques peut y jouer un rôle fédérateur. Comment, lorsqu'on ne se trouve pas en présence d'une station dite " intégrée ", donner une unité de gestion et une unicité de politique commerciale à ce conglomérat ? Comment faire en sorte qu'il exprime une vision commune de son avenir et planifie solidairement son développement ? Ce sont là des problèmes majeurs pour l'évolution de cette industrie, surtout lorsqu'il s'agit pour les stations traditionnelles, de tenir leur rang dans la compétition internationale.

7. Et enfin, je terminerai brièvement par une septième considération. Ainsi qu'il a été rappelé, le ski n'est pas seul, il y a l'après-ski, et il y a aussi le reste de l'année quand il n'y a pas d'enneigement.

De plus en plus, l'été la montagne attire, et ce n'est pas à Chamonix, station exceptionnelle à cet égard, que l'on peut l'oublier. Tout le monde, certes, n'a pas les ressources du massif du Mont-Blanc, mais, partout, le développement des activités liées à la montagne, l'été, y compris à moyenne attitude, apparaît extraordinaire tant par leur prolifération que par leur diversité. Des sports qui n'existaient pas il y a quelques années attirent aujourd'hui des milliers de pratiquants. Les V.T.T. parcourent les chemins d'alpage, les embarcations de rafting glissent sur les rivières alors que les parapentes animent le ciel de leurs couleurs.

Une question est alors posée : est-ce que le tourisme de montagne, ou le tourisme de station, hors période de ski, s'assimile purement et simplement à du tourisme rural ? A-t-il quelque chose d'original et de différent à apporter ? Quel degré de flexibilité implique-t-il pour les travailleurs, notamment saisonniers, et pour les hébergements ? Est-il réservé à la moyenne montagne ou constitue-t-il aussi une solution significative aux contraintes de l'exploitation des stations de haute altitude, soucieuses de diversification ? Bien qu'infiniment plus modestes, les investissements pour l'équipement estival sont-ils globalement rentables pour une station, dès lors que la dépense quotidienne en hébergement marchand est inférieure d'un tiers l'été à ce qu'elle est l'hiver ? La réponse à ces questions est importante sur le plan macro-économique dans le choix des stratégies de développement. Elle l'est tout autant au niveau micro-économique dans la recherche d'un équilibre global de l'exploitation d'un hébergement ou d'un commerce sur l'ensemble de l'année.

* * *

Voilà, Mesdames et Messieurs, un certain nombre de pistes de réflexion, qui ne sont pas originales, mais qui paraissent significatives au moment où l'on s'apprête à entrer dans une phase de concurrence généralisée car mondialisée. Une concurrence qui ne sera pas seulement interne aux pays de montagne. Car ces dernières, même l'hiver, entrent de plus en plus en compétition avec d'autres types de vacances, telles que les croisières ou le " soleil d'hiver ". Pour les Européens qui partent l'hiver, la montagne ne représente aujourd'hui que 17 pour cent des séjours, derrière les destinations de plage et celles de tourisme urbain. D'autres niches du marché croissent plus vite que les sports d'hiver.

Voilà quelques questions majeures que je soumets à vos réflexions et qui, je le sais, seront traitées dans les rapports qui vous seront présentés pendant toute la durée du Congrès.

Vos conclusions intéresseront notre Organisation, et je suis sensible pour ma part à ce que vous nous ayez demandé d'apporter notre contribution à vos travaux, que je souhaite couronnés de succès. Je vous remercie.

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