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Eric FOURNIER - Vice-président du Conseil Régional Rhône-Alpes, Charbonnières-les-Bains, France - Adjoint au maire de Chamonix Mont-Blanc, France

 

Madame la Ministre,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Secrétaire Général,
Mesdames, Messieurs les Elus,
Mesdames, Messieurs,

Je tiens avant tout à vous dire au nom d'Anne-Marie COMPARINI (qui m'a demandé de la représenter ce soir) et au nom de mes collègues du Conseil Régional, combien la Région Rhône-Alpes est heureuse de participer et de soutenir ces premiers Sommets du Tourisme.

A titre personnel et en tant - aussi - qu'élu chamoniard, vous comprendrez que je me réjouisse doublement que la Ville de Chamonix et plus particulièrement son maire ait su initier cette manifestation. C'était un pari audacieux, mais ô combien utile !

En premier lieu parce que Rhône-Alpes est une terre de tourisme :

C'est la première destination touristique française après l'Ile de France et la première tout court en ce qui concerne la montagne ; Rhône-Alpes représente en effet 80 % de l'offre "montagne" France quel que soit le critère retenu : nombre de lits, chiffre d'affaires des remontées mécaniques, centrale de réservation ...

Si Rhône-Alpes est une terre de tourisme, c'est aussi et surtout une terre d'innovation : parce que nous nous devons d'être à la pointe en matière d'offre touristique, parce que nous voulons conserver cette position forte qui s'exprime par les ratios que je viens de citer et parce que les thèmes et les questions que vous allez aborder sont pour nous d'une importance cruciale pour penser et agir en faveur de ce tourisme de demain qui sera nécessairement durable.

Mais également parce que Chamonix est un symbole dans cet ensemble Rhône-alpin ;

Symbole d'une histoire et d'un patrimoine particulièrement riches mais aussi symbole qui cristallise tous les défis de l'avenir, dans les domaines de l'aménagement, de la requalification urbaine et du transport notamment.

Fleuron de son économie touristique, Chamonix est pour la Région Rhône-Alpes l'un de ces espaces à enjeux qui nécessite une action forte, basée, Madame la Ministre, sur des moyens nouveaux, que les outils législatifs et réglementaires actuels ne nous donnent pas.

Il est donc indispensable d'arrêter ensemble - Etat, collectivités locales, socioprofessionnels - les contours d'une action commune qui nous permette d'agir pour ces espaces à enjeux.

Vous avez choisi cette année, pour ces premiers "Sommets", le thème du tourisme durable. C'est en effet une question essentielle, qui doit être posée tant aux décideurs publics que privés.

Sur le plan des politiques publiques, évidemment, la question est particulièrement pertinente : il s'agit de passer d'une époque où les besoins et les réponses s'exprimaient principalement de manière quantitative (cf. Plan Neige...) à une gestion qualitative et à long terme des sites.

Avoir un tissu touristique très structuré et énumérer de bons chiffres de capacité et de fréquentation - ce qui est le cas de Rhône-Alpes - risque à terme de ne plus suffire, même en s'appuyant sur l'action (dynamique) du CRT et des autres organismes de promotion.

Pour rester "concurrentiels ", nos manières de concevoir le tourisme doivent changer : on ne fera pas le tourisme de demain - en tout cas pas sur nos sites - avec la conception, les techniques d'aménagement et les modes de gestion d'hier.

Un certain nombre de questions fondamentales doivent donc être posées

  • quels sont les éléments de " durabilité " dans la constitution du fait touristique ?
  • sur quoi doit (ou peut ) porter l'intervention publique en la matière ?
  • comment s'articule cette intervention publique avec les évolutions rapides du marché ?

Quelques rapides observations sur ces thèmes :

- Concevoir un tourisme durable nécessite de mieux intégrer l'évolution des modes de consommation touristique

Les modes de consommation touristiques évoluent. Ils reflètent des évolutions sociétales profondes, ce sont les "effets de modes" qui privilégient tantôt tel type de destination plutôt qu'une autre et qui révèlent les tendances lourdes socioculturelles (par exemple nouvelles pratiques) du moment. Ces modes de consommation touristiques dépendent également de nombreux autres paramètres : économiques (par exemple : variation des taux de change), technologiques (par exemple : offre de transport).

Ces tendances ne sauraient être orientées uniquement par une action sur les politiques du tourisme, mais elles doivent évidemment être prises en compte : la volonté de " consommer intelligent " en matière de produits touristiques se traduit par des demandes qui touchent à toutes les composantes du produit : conditions d'accès, d'accueil et de séjour, produits d'accompagnement …

A ce titre il convient de considérer avec prudence les réponses strictement fonctionnelles et immédiates qui peuvent être apportées aux dysfonctionnements constatés sur les sites touristiques.

Par exemple, répondre à un problème de stationnement par la création de nouveaux parkings... certes, ces infrastructures sont parfois utiles, mais on constate souvent qu'elles ne résistent pas à 1'évolution des modes de consommation et des pratiques…

Faut-il aller jusqu'à imaginer des solutions "temporaires" ou tout au moins dont la durée de vie serait limitée afin de permettre des réajustements par rapport à l'évolution de la demande ?

Dans le domaine de l'hébergement touristique, certains nouveaux concepts semblent être à l'étude dans cet esprit.

- Concevoir un tourisme durable, c'est probablement trouver de nouvelles formes partenariales, plus globales et transversales

Au niveau des partenariats :

Le développement durable, en termes touristiques, se traduit par un affaiblissement de l'antagonisme environnement / aménagement.

Il est donc nécessaire de réussir à mettre en œuvre de nouvelles formes d'aménagement, de développement ou de préservation, très transversales.

C'est une véritable mutation culturelle : cette transversalité a un coût, ou plus exactement a des coûts.

Coût en investissement immatériel : il faut davantage anticiper, en décloisonnant les disciplines et donc fournir des éléments de stratégie plus élaborés pour les sites.

Coût direct parce que les opérations mises en œuvre peuvent s'avérer plus coûteuses (ou moins rentables à court terme).

Il est nécessaire, pour prendre en compte ces nouveaux défis, de créer de nouvelles formes de partenariat, notamment entre acteurs publics. Les outils classiques (parcs, etc …) ne sont en effet pas adaptés à l'enjeu.

L'Espace Mont-Blanc est un exemple et un essai de partenariat visant à mettre en œuvre une politique de développement durable sur un territoire à enjeux.

- Concevoir un tourisme durable, c'est également développer la relation des hommes avec leur territoire :

C'est un élément essentiel de " durabilité ", trop souvent ignoré et oublié : les sites que nous connaissons à l'instar de Chamonix, et dans l'ensemble de l'Arc Alpin, ont été façonnés par l'homme ; la durabilité des sites ne saurait être conçue sans envisager le rapport de ces sites avec leurs habitants.

Des appréciations diverses pourront être portées sur les " traces " laissées par l'homme dans ou sur le paysage ; il n'empêche qu'elles sont désormais consubstantielles au site : durabilité et modernité ne doivent pas être antagonistes. Si le tourisme est une ouverture à des lieux significatifs, c'est aussi une ouverture aux populations : il convient donc de prendre en compte dans l'élaboration et dans la gestion des produits touristiques les populations locales (maintien, acceptabilité du phénomène touristique).

Ces nombreuses questions - et bien d'autre je pense - seront abordées au cours des deux prochains jours. Je m'en réjouis et souhaite plein succès à ces premiers " Sommets du Tourisme " et à ceux qui suivront.

Je vous remercie.

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