retour index premier sommet

Accueil

Retour liste Orateurs
Retour liste Interventions

 
Chamonix : une contribution à une problématique mondiale

Michel CHARLET - Maire de Chamonix Mont-Blanc, France

 

Imaginez-vous à Chamonix au milieu du XVIIIème siècle. En 1741, une caravane anglaise, emmenée par Windham et Pococke, part de Genève pour les glacières de Savoye.
Ils donnent un nom à la mer de glace et racontent, en français, leur voyage. En portant un regard sur Chamonix, ils le révèlent au monde lettré. Et inventent le tourisme de montagne. D'autres caravanes vont suivre dont celle de Martel. Puis vinrent Bourrit et Saussure aux visées plus scientifiques. Il fut le savant qui lança la conquête du mont Blanc. Un mont Blanc vaincu pour la première fois en 1786 par Paccard et Balmat, deux chamoniards. 

En 1816, à la fin des guerres napoléoniennes, il devient plus facile de circuler. A Chamonix, le tourisme se développe. C'est l'ouverture de l'hôtel de l'Union, un des premiers grands hôtels du continent.

Chamonix, petite ville Sarde s'organise pour recevoir ses hôtes de marque européens. En 1860, lorsque la Savoie revient à la France, Napoléon III visite la nouvelle province et la dote d'infrastructures modernes.

À Chamonix, on construit une véritable route d'accès. En même temps s'ouvre l'ère des grandes ascensions et de l'alpinisme en général. Anglais, Français et Suisses entrent en compétition dans l'escalade des cimes. Des ascensions fameuses sont faites par des membres de l'Alpine club. Edward Whymper se lance à l'assaut des Aiguilles de Chamonix.

Vers 1905 est créée la patinoire "sans rivale avec ses 22 000 mètres carrés" sur laquelle repose l'activité de Chamonix en hiver. On y pratique, entre autres sports, le patin, et les matchs de Hockey font affluer au stade plus de 3000 personnes. La première grande saison s'ouvre en 1906-1907, en partie grâce à l'initiative du CAF, qui organise des concours locaux de sports d'hiver. 1924, année des olympiades marque un succès pour la station. 

Les sports d'hiver deviennent alors vraiment populaires. Chamonix s'impose comme "la station la plus forte et la plus ancienne". En 1930, Chamonix compte 50 hôtels dont 2 palaces, 3 000 lits et plus de 50 000 visiteurs en été. 

Parallèlement au développement de la ville, la montagne est aménagée : chemins et sentiers, auberges et refuges. Construction à partir de 1892 du train à crémaillère du Montenvers. 

Les hôteliers développent une démarche commerciale et remplacent progressivement au Conseil Municipal, les agriculteurs et les guides qui contestent l'équipement mécanique de la montagne, déséquilibrant à leurs yeux la structure sociale et économique de cette vallée. Avec l'ouverture des téléphériques des Glaciers en 1924 puis du Brévent en 1928, CHAMONIX confirme sa vocation de grande station européenne d'été et de sports d'hiver.

À partir de 1945, la concurrence ne tarde pas à s'installer avec une inévitable escalade des équipements qui obligent l'État à prendre des mesures conservatoires : classement du site du Mont-Blanc au-dessus de 2 000 mètres en 1951. 

Ces mesures de protection, très décriées à l'époque, sont avec le recul une vraie chance pour notre environnement naturel. Imaginez un aménagement urbain des balcons de la Vallée à 2 000 mètres d'altitude : Col de Balme, Col de Voza ou le suréquipement de sommets prestigieux. Les projets les plus fous auraient pu voir le jour.

Dans le domaine de la maîtrise du développement, l'histoire du percement du tunnel sous le Mont-Blanc est riche d'enseignements. Conçu pour favoriser les échanges touristiques internationaux entre la France et l'Italie, il s'est progressivement transformé en axe principal pour le transport des marchandises entre l'Europe du Sud et l'Europe du Nord avec une prévision du doublement du trafic pour 2015.
Un trafic qui représente en 1998, 800 000 camions. S'il est vrai que dès son ouverture, personne n'avait envisagé une telle progression du trafic, ce qui semblait un progrès pour CHAMONIX, est devenu aujourd'hui une préoccupation majeure.

Parallèlement, la montée en puissance des mouvements écologiques et la sensibilisation des populations locales à la protection de ses ressources naturelles ont conduit à la création de zones protégées et de réserves naturelles. 

Mais les lois et les règlements en la matière ont montré leurs limites avec leur système de zonage manquant parfois de pertinence dans la problématique actuelle. A titre d'exemple, les pollutions atmosphériques influencent les milieux naturels jusqu'à 4 000 mètres. Et la sur fréquentation de certains secteurs pose de réels problèmes de gestion des flux touristiques. La notion acceptée du développement durable doit aujourd'hui servir de fondement à toute décision et donner naissance à de nombreuses réflexions pour réussir une gestion intégrée des territoires.

L'Espace Mont-Blanc est une illustration concrète de cette volonté. En 1991, le projet de Parc International du Mont-Blanc souhaité par les gouvernements Français, Suisse et Italien à la demande des milieux associatifs a remis sur la sellette le problème de la protection du toit de l'Europe.
Déterminés à ne pas s'engager dans la voie d'une protection passive, les élus des régions concernées, Valais pour la SUISSE, Vallée d'Aoste pour l'Italie, Savoie, Haute-Savoie pour la France, proposèrent aux Ministres de L'Environnement, la mise en place d'une démarche novatrice et transfrontalière : l'Espace Mont-Blanc qui fera l'objet d'une intervention dans le cadre de ces premiers sommets du tourisme. Prônant une valorisation active de la montagne grâce à un équilibre entre protection et promotion, cette démarche a l'avantage d'associer les populations locales au devenir de leur territoire tout en recherchant, par le biais d'études scientifiques et juridiques, les moyens à mettre en œuvre pour une protection efficace du patrimoine tant naturel que culturel. 

De même, à un niveau plus local, nous travaillons à la mise en œuvre d'un projet station qui doit permettre à CHAMONIX de conserver son leadership en développant une politique qualitative confortant les aménagements existants et l'exigence de la demande touristique en cette veille du XXIe siècle. La stratégie retenue est fondée sur la richesse exceptionnelle de la ressource naturelle et donc sur la sauvegarde de son équilibre. 

La ville de Chamonix a la responsabilité de mettre en valeur le site du massif le plus élevé et le plus emblématique des Alpes, si bien que toutes les questions liées à l'exploitation et à la protection de l'espace mont Blanc suscitent un écho international considérable. Aussi, Chamonix souhaite réfléchir à la réalisation du concept de développement touristique durable avec ses voisins italien et suisse et au- delà, avec tous les milieux concernés. 

Je connais, Madame la Ministre, l'intérêt que vous portez à la concertation et à l'échange d'expériences. Ces premiers Sommets du Tourisme vont tout à fait dans cette direction et souhaitent devenir un lieu permanent pour rapprocher les peuples, aider à un développement maîtrisé. Depuis hier, les représentants des pays francophones sont à Chamonix. Ils ont fait le même constat. Dans ce contexte, il nous serait très agréable d'accueillir la première rencontre des Ministres du Tourisme de la Francophonie que vous souhaitez mettre en place.

Chamonix, un des lieux où le tourisme a été inventé, a, nous semble-t-il, la légitimité pour organiser des rencontres au niveau mondial afin d'imaginer avec tous les acteurs impliqués : décideurs politiques, acteurs économiques, universitaires, responsables d'associations, le tourisme de demain.

Je vous remercie tous de votre présence.

Je souhaite remercier tout particulièrement les partenaires qui soutiennent et s'impliquent dans cette manifestation, les Ministères du Tourisme, de l'Environnement et des Affaires Étrangères, la Région Rhône-Alpes, le Conseil Général de la Haute-Savoie, l'Office de Tourisme de Genève, l'Aéroport International de Genève, Swissair ainsi que le groupe Accor.

Remerciements enfin à l'Observatoire Mont-Blanc Léman, et au comité scientifique dirigé par Peter Keller qui a organisé ces travaux. Je vous souhaite de fructueux échanges.

haut de page