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Les pistes de ski en tant que zones industrielles des stations de montagne.
Une gestion écologique est-elle possible : le point de vue de l'écologue.

Alain BEDECARRATS - Cemagref Division EPM, St Martin d'Hères, France

 

La piste de ski est une infrastructure essentielle pour la valorisation économique hivernale des domaines skiables car c'est la voie par laquelle s'écoule le flux des skieurs. Son emprise est assise sur le relief naturel qui est remodelé en certains endroits pour que les conditions de la pratique du ski soient confortables et sûres.
Or ces travaux de remodelage portent atteinte à l'environnement : ils détruisent les communautés vivantes et les sols en place, ils peuvent être à l'origine de processus érosifs et ils sont un facteur de dépréciation esthétique des paysages d'altitude.

Depuis plus de vingt ans en France, les gestionnaires des stations essayent de concilier la logique industrielle avec la réhabilitation de l'environnement. C'est ainsi qu'à l'heure actuelle les techniques de génie écologique sont systématiquement utilisées pour prévenir l'érosion des sols et pour implanter une végétation herbacée sur les sites dénudés.

Cependant, ces travaux ne sont pas encore intégrés dans une vision structurée et pertinente car les objectifs écologiques recherchés ne sont pas explicités.

Pour l'écologue il faut viser la reconstitution aussi complète que possible des écosystèmes détruits par les terrassements dans la mesure où cela reste compatible avec la pratique du ski : (il ne s'agit pas par exemple de favoriser la réimplantation d'un écosystème forestier sur l'emprise d'une piste).

Pour ce faire, il faut connaître et gérer les modifications spontanées qui affectent naturellement les écosystèmes. Bien que les connaissances requises pour la restauration écologique relèvent du domaine de l'écologie (elles demandent un certain niveau de technicité), la démarche repose sur un modèle général accessible au non spécialiste.

Les principes généraux de la restauration écologique des pistes de ski.

 

De façon générale, restaurer un écosystème perturbé consiste à rétablir la biodiversité et les fonctions qui préexistaient avant la perturbation.
Dans le cas des pistes de ski, la perturbation (ou dégradation) due aux terrassements est irréversible en l'état, c'est à dire que l'écosystème préexistant ne peut pas spontanément se rétablir.
Or l'engazonnement, c'est à dire l'implantation artificielle de communautés végétales très simples, permet que des processus spontanés de la restauration se déclenchent.
Les biocénoses végétales et animales des abords réinvestissent le milieu et petit à petit et les relations entre les organismes se complexifient.
Ce modèle général a été testé sur la station de La Plagne dans le cadre d'un programme de recherche " Recréer la Nature " du ministère de l'environnement. On a évalué que dans de bonnes conditions de sol et de climat (au dessous de 2300 m) il faut environ 30 ans pour retrouver un bon niveau de biodiversité. Des travaux qui concernent la reconstitution des sols sont en cours.
Ainsi donc, le reverdissement est la première étape d'un processus long qui mène à la restauration d'un écosystème autochtone. Il reste à mettre au point les techniques d'évaluation et de conduite de ces dynamiques en coopération avec les gestionnaires de ces pistes de telle sorte qu'un véritable génie de la restauration voit le jour.

Les outils d'aide à la gestion durable des domaines skiables

On vient de voir qu'on peut concilier sur la piste de ski une logique industrielle avec une logique écologique. L'extension de cette idée au domaine skiable conduit à une réflexion plus générale sur la gestion durable de ces espaces. L'approche méthodologique de la gestion durable est complexe dans la mesure où le décisionnaire (station, commune) doit prendre en compte la multiplicité des pratiques des usagers (industrielle, pastorale, touristique etc…), des contraintes (environnementales, légales etc..), des connaissances sur les milieux et leurs évolutions pour faire des choix compatibles avec un développement équilibré de l'espace concerné.

Dans cet objectif, le programme de recherche européen CARTESIAN qui est en cours vise à construire un prototype de système d'aide à la gestion du domaine des Arcs pour la partie française. Ce système s'appuie sur un système d'information géographique. Il présente la particularité d'utiliser l'imagerie aérienne et satellitaire à haut niveau de définition (satellite IKONOS) pour réaliser les évaluations et les suivis environnementaux sur le site.

Les perspectives

La notion de développement durable qui est apparue très récemment à la suite notamment du sommet de Rio en 19992 suscite une véritable révolution copernicienne qui suscite de nouveaux comportements dans toutes les activités des sociétés.

Les stations de ski, parce qu'elles ont à voir à la fois avec des problèmes d'urbanisme, de transport, de gestion d'infrastructures industrielle et avec des problèmes de gestion de milieux naturels plus ou moins fortement anthropisés sont confrontés à plusieurs titres avec cette notion de durabilité. Les hommes qui gèrent les stations ont commencé à négocier le virage. L'exposé de Jean Louis Tuaillon est tout à fait caractéristique de ce nouvel état d'esprit.

Bien que nous ayons réfléchi de notre côté à nos objets d'étude (dynamiques des écosystèmes et des ensembles d'écosystèmes en relation avec le développement durable), il reste qu'un énorme travail d'acquisition de connaissances et de mise au point de méthodologies reste à faire avant que nous soyons en mesure de répondre totalement aux attentes de nos partenaires.

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