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Tourisme et environnement : l'expérience des pays de l'OCDE

Christian AVEROUS - Chef de Division, Service de l'Environnement, OCDE, Paris, France

 

L'OCDE, Organisation économique, porte une attention particulière à la mondialisation des échanges et au développement durable, qui sont des préoccupations complémentaires des gouvernements de ses pays membres. De longue date, des travaux ont été menés sur la pratique du développement durable et en particulier l'intégration des préoccupations environnementales dans des secteurs économiques tels que l'énergie, les transports, l'agriculture, le tourisme* ou dans des politiques publiques concernant la fiscalité, les échanges, l'aide publique au développement.

*Recommandation du Conseil de l'OCDE sur l"Environnement et le Tourisme" du 8 mai 1979.

C'est dans cette même logique que nous examinons ici le secteur du tourisme :

  • son poids économique,
  • ses effets sur l'environnement et,
  • l'intégration des préoccupations environnementales dans le secteur.

1. Le poids économique du tourisme

Ce secteur, dans sa seule dimension internationale, représente entre 10 et 20% des exportations de biens et services pour 9 pays de l'ODE (Australie, Nouvelle Zélande, Autriche, Grèce, Hongrie, Pologne, Portugal, Espagne, Turquie) et entre 5 et 10% pour 9 autres pays (dont les États-Unis, la France, l'Italie et le Royaume-Uni au sein du G7) (Tableau 1 et Figure 1).

Ce même secteur représentait, toujours pour sa seule composante internationale, entre 3 et 6% du PIB pour la Nouvelle Zélande; la République Tchèque, la Hongrie et la Pologne; l'Autriche, la Grèce, l'Irlande, le Portugal, l'Espagne, la Suisse et la Turquie. Si l'on ajoute le tourisme concernant les résidents dans leur propre pays, le poids économique du secteur est encore plus important (Tableau 1 et Figure 1).

Au plan mondial, en nombre d'arrivées internationales de touristes, on compte 9 pays de l'OCDE dans les 10 premières destinations. De même, 9 pays de l'OCDE figurent dans les 10 premiers des classements en termes de dépenses touristiques et aussi de revenus touristiques internationaux. La Chine se classe également dans les dix premiers pays pour ces trois critères.

Concernant les tendances, le tourisme et les déplacements (nationaux et internationaux) sont caractérisés par une forte croissance. Sur la période 1999-2010, cette croissance pourrait être de 3% par an en valeur, et en moyenne mondiale. Elle serait plus forte dans les pays en développement, et de l'ordre de 2.5% dans les pays de l'OCDE.

Parmi les autres caractéristiques du secteur dans les pays de l'OCDE, on peut citer la concentration du tourisme dans l'espace et dans le temps, la tendance à la diminution de la durée moyenne des séjours et l'induction d'une forte demande de déplacements.

Tableau 1. Revenus du tourisme international

% des exportations de biens et services

% du PIB

-

1995

1996

1997

1998 (a)

CANADA

3.6

3.7

3.6

3.7

ETATS-UNIS

7.5

7.4

7.2

7.2

MEXIQUE

7.1

6.5

6.2

6.0

AUSTRALIE

10.1

10.3

10.3

11.0

COREE

3.7

3.5

3.1

3.5

JAPON

0.7

0.9

1.0

1.0

NOUVELLE-ZELANDE (b)

12.9

13.9

14.9

14.9

ALLEMAGNE

2.8

2.7

2.6

2.4

AUTRICHE

16.3

14.8

14.1

12.3

BELGIQUE (c)

2.8

2.8

2.9

2.5

DANEMARK

5.8

5.3

5.2

5.0

ESPAGNE

18.9

17.5

16.5

16.8

FINLANDE

3.4

3.5

3.5

3.3

FRANCE

7.6

7.6

7.6

7.5

GRECE

22.2

18.9

20.0

21.0

HONGRIE

10.5

12.9

12.2

10.4

IRLANDE

4.5

4.7

4.5

3.9

ISLANDE

6.7

5.8

5.5

6.2

ITALIE

10.1

9.6

10.0

9.7

LUXEMBOURG (c)

-

-

-

-

NORVEGE

4.2

3.7

3.4

3.9

PAYS-BAS

3.1

2.9

3.2

2.7

POLOGNE

21.4

25.1

25.3

20.4

PORTUGAL

13.6

12.8

13.2

13.3

REPUBLIQUE TCHEQUE

10.1

12.6

11.5

9.2

ROYAUME-UNI

6.0

5.8

5.7

5.9

SUEDE

3.7

3.6

3.8

4.1

SUISSE

8.8

8.2

7.7

7.5

TURQUIE

14.7

15.6

15.7

17.5

-

-

-

-

-

OCDE Europe

6.9

6.8

6.8

6.6

OCDE

6.2

6.2

6.1

6.1

1995

1996

1997

1998 (a)

1.4

1.4

1.4

1.5

0.8

0.8

0.9

0.8

2.1

2.1

1.9

1.9

1.9

2.0

2.1

2.2

1.1

1.0

1.1

1.8

0.1

0.1

0.1

0.1

3.9

4.1

4.2

4.2

0.7

0.7

0.7

0.7

6.3

6.1

5.9

5.4

1.9

1.9

2.2

1.9

2.1

1.9

1.9

1.7

4.5

4.4

4.7

5.0

1.3

1.3

1.4

1.3

1.8

1.8

2.0

2.1

3.5

3.0

3.1

3.3

3.9

5.0

5.7

5.4

3.5

3.7

3.8

3.4

2.4

2.1

2.0

2.2

2.5

2.3

2.5

2.5

100

-

-

-

1.6

1.5

1.4

1.5

1.6

1.5

1.8

1.5

5.5

6.2

6.4

5.4

4.2

4.0

4.2

4.4

5.7

6.7

6.6

5.9

1.7

1.7

1.6

1.6

1.5

1.5

1.7

1.8

3.1

3.0

3.1

3.0

2.9

3.3

3.7

4.3

-

-

-

-

2.0

2.0

2.2

2.1

1.2

1.2

1.3

1.3

a Données préliminaires. b 1998 : Données 1997. c Belgique : UEBL. Source : OMT, OCDE.

2. Les effets du tourisme sur l'environnement

Les activités touristiques génèrent un ensemble d'effets positifs et négatifs sur l'environnement. Il s'agit de maximiser les uns et de minimiser les autres pour assurer un développement durable du tourisme qui dépend directement de la qualité de l'environnement pour son développement.

Effets positifs

Le tourisme a d'importants effets positifs sur l'environnement et sur le développement durable local grâce aux synergies associées aux activités traditionnelles (agriculture, pêche, artisanat) dans les zones rurales et à celles associées au développement urbain (aménités urbaines, patrimoine architectural et culturel, grands événements).

Le tourisme induit aussi la protection et la valorisation du patrimoine naturel et culturel. Par exemple, Athènes mène une politique active de restauration des monuments culturels importants qu'elle relie par des zones piétonnières et des espaces verts. Les Jeux Olympiques de 2004 incitent également les autorités à y améliorer les aménagements urbains et la qualité de l'environnement.

Enfin, la recherche d'une image environnementale positive des destinations touristiques (par exemple par la qualité des eaux de baignade, la qualité du milieu naturel) conduit à un effort particulier de protection de l'environnement (réduction des pollutions et nuisances, meilleure gestion de la nature et des ressources naturelles).

Pressions sur l'environnement

Le tourisme modifie les schémas d'utilisation des sols et transforme le paysage. Son développement a accentué la concentration des populations dans les zones touristiques, par exemple côtières et insulaires. Cette concentration a pu contribuer, à son tour, à un développement anarchique à proximité des zones touristiques. 

Les fragiles écosystèmes côtiers ou de montagne sont souvent perturbés ou détruits lors de la construction des infrastructures touristiques. Les constructions parfois illégales, s'étendent jusque dans la zone littorale, tout aussi fragile. Le compactage provoqué par l'utilisation de véhicules à moteur de loisirs peut détruire les habitats.

Les activités touristiques génèrent des quantités de déchets solides pendant les périodes touristiques. Les décharges et les incinérateurs sont alors souvent insuffisants, et les services d'élimination des déchets ne sont pas assez développés. Les déchets solides peuvent s'accumuler dans des décharges sauvages à proximité des zones touristiques, affectant paysages et écosystèmes.

Les écoulements de surface résultant des activités touristiques terrestres (engrais des terrains de golf, résidus huileux routiers, par exemple) aggravent l'eutrophisation et la pollution des eaux. Les eaux usées des hôtels et d'autres établissements touristiques génèrent une lourde demande en infrastructure d'assainissement et d'épuration; lorsque leurs capacités sont insuffisantes, les eaux usées sont rejetées sans traitement, ce qui dégrade la qualité des eaux. Les rejets solides et liquides des navires de croisière et des yachts contribuent aussi à dégrader la qualité des eaux côtières. Les grandes destinations touristiques (par exemple, région d'Antalya en Turquie, Crête en Grèce, région de Cancun au Mexique, région de Cairns en Australie) avaient un retard dans la construction des infrastructures sanitaires nécessaires aux établissements touristiques. Ce retard a, en grande partie, été comblé dans les années 90, grâce à la construction de stations d'épuration et de décharges contrôlées.

La forte demande en eau du secteur du tourisme conduit parfois à un pompage excessif des eaux souterraines et, dans les îles ou zones littorales, à des intrusions salines dans les nappes d'eau souterraines. La consommation d'eau pour les activités touristiques, qui est en moyenne de 450 litres par jour et par touriste dans les grands hôtels, est très largement supérieure à la consommation moyenne des habitants locaux, et exerce une pression sur les ressources en eau.

La popularité des terrains de golf et des piscines est l'un des principaux facteurs de la forte intensité de consommation d'eau du secteur du tourisme.

Les demandes en énergie du secteur sont aussi importantes. Elles sont directes pour les établissements touristiques et indirectes pour les transports générés par l'activité touristique. Les avions, les motocyclettes et les voitures de location, ainsi que les navires de croisière et les autocars sont des sources de bruit et de polluants atmosphériques. Ainsi, en Autriche, l'utilisation de bateaux à moteur a pu être interdite sur certaines lacs. Les autocars de tourisme peuvent contribuer à la congestion du trafic, notamment à proximité des grands monuments et des principaux sites touristiques.

3. Intégration des préoccupations environnementales dans le secteur du tourisme

Intégration institutionnelle

Cette intégration peut se faire dans le cadre de stratégies de développement durable du secteur du tourisme lui-même, ou de stratégies plus globales incluant une dimension relative au tourisme. De telles stratégies nationales sont de plus en plus nombreuses insistant souvent sur un tourisme plus soucieux de :

  • la meilleure utilisation des capacités des infrastructures touristiques existantes, notamment par une extension de la demande dans le temps et dans l'espace ;
  • l'amélioration de la qualité des services touristiques et de la performance environnementale du secteur ;
  • une meilleure diversification des produits touristiques (éco- tourisme, tourisme de conférence, tourisme culturel, tourisme rural, tourisme thermal).

Au niveau local, de telles stratégies sont associées à des Agenda 21 locaux qui insistent sur un développement soucieux du moyen-long terme, des actions partenariales (autorités nationales et locales, industriels du secteur, associations locales) visant des objectifs explicites et des mécanismes d'information du public (indicateurs, surveillance de la qualité).

La traduction de telles stratégies en programmes d'investissement et en termes budgétaires devrait se développer. Les études d'impact sur l'environnement associées aux investissements concernant les grands projets touristiques, les infrastructures touristiques elles-mêmes et les infrastructures associées (assainissement, transport) jouent un rôle de plus en plus important.

La bonne mise en œuvre des procédures de permis de construire, des normes de construction pose parfois problème; celle des normes de qualité (eaux côtières, plages) parfois aussi. La protection des espaces naturels n'est pas toujours rigoureuse ; même si elle progresse, l'urbanisation progresse parfois encore plus vite : ainsi par exemple, en France, l'objectif du "tiers sauvage" pour le littoral reste un objectif ambitieux. La planification des sols n'est pas toujours traduite dans la réalité, par exemple quand le droit foncier n'est pas accompagné de droits de propriété clairs (comme en Grèce, en Islande, au Mexique).

Intégration par le marché

On trouve dans le secteur du tourisme un certain nombre de distorsions économiques ayant des effets environnementaux. On peut ainsi s'interroger sur les effets que les différences de fiscalité peuvent générer :

  • l'absence de fiscalité sur le kérosène apparaît à certains comme une exception majeure dans la fiscalité des carburants ;
  • les différences de taxation des carburants automobiles aux frontières, peut conduire à un "tourisme de l'essence".
  • la détaxe de produits dans les transports internationaux (avions, ferries) ou dans certains pays génère des effets sur l'environnement associés aux mouvements de ces consommateurs touristes.

Plus généralement, la qualité de l'environnement est un des fondements du tourisme, et souvent sans ou avec une faible contribution des utilisateurs aux coûts d'entretien, de fonctionnement et, à fortiori, d'investissement. Par exemple, les droits d'entrée dans les parcs naturels ne permettent pas de couvrir les dépenses de fonctionnement; le maintien de la présence humaine dans des terres éloignées ou marginales reste pour l'essentiel dû à des mesures de soutien agricole et agri/environnementales ; les prix de l'électricité dans les îles grecques bénéficient de subventions croisées de la part des consommateurs d'électricité du continent. Par ailleurs, les infrastructures touristiques peuvent bénéficier d'aides gouvernementales bien que génératrices d'externalités négatives. Ceci conduit à s'interroger sur l'application du principe pollueur-payeur (PPP) et du principe de l'utilisateur-payeur (PUP) dans le tourisme. Des expériences novatrices sont menées, par exemple en Irlande où les touristes venus pour la pêche en lac et rivière peuvent contribuer par une redevance aux efforts de protection de la ressource. Plus généralement, une meilleure application du PPP et du PUP peut contribuer à éviter une "concurrence dans les subventions".

Le secteur du tourisme est pour une très large part fondé sur des entreprises privées, de petites et moyennes tailles, fortement génératrices d'emplois. Le rôle du secteur public y est important: régulateur du secteur, investisseur en infrastructures publiques, générateur d'information et aussi souvent distributeur d'aides financières à la rénovation ou au développement d'infrastructures touristiques privées. L'industrie privée du secteur peut jouer un rôle actif dans la protection de l'environnement, en diffusant des codes de bonne pratiques dans la profession, encourageant la diffusion d'informations environnementales, la sensibilisation des personnels aux questions environnementales, en assurant la promotion d'éco-audits et d'engagements volontaires, en s'impliquant dans la mise au point de stratégies de développement durable du secteur.

4. Conclusions

C'est dans cet esprit que l'on peut souscrire aux quatre orientations proposées par les organisateurs de ce sommet (sur leur site internet) :

  • protection des régions restées proches de leur état naturel ;
  • remise en forme écologique des centres touristiques existants (ruraux ou urbains) ;
  • production de services écologiquement de qualité par les prestataires de services touristiques (y compris les PME) ;
  • meilleure gestion des transports et déplacements liés au tourisme, en y associant les préoccupations :
  • économiques concernant l'interface tourisme/environnement ;
  • sociales concernant notamment la santé et l'emploi ;
  • d'information concernant information environnementale, accès à l'information environnementale et participation aux processus de décision

 

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