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Le développement touristique en Afrique : obstacles et perspectives Franklin ADEJUWON - Ministre de l'agriculture et des parcs nationaux, Lagos, Nigéria
PREAMBULE:
L'Afrique est un vaste continent à cheval sur l'équateur, qui s'étend sur près de cinq milles kilomètres entre le sud du Tropique du Cancer et le sud du Tropique du Capricorne. Elle possède un certain nombre de possibilités d'un point de vue touristique, la plupart encore inexploitées.
Ce continent se caractérise par ses rapides bouleversements sociaux et politiques advenus depuis la moitié du XXème siècle jusqu'à nos jours. Dotée d'un fort potentiel et de nombreux contrastes entre les différents types de sols, climats, cultures, peuples et langues, l'Afrique a été identifiée comme étant le berceau de l'espèce humaine. Malgré cette réalité première, elle demeure un continent "noir" pour le monde occidental jusqu'au XXème siècle.
L'Afrique s'est vue imposer des gouvernements coloniaux entre le XVIIème et XXème siècle lorsque Belges, Portugais, Hollandais, Allemands et Britanniques se la partagèrent. La seconde moitié du XXème siècle a pu témoigner de son émancipation lorsque la quasi- totalité des nations africaines se sont affranchies de l'autorité coloniale, commençant par la Libye en 1956, le Ghana en 1957, puis le Niger en 1960 et plus tard l'Afrique du Sud.
Cet article examinera le développement touristique en Afrique, avec ses obstacles et ses perspectives, et passera en revue les nombreux handicaps qui freinent le tourisme sur ce continent malgré son fort potentiel, ainsi que l'avenir probable de ce secteur d'activité.
UN COMBAT POUR ETRE RECONNUE
Winston Churchill a dit "Les grandes batailles de l'histoire ont été gagnées par des êtres dotés d'une volonté supérieure, victoires arrachées de justesse, alors que tout était contre eux", ce qui, traduit littéralement, est l'essence de la réalisation d'un but grâce à des efforts concertés, malgré des obstacles momentanés.
La lutte menée par de nombreux pays africains pour se faire reconnaître sur le marché du tourisme mondial remonte au début des années soixante, et fut engendrée par les efforts du Syndicat international des agents du tourisme (International Union of Travel Officials, ou I.U. T.D.), désormais connu sous le nom d'Organisation Mondiale du Tourisme.
Bon nombre de gouvernements africains, en particulier ceux s'étant affranchis d'une autorité coloniale, ont entamé différentes campagnes pour le développement touristique. Certains de ces pays, comme ceux d'Afrique de l'Est, ont eu la chance d' hériter d'infrastructures touristiques de base, laissées par les colons. Toutefois, pour ces pays, le tourisme était plus ou moins une affaire passive, dans le sens où les importantes infrastructures touristiques, le matériel technique de base, la gestion et donc le flux des touristes étaient contrôlés par des étrangers, dont l'objectif était l'accroissement du nombre de touristes.
Cette tendance a automatiquement empêché les africains de prendre part activement aux activités touristiques, leur permettant uniquement l'accès en tant que main-d'uvre.
En d'autres termes, les africains n'étaient pas prêts à être acteurs dans un secteur touristique qui ne générait pas suffisamment de profits.
D'autres pays moins privilégiés quant à l'héritage colonial d'une certaine forme de développement touristique, en particulier le long de la côte de l'Afrique de l'Ouest, n'ont su comment s'y prendre, d'où une absence totale, pour ces pays, d'une politique orientée vers le tourisme. De manière générale, bon nombre de ces pays n'ont pas vu le potentiel qu'offrait le tourisme dans leur développement économique, ainsi que dans le développement physique de leur nation. Leur priorité était plus axée sur le choix de plans de développement national et de stratégies possibles dans la limite de leurs ressources financières.
Jusqu'au début des années 80, le développement touristique dans la plupart des pays africains demeura passif, les principales nations africaines tournées vers le tourisme, jusqu'en 1979, étant le Kenya, la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, l'Algérie et le Togo. Ces dernières sont à l'origine de la part africaine dans le nombre total de recettes liées au tourisme, représentant 2,7 millions de dollars US pour 1970 et 1,4 milliard pour 1979. D'autres pays tels que la Côte d'Ivoire, le Lesotho, Madagascar, la Mauritanie, le Rwanda, les Seychelles, le Sierra Leone, la République du Cameroun (maintenant Nord et Sud Cameroun) entamèrent leurs campagnes touristiques respectives grâce aux tour- opérateurs et compagnies aériennes étrangères. Le Nigeria ne fut pas laissé en reste dans les campagnes initiales, qui débutèrent après la guerre civile. Ce dernier tenta de pénétrer le marché mondial du tourisme via la promotion d'un tourisme culturel et, en particulier, celle du festival d'Art Nègre de 1977.
PROGRES EN PERSPECTIVE
De récents rapports de l'Organisation Mondiale du Tourisme, concernant la croissance du tourisme mondial, mettent en relief une certaine progression en Afrique, dont la part s'élevait à 4 % des arrivées et à 2,2 % des recettes du tourisme mondial en 1988. Bien que ces chiffres soient insuffisants pour être compétitifs sur le marché du tourisme mondial, ils sont les indicateurs d'un effort et d'une prise de conscience grandissants de la part des pays africains. Les nations phares sont les destinations touristiques habituelles comme la Tunisie, le Maroc, l'Afrique du Sud, le Zimbabwe et la Zambie.
OBSTACLES A LA CROISSANCE TOURISTIQUE
Selon David Airy et Richard Butler, "le moteur principal du développement touristique à l'échelle régionale réside dans l'identification d'un besoin de développement économique régional associée à la reconnaissance du tourisme comme une aide au développement régional". L'Afrique requiert non seulement un secteur touristique dynamique, mais aussi que ce dernier soit prêt à rivaliser avec d'autres secteurs vitaux tels que l'éducation, l'agriculture, la santé, ainsi qu'avec des infrastructures de base comme le réseau routier, l'acheminement de l'eau et de l'électricité.
L'économie africaine a été jusqu'à présent considérée comme une économie dépendante par excellence, dans le sens où elle repose entièrement, à l'exception de celle de l'Afrique du Sud, sur l'import 1 export de tous les produits du monde industrialisé et sur la technologie étrangère. Dans la sphère politique, l'Afrique n'a pu définir ses propres objectifs, pratiques et principes politiques. Par conséquent, la première question qui vient à l'esprit est de savoir comment développer le tourisme en Afrique pour qu'il rivalise avec d'autres secteurs majeurs de l'économie, mais aussi avec les destinations habituelles d'Europe et d'Amérique au cours des prochaines années.
Il existe, en effet, des facteurs plus fondamentaux qui constituent des obstacles à la croissance touristique en Afrique. Il faut tout d'abord citer l'industrie du tourisme qui, pour l'Africain moyen, comme nous l'avons précédemment indiqué, n'est accessible qu'aux étrangers. Contrairement à l'Europe ou à l'Amérique, où le flux de touristes est basé sur la réciprocité entre pays "donneurs" et "receveurs" et où les mouvements des touristes entre les régions ou états, ainsi qu'au sein même des régions, s'équilibrent, ce processus fait défaut en Afrique. Par conséquent, alors que le développement touristique dans les pays développés tend à tirer le meilleur parti de ce secteur, en Afrique, "la tendance générale s'est davantage orientée vers un tourisme dont les participants sont non-africains, avec tout ce que cette dépendance étrangère implique, au lieu de promouvoir une industrie touristique africaine autonome" (Prof. A. Adedeji. Banjul 1978).
Il s'agit là d'un problème fondamental qui nécessite l'adoption d'une politique intergouvernementale. Par ailleurs, on admet que le revenu per capita moyen est révélateur du niveau de vie d'une population donnée ; dans les régions où ce revenu est inférieur à la moyenne, encourager le tourisme s'avèrera totalement inutile.
Il est évident que la sécurité est une des clés pour la réussite des campagnes orientées vers le tourisme, mais ne peut être valide qu'en temps de paix et de stabilité politique. L'Organisation Mondiale du Tourisme a reconnu que le tourisme s'était rapidement développé en Afrique au cours de ces dernières années; cependant, cette tendance ne concerne que les pays politiquement et socialement stables. Aujourd'hui, de nombreux pays d'Afrique sont la scène de conflits politiques et d'un malaise social comme le Sierra Leone, le Libéria, la République du Niger et d'autres ne reposent que sur une paix fragile. La contrepartie de ces positions aboutit à un découragement des investissements étrangers et à un ralentissement du flux des touristes étrangers. Tant que ces pays ne se seront pas libérés des entraves d'une politique instable, qu'ils ne seront pas gouvernés démocratiquement, qu'ils n'afficheront pas une nouvelle image et qu'ils n'auront pas établi une économie saine, le développement touristique restera plus de l'ordre du rêve que de la réalité.
Un autre obstacle réside dans l'absence de Liaisons Internes. Aujourd'hui encore, l'Afrique est le continent le plus arriéré en matière de réseaux routier, aérien, ferroviaire et maritime. Par rapport aux infrastructures et aux systèmes de transport des autres continents, l'Afrique possède un réseau de liaisons internes quasi inexistant. Par exemple, pour se rendre au Nigeria depuis l'Afrique du Nord, il faut transiter par l'Europe. Le réseau routier africain est très limité, sans parler du transport ferroviaire quasi inexistant, tandis que les déplacements par voie maritime relèvent de l'aberration.
Handicapé par un système de liaisons régionales en mauvais état, qui aurait pu être la clé d'un tourisme de masse, le développement touristique local s'avère, à l'heure actuelle, difficile, voire impossible.
L'accessibilité pourrait être améliorée par une meilleure collaboration politique interne. L'Afrique et en particulier l'Afrique de l'Ouest a été, au cours de ces dernières années, le théâtre de nombreux conflits pour la possession de territoires, qui, d'une certaine manière, ont limité les déplacements des voyageurs, tout comme les conflits internes qui, dans de nombreux pays, ont été à l'origine de guerres et de violation des droits de l'homme. La guerre est l'ennemie déclarée du tourisme et pourrait être suffisamment nuisible pour créer des effets négatifs à long terme sur le développement touristique.
De nombreuses nations africaines supportent, depuis un certain temps, des tensions politiques, toutefois, la récente tendance à la démocratisation dans le corps politique du continent a ouvert la porte à une nouvelle ère de coexistence. Le maintien d'un tel processus sur le continent pourrait mener à la compréhension internationale désirée et à des relations économiques efficaces, capables de promouvoir le développement touristique du continent et, en particulier, le tourisme local.
De manière générale, certains courants de pensée avancent que la découverte de nouvelles destinations africaines au potentiel unique et inexploité sera le moteur du tourisme au cours du prochain millénaire; cette opinion restera, cependant, inapproprié pour quelques temps encore. L'Afrique pourrait demeurer sur le devant de la scène et les efforts orientés vers la durabilité, associés aux progrès technologiques, à une attitude visant à la promotion du tourisme et, donc, à l'obtention de campagnes touristiques de qualité pour les destinations habituelles du moment, pourraient également renforcer la tendance actuelle plutôt que de l'inhiber. Il est important de souligner qu'aujourd'hui, malgré son potentiel, l'Afrique n'est pas armée pour satisfaire "toutes les demandes de services et les attentes légitimes du client telles que la sécurité, l'hygiène, l'accessibilité et l'harmonie entre l'homme et l'environnement naturel".
TOURISME ET ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE
L'Afrique est le deuxième continent mondial par sa taille, avec une superficie de 30 300 000 km2. L'Afrique, qui s'étend sur trois fois et demi la surface des États-Unis d'Amérique, est caractérisée par ses zones de végétation, à savoir: forêts tempérées, forêt tropicale, forêt équatoriale, prairie, savane et déserts chauds. Le désert du Sahara dans le Nord et les déserts du Namib et du Kalahari dans le Sud sont les plus importants et couvrent à eux seuls deux cinquièmes de l'Afrique. Le long de l'Afrique occidentale et de l'Ouest de l'Afrique Centrale, où les pluies sont prédominantes, court la forêt la plus dense et la plus luxuriante du monde, au cur de laquelle les arbres poussent tellement rapprochés que leurs feuilles cachent la lumière du soleil.
L'Afrique détient ce caractère exceptionnel et une qualité inégalée en termes d'histoire, de richesse culturelle, de faune, de flore, de climat et de structures morphologiques.
Ses limites septentrionales, qui bordent la Méditerranée, offrent un climat et un littoral attrayants pour les touristes européens. Ainsi la plupart des pays nord-africains sont devenus des destinations touristiques potentielles pour les européens. En Égypte, les gigantesques pyramides, les temples des pharaons et les nombreux relevés de hiéroglyphes sont à l'origine de l'admiration et de la curiosité des touristes pour les attrayantes histoire et culture égyptiennes. Même si certains des pays d'Afrique du Nord sont déjà prisés, le nombre d'arrivées est très insuffisant et les touristes boudent ces destinations. L'instabilité politique et le terrorisme restent des menaces pour le tourisme, en particulier pour l'Égypte.
Une fois ces problèmes dissipés, la région nord-africaine pourrait bien devenir la destination de choix des vacanciers amateurs de plage et de monuments historiques.
Contrairement à l'Italie, généralement prisée pour ses vestiges historiques, l'Égypte est unique en son genre et pourrait, dans le nouveau millénaire, concurrencer les destinations actuellement en vogue en matière de monuments historiques.
L'Afrique de l'Ouest fut un haut lieu de l'esclavage, phénomène reconnu aujourd'hui comme évènement historique, que les Nations Unies, par l'intermédiaire de l'UNESCO, cherchent à développer et à promouvoir. Certaines des principales régions concernées par ce projet sont actuellement le Ghana et la Côte d'Ivoire. Ce caractère unique, ajouté à une culture très riche, des festivals et de bonnes conditions climatiques permettent de parler des pays de l'Afrique de l'Ouest comme des futures destinations d'un tourisme de masse, toutefois, en gardant à l'esprit que certaines conditions préalables sont nécessaires, telles l'installation d'infrastructures de base, la paix et un climat de sécurité dans le pays, et la stabilité politique.
Bien que la majeure partie de l'Afrique se situe entre les tropiques, plus d'un tiers du continent est constitué de plateaux au climat très agréable à l'exemple du Plateau de Jos au Nigeria, et des régions voisines de Dar-es-Salam et Mombassa en Afrique orientale où le relief s'élève à pic du niveau de la mer jusqu'au plateau avec une chute moyenne de température d'environ 1° C tous les 200 m.
Dans la partie orientale du continent se trouvent deux sommets importants, les plus élevés du continent : Le Kilimandjaro en Tanzanie (5 895 m au-dessus du niveau de la mer) et le mont Kenya (5 199 m). La neige et la glace recouvrent les pics de ces montagnes. D'autre part, le profond rift africain parcourt le plateau d'Afrique orientale. Cette immense vallée s'étend de la Syrie jusqu'au Mozambique, en passant par la Mer Rouge et l'Afrique orientale. Elle comprend de nombreux lacs, ce qui est très important pour le tourisme. Le plus remarquable d'entre eux est le lac Tanganyika, le plus long lac d'eau douce du monde.
Le plus grand lac d'Afrique est le lac Victoria, en bordure de la Tanzanie et du Kenya. Les plus gros fleuves d'Afrique sont le Nil, le Congo, le Niger et le Zambèze.
D'après ce qui précède, l'Afrique pourrait être classée "Continent vert" pour toutes ses beautés et ses cadeaux de la nature, qui en font une destination touristique différente et non-souillée, en particulier grâce à la complémentarité de sa faune et de sa flore.
Cependant, les problèmes d'environnement se développent rapidement en Afrique, non pas en raison de la croissance intensive et extensive du tourisme, mais tout simplement à cause des activités humaines, qui ont généré certains effets négatifs sur l'environnement. Certaines de ces activités sont liées à la destruction de la forêt tropicale humide en raison soit de l'agriculture, soit de l'abattage des arbres qui sont exportés en Europe ou envoyés dans des scieries pour d'autres utilisations. D'autres activités humaines sont liées à la croissance rapide de l'urbanisation, de l'industrialisation, de la construction de routes ou d'autres développements d'infrastructures. On peut cependant soutenir que dans la plupart de ces activités, l'utilisation inadaptée des technologies s'est faite au détriment de l'environnement, dans la mesure où de larges portions de la forêt tropicale humide ont tellement été exploitées que, dans de nombreuses régions d'Afrique, en particulier en Afrique occidentale, seules des zones très limitées subsistent.
Cette déforestation provoque de graves dégradations de l'environnement dues aux nombreux types d'érosion tels que l'érosion liée au ruissellement favorisé par la configuration des surfaces (relief / pente) ou le ravinement ; les réactions chimiques dues aux températures élevées et à une forte humidité; la diminution de la couche d'ozone qui a engendré des changements climatiques ces dernières années et la pollution générale de l'air qui a généré de nombreuses maladies.
D'autres facteurs qui altèrent l'environnement de l'Afrique sont les effets des activités d'exploration pétrolière, le déversement de produits toxiques le long de côtes africaines, une forte pollution des plages en particulier dans les zones urbanisées, les décharges publiques, l'absence de système efficace pour les égouts et le drainage des eaux usées dans la plupart des zones urbaines et les habitudes générales déplorables des habitants.Les effets de l'exploration pétrolière ont été particulièrement dévastateurs au Nigeria. Bien que la découverte de pétrole au Nigeria ait été salutaire, elle a également été un désastre pour toutes les zones qui comportent des puits de pétrole. Les activités des compagnies pétrolières au sud et au sud-est du Nigeria, désormais connu sous le nom de delta du Niger ont été dévastatrices, l'environnement de cette région a été systématiquement détruit avec désinvolture. Les sols ont été très abîmés et sont désormais trop appauvris chimiquement pour être cultivés. Les eaux ont été polluées et sont inutilisables pour des activités de pêche, qui représentent le principal gagne-pain des gens de cette région. L'air et l'environnement dans son ensemble ont été empoisonnés par la combustion constante de gaz.
Seules quelques rares plages d'Afrique ont été adaptées à des fins touristiques: Mombassa au Kenya et la côte méditerranée en Afrique du Nord. La côte de l'Afrique occidentale est principalement sous- développée. En fait, la majeur partie des plages qui auraient pu être les plus belles plages de l'Atlantique sont très gravement polluées par les paquebots de grande ligne qui dégazent au large. De telles pratiques n'affectent pas uniquement la vie marine mais également l'état sanitaire des plages sur lesquelles finissent les huiles usagées des paquebots. Inutile de mentionner l'empiètement rapide de l'océan Atlantique sur ses rivages, en particulier à Lagos au Nigeria.
Le niveau des installations sanitaires de la plupart des villes d'Afrique, en particulier le long de la côte occidentale, nécessite une nette amélioration. Les décharges publiques permanentes qui forment de véritables montagnes dans certaines métropoles et l'absence généralisée de toilettes font que les gens se complaisent dans de mauvaises habitudes qui engendrent une pollution de l'environnement.
Cependant, de nombreux pays d'Afrique ont fait des efforts concertés et ont élaboré des politiques délibérées pour résoudre certains de ces problèmes. Le Ghana pourrait être cité comme exemple de pays au sein duquel la discipline combinée à une stricte application de la loi a généré un résultat positif sur la propreté et la gestion de l'environnement.
La question est désormais la suivante : quel rôle peut jouer le tourisme dans la réorganisation de la protection contre les dégradations de l'environnement en Afrique ? En premier lieu, "le tourisme construit des nations" dans la mesure où il encourage le développement physique des lieux où les produits touristiques sont disponibles, en particulier dans les zones rurales, et favorise la propreté de l'environnement. Ensuite, afin d'encourager la venue des visiteurs, toutes les commodités doivent être mises à leur disposition. Troisièmement, pour que l'Afrique soit dans une position forte pour entrer en concurrence avec le marché du tourisme international, elle doit fournir un environnement de qualité ainsi que toutes les commodités afférentes.
L'Afrique doit faire face à des contraintes économiques, politiques, sociales et environnementales en matière de développement touristique, pour devenir la destination du nouveau millénaire. On pourrait également ajouter que le principal obstacle dans ce domaine est peut- être la rude concurrence des pays avancés en matière de développement touristique, de stratégies de présentation et de marketing. Ce serait sans compter sur le fait que l'Afrique est prête à faire face aux réalités des normes internationales en matière de qualité touristique, qui doivent également prendre en considération "l'authenticité d'une destination".
QUALIFICATION DE L'AFRIQUE EN TANT QUE DESTINATION TOURISTIQUE DU NOUVEAU MILLENAIRE
Les spécialistes parlent de l'Afrique comme de la destination touristique du nouveau millénaire, car, pensent-ils, les intérêts des touristes pourraient changer de manière radicale.
Les destinations actuelles sont déjà saturées, surdéveloppées et surexploitées, la plupart n'étant qu'une redite pour de nombreux touristes en mal de nouvelles aventures. Ils rechercheront dorénavant de nouvelles destinations offrant un tourisme innovateur et unique en son genre.
L'Afrique détient ce caractère exceptionnel et une qualité inégalée en termes d'histoire, de richesse culturelle, de faune, de flore, de climat et de structures morphologiques.
Ses limites septentrionales, qui bordent la Méditerranée, offrent un climat et un littoral attrayants pour les touristes européens. Ainsi la plupart des pays nord-africains sont devenus des destinations touristiques potentielles pour les européens. En Égypte, les gigantesques pyramides, les temples des pharaons et les nombreux relevés de hiéroglyphes sont à l'origine de l'admiration et de la curiosité des touristes pour les attrayantes histoire et culture égyptiennes. Même si certains des pays d'Afrique du Nord sont déjà prisés, le nombre d'arrivées est très insuffisant et les touristes boudent ces destinations. L'instabilité politique et le terrorisme restent des menaces pour le tourisme, en particulier pour l'Égypte.
Une fois ces problèmes dissipés, la région nord-africaine pourrait bien devenir la destination de choix des vacanciers amateurs de plage et de monuments historiques.
Contrairement à l'Italie, généralement prisée pour ses vestiges historiques, l'Égypte est unique en son genre et pourrait, dans le nouveau millénaire, concurrencer les destinations actuellement en vogue en matière de monuments historiques.
L'Afrique de l'Ouest fut un haut lieu de l'esclavage, phénomène reconnu aujourd'hui comme évènement historique, que les Nations Unies, par l'intermédiaire de l'UNESCO, cherchent à développer et à promouvoir. Certaines des principales régions concernées par ce projet sont actuellement le Ghana et la Côte d'Ivoire.
Ce caractère unique, ajouté à une culture très riche, des festivals et de bonnes conditions climatiques permettent de parler des pays de l'Afrique de l'Ouest comme des futures destinations d'un tourisme de masse, toutefois, en gardant à l'esprit que certaines conditions préalables sont nécessaires, telles l'installation d'infrastructures de base, la paix et un climat de sécurité dans le pays, et la stabilité politique.
L'Afrique, le sud du Sahara et en particulier l'Afrique du Sud depuis son indépendance, occupent sans aucun doute une place très importante sur le marché mondial du tourisme. Le cas est similaire pour les pays d'Afrique de l'Est, qui, depuis un certain temps, représentent les destinations africaines les plus recherchées par les amateurs de safaris. Enfin, le tourisme en Afrique du Sud, avec l'ouverture du pays, s'intensifiera vraisemblablement au cours du nouveau millénaire.
L'écologie, c'est-à-dire la faune et la flore, peut être considérée comme la force de la croissance touristique de l'Afrique, présentant des zones de végétation aussi diverses que les forêts de mangroves, les déserts ou encore l'épaisse forêt vierge. Bien que cet environnement ne soit pas très compatible avec un développement touristique important autre que l'écotourisme, il favorise un tourisme extensif et intensif orienté vers les safaris du fait d'une faune et d'une flore variées. Toutefois, il est impératif d'instaurer, en Afrique, une politique de protection de l'environnement, afin de limiter la dégradation de la végétation, tout particulièrement de la forêt vierge si fragile, et d'enrayer le braconnage.
L'Afrique orientale est à l'origine des safaris et du "tourisme de safari". Par le passé, une simple expédition de safari avait du prestige et se faisait en grande pompe avec des pisteurs, des peaussiers, des chauffeurs, des cuisiniers, des serveurs, des bains chauds et des boissons glacées. Les véhicules de chasse étaient toujours bien équipés avec des tentes doubles pour dormir, des tentes pour dîner, des tentes pour les toilettes, des tentes pour la douche, etc.
La plupart des parties de chasse se faisaient avec une licence et le nombre de gibier à abattre était limité. Bien que le tourisme de safari ait rendu l'Afrique orientale très populaire auprès des touristes, les gains économiques de cette expérience florissante ont été plus sensibles à l'extérieur des pays qui reçoivent les touristes que sur leur PIB. Il n'est donc pas suffisant pour l 'Q.M. T. ou la Banque mondiale de supposer que l'Afrique aura une position touristique importante mais plutôt de chercher activement des solutions pour faire en sorte que les pays africains puissent bénéficier directement du développement du tourisme.
Même si les avantages écologiques de l'Afrique sur les autres continents ne seront peut-être pas les facteurs déterminants d'une véritable révolution du développement touristique africain au cours du prochain millénaire, ils pourraient y contribuer sur le long terme. Cependant, l'usure est une menace croissante pour l'environnement, qui pourrait devenir un combat prioritaire sur le développement du tourisme (par exemple, l'érosion des sols qui cause le déclin rapide de la production agricole, fait monter rapidement le coût des infrastructures).
L'érosion des sols implique la destruction régulière des ressources agricoles d'une communauté et l'appauvrissement des sols pour la production de nourriture alors que la plupart des sols érodés génèrent la pollution et l'ensablement des rivières, des barrages et des réservoirs d'eau qui s'assèchent actuellement de façon rapide. Bien sûr, la vie aquatique est quasiment paralysée. De plus, de nombreux pays d'Afrique pourraient avoir à affronter les problèmes politiques déclenchés par les déséquilibres sociaux eux-même générés par ces problèmes écologiques plutôt que de se concentrer sur leurs ressources limitées en matière de développement touristique. En outre, à moins qu'il n'existe un équilibre mondial pour la protection de l'environnement faisant en sorte que les pays développés ne prennent plus certaines parties du monde pour des décharges, les efforts de la Banque mondiale et des organisations internationales ne permettront pas d'atteindre les résultas positifs espérés en Afrique.
La structure morphologique du continent, depuis son littoral jusqu'aux montagnes du Kenya, en passant par le Kilimandjaro et les cascades Victoria, est un attrait géophysique qui, dans une certaine mesure, favorise la croissance du tourisme international dans certaines régions d'Afrique. Ces éléments exceptionnels, en particulier la côte occidentale, pourraient attirer un tourisme de bord de mer dans un futur proche, sous réserve d'une région politiquement stable et développée de Manière adéquate.
L'identité culturelle authentique qui règne en Afrique est un don d'importance et le demeurera probablement du fait de son environnement naturel varié et non altéré. L'Afrique excelle dans ce domaine en particulier et peut sans crainte y puiser sa force pour rétablir l'équilibre sur le marché mondial du tourisme au cours du nouveau millénaire.
La culture africaine avec ses magnifiques ouvrages sculpturaux, ses figurines naturalistes en bronze, ses sculptures terracotta, le laiton doré des Ashanti, ses différentes sculptures sur bois, ses nombreux styles musicaux, vestimentaires, alimentaires, ses festivals et bien* d'autres choses encore, fait de l'Afrique une curiosité. Cette particularité est un atout majeur que l'Afrique pourra exploiter dans les années à venir.
Pour conclure, le développement touristique est compliqué et exige beaucoup d'investissement financier, c'est pourquoi on peut se demander si l'Afrique, avec tous ses problèmes, sera capable de se concentrer de manière collective sur un développement intensif du tourisme. Les pays africains sont dotés de particularités qui pourraient susciter un intérêt nouveau sur le marché du tourisme international. Mais l'Afrique a besoin de paix, de stabilité politique et d'un niveau de vie plus élevé pour qu'une industrie du tourisme puisse s'y développer de façon durable.
L'Afrique est la cible touristique du nouveau millénaire, comme l'a déclaré l'assemblée générale de l'Organisation mondiale du tourisme (O.M. T.) à Santiago en septembre 1999, mais seul son caractère unique peut faire écho à cette déclaration sur le long terme.
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