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Nouvelles destinations touristiques dans les Balkans : peut-on prévoir la durabilité avant l'invasion des touristes internationaux ?

M. Tony TRAVIS - Professeur émérite, Consultant International Tourism Planning, Birmingham, Grande-Bretagne

 

1) Changements : politique et économique

a) La majeure partie de la région des Balkans a maintenant rejoint l’Union européenne, suite à la rapide expansion vers l’Est de cette dernière. Des plans à long terme prévoient d’intégrer tous les pays des Balkans à l’UE. Aujourd’hui, la Grèce, la Slovénie, la Roumanie et la Bulgarie appartiennent toutes à l’Union européenne. Avec la libre circulation des personnes, un grand nombre de touristes se tournent à présent vers les destinations internes du Sud-Est de l’Europe. Plus de 51 millions de personnes résident dans les états des Balkans. Ces pays sont des concurrents potentiels de la France et de la Suisse. Ainsi, votre avenir et le leur sont maintenant liés.

b) L’Europe des Balkans présente des niveaux de développement internes très divers. La Slovénie, le Nord de la Croatie et les capitales des autres pays enregistrent de très hauts niveaux, tandis que la majeure partie de l’intérieur des Balkans affiche un sous-développement notable. L’efficacité de l’urbanisation, des systèmes de contrôle et de gestion des ressources humaines et de l’environnement varie également beaucoup dans ces pays.

c) Différents stades de développement touristique apparaissent dans les Balkans. Les côtes de la Slovénie, de la Croatie, de la Bulgarie et des îles grecques sont bien développées, à l’instar des stations de ski modernes de Bulgarie, de Grèce et de Slovénie. En revanche, d’autres côtes, telles que celles de l’Albanie, sont sous-développées et les stations de ski de certains autres pays ont été endommagées ou désertées en raison de la guerre.

d) L’ampleur des changements massifs apportés aux systèmes économiques de la plupart de ces pays, qui sont passés du capitalisme d’état/socialisme/communisme à une économie de marché, est considérable et fondamentale. Ces évolutions impliquent une redéfinition des fonctions des centres touristiques, autrefois consacrés au tourisme social et qui servent à présent un tourisme commercial concurrentiel à la fois national et international. Les conséquences de cette conversion sont immenses. La diversité des normes, de la qualité des produits, des services et des tarifs, entraîne également une grande diversité de la capacité des centres de loisirs à faire face à la concurrence internationale. Les différences au niveau de la qualité du processus de gouvernance et l’importance variable des trois niveaux du gouvernement apportent une complexité supplémentaire.

Pour illustrer les différents niveaux de développement touristique, il suffit d’observer le haut niveau de développement des stations de ski dans des pays tels que la Grèce, la Bulgarie et la Slovénie, en comparaison avec les niveaux plus faibles que connaissent d’autres pays. Les hauts niveaux de développement des côtes de Croatie et de Bulgarie attirent des réinvestissements et une croissance remarquables.

2) Demande touristique et tendances

La demande des consommateurs constitue un élément essentiel pour le tourisme. La demande internationale soutenue entraîne actuellement une forte croissance en Slovénie, en Croatie et en Bulgarie, alors que l’on constate un manque d’intérêt international dans les autres pays. Les signes de la demande ne sont pas seulement les mouvements touristiques internationaux, mais également des phénomènes tels que la croissance de la demande en termes de retraites à l’étranger et de résidences secondaires par les habitants étrangers. Par exemple, une étude datant de 2006 indique que 5,5 millions de citoyens du Royaume-Uni vivent à l’étranger. Ce constat est étroitement lié aux arguments présentés dans l’article de Martin Brackenbury lors de ce Congrès. Bien que l’Espagne, la France et l’Italie restent les premières destinations des vacanciers britanniques voyageant à l’étranger, les retraités et les propriétaires de résidences secondaires du Royaume-Uni semblent préférer l’Australie, l’Espagne et les Etats-Unis. Aujourd’hui, les acheteurs venus de Grande-Bretagne commencent à acquérir en ligne de nombreuses propriétés en Bulgarie et en Slovénie.

Les types de propriétés à l’étrangers choisis par ces acheteurs comptent des résidences situées sur les terrains de golf des centres de villégiature/retraite d’Espagne et du Portugal, des multipropriétés/fonds de placement immobiliers dans les îles grecques et maintenant, de vieilles demeures dans les campagnes ou sur les côtes croates ou bulgares.

Il s’agit de maintenir l’équilibre entre les types de propriétés et entre les groupes d’âges dans chaque destination touristique, afin de conserver une communauté viable et normale. Les marchés libres internationaux de l’immobilier peuvent impliquer une inégalité de l’accès au parc pour les résidents indigènes locaux. Ainsi, des mesures rectificatives s’imposent parfois.

La gestion de cette question de l’équilibre au sein du parc immobilier et son utilisation requiert la mise en place de politiques locales de type « carotte » (incitatives) ou « bâton » (contrôle ou imposition). Il est souvent nécessaire de limiter les résidences secondaires en termes de nombre et d’emplacement, en particulier lorsqu’il existe un risque de conversion de résidences principales en résidences secondaires.

Le faible coût de l’accès par avion aux destinations touristiques internationales, bien qu’entraînant la pollution de l’environnement et des émissions excessives de carbone, a ouvert des opportunités touristiques internationales au plus grand nombre, et ajouté les Balkans à la liste des régions faciles d’accès et bon marché.

Parmi leurs atouts, on compte non seulement leurs climats plus cléments et leurs prix plus faibles, mais également un éventail d’attractions touristiques en plein développement : les événements, les arts, l’alimentation, les boissons, la musique, les conférences et les congrès sont tous des marchés de niche attrayants et constituent également un plus pour les marchés généraux.

Les moyens de conservation, de financement et de protection du patrimoine culturel posent un problème de plus en plus important dans les Balkans.

3) Une offre touristique réactive 

L’offre réactive de produits croît parallèlement à la demande, que ce soit sur la Mer Noire ou sur l’Adriatique. Le développement spéculatif et l’achat immobilier ont déjà été cités.

Le problème concerne donc de plus en plus les moyens de protection des droits des habitants locaux dans la compétition pour l’accès au parc immobilier.

Comme cela a été souligné, il y a longtemps, par des géographes du tourisme tels que Lozato-Giotat et Ashworth, il s’agit de contrôler la mixité des propriétés dans les sites touristiques. Ce problème se trouve au cœur de l’équilibre, qui doit régner sur le parc de logements et sa qualité, les populations locales et les visiteurs, ainsi que la viabilité économique et sociale. La viabilité économique implique des taux d’occupation élevés, le prolongement des saisons et l’accès. Le défi consiste à tenter de définir des modèles souhaitables en termes économiques, sociaux et culturels.

Pour jouir d’un certain équilibre, les communautés doivent bénéficier d’une bonne répartition des groupes d’âges au sein de la population résidente, de manière à générer un éventail complet de services économiques, sociaux et culturels.

La culture de la société d’accueil, ainsi que la force de l’identité d’un centre touristique sont indispensables à son attractivité et à sa viabilité continues.

4) Les instruments de la planification de l’aménagement et de la gestion de la conservation

Un minimum de quatre jeux d’instruments efficaces sont nécessaires à la planification, à la gestion et au maintien de la compétitivité des centres touristiques dans le temps :

Plans de développement des centres touristiques/plans directeurs et plans d’implantation. La Slovénie, la Croatie et la Serbie disposent de normes de bonne qualité dans le domaine de l’urbanisation.

Les stratégies de développement touristique découlent souvent de stratégies touristiques nationales et sont liées aux centres touristiques en ce qui concerne le développement de produits, la formation à l’investissement, le marketing, etc. La Serbie est le pays des Balkans qui s’est le plus récemment doté d’une stratégie touristique nationale, sui permet à son tour le développement de stratégies spécifiques aux sites touristiques.

Les stratégies liées aux ressources environnementales, ou à leur conservation, sont essentielles en termes de gestion de la capacité des ressources et de problèmes spécifiques lies aux ressources, notamment la relation des centres touristiques avec les plans de gestion des Parcs nationaux, par ex. à Plitvice, en Croatie.

La préservation de la bio-diversité et le maintien de la qualité des paysages constituent des éléments essentiels.

5) Des plans de gestion et de contrôle des ressources, déjà courants en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, sont progressivement introduits dans certaines destinations des Balkans. Il peut s’agir d’un contexte idéal à la mise en œuvre du contrôle de la propriété et de politiques connexes. Les politiques immobilières destinées aux communautés touristiques sont en passe de devenir un problème croissant dans les Balkans. Elles étendent le champ de la viabilité à de nouveaux domaines.

6) Les moyens nécessaires à une planification touristique viable

Il s’agit donc de prendre en compte la question supplémentaire du profil immobilier dans le cadre du problème de la viabilité. Ces mesures requièrent les connaissances et les compétences d’urbanistes, de spécialistes de l’immobilier et de géomètres. Chaque pays doit identifier les acteurs clé qui contrôlent et influencent l’évolution du marché de l’immobilier au niveau local.

La viabilité, dans ce contexte élargi, requiert donc : la viabilité économique des centres touristiques en tant que destinations commerciales concurrentielles, qui répond à un ensemble de demandes nationales et étrangères en matière de viabilité environnementale, inclut à présent le caractère « vert » d’un centre touristique, ou la proximité de son accès aux marchés viables en termes de production de carbone.

La viabilité, en termes de communauté et de culture, peut nécessiter certaines protections en ce qui concerne l’accès de la communauté locale à son propre parc immobilier.

Le respect de telles exigences sera uniquement possible dans certains pays des Balkans, notamment en Croatie et en Slovénie, où les systèmes de contrôle et les compétences nécessaires existent. La Grèce, bien qu’elle soit évoluée par certains aspects, constitue une nation du tiers monde corrompue à d’autres égards !

L’équilibre entre l’offre et la demande doit être maintenu : pensez au poisson englouti lors de ce concours de pêche canadien !

En ce qui concerne le problème du « lit froid », les pays des Balkans, à l’époque communiste, ont atteint de forts taux d’occupation et de longues saisons dans leurs hôtels, leurs résidences hôtelières syndicales et autres hébergements, mais étaient confrontés au même problème de « lit froid » dans les résidences secondaires. En effet, elles étaient souvent créées dans de prestigieuses colonies de résidences secondaires, utilisées temporairement par des membres privilégiés du gouvernement, des responsables syndicaux, etc. Même si les questions liées au caractère saisonnier des hôtels des sites touristiques peuvent être réglées efficacement, le cas des résidences secondaires reste problématique aux Balkans.

7) Les ressources patrimoniales dans les Balkans

L’état du patrimoine des Balkans constitue un élément crucial dans le contexte plus large de la qualité et de la viabilité. La variable clé du patrimoine bâti, culturel et naturel est l’importance d’une protection et d’une conservation efficaces des ressources. Les eaux et les plages propres, les forêts vierges et les paysages intacts constituent des atouts clé dans le tourisme international concurrentiel.

Le patrimoine bâti préservé compte les sites du Patrimoine mondial dont disposent cinq des pays des Balkans, mais également les sites naturels appartenant au patrimoine mondial dans certains d’entre eux et notamment les lacs du Parc national de Plitvice, en Croatie. Cependant, la plus grande partie du patrimoine bâti est en danger dans 4 pays des Balkans et de vastes forêts ont été détruites e Grèce et en Albanie. Certaines villes historiques croates et grecques sont également en train de mourir.

8) Quelles sont les chances de réussite ?

Une action de développement durable peut-elle être lancée en prévision de la croissance du tourisme international dans les Balkans ? Le manque de ressources techniques dans certains de ces pays, l’insuffisance du pouvoir et des moyens fiscaux limiteront peut-être considérablement le nombre de centres touristiques potentiellement viables ! En ce qui concerne l’accessibilité, un accès viable par transport ferroviaire existe en Slovénie, dans certaines parties de la Croatie et en Roumanie, mais des améliorations radicales des lignes, davantage de trains et un matériel roulant plus rapide et de meilleure qualité sont nécessaires. Malheureusement, l’UE privilégie toujours le transport routier et aérien par rapport au développement ferroviaire. La France et la Suisse constituent les meilleurs modèles européens en matière d’accès ferroviaire viable.

Les stations de ski slovènes et bulgares de haute qualité ainsi que les sites touristiques dotés de lacs ou les stations thermales tels que Bled font déjà concurrence aux offres suisses et françaises. Cependant, les centres touristiques de qualité tels que Chamonix, Courchevel et St. Moritz n’ont encore rien à craindre de la concurrence. Les nouveaux hôtels des stations thermales des îles grecques, les hôtels de qualité en cours de rénovation de Croatie, etc. pourront constituer de sérieux concurrents.

Le nouveau programme de stations thermales, et l’approche, axée sur le bien-être, d’un Évian-les-Bains français ou d’un centre thermal autrichien, proposant tennis et golf, tel que Bad Tatzmannsdorf, devront relever le défi ! Les Balkans vous offrent potentiellement des millions de nouveaux clients, c’est-à-dire des touristes, mais il existe dans cette région environ 20 centres touristiques distinctifs de qualité capables de concurrencer vos produits français et suisses. Face à de tells défis, toute complaisance paraîtrait déplacée.