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Quelles alternatives aux véhicules privés dans les régions touristiques ? Rapport explicatif et questions
Les objectifs des 8e Sommets du tourisme Chamonix organise depuis 1999 une conférence annuelle réputée sur le développement durable dans le domaine du tourisme : « les Sommets du tourisme ». Les Sommets reçoivent l'appui de la ville de Chamonix, le plus grand centre touristique alpin. Ils sont suivis et soutenus par la Région Rhône-Alpes et le Département de la Haute-Savoie. La conférence de cette année, qui aura lieu du 6 au 8 décembre 2006, traitera des problèmes de la mobilité touristique. Elle analysera les nouveaux concepts et particulièrement les nouvelles solutions pratiques dans ce domaine. Elle résumera les innovations dans le domaine de la chaîne de transports touristiques. Les questions à poser sont centrées sur la solution d'un problème pratique qui préoccupe les stations touristiques: "Quelles alternatives aux véhicules privés dans les régions touristiques?" Nous sommes conscients que cette question ne peut être abordée que si l'on part des besoins des hôtes visitant les régions touristiques. Nous supposons que ceux-ci recherchent d'un côté des systèmes de transport efficients, confortables et bon marchés. D'un autre côté, il est indéniable que ces hôtes ne veulent pas que leurs attentes et expériences de vacances et de tourisme soient perturbées par des bouchons, du bruit, de pollution et des problèmes de stationnement. Les milieux du tourisme et du transport de personnes cherchent des solutions pour résoudre les problèmes issus de ces besoins contradictoires. Ils ne peuvent pas le faire sans les autorités qui, à tous les échelons, influencent fortement la chaîne de transport touristique par leurs investissements et leurs réglementations. Ils doivent aussi tenir compte du fait que les responsables politiques ont à intégrer également les besoins des résidents locaux s'ils envisagent de créer et de mettre en valeur de nouvelles solutions de transport dans les stations du tourisme.Innovations de transport comme moteur du développement touristique Le tourisme dépend fortement du transport qui est un de ses éléments constitutifs. Les grandes innovations dans les transports ont fortement influencé le développement touristique. Ils ont stimulé le tourisme "du grand nombre".
Le chemin de fer exploita durant la "Belle époque" du tourisme européen à la fin du 19e siècle les meilleurs sites touristiques. Il contribua à la création de grands centres touristiques. Il a gardé sa fonction de desserte des régions touristiques tout en devenant dans certain cas une attraction en soi. Le fameux rail alpin des chemins de fer rhétiques qui passe par le col de l'Albula dans les Grisons vient d'être proposé au patrimoine mondial de l'UNESCO. La voiture particulière a changé le tourisme à partir des années 1950 d'une façon fondamentale. Les centres touristiques sont devenus accessibles par des routes toujours plus larges. De nombreuses destinations sont aujourd'hui desservies par des autoroutes ce qui crée autant d’avantages que d’inconvénients pour l'économie touristique. Le fait quelles soient devenues de véritables villes et agglomérations leur posent aujourd'hui des problèmes notamment dans le domaine du transport individuel motorisé ou du stationnement. Le transport individuel motorisé a contribué à une décentralisation du tourisme en créant une multiplication des habitations dans les espaces ruraux ce qui a conditionné des investissements de transport. On a développé dans l'arrière-pays des grands centres touristiques de nouveaux sites souvent moins attrayants et disposant de possibilités de croissance limitée. L'ère des avions à réaction a révolutionné le tourisme international dans les années 1970. De nouvelles destinations lointaines sont devenues accessibles à de larges couches de la population. 80% de ces nouveaux sites touristiques dépendent de la desserte par avion. Les pays de l'hémisphère sud sont aujourd'hui des concurrents pour les pays traditionnels du tourisme. Contrairement aux voitures particulières, l'aviation civile n'est pas grevée de taxes sur le carburant afin de compenser les coûts sociaux de ses vols.Besoins touristiques et liberté de choix du moyen de transport Le choix du moyen de transport est libre pour l'utilisateur dans la plupart des pays. Il dépend de nombreux facteurs et conduit à des actions très différentes. Le comportement face au déplacement de la part des visiteurs durant le voyage et le séjour dans les lieux de séjour touristique est souvent très analogue à celui de la vie quotidienne. Les visiteurs sensibilisés par les arguments écologiques pourraient préférer et consommer de plus en plus des formes de mobilité et de transport durable. Le nouveau segment de marché des visiteurs qui préfèrent des formes durables de mobilité ne doit pas être sous-estimé par les prestataires de service. La part de marché d'hôtes convaincus de la nécessité des modes de transports durables n'est pas encore véritablement connue. Il est pourtant probable qu'elle augmente. Ces hôtes conscients de la problématique écologiques contribuent à la préservation des ressources naturelles. Si les prestataires s'efforcent de trouver des solutions de transport durable, il peut y avoir des situations de "gagnant gagnant" entre les hôtes et les gestionnaires de la destination. Il faut en outre tenir compte du fait que l'hôte achète en règle générale un ensemble de prestations de services et de transports. Un visiteur peut utiliser sa voiture privée pour le voyage et le séjour, ou bien choisir de prendre le train et d'utiliser ensuite le vélo. Les prestataires de services doivent donc tenir compte de toute la chaîne de transport dans leur développement de produit. Il est donc nécessaire de coopérer pour offrir des solutions de transport durable.Systèmes et chaînes de transport Les systèmes de transports privés et publics jouent donc un rôle pour la satisfaction des besoins des visiteurs. Ils ne sont en règle générale pas conçu pour le transport touristique. Une exception sont les quelques infrastructures qui ont été construites spécifiquement pour le tourisme. Ainsi, "l'autostrade del Sole" fut construite pour mieux desservir les plages de l'Italie du Sud. Or, ces systèmes sont orientés aujourd'hui vers la meilleure desserte des agglomérations.
Les prestataires touristiques n'ont que peu ou plus d’ influence sur le développement et l'exploitation des systèmes privés et publics des transports. Ils peuvent par contre utiliser ces systèmes à leur fin. Pour cela, il est avantageux de se référer au concept de la chaîne de transport pour l’analyse des besoins touristiques et la recherche de solutions pratiques. Cette chaîne relie les régions d’origine des visiteurs avec les destinations. Elle détermine la mobilité des régions touristiques. Le visiteur potentiel choisit lors d’un changement de lieu son moyen de transport. Il décide s’il veut utiliser un ou plusieurs moyens de transport (modal split). Il fixe selon ses besoins le temps, la durée et le prix de son voyage. L’auto mobilité, la mobilité douce ou la mobilité combinée sont les choix qu’il peut faire lors de son séjour. Il s’agit d’utiliser à l’intérieur de la région touristique un transport individuel privé, un transport collectif ou une locomotion avec ses propres muscles (human powered mobility), à pied ou à vélo par exemple.
Les questions à poser lors de la conférence Changements souhaités et réalités observées La forte croissance du trafic induit des coûts sociaux. Ceux-ci augmentent avec l’intensité des mouvements de transport. Les autorités essaient de minimiser ces coûts avec une politique de transport ciblée. Elles font construire des infrastructures de transport. Elles encouragent dans les agglomérations l’abandon de la voiture particulière au profit de transports en commun. En même temps, elles ne peuvent éviter que le transport public se retire de plus en plus des régions périphériques. Les planificateurs de transport n’ont souvent pas beaucoup de moyens.
Les changements souhaités par les milieux intéresséscontrastent avecle comportement mobile de la population moyenne. Le citoyen utilise au quotidien, pour son travail, ses loisirs et ses vacances différents moyens de transport selon ses besoins, sans objectifs idéologiques particuliers. Le passager du train se réjouit d’échapper au trafic routier, mais il s’énerve si le train a du retard. Il est par ailleurs content s’il peut transporter ses achats encombrants en voiture et cela sans bouchons sur la route. Il ne voit pas la mobilité comme un problème ! Questions à poser Quelles sont les répercussions du transport motorisé privé sur la société, l’économie et l’environnement ? Le voyage du lieu d'origine à la destination Les visiteurs organisent leur voyage dans un but commercial ou touristique, en fonction de critères tels que la vitesse, la facilité d'utilisation, le confort et le prix. Un voyage rapide, commode, confortable et bon marché du lieu d'origine jusqu'à destination est un présupposé important pour le développement touristique. Les voyageurs choisissent sur la base de ces critères le moyen de transport qu'ils vont utiliser. Le prix joue un rôle de plus en plus grand en ce qui concerne ce choix, et cela dépend de moins en moins du pouvoir d'achat. L'expansion des infrastructures de transports amène toujours plus de trafic. Des prix avantageux rendent les voyages encore plus accessibles. La facilité d'accès est un atout économique qui engendre cependant des coûts sociaux. Les compagnies aériennes à bas prix en sont un exemple frappant, par le fait qu'elles stimulent le marché des résidences secondaires pour les hôtes britanniques et cause une dissémination encore plus large des constructions dans les zones rurales ou périphériques. Un réseau développé de liaisons routières a une incidence semblable. Il se pose toutefois la question de savoir si l'augmentation des prix du pétrole aura une incidence sur les comportements de voyage. Dans la mesure où la période des prix bas pour l'avion et l'automobile serait révolue, les transports publics pourraient reprendre de l'importance en tant que moyen d'accès aux régions touristiques.Questions à poser Quelles incidences ont les vols à bas prix sur les lotissements touristiques dans les destinations ? La mobilité durant le séjour Les régions touristiques ne sont souvent pas desservies de manière optimale sur le "dernier kilomètre" du voyage. Les liaisons assurées par les transports publics pour atteindre les prochaines plate-formes de transport importantes sont la plupart du temps insuffisantes. Beaucoup de centres touristiques souffrent de surcharge de trafic. Cela est causé en grande partie par les transports individuels motorisés de la population sur le site qui interfèrent avec le transport touristique. Parallèlement la desserte dans l'arrière-pays des grands centres touristiques et entre les centres touristiques est souvent négligée. Des régions ou des lieux touristiques qui ont un concept dynamique pour maîtriser les problèmes du trafic roulant et du stationnement peuvent atteindre un avantage compétitif. Pour la mise en œuvre de mesures relatives au transport, il existe actuellement des solutions techniques sur mesure à disposition. Il y a également des entreprises privées qui peuvent à la demande des instances officielles locales ou régionales, conceptualiser des solutions de transports publics et les mettre en pratique.Questions à poser Comment le trafic automobile et le stationnement dans les lieux touristiques peut-il être mieux piloté ? Le trafic dans les stations Les attractions touristiques à succès et les destinations souffrent toutes de la surcharge due au trafic automobile. Contrairement aux grandes villes et agglomérations elles ne disposent souvent d’aucun système de transports publics performants. Les centres touristiques sans voitures ont de la peine à surmonter les flux touristiques sans diminution de la qualité pour les voyageurs. Il se pose la question de savoir si le trafic dans les grands centres touristiques doit être écarté à l‘aide de nouvelles méthodes telles que le prélèvement d’une redevance sur l’utilisation de la voie publique, appelé aussi «road pricing». Cependant, de grands centres touristiques sans voitures n'arrivent plus à surmonter les flux de touristes, les systèmes de transports publics ne suffisant plus. Le trafic devient de plus en plus une variable de limite à la croissance. Questions à poser Que faut-il faire pour ne pas asphyxier un lieu attractif par le trafic ? Transport en tant qu'attraction Les systèmes de transports ne sont pas uniquement nécessaires pour la mise en valeur des régions touristiques. Ils constituent fréquemment des attractions touristiques en soi. Ils décongestionnent de cette façon le trafic routier. Il existe plusieurs pays tel que le Japon, la Suisse ou la France, où les systèmes de transports publics sont entretenus dans un but d'attractivité touristique. Les lignes de chemins de fer, les cars postaux routiers, la navigation publique fluviale, lacustre ou en mer seront d'usage touristique. Par exemple on trouve le Glacier express, qui relie Zermatt à Saint-Moritz ou le Mont-Blanc express. Questions à poser Comment pourrait-on utiliser touristiquement les systèmes de transports publics ? Mobilité douce Le fait de se déplacer par la force musculaire humaine, la mobilité douce, est une nouvelle forme de voyage et de séjour. Elle exalte l'expérience contemplative dans la nature et face aux paysages et améliore la santé. Elle libère des inconvénients du trafic automobile. Les pistes cyclables et les chemins de randonnées connaissent un grand succès touristique. Il existe des pays touristiques tels que la Suisse, qui ont bâti de nouveaux systèmes de transports dans le domaine de la mobilité douce et grâce à des événements tel que "Slow Up" (journées sans voitures) les ont fait connaître et apprécier. La locomotion à pied ou à vélo peut amener à la suppression des automobiles dans les centres touristiques. Questions à poser La mobilité douce peut-elle être une activité de niche commercialement rentable, qui peut amener travail et revenus ? Visions et politiques L’avenir des transports et du tourisme dépend du progrès technique, des développements socio-économiques et la collectivité publique. Or, il ne semble pas qu’il y ait de grandes innovations en vue dans le domaine des transports. On essaie de maîtriser les flux croissants de passagers et de visiteurs moyennant des technologies arrivées à maturité, qui sont pourtant toujours améliorées. Une bonne desserte et une solution aux problèmes de trafic restent nécessaire pour la croissance économique et le bien-être. L’Etat joue un rôle important pour développer et exploiter les systèmes de transport. Les grands investissements de transport changent les structures socio-économiques dont fait partie le tourisme. Même dans une époque où l’effet de serre est à juste titre une préoccupation pour beaucoup de personnes, on peut constater que la voiture individuelle privée reste un moyen de transport important. Elle représente beaucoup plus qu’un simple moyen de locomotion. Elle est pour beaucoup de citoyens une possibilité de vivre une certaine liberté en gérant ses déplacements en toute indépendance dans une sphère privée. L’automobile se développe, se diversifie et s’adapte continuellement aux besoins des consommateurs. Elle est de moins en moins bruyante et utilise moins de carburants, voire offre la possibilité de rouler plus proprement avec des modèles à carburation hybride. La société « automobile » trouvera ses limites si la mobilité devient plus consommatrice en temps et plus coûteuse. Les forces régulatrices du marché agissent dans ce cas. Les gens achètent moins de voitures, roulent moins et changent de moyens de transport si ceux-ci leur apportent des avantages tangibles.Questions à poser Comment l’offre et la demande se développent-ils dans le domaine des loisirs et du tourisme automobile ?
Prof. Peter Keller |