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Transport combiné : quelles peuvent être les retombées des investissements dans les infrastructures de chemin de fer, pour le développement du tourisme? Le cas du nouveau tunnel de base du Lötschberg
François SEPPEY - Chef du service du développement économique du Canton du Valais (Suisse)
Les sommets du tourisme sont consacrés cette année à la problématique des transports et du développement touristique. La forte interdépendance qui existe entre potentialités touristiques et capacités de transport, que ce soit public ou individuel, appelle une attention particulière et une réflexion spécifique. A l’exemple des investissements réalisés actuellement en Suisse dans le domaine du transport combiné, nous allons évoquer le cas plus spécifique du tunnel de base du Lötschberg et de son influence sur le tourisme valaisan. L’occasion s’y prête d’ailleurs bien puisque nous sommes à une année de l’ouverture de cette nouvelle liaison ferroviaire à travers les Alpes, sa mise en service étant agendée au 9 décembre 2007.En préambule, permettez-moi d’expliciter la conception globale des transports à grande vitesse au niveau européen et en Suisse en particulier.
Comme vous pouvez le constater sur le schéma présenté, le Valais se situe dans la partie la plus méridionale de la Suisse, à proximité immédiate du lieu où nous siégeons aujourd’hui. Il est ainsi au centre du triangle composé par les métropoles internationales de Lyon, Zurich et Milan.
Encerclé de montagnes, dont la partie la plus imposante de l’arc alpin, il est également contourné par les principaux axes de liaisons ferroviaires à grande vitesse. La construction du tunnel de base du Lötschberg, qui s’inscrit dans la conception européenne du trafic nord – sud, changera cet état de fait dès 2007.
Il importe cependant de constater que l’amélioration apportée en termes d’infrastructure ferroviaire n’est pas complète. Tout d’abord, parce que le tunnel de base du Lötschberg ne sera pas équipé dans sa totalité de 2 voies, contraintes budgétaires obligent, ce qui en diminue partiellement la capacité. D’autre part, le projet s’inscrivant dans la globalité de la politique des transports, il dépend également de la capacité de nos voisins transalpins à améliorer la desserte entre Milan et Brigue par la ligne du Simplon. A ce jour, le potentiel d’amélioration de ce tracé demeure important.
L’investissement global consacré par la Suisse à son intégration au réseau ferroviaire européen à grande vitesse se montait, lors de l’acceptation des projets généraux au niveau fédéral en 1998, à 31,65 milliards de francs, soit environ 20 milliards d’euros. Dans ce total, la part consacrée à l’infrastructure du Lötschberg représentait 3,22 milliards de francs, soit un peu plus de 10% du total. Même si ces chiffres ont évolué depuis leur acceptation, en raison de l’inflation, des contraintes budgétaires et des difficultés géologiques rencontrés, ils donnent, d’une part, l’ampleur de l’effort consacré par la Confédération pour son intégration à l’Europe (celle des transports en tous cas) et, d’autre part, la faible part consacrée au désenclavement du Valais.
Or l’évolution attendue du trafic ferroviaire à travers les Alpes d’ici à 2020 représente une augmentation de près de 50% en nombre de personnes transportées et un doublement des tonnes convoyées. S’inscrivant dans un contexte plus global d’une sensibilité accrue aux conséquences environnementales de nos choix de consommation, cette évolution favorable souligne la nécessité pour nos régions de montagne d’être intégrées au mieux dans des réseaux de transport durable appelés à se moderniser constamment. Dans ce sens, les investissements actuellement réalisés revêtent une importance fondamentale pour le Valais.
La proximité des marchés, à l’image des métropoles précédemment citées, mais aussi des agglomérations de Bâle et Berne, essentielles en termes de demande touristique, ainsi que l’attachement naturel de la population suisse au train sont des facteurs d’influence positif pour le développement touristique valaisan.
Couplées aux gains de temps importants réalisés entre les agglomérations de la Suisse allemande, véritable cœur économique du pays, et les principales stations du Valais, ces notions laissent augurer des retombées positives pour le tourisme valaisan. De façon résumée, on peut constater que l’essentiel du marché indigène de langue allemande sera accessible avec des gains de près d’une heure : ce sont ainsi plus de 3 millions de clients potentiels qui se rapprochent considérablement du Valais, étant entendu que ce gain d’une heure s’inscrit sur un déplacement global d’environ 3 heures.
Pour mieux cerner l’importance de cet aspect, un bref portrait du Valais touristique, à tout le moins en ce qui concerne les données chiffrées liées à la demande, semble indispensable.
Le Valais compte annuellement 16 millions de nuitées touristiques dont le détail est maintenant affiché. Il représente ainsi, avec les Grisons, la principale destination de vacances en Suisse. La demande présente la particularité d’être à la fois équilibrée entre été et hiver et entre indigènes et étrangers. Cet équilibre, en particulier dans sa deuxième composante, lui offre une bonne résistance aux aléas conjoncturels.
En outre, et c’est un aspect essentiel lorsqu’il est question de transports, un nombre d’excursionnistes - c’est-à-dire de touristes ne passant pas la nuit en Valais – considérable peut être relevé. En effet, pas moins de 8,7 millions de personnes s’y rendent pour y passer une journée de congé ou de loisirs. La proximité des grandes villes suisses, combinées à la richesse de l’offre et aux incomparables beautés naturelles, y est pour beaucoup.
L’importance économique qui en découle est soulignée par le chiffre d’affaires généré, soit près de 3,5 milliards d’euros, ainsi que par la valeur ajoutée ainsi créée, près de 1,9 milliards d’euros. Le tourisme contribue ainsi à 25% du produit intérieur brut cantonal (7,5 milliards €) et fournit plus de 27% des emplois. Outre l’importance du secteur, ce dernier chiffre souligne aussi la productivité inférieure à la moyenne de cette branche de l’économie.
La répartition modale des hôtes - c’est-à-dire des personnes ayant passé au minimum une nuit – dans le Valais central et dans le Haut-Valais (qui sont les deux régions directement concernées par l’ouverture du tunnel de base du Lötschberg) montre une forte domination des transports individuels, à raison de 68%. Cependant, les 32% restants représentent plus de 3 millions de nuitées, chiffre non négligeable, qui seront directement concernées par les améliorations apportées à l’infrastructure ferroviaire. Les retombées de l’ouverture du tunnel du Lötschberg seront donc extrêmement importantes pour une part considérable de la clientèle actuelle et contribueront à en améliorer la fidélité.
Au vu de l’importance de cette nouvelle infrastructure, non seulement pour le tourisme, mais également pour tout le développement économique du Valais, plusieurs études ont été réalisées pour en aborder les conséquences.
L’évolution attendue de la demande en matière de séjour s’avère positive. En raison de la relativité de l’importance du gain de temps en fonction de la durée globale du parcours, cette évolution est plus fortement positive dans les grandes agglomérations helvétiques qu’en Allemagne. Les autres marchés sont bien évidemment peu ou pas concernés par l’ouverture du tunnel. Par analogie, les déplacements en train sont appelés à connaître une variation plus favorable que ceux réalisés en voiture. On constate cependant également une évolution positive pour ce mode de transport, due pour l’essentiel à une attractivité accrue de l’ensemble de la destination. Ces chiffres ont été estimés par un groupe d’experts, tenant compte à la fois des facteurs d’influence positive (diminution de la durée de voyage, confort, répartition modale en faveur du train) et négative (prise de conscience, fidélisation de la clientèle dans d’autres destinations).
Les types d’hébergement sont concernés de façon différenciée par l’évolution attendue. Une attention particulière devrait être accordée tant aux propriétaires de résidences secondaires qu’aux personnes séjournant chez des parents ou des amis.Ceci est particulièrement vrai pour la saison d’été, en raison de la durée plus longue de la journée couplée à un temps de trajet raccourci.
Enfin, le segment des excursionnistes est celui qui est appelé à connaître l’évolution la plus positive. Ceci relève du simple bon sens, le gain d’une heure en moyenne pour un aller simple se révélant d’autant plus profitable qu’il se fait pour un séjour de très courte durée. Il importe ici de relever les chiffres très élevés d’évolution attendue, jusqu’à 40% dans certains cas, ce qui, au vu de l’importance de ce segment évoquée précédemment, ne saurait rester sans influence sur le fonctionnement économique et la rentabilité des activités touristiques et de loisirs en Valais.
Cependant, les variations de la demande attendues – ou espérées – ne sauraient être concrétisées que si les prestataires touristiques, ainsi que les pouvoirs publics, remplissent leurs tâches. A ce titre, il importe de souligner que la réussite économique et touristique de l’ouverture du tunnel de base du Lötschberg dépend d’abord de l’offre et non de la demande. Différents éléments doivent par conséquent être abordés, corrigés ou développés.
Tout d’abord, la capacité d’attraction d’une région touristique ne dépend pas uniquement des ses richesses naturelles, mais aussi de sa capacité à les mettre en scène et à les vendre. De plus, ces éléments doivent être complétés par une offre adéquate en attractions dites artificielles, c’est-à-dire construites et réalisées par l’homme pour l’homme. Le défi consiste dès lors à mettre en place les structures permettant de développer cette capacité d’attraction. Ainsi le management de destination, permettant de professionnaliser l’offre touristique, par exemple par la conception de produits ou d’infrastructures, ou la restructuration du secteur des remontées mécaniques sont des éléments indispensables pour améliorer notre capacité concurrentielle, seule à même de nous permettre une présence efficace sur les marchés.
Etroitement couplée à ces évolutions de type structurel, l’amélioration de notre infrastructure touristique semble être une condition sine qua non pour garantir le succès à long terme de l’ouverture du tunnel de base du Lötschberg. C’est ainsi qu’il sera possible de mettre en adéquation attentes de la clientèle et offre proposée dans nos stations. Cette infrastructure modernisée, correspondant aux standards actuels, doit permettre un positionnement en relation avec la segmentation de notre clientèle. Un travail de fond s’impose donc à tous les niveaux de l’économie touristique.
Troisième élément lié à l’offre touristique qui doit appeler une prise de conscience accrue de notre part : l’adaptation de nos capacités d’accueil à la demande croissante en matière d’excursions. Comme évoqué précédemment, ce segment est celui appelé à connaître le plus de progression. L’assimilation de cette évolution ne peut passer que par une amélioration des capacités d’accueil en la matière. Il n’existe pas de spécificité pour ce secteur, tous les acteurs sont concernés, que ce soit dans la restauration, l’animation, l’information ou le commerce. Comme pour les deux thèmes précédents, le rôle des pouvoirs publics est essentiel, non dans la réalisation détaillée des projets retenus, mais bien dans la fixation de conditions cadres aptes à permettre le développement coordonné, rapide et efficace des options retenues.
Enfin, la communication revêt une importance fondamentale. Elle doit intervenir en complément des aspects qui viennent d’être évoqués. Elle en est le soutien, le média efficace et elle s’appuie sur la communication réalisée de toute façon par les transporteurs ferroviaires. Jouant sur l’émotionnel, elle véhicule à la fois le gain de temps et l’image de la plus belle région touristique des Alpes.
A ce titre, une campagne spécifique destinée au marché suisse a été décidée, pour laquelle le Canton du Valais a octroyé un crédit d’un million d’euros. Combiné avec les moyens privés et semi-publics de la régie fédérale des transports, ce sont ainsi plus de 2,5 millions d’euros qui seront investis pour inciter 3 millions de Suisses à venir en Valais. Si ces moyens peuvent paraître faibles à l’échelle de certains concurrents européens ou internationaux, ils représentent une somme considérable à l’échelle helvétique. Et comme dit le proverbe : « Pas d’argent, pas de Suisse ! ».
Je vous remercie de votre attention et me réjouis de vous accueillir, en voiture, en train, en avion ou même en bateau par le Lac de Genève, en Valais, naturellement…