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Le voyage : du lieu d'origine à la destination
Le touriste peut-il se passer de sa voiture privée pendant ses vacances ?

Enrico MARTINET - Journaliste à La Stampa, Aoste (Italie)

 

Il n’y a aucun doute : le système des transports est le défi du présent des Alpes. Ce n’est pas du futur. Les loisirs, les vacances dans les Alpes sont strictement liés à la possibilité de rejoindre la station et de rentrer chez soi sans problèmes. L’étude de l’organisation des transports ne doit pas envisager seulement les vallées alpines, mais entraîner aussi ce qui existe dans la plaine et les projets futurs. Se poser la question de la manière qu’elle est posée dans ce débat, c’est-à-dire comment rendre plus court, moins cher et plus durable le voyage de chez soi à la destination des vacances, signifie se pencher sur un système pays et sur les liaisons avec le monde entier aussi.

Le défi des transports nous pousse à redéfinir l’économie alpine. Tout ça peut être entendu comme un paradoxe. Cependant, la donnée de base d’un projet, avec comme but la relance des Alpes en tant que lieu de vacances, n’est pas un «restyling» de l’offre touristique, mais une réforme de la politique économique qui ait son coeur dans le système des transports. Transports qui ne sont pas le but, mais le moyen de la relance. Si c’est ça l’intérêt, alors l’objectif du plan économique doit s’adresser aux vallées des Alpes, aux communautés, aux communes et aux villages. C’est pour elles qu’on doit retrouver l’équilibre et en même temps leur donner la force d’une attraction et même d’être les protagonistes de la relance. Par nécessité, l’attention doit se déplacer du haut en bas. C’est de la myopie de poursuivre par les moyens de transport tel que les téléphériques une espèce de «restructuration de la haute montagne».

L’adresse évoquée par ce premier débat d’aujourdhui, c’est-à-dire les retombées des «low cost carrier» sur le développement des stations alpines, est rhétorique. Il est évident qu’une organisation rapide et une concentration des flux des vacanciers, telles que la méthode «low cost carrier» l'impose, a comme conséquence une diversité dans l’accueil et dans l’organisation. D’ici, la nécessité, dont je parlais, d’avoir une vue d’ensemble sur le système des transports et non seulement adressée aux Alpes. Les voyages en avion moins chers et qui concentrent les voyageurs peuvent pousser les stations de montagne vers une révolution non seulement de l’urbanisme.

Jusqu’ici, vous vous en êtes aperçus certainement, je n’ai pas parlé d’environnement ou de défense. Il s’agit d’une omission voulue. Je pense que le défi des transports, fondé sur une étude économique concernant le milieu alpin, ne peut que produire un rééquilibre de l’environnement. Dans ce cas aussi, on pourrait bien penser à un paradoxe, mais en réalité un plan faisant baisser, dans le sens de l’altitude, les intérêts de développement et donnant un élan aux stations et aux villages voisins, ne peut qu’avoir parmi ses buts la défense de l’environnement. La réduction de la moyenne des périodes de séjour - cinq jours environ - et une forte concentration des voyages dans les fins de semaine font augmenter les flux du trafic. Un plan des transports doit, par conséquent, envisager un système mixte, entre public et privé. Si les communautés de montagne doivent être protagonistes chez elles et capables de choisir le modèle de transport, elles ont la nécessité de se proposer avec autorité et compétence, dans un dialogue avec la plaine. Le point de départ ne peut être que les transports qui existent déjà.

Les stations de ski ont un taux de trafic et de pollution inacceptables. Les parkings ne sont pas suffisants et l’efficacité des services d’accueil pour les touristes ne peut qu’aller de mal en pire. Le déplacement du modèle urbain de vie et du trafic dans le milieu alpin doit être classé comme passé, sinon n’emporte quel développement est impossible. Pour cela, le système des transports a, outre une valeur économique, même une importance politique et sociale pour l’environnement. Réfléchir pour changer les façons et les moyens de voyager signifie aussi affirmer l’identité alpine, qui, il vaut mieux le rappeler, a dans la lenteur son empreinte génetique.

Les grands tunnels pour le chemin de fer diminuent les temps et rapprochent de plus en plus la plaine à la montagne. Ce sont eux qui nous portent la solution : le train. Un système de liaison entre avion et voiture, voiture-train, avion-train, chemin de fer-téléphérique. Dans ce domaine, les communautés alpines peuvent et doivent choisir. La liberté des vacanciers ne doit pas être entendue liée aux véhicules privés. Les touristes doivent avoir la liberté dans la station de montagne. Et la voiture pourrait être, comme il se passe aujourd’hui déjà, un obstacle à la liberté de mouvement. L’exemple récent de Voralberg, en Autriche, avec les bus de nuit sur requête et avec le «walserbus», pendant le jour, qui a des courses très rapprochées, ou l’exemple plus loin de Zermatt, en Suisse, sont toujours valables. Même Chamonix donne la possibilité à ses hôtes de choisir entre la route et le chemin de fer.

Une utilisation plus intelligente et massive des moyens des transports publics a la nécessité d’une nouvelle organisation de l’accueil. Cela a des retombées sur travail et occupation. Des retombées économiques qui peuvent être très intéressantes soit pour la station soit pour les communes voisines. Pensons, par exemple, à une station interdite aux voitures, qui ait donc la nécessité d‘avoir un point d’arrivée proche des différents moyens de transport. Une gare qui peut concentrer aussi l’offre commerciale et des services intégrés pour obtenir l’accès aux offres touristiques plus en haut. Et pensons, encore, à la possibilité de la relance de l’artisanat typique dans les rues piétonnes et aux possibilités d’une récupération urbaniste, à présent presque impossible pour les exigences du trafic.

Je crois que le moment est venu de nous regarder les pieds plutôt que de lever nos yeux aux sommets des montagnes. Il est absurde d’avoir l’envie de surprendre le monde entier en faisant pousser sur le sommet d’une montagne un restaurant ou un hôtel. Pourtant, il y a déjà un projet en ce sens, tel est le centre commercial que les suisses veulent construire sur le Klein Matterhorn. Les pays sont en train de perdre leur identité et, avec elle, leur charme. Ils ne sont plus un lieu où l’on vit, mais des ports. C’est pour ça qu’on peut parler de colonisation des Alpes par le tourisme.

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