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Les perspectives de croissance du tourisme mondial : la vision de l'OMT deviendra-t-elle réalité ?

Francesco FRANGIALLI - Secrétaire Général de l’Organisation Mondiale du Tourisme

 

 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,

 

Laissez-moi d'abord exprimer ma satisfaction de me retrouver pour la seconde fois à ces "Sommets du tourisme - Chamonix - Mont-blanc". 

À la différence de l'année dernière, je renonce à me lancer sur les traces de Saussure et de Balmat, et, si je reste fidèle aux rives de l'Arve, je m'en tiens prudemment cette année aux doux et plats paysages du Genevois.

Dès le départ, les "Sommets du tourisme" se sont résolument inscrits dans une vision du développement durable du tourisme. Si l'année dernière j'avais traité plus spécifiquement des loisirs de montagne et de sports d'hiver, je voudrais, cette fois, m'efforcer d'aborder le problème du développement durable du tourisme dans sa globalité, comme l'ont fait les ministres du tourisme de l'Union Européenne réunis il y a quinze jours à Lille à l'initiative de la Présidence française.

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L'application du concept de "développement durable" à l'industrie touristique paraît aujourd'hui relever de l'évidence. Mais la démarche n'allait pas de soi au départ, et, d'ailleurs, ne paraît pas avoir toujours été bien comprise par ceux qui s'y réfèrent, car la notion même est complexe. Sauf à user de néologismes, le terme de sustainability est difficile à traduire dans d'autres langues. Ainsi le mot "durabilité" utilisé en langue française, représente une traduction inévitablement appauvrie du concept exprimé en anglais. 

Avant d'aller plus loin, il paraît donc nécessaire de remonter aux sources de la réflexion, c'est-à-dire au rapport intitulé "Notre futur commun" - "Our common future" - préparé en 1987, à la demande de l'Assemblée générale des Nations Unies, par la Commission que présidait Mme Gro Harlem Brundtland, ancien Premier Ministre de Norvège, aujourd'hui Directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé.

La publication de ce rapport a incontestablement représenté une percée autant conceptuelle que sémantique ; elle a servi de base à l'ensemble des travaux préparatoires à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement au cours de laquelle, le 14 juin 1992, les 182 pays réunis à Rio de Janeiro, adoptaient le désormais célèbre Agenda 21.

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Consacré par le "Sommet de la Terre", le concept de développement durable, ou soutenable, apparaît comme une notion éminemment riche dans son contenu, dont il n'est possible de ne donner ici qu'un aperçu limité. Ce concept est synthétisé ainsi dans le rapport susmentionné : "Par nature même, le développement durable est un processus de transformation dans lequel l'exploitation des ressources, la sélection des investissements, l'orientation des techniques et les changements institutionnels se font de manière harmonieuse et renforcent le potentiel présent et à venir, permettant ainsi de mieux répondre aux besoins et aspirations de l'humanité".

On voit donc, sur la base de cette définition, que le concept de "développement durable" recouvre plusieurs notions, celle d'équilibre dans le développement, celle de modération dans l'utilisation des ressources naturelles, celle de l'importance attachée à leur renouvellement, celle d'un processus de croissance s'inscrivant dans la durée, celle de respect de l'intérêt général, celle, enfin, de satisfaction des besoins essentiels de l'humanité grâce à une répartition plus équitable des revenus globalement disponibles.

La recherche de la durabilité se place donc au carrefour d'une triple préoccupation : la poursuite souhaitée d'un développement économique continu sans lequel rien n'est possible, la recherche d'une plus grande justice sociale sur une base mondiale, le souci, enfin, de protection et de renouvellement du patrimoine environnemental, et ceci, dans le contexte d'un monde aux ressources non indéfiniment extensibles, connaissant une progression démographique largement incompressible. Le concept exprime donc, à la fois, une réaction contre les gaspillages inhérents à une croissance incontrôlée et la vision dynamique d'un processus de changement quantitatif et qualitatif, fondé sur cette même croissance dès lors qu'elle serait maîtrisée. C'est ce que traduit fort bien un autre passage du rapport : " le développement durable, est autre chose qu'une simple croissance. Il faut en effet modifier le contenu même de cette croissance, faire en sorte qu'elle requiert moins de matières premières et d'énergie et que les fruits en soient répartis plus équitablement. Ces évolutions s'imposent dans tous les pays, dans le cadre d'un ensemble de mesures visant à préserver le capital écologique, améliorer la répartition des revenus, et réduire la vulnérabilité aux crises économiques ". 

Ajoutons une dernière considération. Le concept du développement durable est, par nature même, global. Le "futur" est en effet inévitablement "commun" dès lors que, ni les phénomènes de développement, ni les problèmes environnementaux ou démographiques ne s'arrêtent aux frontières des pays.

Citons une dernière fois le rapport : "… la capacité des gouvernements à réellement maîtriser les économies nationales se réduit du fait de l'interaction croissante de ces économies sur un plan international. Par exemple, en raison des échanges internationaux de marchandises, les problèmes de capacité de transport et de pénurie de ressources sont devenus une préoccupation internationale. Si la puissance économique et les bénéfices découlant du commerce international étaient l'objet d'une répartition plus égale, on reconnaîtrait alors plus facilement l'intérêt commun. Or, les gains provenant du commerce international sont in équitablement répartis, si bien que la structure des échanges de sucre, pour prendre cet exemple, affecte non seulement la production sucrière locale, mais encore l'économie et l'écologie de nombreux pays en développement fortement tributaires de ce produit".

Remplaçons dans cette citation le mot "sucre" par celui de "tourisme", et il saute aux yeux que le concept de développement durable s'applique à l'évidence pleinement à un secteur par essence international comme l'activité touristique.

Encore fallait-il le dire, et on sera frappé par la constatation que l'industrie touristique ne fait l'objet d'aucune mention significative dans le rapport "Notre futur commun". Elle n'apparaît, ni dans le chapitre II définissant le concept même de "développement durable", ni dans la seconde partie du rapport où sont passées en revue, les unes après les autres, les grandes activités sectorielles.

Première poste des échanges commerciaux internationaux, le tourisme n'est pas apparu comme une préoccupation importante aux initiateurs de la réflexion sur la "durabilité", et ceci alors même que des développements importants étaient, par ailleurs, consacrés dans le rapport, à des activités, certes intéressantes, mais peut-être moins significatives pour l'économie mondiale, telles que l'aquaculture ou la production de charbon de bois. Ce type d'omission révélatrice, alors que les impacts, positifs ou négatifs, de l'activité touristique sur les sociétés et les milieux naturels sont de plus en plus évidents, montre le chemin qu'il reste à parcourir pour faire apprécier l'activité touristique à sa juste mesure. C'est pour y remédier que l'OMT avait entrepris de s'investir dans la préparation du "Sommet de la Terre" de 1992, et je me souviens, personnellement, des réunions difficiles où, comme Secrétaire général adjoint de notre Organisation, j'expliquais aux représentants incrédules des différentes institutions des Nations Unies, le poids économique et l'importance écologique du tourisme. 

Notre démarche fut couronnée de succès, et, assistant au Sommet de Rio, mon prédécesseur, M. Antonio Enríquez Savignac, réussit à faire inscrire le tourisme dans l'Agenda 21. 

Certes, les mentions introduites étaient brèves, et loin de refléter la dimension - et, par certains aspects, l'acuité - du problème, mais l'important est qu'il s'est agi d'un point d'accrochage auquel il est possible maintenant de se référer. C'est ce qui permet, parmi d'autres développements, la tenue de cette Conférence d'aujourd'hui.

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Ajoutons que, depuis Rio, l'Organisation mondiale du tourisme s'est efforcée de s'inscrire au cœur du dispositif de mise en œuvre de l'Agenda 21 pour autant qu'il concerne le tourisme. 

C'est dans cet esprit qu'en 1997, j'ai rendu compte à l'Assemblée générale des Nations Unies, tenue spécialement cinq ans après Rio, des progrès accomplis, mais aussi des opportunités manquées et des immenses difficultés qu'il restait à surmonter. 

De même, en avril 1999, notre Secrétaire général adjoint, M. Dawid de Villiers, a conduit à New York une délégation de ministres du tourisme et de responsables du secteur privé à l'occasion de la tenue de la Septième Commission du développement durable (CDD) des Nations Unies, spécialement consacrée au tourisme. L'OMT s'est vu reconnaître à cette occasion un rôle central dans la mise en œuvre des recommandations de la CDD. 

Enfin, la logique du développement durable inspire pour une large part le Code mondial d'éthique du tourisme, adopté par l'Assemblée générale de l'OMT en octobre 1999, à Santiago du Chili. Ce Code représente incontestablement une avancée dans l'histoire du tourisme international, et je me félicite des exemples donnés par des pays comme la France, en le mettant concrètement en application en partenariat avec les grandes branches professionnelles de l'industrie touristique, ou par l'Argentine, en le faisant approuver solennellement par son Parlement. C'est dans l'esprit du Code mondial d'éthique que l'OMT s'apprête à se faire le relais de l'Union Européenne, laquelle vient de décider d'appuyer financièrement nos efforts pour lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants dans l'industrie touristique.

* * *

La préoccupation du développement durable est ainsi reconnue comme une nécessité d'aujourd'hui ; elle sera, encore plus, un impératif de demain.

Au cours des cinquante dernières années, le tourisme a enregistré une croissance exponentielle partout dans le monde, tant au niveau international qu'à l'intérieur des pays. Il a, sans qu'on en prenne toujours immédiatement conscience, constitué un facteur puissant de développement économique dans les économies anciennement industrialisées d'Europe et d'Amérique du Nord. Puis, à leur tour, les pays en développement, d'Asie, du Moyen-Orient, d'Afrique et d'Amérique latine, en ont expérimenté les bienfaits ; ils ont découvert que là où le tourisme avance, la pauvreté et la précarité reculent.

En Europe, en particulier, le tourisme est devenu une source importante de création d'emplois, à une époque où, malgré les améliorations récentes, le niveau du chômage demeure préoccupant. Le tourisme a ouvert dans certaines régions en retard de développement, de nouveaux espaces à l'esprit d'entreprise et à la vie des hommes.

Constituant une des rares activités susceptibles de remplacer une agriculture traditionnelle en disparition ou une industrie manufacturière en mutation, il représente une opportunité de renaissance économique, de maintien des facilités commerciales et des services publics, et de réorientation de la main-d'œuvre dans les zones menacées de déclin. Inversement, nombreux sont les pays ou régions de l'Europe et du monde, qui découvrent, souvent d'une façon un peu tardive et après avoir laissé s'altérer leurs espaces les plus fragiles, que le tourisme non planifié et non ordonné comporte des impacts graves sur l'environnement et les sites, et qui commencent à en tirer les conséquences.

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Entre 1960 et 1999, les arrivées de touristes internationaux sont passées de 70 à 664 millions dans le monde, et de 50 à 394 millions en Europe. Cela va-t-il continuer ? Convient-il de s'attendre à une progression indéfinie, certes bénéfique mais incontrôlée, du tourisme mondial ? C'est sans doute, dans l'état actuel des choses, l'hypothèse la plus vraisemblable tant apparaît attractive la démocratisation des transports et tant sont fortes l'aspiration aux loisirs et la soif de découverte des hommes, aiguisées par les sollicitations des moyens modernes de communication.

Mais un tel mode de croissance exponentielle serait sûrement inacceptable pour beaucoup. Déjà, le paysage du transport aérien mondial, transformé par les alliances globales entre compagnies, est affecté par la congestion du ciel et celle des infrastructures aéroportuaires, conséquences de l'augmentation vertigineuse du trafic mais aussi d'une dérégulation mal maîtrisée. Déjà, l'environnement physique et les communautés d'accueil souffrent de la mise en exploitation anarchique des sites, de la fréquentation excessive de certains monuments, de l'expansion débridée de certaines destinations et de la densification déraisonnable de certaines constructions. Alors que la pression s'accentue, des phénomènes de rejet se manifestent, à l'exemple de ceux observés dans les îles Baléares en 1999. L'Organisation mondiale du tourisme, à maintes reprises, mais de manière peut-être encore insuffisamment audible, a dénoncé ces excès.

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Mesdames et Messieurs,

On imagine aisément les conséquences prévisibles - et largement intolérables - que le triplement des flux mondiaux sur l'espace d'une génération (1995-2020), et leur doublement en Europe, annoncés par l'OMT, s'apprêtent à véhiculer avec eux si cette croissance n'est pas encadrée : pressions insupportables sur les milieux naturels et les espaces fragiles, les littoraux et la haute montagne, congestion inquiétante affectant les centres urbains, les sites et les monuments les plus fréquentés, insuffisance des infrastructures de transports, des équipement et des services publics, besoins en eau et en énergie croissants entrant en concurrence avec ceux des populations locales, appareils de formation dépassés, cultures et traditions locales menacées.

Que se passera-t-il en 2020, dans chacun de ces domaines, lorsque les arrivées de visiteurs internationaux dépasseront 1,5 milliard et que celles de touristes nationaux seront bien plus nombreuses encore ? Que se passera-t-il en Europe, au même horizon, lorsque le nombre des mêmes arrivées s'élèvera à 730 millions (toujours sans compter les déplacements intérieurs aux pays), au lieu de 394 millions l'année dernière, et que les courts séjours, avec les contraintes de déplacements qu'ils induisent, continueront de se multiplier ?

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L'urgence de progresser dans l'application des principes de durabilité aux activités touristiques est donc évidente. Pour cette raison, l'Organisation mondiale du tourisme a, au cours de ces dernières années, engagé une action de sensibilisation de grande envergure, au travers notamment de l'adoption du Code mondial d'éthique du tourisme. Avant et après la Conférence de Seattle de l'OMC, elle a plaidé auprès de l'Organisation mondiale du Commerce pour l'inclusion d'un texte d'application à l'accord de 1994 sur les échanges de services (GATS), spécifique au tourisme. Un séminaire sera organisé ici même à Genève, en début d'année prochaine, par l'OMC en liaison avec nous, pour préparer ce document. Référence y serait faite à l'impératif du développement durable et au respect des règles posées par le Code mondial d'éthique. Au total, l'OMT a multiplié les efforts de sensibilisation et de divulgation de concepts, mais surtout entrepris de diffuser des méthodes pratiques d'intervention et d'action.

Cette stratégie se reflète dans plusieurs ouvrages récemment édités par elle, publiés notamment dans la perspective de la septième réunion de la CDD ou comme prolongement de celle-ci. Quatre documents sont en particulier susceptibles d'intéresser les aménageurs d'espaces touristiques et les gestionnaires de sites. 

Il s'agit d'abord de "l'Agenda 21 pour les voyages et le tourisme", édité en 1996 en collaboration avec le World Travel and Tourism Council et le Conseil de la Terre ; ce document constitue une première au niveau international : aucun autre secteur d'activité économique n'a préparé ainsi son propre Agenda 21, déduit de celui, général, adopté au "Sommet de la Terre". Il convient, en deuxième lieu, de signaler la publication en 1997, du manuel technique spécialement destiné aux aménageurs intervenant dans le domaine du tourisme, qui décrit les principaux indicateurs relatifs à une gestion durable des destinations (indicateurs d'impact, mesure de la capacité de charge…). De même, en 1999, l'Organisation a fait paraître un guide à l'intention des élus et des administrations locales, refonte d'une publication antérieure de 1993 ; cette fois-ci, trois volumes régionaux supplémentaires accompagnent la publication centrale. Enfin, l'OMT vient d'éditer, il y a quelques semaines seulement, un nouvel ouvrage passant en revue 50 cas de projets touristiques considérés comme exemplaires du point de vue de leur durabilité économique, environnementale et sociale ; pour chaque exemple sélectionné, ont été identifiés les facteurs qui ont permis le succès. La dissémination des bonnes pratiques, telles que celles décrites dans cet ouvrage, apparaît en effet fondamentale dans un secteur multiforme où les décideurs publics et privés sont nombreux et où cohabitent des grandes sociétés multinationales et un ensemble diversifié de petites et moyennes entreprises.

Il convient d'ajouter que, prochainement, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l'OMT publiera un guide complet de planification et de gestion durables du tourisme dans les parcs nationaux et les aires protégées, alors que d'autres contributions techniques sur des thèmes plus spécialisés seront apportées par ses collaborateurs ou experts dans de nombreuses revues techniques et conférences internationales.

Mais ce n'est pas seulement par l'intermédiaire des publications et de la dissémination des connaissances et pratiques qu'il convient d'agir. Une série d'autres activités sont réalisées par l'OMT pour s'assurer qu'un véritable transfert de connaissances s'opère effectivement entre l'Organisation et ses États membres, et en particulier entre les pays touristiques les plus avancés et les pays moins développés, l'OMT agissant comme véhicule pour que ce transfert ait lieu. A ce titre, l'OMT s'est efforcée, non sans difficultés, de concert avec le PNUE, de promouvoir hors d'Europe le concept de "Pavillon bleu" pour la qualité des plages et des eaux de baignade. De même, notre Organisation intervient grâce à l'appui technique apporté tant par le PNUD que par certains gouvernements (espagnol, français, néerlandais…) pour la réalisation de divers projets et missions techniques en faveur de pays du Tiers-monde soucieux de s'engager dès le départ dans un mode de développement équilibré et responsable.

Parmi ces activités, peuvent être également mentionnés les ateliers régionaux pour l'application des "indicateurs de durabilité" dans le tourisme. Quatre ont été réalisés à ce jour avec la participation d'une trentaine de pays. Un autre est prévu en Croatie en janvier prochain. De même, les cours de "planification durable du tourisme", destinés aux autorités locales des pays en voie de développement, ont attiré jusqu'à présent plus de 300 maires et élus locaux. L'OMT a également organisé à San Marino en 1995 et à Heidelberg en 1996, des séminaires techniques consacrés spécifiquement aux problèmes rencontrés en Europe, par les centre-villes historiques intensément fréquentés. Enfin, deux conférences internationales, à Lanzarote en 1998 et à Capri en 2000, ont eu pour objet d'examiner les conditions susceptibles d'assurer le développement durable du tourisme dans les îles et les petits états insulaires, et en particulier les rapports entre durabilité du tourisme et compétitivité dans les îles à haute fréquentation touristique de la Méditerranée. Une conférence du même type est programmée en décembre de cette année à Hainan (Chine) pour la zone Asie-Pacifique, à laquelle je me rends cet après-midi immédiatement après vous avoir quittés.

Il est prévu, dans la perspective de la croissance attendue des flux (dont les effets seront accentués par la multiplication des départs et le raccourcissement des séjours), de porter une attention particulière dans le futur programme de travail 2002-2003 de l'OMT, aux problèmes de congestion des infrastructures affectant les sites naturels, les monuments et les musées ainsi qu'aux phénomènes de saisonnalité et aux politiques aptes à y remédier. L'utilisation des nouvelles technologies de l'information comme mode de solution partiel des phénomènes d'encombrement et de congestion des infrastructures de transports et des destinations, devra constituer l'une des nouvelles préoccupations de l'OMT dans le cadre de son futur programme 2002-2003.

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L'ensemble des actions en faveur du développement durable posent un problème majeur : la quête de la durabilité et de la qualité environnementale se fait-elle au détriment de la compétitivité ? Il importe, pour répondre à cette question, de noter que la notion même de compétitivité évolue. Elle intègre de plus en plus, des aspects liés à la qualité des produits et services touristiques, et ne se réfère plus seulement au niveau comparatif des prix. Cette tendance s'observe parmi la clientèle des marchés émetteurs les plus développés, dont ceux de l'Union Européenne et du Japon. La qualité en tourisme comporte un grand nombre de paramètres ; parmi ceux-ci, la durabilité environnementale et l'authenticité culturelle des destinations constituent, de plus en plus, des éléments fondamentaux qui souvent font la différence du point de vue du consommateur. Une enquête d'une grande banque allemande a ainsi révélé que, sur ce marché, un voyageur sur deux prenait en compte la qualité environnementale de la destination dans le choix de son lieu de vacances.

Cette tendance, si elle devait se confirmer, serait une bonne nouvelle. Elle signifierait, non pas que les législations et réglementations protectrices de l'environnement et des sites touristiques deviennent désuètes, loin de là, mais que, pour une part, la quête de la durabilité commence à se faire avec le marché et non contre lui. Encouragés par leurs clients, les grands opérateurs, au lieu de pousser l'aménagement à tout va, font désormais pression sur les destinations pour qu'elles offrent des paysages urbains embellis, des densités de construction raisonnables, des plages et des eaux de baignade propres, une flore et une faune protégées, des aires naturelles préservées, des produits fondés sur le tourisme de nature et l'écotourisme.

L'OMT, de concert avec le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) et l'UNESCO, travaille depuis deux ans, avec les grands tours opérateurs européens pour encourager cette tendance. Elle agira dans le même sens en coordonnant conjointement avec le PNUE, les activités de l'Année internationale de l'écotourisme déclarée par le Conseil économique et social des Nations Unies pour 2002, parallèlement à l'Année de la montagne, placée, elle, sous l'égide de la FAO.

Une série d'événements thématiques ou régionaux, consacrés aux divers aspects et produits de l'écotourisme auront pour objet soit de préparer, soit de mettre en œuvre, les orientations qui seront arrêtées lors du Sommet prévu au mois de mai 2002 à Québec, à l'invitation du gouvernement du Canada et des autorités provinciales et locales. À l'initiative de l'Autriche, les produits de l'écotourisme en montagne devraient figurer en bonne place sur l'agenda de la Conférence de Québec.

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Mesdames et Messieurs,

Nous avons avec nous ici aujourd'hui une majorité de participants européens. C'est pourquoi je voudrais, en conclusion, souligner qu'une double responsabilité me paraît incomber à l'Europe dans la mise en œuvre d'une politique de développement durable du tourisme.

D'abord, parce qu'il appartient à l'Europe de mettre en œuvre par priorité une telle politique à l'intérieur de ses frontières.

Cette année, les pays du continent européen enregistreront plus de 400 millions d'arrivées de touristes internationaux, soit environ 60 pour cent du total mondial. S'y ajouteront des flux encore plus importants de visiteurs se déplaçant à l'intérieur desdits pays. Les déplacements intra régionaux, internationaux ou domestiques, continueront de représenter ainsi la plus grande partie du total des arrivées sur le continent. C'est en Europe que se déplacent essentiellement les touristes européens ; c'est donc en Europe que doivent, par priorité, être mises en œuvre des stratégies de développement durable à l'endroit des consommateurs européens eux-mêmes.

De telles stratégies se doivent naturellement d'intégrer de nombreuses composantes : conception des infrastructures et des systèmes de transport, maîtrise des consommations en eau et en énergie dans les établissements touristiques, gestion des déchets et des rejets générés par ces mêmes établissements, création de produits "doux" liés à l'écotourisme, au tourisme de nature et au tourisme rural, politiques de planification locale et réglementations destinées à assurer la protection des sites fortement fréquentés et des espaces sensibles. Elles doivent se centrer sur ces vraies questions, et non se focaliser sur de faux problèmes. 

Type même de faux problème - et de fausse solution - la proposition, qui a été formulée, d'encadrer autoritairement le nombre des déplacements touristiques et de pénaliser financièrement les départs - et notamment les voyages aériens et l'usage de la voiture individuelle à des fins de loisirs - afin de réduire la consommation d'énergie, l'impact sur la couche d'ozone et l'effet de serre. Soyons clairs : de telles propositions seraient à la fois impraticables dans leur éventuelle mise en œuvre, marginales dans leur impact, et pour le moins incertaines dans leur incidence économique.

Impraticables, car si elle devait prendre la forme d'un contingentement des départs, elles se révéleraient inacceptables pour les opinions publiques et totalement incompatibles avec l'une des libertés individuelles élémentaires dans une société moderne, le droit de se déplacer quand et où on le souhaite.

Marginales, car les consommations additionnelles, notamment d'énergie, induites par l'activité touristique n'ont rien à voir avec celles d'autres secteurs, le transport aérien ne représentant que moins d'1,5 pour cent du total des émissions des gaz contribuant à l'effet de serre et au réchauffement climatique. Ainsi qu'il l'a été confirmé au cours des débats tenus récemment à La Haye (et malgré l'échec de la Conférence organisée par les Nations Unies), c'est, par la réorientation des politiques énergétiques et en limitant la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles, par le développement de nouveaux modes de production agricole, et par un contrôle effectif des émissions industrielles que l'on tiendra les objectifs de la Convention de Kyoto, et non par la réduction imposée de l'activité touristique. Comme l'OMT l'avait déjà fait valoir au Sommet de Rio, "a smokeless industry", le tourisme est, à production de valeur ajoutée égale, bien moins polluant que d'autres activités humaines.

Incertaines, enfin, dans leurs incidences économiques prévisibles, surtout en période de prix élevé des produits pétroliers. En particulier, la pénalisation financière, qui a été proposée, des déplacements aériens à longue distance, d'une part, fausserait la concurrence bénéfique entre destinations, d'autre part, pénaliserait celles d'entre elles qui se trouvent les plus éloignées des marchés émetteurs principaux, et qui correspondent, le plus souvent, aux pays en développement les plus pauvres. C'est la raison pour laquelle il paraît souhaitable d'étudier avec attention les incidences touristiques réelles d'une taxation du kérosène telle qu'elle a été par exemple proposée par l'Union Européenne au nom du principe "pollueur - payeur".

Dans la mise en œuvre d'une stratégie de développement durable du tourisme, il convient donc de traiter des vrais problèmes - comme le sont par exemple la recherche de technologies moins consommatrices d'eau et d'énergie dans les hébergements et la préférence donnée à des modes de transports de passagers moins polluants - et non de s'engager inconsidérément sur de fausses pistes.

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La seconde responsabilité de l'Europe se situe vis-à-vis de l'extérieur.

Représentant comme marché émetteur, 58 pour cent du total mondial des départs, l'Europe se doit de donner l'exemple.

Elle se doit aussi d'utiliser, au travers de l'assistance qu'elle apporte à l'extérieur aux pays en développement, ses ressources d'une manière qui corresponde à la vision qu'elle entend promouvoir, du développement durable.

Il est étrange, à cet égard, que l'Union Européenne fasse bien davantage pour le développement touristique à l'extérieur de ses frontières, qu'à l'intérieur de celles-ci. Mais puisqu'un tel levier existe, celui de l'aide au développement touristique de certains pays tiers avec lesquels une coopération institutionnalisée a été établie, utilisons-le de manière positive.

Au titre des conventions successives de Lomé pour les pays ACP, des aides apportées à certains pays d'Asie du Sud ou d'Asie de l'Est, des moyens mis en œuvre en Méditerranée depuis 1995 dans le cadre du processus de Barcelone, confirmés récemment lors de la réunion de Marseille avec l'adoption du programme MEDA II, ou encore des actions spécifiques destinées à l'Europe centrale et orientale dans le cadre des programmes PHARE et TACIS, l'Europe, à juste titre, apporte des contributions significatives aux pays neufs ou à l'économie en transition, soucieux de développer leur industrie touristique.

Une telle assistance peut constituer un levier fort d'incitation au développement durable du tourisme dans les pays qui en sont bénéficiaires.

Il conviendrait dès lors, comme le fait déjà le PNUD et comme commence à s'y engager la Banque mondiale depuis l'accord signé l'année dernière avec l'OMT, de privilégier les interventions structurelles à plus long terme, par exemple en terme de planification du développement sous forme de l'établissement de plans directeurs du tourisme, de formation des personnels ou de conception des infrastructures, toutes actions décisives quant à la qualité du développement que l'on cherche à promouvoir. 

Une telle réorientation serait pour l'Union Européenne un moyen de mettre en œuvre concrètement les principes qu'elle a proclamés le mois dernier à Lille lors de la réunion de ses Ministres du tourisme, et de se faire, à l'extérieur de ses frontières également, le champion d'une stratégie de développement durable du tourisme. Elle pourrait trouver place dans la redéfinition de la politique européenne d'aide au développement, récemment annoncée, qui devrait être marquée par un recentrage autour de quelques grands domaines d'intervention.

"L'Europe propose aux pays en développement un partenariat pour le développement durable" a dit, il y a deux semaines, M. le Président Jacques Chirac au nom de l'Union Européenne, à la Conférence de La Haye sur les changements climatiques. A nous de faire en sorte qu'un tel partenariat prenne aussi son sens dans le domaine qui est le nôtre : celui du tourisme.

Je vous remercie. 

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