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Les Sommets du Tourisme : une nouvelle forme de dialogue et d'action
Alain CLERC - Président de l'Observatoire Mont-Blanc Léman (OML), Archamps, France
Il n'appartient pas aux organisateurs de cette manifestation de se féliciter seuls du déroulement de ce IIe Sommet. Nous nous réjouissons cependant de cette dynamique collective qui permet de faire émerger de nouvelles idées.
Certes, nous n'avons pas clos le débat. La discussion sur la croissance économique et le tourisme durable ne peut pas être achevée en trois jours. Nous sommes donc conscients de laisser ouvert encore de nombreuses questions. Le but des Sommets du tourisme n'est évidemment pas d'aboutir, chaque fois, à des conclusions définitives.
Le tourisme, nous l'avons vu lors des tables rondes, reste une activité qui obéit à des critères particuliers qui diffèrent encore selon les cultures, les niveaux de développement et les expériences propres à chaque pays. La démonstration en a été encore faite tout à l'heure par le Professeur William Gartner de l'Université du Minnesota. La globalisation à laquelle de nombreux orateurs ont fait allusion ne ramènera pas à un dénominateur commun les différences qui constituent la richesse de notre monde.
L'approche "corporate business" ou les économies d'échelle si souvent évoquées ces derniers jours ne sont évidemment pas non plus la solution à toutes nos questions.
Nous vivons dans un monde toujours plus complexe, voire chaotique avec des évolutions difficiles à appréhender. Dans ce contexte, il devient essentiel de susciter le débat et l'échange d'expériences car, de toute évidence, personne n'est aujourd'hui capable seul de fournir les réponses appropriées aux questions qui nous assaillent.
Il faut donc "créer du débat" entre tous les partenaires impliqués. Même si nous ne partageons pas les positions de tous nos partenaires, il y a une certaine vertu à prendre acte de leurs positions. Il importe, dès lors, de rester ouverts aux nouvelles initiatives prises dans d'autres destinations touristiques.
J'aimerais dans ce contexte me féliciter de l'initiative prise par Mme. Comparini d'organiser à Lyon l'année prochaine une réflexion sur le tourisme à l'orée de 2020. Comme l'a déjà rappelé le Maire de Chamonix, M. Michel Charlet, les Sommets du Tourisme sont évidemment très heureux d'être associés à cette démarche.
Il convient également de rester sensible au développement des mentalités. L'écologie faisait frémir une grande partie de nos concitoyens il y a guère plus d'une décennie. Pratiquement plus personne aujourd'hui ne s'exprime sur le tourisme sans se référer à l'environnement. De même, alors que la dérégulation apparaissait encore il y a quelques années comme la panacée à tous nos problèmes, l'importance du rôle de l'État dans les politiques touristiques vient d'être évoqué avec beaucoup de pertinence lors de la session présidée par le Pr. Adejuwon.
Ce bref rappel de l'évolution des attitudes explique pour quelles raisons il convient de réunir autour d'une même table tous les partenaires concernés par le tourisme durable. L'échange d'idées et, bien sûr, la confrontation des expériences sont le fondement de tout développement. L'approche que nous préconisons est d'autant plus nécessaire que la Recherche et Développement (R&D) fait cruellement défaut dans le domaine du tourisme.
Les Sommets du tourisme, c'est justement ce défi de réunir dans un même lieu - dans une atmosphère conviviale - des partenaires de tous les secteurs - privés, publics, associatifs et académiques - des partenaires également de tous les horizons. Le projet de réseau de chemins pour randonneurs, cyclistes et patineurs qui nous a été présenté hier après-midi peut certainement essaimer dans d'autres pays, tout comme certaines décisions appliquées avec succès à Aspen au Colorado, comme vient de le dire Madame Rachel Richards, Maire d'Aspen, peuvent stimuler de nouvelles initiatives notamment dans les Alpes. Il en va de même dans la campagne "visiting Australia" qui vient de nous être présentée par M. David Mc Carthy.
Nous sommes heureux à cet égard de constater que la participation à ces IIe Sommets du tourisme s'est étendue cette année à des représentants des cinq continents.
Il importe cependant que l'échange se fonde sur d'authentiques expériences testées sur le terrain sinon nous risquons de nous cantonner dans des approches trop académiques. Le développement d'un tourisme durable constitue donc une démarche itérative qui ne peut aboutir que si elle est constamment alimentée et enrichie par la confrontation des faits.
Les Sommets du tourisme ne sont pas non plus figés dans une formule définitive. Dès le départ, nous avions décidé de rester flexibles et ouverts à la fois aux évolutions en cours, aux progrès technologiques et aux attentes des opérateurs et du public.
Monsieur Paul Dubrule, le co-fondateur d'un des plus grands groupes touristiques au monde, le groupe Accor, l'a souligné lors de l'ouverture à Genève : les Sommets répondent à un besoin évident de dialogue et d'actions innovantes.
Cet espace d'échanges, cette plate-forme de confrontations par l'action, ce laboratoire d'idées a d'emblée été conçu avec une dimension internationale.
Cette année, nous avons opéré une ouverture sur la Genève internationale en liaison étroite avec les autorités genevoises et l'Office genevois du tourisme. Nous espérons conforter ces prochaines années ce partenariat avec d'autres espaces, d'autres villes, d'autres territoires. Ce partenariat au delà des villes de Turin ici présente, de Grenoble et des vallées d'Ax doit s'ouvrir aux pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Sud également concernés par les conséquences des nouveaux flux touristiques.
Le concept sur lequel nous travaillons actuellement entend prendre également en compte les opportunités offertes par les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Dès l'année prochaine, les débats que nous engageons devront être enrichis grâce à l'échange de vues permanent sur le réseau des info routes. Nous réfléchissons aussi aux possibilités d'inclure de manière plus active les entreprises à nos discussions et nous envisageons dans ce but des "posters sessions" sur des thèmes spécifiques.
Nous travaillons en outre à l'élaboration d'une charte qui serait la base d'une série d'actions propres au Sommet, notamment la remise d'un prix des Sommets du Tourisme à des actions innovantes s'inscrivant tout particulièrement dans le concept du tourisme durable. Le réseau qui vous a été présenté hier matin par Christophe Devouassoux a suscité durant ces deux derniers jours un fort intérêt de nombreux participants et nous espérons qu'il constitue dorénavant une plate-forme permanente d'échanges entre tous nos partenaires.
Le cycle de conférences que nous avons envisagé nous amènera à aborder, l'année prochaine, les aspects sociaux et sociétaux du tourisme durable comme va vous l'expliquer M. Peter Keller. Il constituera aussi l'occasion de nouveaux échanges avec des partenaires qui n'ont jusqu'à ce jour pas été impliqués dans nos discussions. Je pense en particulier aux représentants des milieux syndicaux.
Voilà, Mesdames et Messieurs, quelques pistes de réflexions qui témoignent de notre engagement. C'est la contribution que nous voulons apporter aux exigences d'un tourisme durable à la fois plus juste, plus équilibré et plus humain.
Nous vous remercions de votre confiance.
A l'année prochaine aux 5, 6, 7 décembre 2001 !