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Les objectifs des Sommets du Tourisme Chamonix Mont-blanc / Genève
Michel CHARLET - Maire de Chamonix et Président des Sommets du Tourisme
Monsieur le Président,
Madame la Ministre,
Monsieur le Conseiller d'État,
Excellences,
Mesdames, Messieurs les représentants des organisations internationales
Mesdames, Messieurs les Maires,
Chers participants des Sommets du Tourisme,
Chers amis,
En tant que Président des Sommets du Tourisme, mais surtout en qualité de Maire de Chamonix et Vice-président du Conseil Général de Haute-Savoie, j'aimerais vous dire tout le plaisir et l'honneur que je ressens d'ouvrir à Genève, à la veille de la fête de l'Escalade, si chère aux Genevois, les deuxièmes Sommets du Tourisme.
Cet honneur, j'en suis d'autant plus conscient que l'initiative que nous avons lancée il y a deux ans, avec l'appui de l'Observatoire Mont-Blanc Léman du développement durable (OML), reste hautement ambitieuse. Il ne s'agit pas moins, à l'orée de cette nouvelle décennie, que de mettre en débat le tourisme et de révéler des solutions pour répondre aux défis qui nous sont posés.
Le tourisme peut être en effet un formidable facteur d'enrichissement des populations qui permet de diffuser les connaissances, de favoriser la compréhension mutuelle, de stimuler la croissance de tous nos pays et en particulier des pays en développement.
Mais c'est aussi un acteur potentiel de déséquilibres culturels et sociaux, de détérioration des systèmes écologiques, de mise en danger des patrimoines avec toutes les conséquences sociales et politiques que ces perturbations peuvent entraîner.
Le tourisme, véritable phénomène de société, au cur des préoccupations transversales de toute la société civile, reste donc encore en quête d'une vision universelle respectueuse des intérêts des populations d'accueil, de leurs patrimoines et de notre environnement tant sur le plan local que global.
Le tourisme maîtrisé appelle incontestablement une autre façon de penser les investissements et d'organiser les infrastructures mais aussi "une autre façon de voyager".
Il convient de réfléchir à de nouveaux mécanismes d'autorégulation avec l'ensemble des partenaires impliqués dans son développement (secteurs privé, public, associatif et milieu universitaires).
Notre tâche est périlleuse parce que ces deuxièmes Sommets interviennent après une première édition couronnée de succès. Notre challenge consiste donc non seulement à renouveler ce succès mais aussi à asseoir ses fondements et à convaincre tous nos partenaires de la nécessité de cette démarche.
Évidemment, nous ne sommes pas restés dans l'expectative. Nous avons, ces derniers mois, multiplié nos contacts, élargi notre partenariat, participé à de très nombreuses réflexions, engagé un premier cycle de formation, développé notre réseau informatisé. En dépit de moyens limités, ces efforts ont porté leur fruit. L'année passée, je suggérai notamment à Madame DEMESSINE d'envisager la tenue d'une réunion des ministres francophones du tourisme à Chamonix. Je peux confirmer que cette idée a été retenue aujourd'hui par la Francophonie qui en débattra lors de l'une de ses prochaines réunions ministérielles en vue de faire adopter cette proposition lors de la prochaine conférence des Chefs d'État de la Francophonie qui se tiendra à Beyrouth dans moins d'un an.
Dans un autre domaine, à la demande de la Mission Interministérielle de l'Effet de Serre (la MIES), nous avons tenu en juin de cette année, une rencontre sur la question des changements climatiques et de ses incidences sur le milieu montagnard.
Au mois de juin, nous avons organisé à DIVONNE, en liaison avec le Centre International de Formation des Acteurs Locaux (le CIFAL), un premier module de formation des acteurs locaux sur les nouveaux défis posés par le développement touristique.
Ce ne sont là que quelques exemples - je pourrai en citer d'autres - mais ils sont symptomatiques de notre volonté d'intervenir avec force et intelligence dans ce débat qui, je le dit haut et fort, est non seulement incontournable mais concerne au premier degré toute la société civile.
Après avoir abordé l'an passé les impacts environnementaux du tourisme et précisé le sens d'un tourisme durable, et avant de nous engager l'année prochaine sur les impacts sociaux du tourisme, il importait de porter le débat sur les relations du tourisme avec notre développement économique. J'aborde ainsi maintenant le thème de ces deuxièmes Sommets.
Le thème de la croissance est particulièrement important alors que nos économies, en-traînées par une conjoncture favorable, s'engagent dans de nouveaux investissements lourds en matière d'infrastructures touristiques. Je rappelle à titre d'exemple que, selon une étude américaine, l'industrie des "parcs à thèmes" pèse cette année, aux États-Unis 9,5 milliards de dollars (avec une hausse de 4,4% sur une année). En Europe, ce chiffre se situe à 2,5 milliards de dollars. Ces données font naturellement rêver nombre d'élus locaux mais nécessitent évidemment une réflexion approfondie sur les conséquences réelles de ces types d'engagement sur la croissance. J'évoque d'autant plus volontiers cet aspect que j'ai personnellement renoncé à Chamonix à l'implantation d'un parc à thème dédié aux montagnes du monde car je n'étais pas convaincu de ses incidences positives pour notre développement économique et touristique.
La Commission européenne dans ses dernières conclusions relatives au potentiel du tourisme publiées il y a à peine trois semaines, recommandait justement quatre types d'actions qui correspondent point pour point aux efforts que nous entreprenons depuis deux ans, notamment :
- la coopération entre les principaux acteurs socio-économiques et la création de réseaux, qui est l'essence même de la démarche des Sommets du Tourisme,
- la prise de conscience des problèmes, qui répond à l'engagement des débats que nous aurons ces trois prochains jours,
- l'information, j'ajouterai personnellement la sensibilisation, c'est le sens des engagements que nous avons pris dans le cadre de la charte des Sommets du tourisme,
- le suivi et la fonction de veille, qui est également une des propositions contenues dans notre démarche et dans notre charte et auquel nous répondons à travers le réseau que nous construisons.
Je me réjouis par ailleurs de l'initiative prise par Madame DEMESSINE qui a organisé un séminaire et une rencontre des ministres européens du tourisme le 22 novembre dernier à Lille. C'est un signe fort qu'elle adresse à tous nos partenaires européens, c'est un sillon tracé pour réinventer une politique à la hauteur des défis que nous devons relever, tous ensemble et dans une même démarche. Et je me félicite de la collaboration de plus en plus étroite entre son ministère et les Sommets du Tourisme.
Sans trop empiéter sur le thème des troisièmes Sommets du Tourisme de 2001, j'aimerais ajouter, au risque de passer pour politiquement incorrect , que nous devons être extrêmement attentifs aux incidences sociales du développement du tourisme. Les enjeux d'un tourisme moderne et durable ne se limitent pas seulement aux incidences écologiques des flux touristiques, à leurs conséquences sur nos économies régionales et nationales, mais ils concernent également la main d'uvre et les conditions de travail à la fois dans nos pays industrialisés - je pense ici au recours parfois abusif du travail temporaire et saisonnier - et dans les pays en développement.
Cette réflexion qui me ramène sur nos terres, m'incite à souligner que nos débats ne doivent pas rester académiques, qu'ils doivent être des "facilitateurs" de solutions concrètes. Il convient, selon la formule consacrée, de balayer devant nos propres portes. Les Sommets du Tourisme ne seront crédibles ni à Chamonix ni à Genève si nous restons insensibles aux conséquences du développement touristique dans notre région.
Nos concitoyens, le phénomène est suffisamment sensible pour que nous l'abordions, ont perdu une partie de la confiance qu'ils ont jusque récemment accordé aux pouvoirs publics. Divers facteurs peuvent expliquer ces désillusions. Il n'en reste pas moins que cet état de fait nous oblige à repenser notre approche des problèmes de gestion et à mieux impliquer les autres partenaires de notre développement. Or, même si nous semblons d'accord sur le diagnostic, il est bien évident que nous peinons à mettre en uvre une collaboration qui permette à d'autres partenaires d'investir le champ réservé de nos compétences.
En matière de tourisme, le phénomène est paradoxalement encore plus évident. Les pouvoirs publics en dépit du rôle du tourisme dans le développement économique, social et politique, sans parler des aspects écologiques, ont abandonné cette compétence à des organismes parapubliques qui se sont souciés beaucoup plus du retour sur investissement à court terme que de la mise en place d'un programme de développement intégré. C'est cette absence de vision qui nous vaut aujourd'hui la désapprobation d'un nombre accru de citoyens.
Il nous faut donc renouveler le dialogue avec tous les acteurs concernés dans les processus touristiques. L'abandon de nos responsabilités dans ce secteur névralgique doit être corrigé et nous devons, avec un esprit et un sens renouvelé de la collaboration, rétablir le climat de véritable concertation qui est nécessaire dans la mise en uvre d'un tourisme durable.
Les Sommets du Tourisme constituent à cet égard l'espace idéal pour promouvoir ce lieu de dialogue et de recherches. Les engagements pris par les Sommets du Tourisme l'année passée de revenir aux humanités pour redonner du sens aux voyages répond à l'appel diffus d'un nombre croissant de citoyennes et de citoyens dans le monde entier. Le Code Mondial du Tourisme élaboré à Santiago en 1999 soulignait que le tourisme "doit être conçu et pratiqué comme un moyen privilégié de l'épanouissement individuel et collectif". Cela ne sera possible que si nous savons nous opposer au diktat de l'économique et à la prédominance de la "marchandisation" du voyage. Un tourisme exploité cyniquement ou avec excès - ce qui souvent conduit aux mêmes effets - nuira non seulement à notre environnement mais au sens même de la vie et de notre devenir.
Nous savons qu'il est possible de faire autrement, d'envisager le voyage avec plus d'humanité pour lui redonner son sens légitime. Il ne s'agit pas de rompre avec le passé ou de jeter le bébé avec l'eau du bain, il s'agit de changer nos méthodes
C'est aussi, une fois encore, l'objet des Sommets du Tourisme. Le partenariat institué entre Genève, la Ville et la République, avec la Haute-Savoie et la Région Rhône-Alpes veut participer à cet effort. Nous avons besoin toutefois d'élargir notre base et j'en appelle à toutes les entreprises, les collectivités désireuses d'appuyer notre démarche, de nous rejoindre dans notre initiative.
C'est dès lors avec beaucoup de plaisir que je vous vois si nombreux répondre à ce deuxième défi. Il est important que notre travail soit coordonné avec toutes les autres actions engagées sur le plan local, régional ou international. A cet égard, la présence ici de représentants d'organisations internationales gouvernementales et non-gouvernementales est un signe très positif pour le développement des Sommets du Tourisme.
Que cet appel et cette brève déclaration liminaire soit faite dans ce Bâtiment des Forces Motrices est tout un symbole dans la mesure où il illustre mieux que n'importe quels mots la nécessité de nous adapter à un environnement qui se modifie.
A tous et à toutes, je vous souhaite donc, avant de vous accueillir dès demain matin à Chamonix, mes meilleurs messages. Que ces deuxièmes Sommets du Tourisme nous permettent d'avancer dans la voie que nous nous sommes tracée.