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Le tourisme et le développement de la ville de Turin
Domenico CARPANINI - Premier-Adjoint au Maire de Turin, Italie
Je souhaite tout d'abord vous remercier de m'avoir donné l'occasion de vous présenter notre projet de développement touristique de la ville de Turin.
Turin n'est pas une ville de montagne. Nous ne possédons ni pistes de ski ni parcs à thèmes. Nous sommes une nouvelle réalité touristique qui voit le jour en utilisant ses ressources et en exploitant au maximum les nouvelles tendances du marché.
Je ne m'étendrai pas davantage sur les tendances actuelles de la société de loisirs étant donné que vous les connaissez bien mieux que moi. Il ne fait aucun doute en tout cas que le tourisme est l'industrie du XXIème siècle et Turin, qui fut la capitale industrielle de l'Italie, ne peut pas et ne veut pas rester en marge du marché de la nouvelle industrie.
Turin veut devenir une destination de tourisme urbain, tournée vers le "city break", qui exploite au mieux les ressources de la ville.
Malheureusement, Turin ne possède pas de tradition d'investissement touristique. Pendant un siècle, Turin a été exclusivement une grande ville industrielle. Ce n'est qu'au cours de ces dernières années que, suite à l'apparition de toutes les limites inhérentes à une telle caractérisation "monoculturelle", elle a commencé à investir dans le tourisme.
Aujourd'hui, Turin a pleinement décidé d'opérer un choix stratégique afin de devenir une destination touristique et ce, en différenciant l'offre pour entrer sur de nouveaux marchés touristiques en plus de celui des affaires.
Turin souhaite miser plus particulièrement sur le tourisme gravitant autour des congrès ainsi que sur le " city break " en annulant la tendance saisonnière des flux actuels, fortement concentrés sur le tourisme d'affaires. Notre offre de tourisme urbain se concentre sur la culture, l'urbanisme, la gastronomie, les vins et les divertissements.
La tendance du marché européen a connu un bouleversement important. Du touriste passif qui se rend dans un lieu, le visite et le photographie sans toutefois vivre ni percevoir vraiment la ville, on est passé à un touriste actif qui participe, veut goûter à la gastronomie locale, se balader, se mélanger aux habitants et connaître la vie quotidienne de la ville.
Dans ce cadre, le développement durable n'est pas seulement compatible avec notre projet visant à faire de Turin une ville touristique, il s'agit là d'une condition sine qua non.
La préservation de l'environnement, la protection du paysage, des espaces verts, des cours d'eau, des biens culturels et architecturaux, la diminution de la pollution atmosphérique, la qualité de l'alimentation sont des investissements décisifs qui visent non seulement à améliorer la qualité de vie des citadins mais également à valoriser au mieux la ville sur le plan touristique.
Au cours de ces dernières années, nous avons investi massivement dans la promotion touristique de la ville que l'administration municipale a confiée à une agence constituée pour l'occasion - "Turismo Torino" - en collaboration avec l'administration provinciale et d'autres organismes publics et privés.
La promotion a été réalisée à l'échelon national et européen. Une attention toute particulière a été accordée aux régions se trouvant dans un rayon de 500 kilomètres autour de la ville. C'est en effet de celles-ci qu'est susceptible de provenir la majorité des touristes adeptes du "city break". En plus de l'attention que nous avons accordée aux touristes potentiels qui organisent leurs voyages eux-mêmes, nous avons évidemment lancé une campagne de promotion auprès des tours-opérateurs.
Notre objectif avoué est de faire passer le nombre de visiteurs annuels de 1,5 millions à 3 millions d'ici 2006, année au cours de laquelle Turin et les montagnes de sa province accueilleront les XXème Jeux Olympiques d'hiver.
Nous nous attendons à ce que cet événement participe grandement à la promotion de notre ville et fasse prendre conscience à nos concitoyens des potentialités touristiques et du pouvoir d'attraction de Turin.
Nous envisageons également les Olympiades d'hiver 2006 en gardant à l'esprit le problème du développement durable. Un problème d'autant plus crucial qu'il s'agit de construire de grandes infrastructures sportives et de les insérer, en partie, à un environnement montagneux. Nous agirons dans le plus profond respect de l'environnement et en vue de pouvoir réutiliser, à des fins sportives ou autres, toutes les structures qui seront construites.
Les Jeux Olympiques seront l'occasion toute trouvée de procéder à la nécessaire amélioration quantitative et qualitative des capacités d'accueil hôtelières de Turin. Dans la seule région de Turin, nous avons estimé à 5000 le nombre de chambres supplémentaires nécessaires (sans tenir compte des chambres nécessaires dans les vallées alpines concernées par les Jeux). Nous sommes d'avis que 3000 d'entre elles correspondront ensuite aux besoins d'accueil " normaux " de la ville si toutefois d'ici là nous avons pu mener une campagne de promotion très énergique. Quant aux 2000 chambres restantes, nous prévoyons une reconversion à d'autres fins (résidence pour étudiants, etc.).
L'impact des Jeux Olympiques sera, à n'en pas douter, positif. Il est également très important d'évaluer correctement le nombre de chambres d'hôtel que le marché est prêt à absorber. Il faudra tenir compte de l'expérience d'Albertville, où il a fallu fermer certains hôtels après les Jeux Olympiques, le nombre de nuitées étant tombé de 800 000 en 1993 à 100 000 en 1999.
Au lendemain de Barcelone 1992, on s'est aperçu de l'importance de débuter la promotion dès avant la célébration des Jeux Olympiques. Atlanta et Sydney ont également pu éviter la chute de leur taux de fréquentation hôtelière précisément parce qu'elles avaient augmenté leur capacité d'accueil.
Sydney a augmenté sa capacité d'accueil de 25 % avec pour objectif d'atteindre un taux de remplissage des hôtels de 65 à 70 %. Il est prévu également une légère chute de 5 % de ce taux au cours de cette année.
S'il s'agit d'établir une comparaison, les cas de Barcelone et d'Atlanta sont plus proches de celui de Turin que ne le sont ceux d'Albertville et de Lillehamer, étant donné que les deux premières citées sont également des villes d'affaires. Dans ces villes, au lendemain des Jeux olympiques, de nombreux petits tours-opérateurs ont intégré ces destinations à leurs programmes, ce qui a provoqué une augmentation du nombre de touristes.
On a constaté le même phénomène dans le cadre du tourisme d'affaires. En effet, les organismes internationaux ont organisé leurs conventions dans ces villes en raison de la notoriété qu'elles avaient acquise après les Jeux Olympiques. Nous sommes convaincus que nous retirerons de nombreuses contributions et conseils de ce "Sommet" et de la collaboration entre nos villes. Elles nous accompagneront dans l'effort d'engagement et l'enthousiasme que nous accomplissons, afin de transformer une ville connue uniquement pour ses industries en une ville touristique à succès.