cinquième sommet 3-5 décembre 2003

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Possibilités et limites concrètes du développement durable


Le tourisme, exemple de mise en application de la stratégie du développement durable

Le tourisme présente un caractère exemplaire pour la mise en pratique de la stratégie du développement durable. Il sensibilise l'humanité à la protection des derniers grands espaces naturels. Il rend visible la transformation des paysages et de l'environnement. Il crée la prospérité dans des régions en difficulté et peut faire du développement un acquis durable.

Le tourisme se prête particulièrement bien à mettre en évidence les tensions entre protection et exploitation. Il est largement tributaire de sites culturels intacts et de conditions environnementales favorables. Paysage et environnement sont des facteurs essentiels de l'attrait touristique. Ils sont de loin prioritaires sur l'échelle des préférences des visiteurs. Or les sites les plus prisés sont ceux qui sont écologiquement les plus fragiles, comme les montagnes ou les littoraux. Raison pour laquelle l'exploitation touristique entraîne souvent des atteintes écologiques irréversibles.

Plus que toute autre activité, le tourisme met en évidence les interventions humaines dans la nature et les mutations de la société. Souvent, les visiteurs perçoivent mieux que la population locale elle-même la destruction sournoise des sociétés et des sites culturels traditionnels. La clientèle touristique fidélisée, en tout cas, est très sensible aux changements indésirables.

Dans les destinations touristiques, l'augmentation du nombre des visiteurs et celle des coûts liés à la taille de la station - similaires à ceux que doivent assumer les agglomérations - amènent généralement la population locale à épouser la cause du développement durable. Les " Sommets du Tourisme Chamonix Mont-Blanc " en sont une des conséquences. Tant la population que les autorités du plus grand centre touristique de l'Arc alpin ont reconnu la nécessité d'un développement durable. Chamonix Mont-Blanc voudrait partager avec le monde entier ses connaissances et son expérience dans ce domaine.

Liberté individuelle et intervention de l'État

Le tourisme est pour le citoyen l'une des dernières possibilités qui subsistent d'exercer sa liberté individuelle. Voyager et séjourner dans un environnement différent de celui de tous les jours sont pour lui une situation d'exception. Ce sont des activités qui se déroulent en quelque sorte hors des contraintes sociales et étatiques. Raison pour laquelle le tourisme est pour l'être humain une affaire privée, et qui doit être respectée.

Voyager implique la consommation de biens et de services que l'économie dépendante du tourisme met à la disposition des visiteurs. Le secteur touristique, dont l'organisation relève généralement de l'économie privée, a besoin d'une grande liberté d'entreprise pour produire et commercialiser des prestations dans le monde entier. Vu la forte internationalisation du tourisme, il est tributaire de la libéralisation du passage aux frontières. Il a besoin en outre d'un cadre réglementaire favorable, à l'intérieur du pays, pour pouvoir répondre aux diverses exigences des visiteurs.

Dans le domaine du tourisme, le développement durable n'a de sens que si les intérêts des visiteurs et de l'économie sont équitablement pris en compte. Il ne faut pas oublier que, dans les sociétés postindustrielles, voyager fait partie des besoins vitaux. Sans possibilité pour l'individu de débrayer périodiquement, aucune société ne pourrait fonctionner. Il faut également se rappeler que seule une économie florissante est à même d'assurer un développement durable. Raison pour laquelle le principe de la double subsidiarité revêt une si grande importance. L'État doit limiter ses interventions en agissant au niveau le plus bas, et n'intervenir que lorsque le secteur privé ne peut se passer de son aide. 

L'État, coproducteur touristique

Malgré ces restrictions, il faut bien voir que l'État joue un rôle indispensable dans le domaine du tourisme. Il est en quelque sorte coproducteur touristique. Il met à la disposition du tourisme des infrastructures telles que les aéroports ou les routes ; il organise le territoire et protège les paysages ; il veille à la tranquillité, à l'ordre, à la sécurité et aux bonnes mœurs ; il entretient " l'image de marque " du pays. Le visiteur a besoin de ces services publics, dont il jouit souvent gratuitement. L'économie dépendante du tourisme développe et commercialise des produits qui sont largement tributaires des biens publics.

Les pouvoirs publics jouent également un rôle indispensable dans le domaine de l'organisation du territoire. Dotés d'instruments de planification, ils contribuent, surtout au niveau local, à ce que le développement touristique se fasse " dans les règles de l'art ". À cet égard, ils doivent veiller à ce que les effets positifs compensent au mieux les nuisances et les contraintes propres aux agglomérations.

Mais un développement durable dans le domaine du tourisme présuppose aussi, au niveau de l'État central, un cadre réglementaire favorable. Dans une situation de concurrence globale, il est nécessaire que l'État central soutienne, au niveau des destinations, le secteur économique du tourisme - et sa mosaïque de petites entreprises - dans ses efforts pour pénétrer le marché.

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