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Le tourisme dans l'Antarctique est-il l'exemple d'un tourisme respectueux de l'environnement ? Dr Luiz Gonzaga Godoï TRIGO - Faculté Senac, Sao Paulo, Brésil
LE CONTINENT ISOLÉ
RÉSUMÉ
Les nouvelles possibilités offertes par le tourisme international sont le résultat de plusieurs facteurs : une nouvelle technologie du transport, une législation plus souple, le processus de mondialisation et une plus grande transparence politique dans certaines zones en proie à des dictatures. L'Antarctique constitue une nouvelle source d'aventure et de voyage écologique. C'est le continent le plus isolé et le mieux préservé de la planète. Environ 13 000 touristes ont la chance de pouvoir apprécier ses somptueux paysages chaque été austral et le tourisme s'est considérablement développé dans la région au cours des années 90. Cet article présente une histoire de voyage en Antarctique et une analyse du Traité Antarctique sur le tourisme.
Mots-clés : Antarctique ; tourisme d'aventure ; écotourisme.
1. UNE DESTINATION EXCEPTIONNELLE
Il existe un endroit sur Terre où le voyageur peut ressentir l'hostilité de la nature à l'égard de l'homme et découvrir la beauté absolue du spectacle qu'elle offre à ceux qui se risquent à dévoiler ses mystères : l'Antarctique.
La présence de l'homme en Antarctique est très récente : c'est le dernier continent à avoir été découvert et exploré. Le premier voyage au Cercle Antarctique a été effectué le 17 janvier 1773 par l'explorateur britannique, James Cook, même si ce dernier n'avait aperçu aucune terre et ne savait probablement pas qu'il avait traversé une importante frontière géographique. La première expédition ayant laissé des traces écrites conséquentes a été menée par une équipe russe, conduite par Fabian Bellinghausen et Mikhail Lazarev, le 27 janvier 1820, lesquels ont relevé leur position à 69º et 35’ Sud et 2º et 23’ Ouest. Plusieurs explorateurs scientifiques, militaires et commerciaux sont devenus célèbres : Nathaniel Palmer (1799-1877), James Clark Ross (1800 - 1862) et Robert Scott (1868-1912). Ce dernier est le deuxième homme à avoir atteint le pôle Sud, le 17 janvier 1912. Ernest Schackleton (1847-1922) se trouvait à la tête de l'une des plus grandes aventures, lorsque son bateau, l'Endurance, se fit prendre par les glaces et broyer, isolant le groupe de janvier 1915 à 1916, date à laquelle l'équipage put enfin être évacué sain et sauf. Road Amundsen (1872-1928) est devenu célèbre car il est le premier à avoir atteint le pôle Sud, le 14 décembre 1911. Plus tard, d'autres aventuriers ont fourni des détails sur le continent le plus inaccessible de la planète. Pendant des décennies, l'Antarctique n'a été visité que par des militaires, des scientifiques et des marins animés par la volonté de pratiquer la chasse et la pêche. Puis les touristes ont fini par arriver.
Le premier vol touristique a eu lieu le 22 décembre 1956, lorsqu'un avion Lan Chile DC-6B a décollé de Chacabuco (au Chili) pour survoler les îles Shetland et la péninsule Antarctique, sur laquelle il ne s'est pourtant pas posé. Les premiers touristes à avoir foulé le territoire Antarctique sont arrivés en 1957, par le premier avion Pan American qui a décollé de Christchurch (en Nouvelle-Zélande) et a fait une courte escale sur la base américaine de Mc Murdo. Depuis 1977, Air New Zealand et Qantas proposent des vols touristiques dans la région, au départ de la Nouvelle-Zélande et d'Australie. Les vols ont été provisoirement suspendus lorsqu'un Air New Zealand DC-10 s'est écrasé sur le flanc du Mont Erebus, sur l'île de Ross, le 28 novembre 1979, tuant les 257 personnes qui se trouvaient à son bord.
2. UNE RÉGION RECULÉE DÉSERTE ET SAUVAGE
Il existe de grandes différences entre les extrémités Nord et Sud de la planète. Le Nord, appelé Arctique, est un immense océan gelé. Le Sud, appelé Antarctique, est un continent d'environ 14 millions de kilomètres carrés, si l’on compte ses barrières de glace, qui naissent sur la terre pour se prolonger dans la mer. L'Antarctique représente environ 10 % des masses continentales. Il est plus vaste que l'Europe ou l'Australie. L'Amérique du Sud est en fait le continent le plus proche de l'Antarctique, puisque leurs péninsules sont voisines. Seulement 1 000 km les séparent. L'Afrique du Sud est située à 3 600 km, la Nouvelle-Zélande à 2 200 km et l'Australie à 2 500 km. L'isolement du continent Antarctique est également la conséquence des caractéristiques de l'Océan Antarctique, l'un des plus froids, des plus profonds et des plus impétueux.
L'Antarctique est la région la plus aride de la planète, car il n'y a pas d'eau, uniquement de la glace. Il s’agit d’un immense désert, dont les visiteurs doivent boire d’importantes quantités d'eau s’ils veulent éviter la déshydratation. C'est également le continent le plus haut, avec une altitude moyenne de 2 500 mètres, alors que la moyenne mondiale est de 600 mètres.
Le célèbre pôle Sud peut être exploré par quelques scientifiques et touristes. Ces derniers doivent être prêts à payer plusieurs dizaines de milliers de dollars pour jouir du privilège de photographier le pôle et de visiter la base nord-américaine d'Amundsen-Scott, recouverte d'un dôme géodésique géant qui permet d'atténuer la rigueur du climat. L'Antarctique compte quatre pôles : le Pôle géographique Sud, situé à 90º de latitude et 180º de longitude, le Pôle d'inaccessibilité relative, le Pôle géomagnétique et le Pôle magnétique, le seul à être situé à l'extérieur du continent, à 65º Sud, à quelques kilomètres des côtes de la terre Adélie. Une barrière maritime invisible et insolite, appelée Convergence antarctique, encercle le continent. Ce phénomène est le résultat de deux événements : une baisse de la température de l'eau de mer (entre 1,7º et 2,8º C) et la rencontre des eaux froides peu salées qui coulent du Sud vers le Nord et des eaux très salées et plus chaudes qui coulent du Nord vers le Sud, ce deuxième événement entraînant un faible maelström qui favorise l'oxygénation et donc la prolifération des micro-organismes marins qui constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire. L'océan Antarctique est également une frontière biologique. En effet, au sud, seules les espèces les mieux adaptées peuvent survivre dans cet environnement extrêmement hostile. La zone subantarctique est caractérisée par une série d'îlots et d'archipels, répartis le long des frontières des trois océans (Atlantique, Indien et Pacifique). Il existe au total 23 îles et groupes d'îles.
3. NAVIGUER VERS LES GLACES
Le tourisme maritime en Antarctique a démarré en 1966, lorsque Lars-Eric Lindblad a commencé à proposer des voyages annuels vers « Les Glaces », au début des années 70. Les premiers à venir dans la région furent le Lindblad Explorer (aujourd’hui connu sous le nom d'Explorer) et le World Discover (1975). Le prix moyen d'une croisière en mer en Antarctique se situe entre 3 500 et 8 000 dollars US par personne, en fonction du bateau, de l'itinéraire et de la cabine. L'organisation de la flotte de bateaux est prise en charge par l'Association internationale des voyagistes en Antarctique (l'IAATO) (www.iaato.org) et par les pays signataires du Traité Antarctique (signé à Washington le 1er décembre 1959). L'IAATO, fondée en 1991, compte 24 membres permanents, 12 membres provisoires, 20 membres associés et 28 vaisseaux (bateaux) membres pour la saison 2003/2004 (l'été antarctique, de décembre à février).
Nombre de touristes en Antarctique (uniquement en été, lorsque la visite est possible, suivant les conditions météorologiques)
1997 – 1998 : 9 400 touristes
1998 – 1999 : 10 000 touristes
1999 – 2000 : 14 762 touristes
2000 – 2001 : 12 250 touristesSource : www.iaato.org
Il est également possible de se rendre en Antarctique à bord d'un yacht privé ou d'en louer un en France ou en Australie pour le voyage. Cette solution est très onéreuse et l'équipage doit posséder d'excellentes connaissances en matière de navigation au milieu des glaces.
4. UN TOURISME RÉGLEMENTÉ
Les états signataires du Traité Antarctique, avec le soutien de plusieurs organisations pour la protection de la nature, ont adopté un ensemble de recommandations relatives au tourisme, qui définissent les responsabilités des voyagistes et des visiteurs.
Les recommandations concernant l'attitude et le comportement des visiteurs ont été rassemblées dans un code de déontologie intitulé « Guidelines for tourism visiting Antarctica » (Directives à l'intention des touristes en partance pour l'Antarctique) qui peut se résumer en 10 thèmes :
- Éviter de nuire à la faune et la flore, et en particulier :
- Ne pas toucher à la végétation ;
- Ne pas toucher ou effrayer les oiseaux et les phoques ;
- Ne pas effrayer ou chasser les oiseaux de leurs nids ;
- Ne pas marcher aveuglément parmi les manchots ou autres oiseaux.
- La quantité de déchets rejetés doit être la plus faible possible. Chaque déchet doit être conservé dans un sac ou un emballage spécial pour être ensuite ramené à bord du bateau. Rien ne doit être jeté à la mer.
- Ne pas utiliser de balles de chasse.
- Ne pas introduire de nouveaux animaux ou plantes en Antarctique.
- Ne pas ramasser d'œufs ou de fossiles.
- Ne pas pénétrer dans les zones spécialement protégées et éviter les sites d'intérêt scientifique particulier.
- Aux alentours des bases scientifiques, éviter de perturber le travail et ne pas pénétrer dans les bâtiments ou dans les abris inoccupés, sauf en cas d'urgence.
- Ne pas faire de graffitis sur les rochers ou les bâtiments.
- Préserver les monuments historiques.
- Une fois à terre, ne pas quitter le groupe.
Plusieurs raisons sont à l'origine de toute cette attention et de ces recommandations. L'Antarctique est un continent qui était isolé du reste du monde il y a peu de temps encore et son écosystème est par conséquent très fragile et vulnérable. Il jouit d'une situation toute particulière au sein de la planète car il se trouve dans une région qui n'a pas encore été contaminée ou détruite, c'est pourquoi il constitue une exception planétaire. Sa faune est apprivoisée et peut supporter des conditions de vie extrêmes. Les hommes doivent par conséquent perturber au minimum les conditions naturelles de la région.
5. ORGANISATION DES CROISIÈRES TOURISTIQUES
Toute expédition touristique en Antarctique doit au préalable obtenir des accords de l'IAATO, des autorisations gouvernementales et un ensemble de contacts académiques, militaires et scientifiques afin d'assurer un voyage sûr, légal et réussi. Les bateaux qui naviguent dans la mer des Antilles sont habitués à ces conditions car cette région possède un statut similaire : c'est une zone classée zone de sécurité nationale par le gouvernement des Etats-Unis (les bateaux sont des cibles idéales pour le terrorisme car la plupart des passagers sont nord-américains). Des mesures de protection strictes du milieu ont été définies pour la zone qui relie les Caraïbes au Canada et à l'Alaska.
6. VIE ANIMALE, VIE VÉGÉTALE ET VIE HUMAINE
L'Antarctique abrite huit espèces de baleines, cinq espèces de phoques, huit espèces de manchots (Empereur, Macaroni, Royal, Adélie, Gentil, etc.), huit espèces d'albatros et d'oiseaux tels que le pétrel (plus de dix-huit types), la mouette et le skua. La nourriture nécessaire à bon nombre de ces animaux est présente dans la mer sous la forme de krill, un petit crustacé de six centimètres de long. Les baleines, les phoques, les poissons et les animaux marins mangent cet animal qui est très proche des éléments de base de la chaîne alimentaire de l'Antarctique. La flore terrestre est rare, presque exclusivement composée de mousse, de champignons et d'algues.
Un voyage dans les extrémités australes de la planète constitue une expérience unique. Ce contact avec la zone la plus isolée de la planète et la solitude ressentie face au silence et à la clarté de l'été antarctique glacial et insolite submergent le voyageur d'émotions intenses et contradictoires. La sensation de se trouver dans un endroit hostile et isolé, loin de toute civilisation et où, il y a encore un siècle, personne ne pouvait se rendre, évoque des histoires d'aventures à une époque où la planète était plus mystérieuse, inconnue et dangereuse (H. P. Lovecraft, par exemple, a écrit une célèbre histoire d'horreur en Antarctique). Les voyages actuels en Antarctique sont sûrs et très confortables, ce qui ne compromet pas pour autant la beauté et l'émotion très particulière que procure cette aventure.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Le document de référence le plus complet est le guide Lonely Planet (Travel Survival Kit) intitulé Antarctica (Lonely Planet, Australie, 1996). Voici une petite bibliographie technique de base avec quelques adresses qui vous permettront d'obtenir des informations sur le sujet.
Antarctic Journal of the United States
National Science Foundation – Office of Polar Programs
4201, Wilson Boulevard
Arlington, Virginia 22.230 – États-UnisAntarctica – The extraordinary history of man´s conquest of the frozen continent
Reader´s Digest: Sidney (Australie), 1990Geographic Names of Antarctic (1995)
United States Board of Geographic Names
U. S. Geological Survey, 523
National Center Reston, Virginia 22.092 – États-UnisCAMPBEEL, David G.
The crystal desert – Summers in Antarctica
Boston: Houghton Mifflin Company, 1992CHATURVEDI, Sanjay
Dawning of Antarctica - A geopolitical analysis
New Delhi: Segment Books, 1990CROSSLEY, Louise
Explore Antarctica
Cambridge University Press;
Australian Antarctic Foundation, 1998GURNEY, Alan
Below the convergence – Voyages toward Antarctica (1699-1839)
London: Pimlico, 1998LANSING, Alfred
A incrível viagem de Shacketon
Rio de Janeiro: José Olympio, 1989MOUNTEVANS, Admiral Lord
The desolate Antarctic
London: The Travel Club Book (121, Charing Cross Road)ROBINSON, Kin Stanley
Antarctica – A novel
London: Harper Collins, 1998SHAPIRO, Debora e BJELKE, Rolf
Time on ice – A winter voyage to Antarctica
London: Waterline Books, 1997SOPER, Tony
Antarctica – A guide to the wildlife
Bradt Pub (Royaume-Uni) ; The Globe Pequot Press (États-Unis), 1994WHEELER, Sara
Terra incógnita – Travels in Antarctica
London: Vintage, 1997
Quelques sites Web :
www.iaato.org (Association internationale des voyagistes en Antarctique)
www.antarctica.ac.uk (Expertise britannique de l'Antarctique)
www.polarlaw.org (Documents relatifs au Traité Antarctique)
www.antdiv.gov.au (Division antarctique australienne)
http://usarc.usgs.gov (Centre de ressources antarctiques des États-Unis)
Luiz Gonzaga Godoi Trigo (trigo@sp.senac.br)
Professeur diplômé et membre de l'AIEST
SENAC São Paulo, Pontifícia Universidade Católica de Campinas et Universidade do Vale do Itajaí (Brésil)