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L’espace, la nouvelle frontière touristique

M. Jason KLASSI - Space Traveler Inc. Space Tourism Society, Los Angeles, Californie, Etats-Unis

 

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Introduction

Enfin, le tourisme spatial est un secteur légitime. Le 28 avril 2001, le premier touriste de l’espace, Dennis Tito, a quitté la terre pour des vacances historiques de 8 jours dans l’espace. Alors qu’il flottait en apesanteur au-dessus de la Terre, il s’est écrié : « J’aime l’espace ! ». Un an plus tard, le Sud-Africain Mark Shuttleworth devenait le second touriste de l’espace. L’année prochaine, le monde verra 2 touristes de l’espace voyager ensemble, en même temps. Vous aimeriez être le premier couple mari et femme, père et fils ou mère et fille à flotter en apesanteur dans l’espace et à vous photographier avec la Terre en arrière-plan ?

Alors que nous approchons du 100ème anniversaire du vol propulsé, qui sera célébré le 17 décembre, le secteur du tourisme spatial durable est paré au décollage. Le lancement imminent de vols suborbitaux à prix abordable mettra le tourisme spatial à la portée de milliers, puis de millions de personnes. À l’instar de l’Agence Spatiale Européenne, qui considère l’« espace comme la nouvelle frontière d’une Union en pleine expansion »1 , le tourisme spatial est la nouvelle frontière illimitée du secteur du tourisme.

Le tourisme spatial durable est le catalyseur d’une plus vaste infrastructure du voyage spatial

Un secteur du tourisme spatial durable constitue la force motrice qui pourrait être à l’origine d’une infrastructure du voyage spatial plus importante et, pour finir, de notre capacité à rendre la vie extra-terrestre possible dans les frontières de l’espace. Un jour viendra où la vie sur Terre ne sera plus possible. Avant cela, l’humanité devra changer de planète ou s’éteindre. En créant un secteur du tourisme durable, les professionnels du tourisme jouent un rôle crucial dans la préservation de l’ humanité.

Ces prestigieux 5èmes Sommets du tourisme sont consacrés au tourisme durable et aux derniers grands espaces naturels. L’espace extra-atmosphérique représente une telle frontière. Le tourisme spatial constitue le moyen durable de le développer.

Les gens sont prêts à dépenser beaucoup d’argent pour le plaisir de flotter en apesanteur, admirer la Terre d’en haut et s’émerveiller de la durabilité de notre précieuse planète. À la manière des voyages qui nous sensibilisent aux biomes uniques de la Terre tels que l’Antarctique, la Grande Barrière de corail et même le Mont-Blanc, les voyages dans l’espace nous font prendre conscience de l’équilibre délicat de notre planète dans sa globalité. Le vaisseau spatial Terre est une biosphère durable qui tourne sur elle-même à travers l’espace en offrant à ses habitants ce dont ils ont besoin pour vivre : l’air, l’eau, la nourriture, la musique, l’amour, les vacances, etc.

Enfin, après 100 ans de vol, le tourisme spatial peut apprendre du tourisme aérien que la seule façon de parvenir à la durabilité consiste à fournir des services que le public est prêt à acheter. Les gens demandent le tourisme spatial. Un mandat des Nations Unies stipule que le voyage est un droit inhérent à l’Homme. Il en va de même pour les voyages dans l’espace.

Le tourisme spatial est un catalyseur du développement spatial. Buzz Aldrin, l’un des passagers d’Apollo 11 à avoir marché sur la Lune, a affirmé que le tourisme spatial à grande échelle devait être considéré comme un catalyseur pour la création d’une infrastructure spatiale bien plus importante. Non seulement des dizaines de millions de citoyens américains seraient en mesure de voyager dans l’espace, mais il serait également possible de rassembler le matériel nécessaire pour retourner sur la Lune et explorer Mars2.

Des millions de personnes souhaitent voyager dans l’espace.

Les gens aiment l’espace ! Des études de marché indiquent qu’un grand nombre de personnes à travers le monde veulent aller dans l’espace. Un sondage CNN réalisé au lendemain du vol de Tito posait au public la question suivante : « Aimeriez-vous passer des vacances dans l’espace ? » 86% des personnes interrogées ont répondu « Oui » ! Que nous nous appelions touristes de l’espace, voyageurs de l’espace, astronautes ou cosmonautes, le voyage spatial, c’est avant tout l’expérience humaine dans l’espace. Après vingt années passées dans ce secteur, je pense qu’au cœur de l’expérience touristique spatiale, se trouvent :

  1. L’apesanteur : les sensations physiques provoquées par le fait de voler librement en gravité zéro.
  2. La vision de la Terre depuis l’espace : accéder à une nouvelle perspective de notre monde et de nous-mêmes
    L’humanité a réellement vu la Terre en tant que biosphère vivante pour la première fois en 1968, lorsque des astronautes à mi-chemin entre la Terre et la Lune ont pris des photos de chez eux. Cette image puissante d’une planète bleue, fragile, suspendue dans l’obscurité de l’espace, a changé notre perception de la Terre et de nous-mêmes. Nous avons peut-être commencé par tenter de retrouver notre maison, notre ville et notre pays, mais nous avons rapidement découvert la Terre dans sa totalité, sans frontières entre les nations. Si un grand nombre de touristes de l’espace revenaient avec cette perception, cela pourrait avoir des conséquences sociales profondes, et notamment limiter les risques de pollution de l’environnement et de guerre.

Je connais Dennis Tito. À la date anniversaire de son vol historique, il était l’invité d’honneur des Space Tourism Society Pioneer Awards (qui récompense des pionniers de la Société du tourisme spatial) en 2002. Je me rappelle l’avoir entendu déclarer qu’il a profité de la majeure partie de ses vacances dans l’espace pour flotter en apesanteur, regarder la Terre par la fenêtre, écouter de l’opéra sur son Walkman et dormir du meilleur sommeil de sa vie. Je sais aussi que le fait d’avoir regardé la Terre de l’espace l’a rapproché de son fils Brad, un fervent défenseur de l’environnement.

Qui pourrait oublier l’image de Dennis, flottant depuis la minuscule capsule Soyouz vers la Station Spatiale Internationale pour la première fois, un grand sourire illuminant son visage ? En tant qu’êtres humains, nous voulons défier la gravité et aller au-delà de nos limites. Nous voulons ressentir la joie et la liberté individuelle nées de l’apesanteur. Le voyage dans l’espace nous offre l’opportunité d’un développement personnel et relationnel et d’une compréhension globale.

Où en est le tourisme spatial aujourd’hui ?

Le tourisme spatial existe bel est bien. Dennis Tito et Mark Shuttleworth sont officiellement reconnus comme touristes de l’espace. Et ensuite ?

Premier vol spatial à caractère touristique.

La société qui a servi d’intermédiaire pour organiser les missions des touristes de l’espace Tito et Shuttleworth a annoncé la première mission à but purement touristique. SPACE ADVENTURES, l’Agence russe de l’Aviation et de l’Espace et RSC Energia, la première société aérospatiale russe, enverront simultanément deux voyageurs vers la station ISS grâce à des financements privés, à bord d’une nouvelle fusée équipée de deux places pour touristes en plus de celle du pilote. Une douzaine de personnes environ ont posé leur candidature pour obtenir ces deux sièges civils sur le vol proposé. À 20 millions de dollars la place, le voyage n’est pas donné et l’examen d’entrée ne sera pas simple.

Tourisme spatial « terrestre »

Pour la plupart d’entre nous, le tourisme spatial se limitera à des aventures sur la surface du globe. En parallèle aux vols à 20 millions de dollars à bord de la navette spatiale russe Soyouz, il existe une multitude d’expériences touristiques spatiales près de chez nous, dans une fourchette de prix comprise entre 1000 et 98.000 dollars.

Chaque année, plus de 10 millions de personnes visitent un musée de l’espace, assistent à un lancement de fusée ou a des attractions sur le thème de l’espace, comme « Mission to Space », l’une des attractions des parcs Disney. On estime que les activités liées au tourisme spatial terrestre génèrent 1 milliard de dollars par an.

Parmi les expériences en matière de tourisme spatial proposées, vous pouvez :

  • Assister au lancement palpitant d’une navette spatiale ou d’une mission Soyouz.
  • Suivre un entraînement spatial dans un centre d’entraînement pour astronautes à la Cité des Etoiles de Baïkonour, en Russie
  • Plonger à bord d’un sous-marin des grands fonds pour découvrir des formes de vie uniques au fond de l’océan
  • Assister à une séance d’astronomie dans un planétarium moderne, tel que l’observatoire de Mauna Kea à Hawaï, ou à une éclipse totale de soleil dans un ancien observatoire Maya comme celui de Teotihuacán, au Mexique.
  • Voler jusqu’à la frontière de l’espace à bord d’un jet supersonique.

Avions à réaction de haute altitude : Juste au-dessus de la planète, des touristes passionnés d’espace peuvent avoir un aperçu de la courbure de la Terre et de l’obscurité de l’espace en grimpant à 85.000 pieds ou en atteignant 9 G à bord de divers avions supersoniques de haute altitude.

Vols en apesanteur : Aujourd’hui, vous pouvez tester la gravité zéro dans un aéronef spécial qui suit des modèles de vols paraboliques. Ces vols paraboliques, qui offrent à chaque fois 20 secondes d’apesanteur, ont servi à entraîner des astronautes et à faire flotter l’acteur Tom Hanks en apesanteur pour le film Apollo 13.

La gravité zéro ou les « vols paraboliques » constituent actuellement l’unique méthode de reproduction de l’apesanteur sur Terre. Les scientifiques de la NASA utilisent les vols paraboliques en toute sécurité depuis 30 ans afin d’obtenir sur Terre des intervalles de gravité zéro utiles à leurs études. Ces aéronefs sont capables de transporter environ 25 passagers et d’effectuer des séries de 40 modèles de vols paraboliques en deux heures. Chaque parabole assure aux passagers environ 30 secondes d’apesanteur. Space Adventures propose aujourd’hui des vols en gravité zéro à bord de l’avion d’entraînement IL-76 de la Cité des Etoiles, en Russie et la société ZERO-G Corporation commencera à proposer ce service aux États-Unis dès l’an prochain. Même l’agence publique de la NASA sous-traitera des vols d’entraînement pour les astronautes à l’entreprise privée Z-gravity Corp.

Le tourisme spatial sub-orbital

Le programme spatial sub-orbital privé prend son envol ! Du réalisateur Steven Spielberg à Richard Branson de Virgin Airways et Jeff Bezos, de Amazon.com, c’est toute une nouvelle génération d’entrepreneurs du tourisme spatial qui envisage de lancer le premier vaisseau spatial sub-orbital à financement privé. Ce vol historique prouvera que nous, en tant qu’individus, pouvons réduire les coûts de la mise en orbite d’êtres humains et rendre l’espace accessible à quasiment tout le monde.

Les participants de cette nouvelle course aux étoiles, baptisée X-Prize, remporteront un prix de 10 millions de dollars destiné à récompenser la première société privée à envoyer au moins 3 personnes à une altitude de 100 km (distance généralement considérée comme la frontière de l’espace), à les ramener sains et saufs sur Terre et à renouveler l’opération dans un délai de 14 jours. Le vaisseau n’entrera pas en orbite, mais il devra frôler l’espace en offrant une vue de la Terre semblable à celle que l’on peut observer en orbite et peut-être 5 minutes d’apesanteur.

L’aventure devrait durer environ 15 minutes et coûter 100.000 dollars US. Des centaines de personnes ont d’ores et déjà versé des cautions en espèces pour des vols sub-orbitaux auprès d’entreprises comme Scaled Composites, X-Corp et Armadillo Aerospace.

La technologie mise au point pour la compétition X-Prize – comme les lanceurs réutilisables (RLV, pour Reusable Launch Vehicles), les configurations de lanceurs monoétage (SSTO, pour Single-Stage-To-Orbit) avec de nouvelles techniques de propulsion – évoluera pour donner naissance à toute une gamme de véhicules spatiaux viables et économiquement durables, qui donneront un élan fantastique au tourisme spatial.

La fusée à deux étages de Burt Rutans est l’une des favorites de la compétition. Burt jouit d’une certaine notoriété en tant que concepteur du vaisseau spatial Voyager, qui a fait le tour du monde sans arrêt de ravitaillement. Son vaisseau-mère, le White Knight, et un vaisseau appelé Spaceship One pourraient être lancés dans quelques mois..

Au fait, à chaque achat sur ma carte Visa X-Prize, en voyageant fréquemment, je gagne des « miles spatiaux » supplémentaires.

Le tourisme spatial est-il davantage qu’un petit marché niche ?

Il existe une demande mondiale en matière de tourisme spatial. Les plus grandes études de marché indiquent que la demande en voyages spatiaux est extrêmement positive et ce quelles que soient les catégories d’âge ou de revenus, et sans distinction de sexe, ni de pays. Une immense majorité de la population mondiale, hommes et femmes, aimeraient voyager dans l’espace : les plus jeunes sont les plus enthousiastes, mais de nombreuses personnes plus âgées rêvent également de partir. Environ 70% des personnes qui souhaitent voyager dans l’espace et habitent au Japon, en Amérique du Nord et en Allemagne, déclarent être prêtes à payer plusieurs mois de salaire. Un pourcentage plus faible irait même jusqu’à payer une année de salaire, voire davantage, pour aller dans l’espace3.

Des enquêtes suggèrent qu’environ 10.000 américains seraient prêts à dépenser jusqu’à 100.000 dollars US pour une aventure spatiale sub-orbitale. Le récent sondage Futron/Zogby Survey sur les voyages publics dans l’espace4 prévoit une demande de 15.000 vols sub-orbitaux par an en 2020.

En ce qui concerne les missions orbitales, l’enquête Futron a tenu compte du fait que le nombre de personnes capables de dépenser entre 12 et 20 millions de dollars (une estimation du coût des vols spatiaux de Tito et Shuttleworth à bord de la navette russe Soyouz) était assez limité, mais prévoyait tout de même jusqu’à 60 voyageurs par an d’ici à 2020, en supposant qu’une destination telle que la Station spatiale internationale (ISS) serait accessible aux voyageurs5. Lorsque des vaisseaux spatiaux spécialisés pourront abriter plusieurs voyageurs de l’espace, le prix unitaire diminuera et la demande augmentera.

Le défi du tourisme spatial : réduire le coût des voyages spatiaux.

La navette spatiale du gouvernement des États-Unis coûte environ 100 millions de dollars US par passager et par vol. Heureusement, un grand nombre de sociétés privées conçoivent des lanceurs habitables réutilisables d’un coût approximatif de 10 milliards de dollars, capables d’effectuer des vols répétés vers et depuis des orbites basses.

En avril 2001, malgré le billion de dollars attribué à la NASA grâce aux contribuables, le premier citoyen américain privé à s’offrir un voyage dans l’espace, Dennis Tito, a dû voyager à bord de la 1657ème fusée Soyouz, assez proche du véhicule qui avait emmené Yuri Gagarin, 40 ans plus tôt, en 1961. Depuis lors, les agences spatiales occidentales ont dépensé 1 billion de dollars US sans parvenir à réduire le coût des voyages spatiaux d’un seul centime. Est-ce cette constatation embarrassante qui a en partie poussé les responsables de la NASA et de l’ESA à réaliser tant d’efforts publics pour empêcher le vol de Tito ? Si ce billion de dollars avait été utilisé de manière aussi productive que l’investissement cumulatif des frères Wright, dans le secteur de l’aviation civile, l’industrie du voyage spatial pèserait environ 1 billion de dollars par an6.

Parmi les fusées monoétages à décollage et atterrissage verticaux (VTOL), on retrouve le Phœnix de Pacific American Launch Systems, une variante habitable du Beta allemand et le Kankoh-Maru, conçu dans le cadre du programme de recherche sur le tourisme spatial mené par la Japanese Rocket Society (JRS), lancé en 1993. En ce qui concerne les véhicules à deux étages à décollage et atterrissage horizontaux (HTOL), se trouvent le Spacecab/Spacebus et des véhicules précurseurs proposés par Bristol Spaceplanes Ltd, ainsi qu’une étude récente réalisée chez Boeing. On estime que le développement de ces études aura coûté quelques milliards de dollars US, 16 milliards au maximum7.

La société russe NPO-Energia fabrique des véhicules habités Soyouz pour 12 millions de dollars, le vaisseau-cargo Progress pour un peu plus de 6 million de dollars US et des lanceurs Soyouz pour environ 16 millions de dollars. En revanche, la NASA estime à 13 milliards de dollars, voire davantage, le coût de développement d’ici à 2010 d’un avion spatial orbital (OSP, pour Orbital Space Plane) pour 4 à 6 personnes, qui devrait être lancé sur une fusée non-réutilisable existante. Des nouvelles récentes concernant l’avion spatial orbital proposé par la NASA indiquent qu’il pourrait s’agir d’une capsule non réutilisable. Ce qui renvoie le voyage dans l’espace à son point de départ. La NASA propose à présent de prélever 13 milliards de dollars US sur l’argent des contribuables pour développer une nouvelle capsule Apollo, 40 ans après l’originale.

La solution : une industrie privée du tourisme spatial durable

Lorsque la première équipe à financement privé s’envolera pour un aller-retour dans l’espace, l’impact historique d’un tel événement devrait se répercuter dans le monde entier et peut-être encore plus largement que le vol de Tito. Pourquoi ? Parce que le coût total de développement d’un véhicule de Scaled Composite, l’un des aspirants au X-Prize, correspondra à ce que les agences spatiales gouvernementales dépensent toutes les 12 heures. Le coût par vol atteindra environ 1/1000 du coût du premier voyage dans l’espace d’Alan Shepard, un vol sub-orbital similaire d’une durée de quelques minutes seulement. Si l’on ajoute à cela les enquêtes menées aux États-Unis suite à la perte d’une seconde navette spatiale par la NASA, l’attention du public devrait finalement se focaliser sur les dépenses annuelles des agences spatiales, qui atteignent quelques 30 milliards de dollars et proviennent de l’argent des contribuables, alors que ces dernières ne créent presque rien d’économiquement valable.

Le public est demandeur de tourisme spatial et le tourisme spatial est la seule activité qui propose de relier l’énergie économique de la consommation des ménages au développement spatial. À l’instar des voyages aériens, qui ont créé 50 millions d’emplois dans le monde, les voyages dans l’espace peuvent parvenir au même résultat, voire le surpasser.

Quelle est l’ampleur du potentiel du tourisme spatial ?

Le potentiel du tourisme spatial est énorme. Après tout, l’espace n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres.

Où s’arrêtera la croissance du secteur des voyages spatiaux habités ? Cette activité restera-t-elle le privilège de quelques riches individus ? La recherche nous donne toutes les raisons de croire que leur croissance sera similaire à celle de l’aviation. Si 10% seulement de la population des pays riches devaient s’offrir un seul voyage dans l’espace à 20.000 USD, cela représenterait un marché de 2 billions de dollars US. Or, plus de 50% de cette population affirme vouloir effectuer un tel vol et la plupart déclare vouloir faire plusieurs voyages.

Selon certaines études, il faudra attendre environ 10 ans8 avant de parvenir à un service voyageurs initial. Dans ce cas, l’infrastructure des transports en 2030 devrait représenter 1 billion de dollars US de plus que la poursuite des activités spatiales gouvernementales telles qu’elles se présentent aujourd’hui.

Suite à son travail préparatoire, la Japanese Rocket Society estimait que d’ici 10 ans, pour un investissement d’environ 12 milliards de dollars, il serait possible de transporter des passagers en orbite pour environ 25.000 USD/personne. Ce scénario se basait sur la construction de huit véhicules spatiaux de 50 passagers chaque année. À ce rythme, le nombre de voyageurs pourrait s’accroître de 100.000/an, de sorte que le nombre de passagers annuel pourrait atteindre 10 million en 2020. Nous pourrions, d’ici à 2030, compter 5 millions de passagers/an et assister au développement d’une gamme de services plus évolués.

  1. Un tel scénario impliquerait qu’en 2030, environ 40 millions de personnes auraient visité l’espace – environ 2% de la classe moyenne de l’époque.
  2. L’investissement nécessaire à la réalisation de ce scénario est largement inférieur aux 750 milliards de dollars US que les contribuables devraient débourser d’ici à 2030 pour financer les activités des agences spatiales. La valeur économique de ce scénario serait tout de même supérieure d’environ 1 billion de dollars.
  3. Quelque 20.000 personnes travailleraient dans le domaine spatial et notamment dans l’hôtellerie, qui représenterait le plus grand nombre d’emplois dans l’espace pour plusieurs décennies9. L’éventail d’infrastructures en orbite serait tout d’abord déterminé par les besoins du public évoluant dans un environnement en gravité zéro. Ces besoins représenterait une valeur économique considérable, grâce à l’éclosion de nouvelles opportunités commerciales dans tous les secteurs de l’activité économique.

Les hôtels finiraient par être placés en orbite autour de la Terre, et tourneraient sur eux-mêmes de manière à créer une gravité artificielle. Nous prendrions les vols quotidiens à destination de la Lune sur des navettes faisant l’aller–retour entre les deux corps orbitaux. Des sociétés telles que Hilton et Shimuzu Construction réalisent des études sur les hôtels spatiaux depuis plusieurs dizaines d’années. Il existe des projets de vaisseaux de croisière orbitaux dans lesquels les passagers participeraient à tout un éventail d’activités de loisirs et pratiqueraient notamment des sports de l’espace, de la danse en apesanteur, des acrobaties orbitales et vivraient des rencontres romantiques tout à fait uniques.

Imaginez le jour où vous pourrez réserver un vol pour la Lune : vous séjourneriez dans un hôtel lunaire ou vous partiriez pour une expédition plus longue, sur Mars, au sommet du mont Olympus, une montagne trois fois plus haute que l’Everest. Grâce à ce que nous savons de la durabilité liée aux voyages dans l’espace, nous pouvons commencer à « écologiser » le système solaire et à respecter davantage la Terre, en tant qu’oasis au milieu de l’espace. Le tourisme spatial pourrait amener à la naissance du premier enfant né d’une seconde race humaine, dans des colonies orbitales de la Lune et de Mars.

Les voyages dans l’espace posent-ils des problèmes en matière de protection de l’environnement ?

Comme la plupart de nos derniers grands espaces naturels, l’espace extra-atmosphérique souffre du trop grand nombre de déchets laissés par les visiteurs. Les alunissages d’Apollo ont laissé un monceau de détritus derrière eux et des milliers de pièces, souvenirs de nos programmes spatiaux, tournent en orbite autour de la Terre. Qu’il s’agisse d’une vieille pièce de vaisseau spatial, d’un satellite mort ou d’un gant perdu par un astronaute, les déchets de l’espace, qui se déplacent à une vitesse d’environ 28000 km/h sont capables de transpercer un promeneur de l’espace de part en part et de gâcher toutes les vacances. Même dans l’immensité de l’espace, le problème des déchets reste une question grave.

Les débris spatiaux, les ergols toxiques et même la contamination biologique potentielle d’autres mondes, tels que Mars, posent de véritables problèmes. La protection de l’environnement spatial doit être prise en charge du nettoyage à la prévention.

Existe-t-il des limites éthiques au voyage dans l’espace ?

Doit-on poser des limites éthiques au fait de voyager dans l’univers infini ? Ne pas explorer l’espace serait contraire à l’éthique. Nous devons poursuivre les voyages dans l’espace dans l’intérêt de l’humanité toute entière. Si nous parvenons à une industrie du voyage spatial durable, cela signifiera que nous avons progressé et que nous nous dirigeons vers des biosphères durables, tout particulièrement en ce qui concerne notre Terre, mais également les écosystèmes régénérateurs qui assureront la vie à l’intérieur de nos vaisseaux spatiaux et de nos hôtels de l’espace.

Une industrie du tourisme spatial durable nous assurerait, si jamais un réchauffement de la planète provoqué par l’homme ou une chute de météorite due à Dame Nature mettait en danger la vie humaine sur Terre, une chance de préserver la vie de l’Homme dans l’espace et sur d’autres planètes. La Terre deviendra un jour inhabitable. Avant cela, l’humanité doit changer de planète ou s’éteindre.

L’avenir de nos enfants dépend de la chance que l’on donne au développement du tourisme spatial. Sans tourisme spatial, nous ne développerons pas l’infrastructure nécessaire à la création d’une industrie du tourisme spatial. Une industrie du tourisme spatial durable assurera la destinée de l’humanité.

En résumé

Des études de marché indiquent que des millions de personnes souhaitent voyager dans l’espace, afin de flotter en apesanteur et regarder la Terre d’en haut. Le vol historique de Dennis Tito a légitimé l’industrie du tourisme spatial. Les prochains touristes de l’espace voyageront par deux. Avec l’avènement des vols spatiaux suborbitaux, des milliers de personnes deviendront des touristes de l’espace.

La durabilité de l’industrie du tourisme spatial est le catalyseur de plus vastes infrastructures spatiales et de notre capacité à préserver la vie loin de la Terre, à la frontière de l’espace. En participant à l’industrie du tourisme spatial durable, les professionnels du tourisme jouent un rôle crucial dans la préservation de nos espaces.

Conclusion

Nous habiterons sans doute toujours sur Terre, mais nous n’y passeront peut-être pas toutes nos vacances. Le tourisme spatial change le monde.

À l’instar des astronautes, les touristes qui ont vu la Terre depuis l’espace et ont ressenti l’apesanteur reviendront chez eux avec des perceptions nouvelles et profondes d’eux-mêmes et de leur place dans le monde. La science-fiction japonaise donne à cette modification de la conscience le nom de « Nouvelle Évolution ». D’autres l’ont baptisée « Overview Effect » ou « Spaceship Earth Consciousness » (la conscience de la Terre en tant que vaisseau spatial). Plus nous voyageons loin en tant qu’espèce, mieux nous arrivons à nous connaître.

Lorsque vous et votre famille partirez pour vos premières vacances dans l’espace, que vous flotterez en apesanteur et regarderez la Terre d’en haut, vous vous envolerez pour un nouveau style de liberté personnelle. Comme ceux qui sont partis avant vous, vous serez transformé pour toujours dans votre relation avec le monde qui vous entoure, avec les autres et avec vous même.

L’espace est la nouvelle frontière du tourisme et nous sommes tous des pionniers. Ensemble, nous pouvons changer me monde.

Merci. Que l’orbite vous soit favorable !

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1 Commission des communautés européennes, novembre 2003. Space : The new European Frontier for an Expanding Union (l’espace : la nouvelle frontière européenne d’une Union plus large). Retour texte
2 E. Anderson, Space Adventures, The Steps to Space presentation (Aventuriers de l’espace : les étapes de la présentation de l’espace). Retour texte
3 P. Collins, juillet 2003, Space Tourism Market Demand and the Transportation Infrastructure (Le tourisme spatial, la demande du marché et l’infrastructure des transports). Retour texte
4 D. Weber, février 2003, Public Space Markets - What We Know and What We Don’t Know (Marchés du tourisme spatial – Ce que nous savons et ce que nous ignorons). Retour texte
5 D. Weber, février 2002, The Ascent Study - Understanding the Market Environment for the Follow-on to the Space Shuttle (comprendre le marché pour la poursuite de la navette spatiale). Retour texte
6 P. Collins, juillet 2003, Space Tourism Market Demand and the Transportation Infrastructure (Le tourisme spatial, la demande du marché et l’infrastructure des transports). Retour texte
7 P. Collins, juillet 2003, Space Tourism Market Demand and the Transportation Infrastructure (Le tourisme spatial, la demande du marché et l’infrastructure des transports). Retour texte
8 P. Collins, juillet 2003, Space Tourism Market Demand and the Transportation Infrastructure (Le tourisme spatial, la demande du marché et l’infrastructure des transports). Retour texte
9 P. Collins, juillet 2003, Space Tourism Market Demand and the Transportation Infrastructure (Le tourisme spatial, la demande du marché et l’infrastructure des transports). Retour texte

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