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Le tourisme rural peut-il atteindre les masses critiques et créer des emplois et des revenus suffisants pour compenser la disparition de l'agriculture ? Le cas de la Pologne

Prof. Grzegorz GOLEMBSKI - Université d'Economie de Poznan, Pologne
Dr Janusz MAJEWSKI - Université d'Agriculture, Poznan, Pologne

 

Diaporama

 

Introduction

L'objectif de cet article est d'identifier les perspectives de développement du tourisme rural en tant qu'alternative aux activités agricoles. Dans un premier temps, il convient de définir la notion de tourisme rural, puis de déterminer les différents facteurs susceptibles d'influencer de manière significative le développement du tourisme rural. Sur la base de ces facteurs, il devient alors possible d'avancer quatre hypothèses quant aux perspectives du tourisme rural en tant qu'alternative à l'agriculture.
Ces hypothèses ont été vérifiées d'après des études de cas. Seule une méthode d'évaluation viable permet d'analyser les cas individuels, qui diffèrent largement en fonction de nombreux paramètres spécifiques, et d'établir ainsi quelques observations d'ordre général.
Les études de cas ont confirmé la validité des hypothèses avancées dans cet article. Elles ont également permis d'identifier divers obstacles qui limitent le développement de l’agrotourisme en Pologne, parmi lesquels : le crédit, le développement quantitatif, le caractère saisonnier, ainsi que le manque d'infrastructures, le niveau de civilisation et la main d'œuvre.

L’Europe occidentale considère la Pologne comme un pays agricole présentant un niveau d’industrialisation et d’urbanisation relativement faible, une caractéristique qui, jusqu’à récemment, témoignait du retard d’une civilisation. Cette image n’est que partiellement juste, car la Pologne compte des régions très industrialisées, voire sur-industrialisées (notamment la Haute Silésie) qui côtoient des régions pratiquant une agriculture très intensive, qui n’ont que récemment cessé d’être considérées comme modernes (par exemple le Wielkopolska, la Grande Pologne) et bien sûr des régions ou l’agriculture traditionnelle domine et où la densité de population est faible (c’est le cas de la Podlasie, à l’Est de la Pologne ou – de manière encore plus frappante – de certaines régions du Nord-Est de la Pologne). Cependant, d’une manière générale, la Pologne est un pays aux paysages naturels et aux agglomérations variées, unique en Europe en termes de biodiversité.

On trouve à peu près deux millions de fermes agricoles en Pologne, dont la moitié produisent uniquement pour leur propre consommation et ne vendent pas leur production sur le marché. Cela n’est guère étonnant, si l’on sait que la taille moyenne d’une ferme du Sud-Est de la Pologne est d’environ 3,5 hectares. Pourtant, si l’on prend en compte les techniques agricoles traditionnelles utilisées dans ces exploitations, la « diversification » de leur production (de tout en petites quantités), l’attractivité du paysage et les richesses du patrimoine, que l’on trouve en abondance dans la région, on ne peut s’empêcher d’en conclure que le tourisme et l’agrotourisme peuvent y prospérer. C’est effectivement le cas : le Sud-Est de la Pologne compte le plus grand nombre de possibilité d’hébergement en matière de tourisme rural. Cependant, nous ne pouvons pas brosser un portrait exhaustif du pays sans tenir compte des régions du Nord de la Pologne, dans lesquelles la taille moyenne d’une ferme atteint 21,5 hectares (Province de Warmie et Mazurie) à 24,1 hectares (Poméranie Ouest) et où il n’est pas rare que les unités agricoles cultivent plusieurs centaines d’hectares de terre. En revanche, statistiquement, la taille moyenne d’une ferme polonaise atteint 8,5 hectares.

Les fermes connaissent de fortes variations de taille selon les régions et la superficie moyenne de terre cultivée est d’environ 8,44 hectares :

Taille moyenne des fermes par province

Province de Malopolska (la petite Pologne) :
3,3 ha
Province de Podkarpackie :
3,8 ha
Province de Warmie et Mazurie :
21,5 ha
Province de Poméranie Ouest :
24,1 ha

(Toutes les données statistiques proviennent de : GUS – Bureau central des statistiques, Recensement agricole général, Varsovie 2003).

La Pologne est dotée d’une structure d’emploi obsolète. Le secteur agricole, responsable d’un peu plus de 4% du Produit National Brut, emploie 30% de la population active totale. La fragmentation des exploitations signifie que la plupart d’entre-elles ne sont pas autosuffisantes. Lorsque la Pologne rejoindra l’Union Européenne, ces exploitations seront confrontées à une rude concurrence et pourront difficilement assurer un niveau de vie minimum.

Il existe, en même temps, de nombreuses opportunités de développement du tourisme dans les zones rurales, qui pourraient fournir une source de revenus alternative aux populations rurales et modifier la structure de l’emploi existante sans que les habitants des campagnes aient besoin de migrer vers les villes. Ces opportunités découlent des faits suivants :

  • La Pologne se compose de grandes étendues de terres sur lesquelles la densité de population est faible (inférieure à 60 personnes par kilomètre carré) et où les zones forestières couvrent plus de 30% de la région, de régions de lacs (plus de 5% des eaux intérieures), de prairies et de vallées fluviales offrant un paysage calme, serein, idyllique, difficile à retrouver dans les pays développés d’Europe occidentale.
  • La Pologne compte des vestiges de forêts primitives caractérisées par leurs conditions climatiques et leurs paysages uniques.
  • De nombreuses régions attractives de la Pologne présentent une bonne accessibilité, qui sera encore améliorée par un réseau autoroutier dont la construction est prévue dans les cinq prochaines années.

    Parmi ces régions, on trouve :

    • La région des lacs de Poméranie, Ziemia Lubuska (la région de Lubuskie), l’Ouest de la Wielkopolska (forêt de la Notec) dans le Nord-Ouest de la Pologne, près de la frontière allemande ;
    • La Masurie, la région sauvage de Augustów, la forêt de Bialowieska, la région des lacs de Suwalskie, au Nord-Est ;
    • Le basin fluvial de Narew et Bug, dans l’Est et les montagnes de Bieszczady, la chaîne des Beskid Niski (Basses Beskides) et les Sadecki au Sud-Est, qui bordent la Slovaquie et l’Ukraine.

Il existe également d’autres arguments en faveur du développement du tourisme rural en Pologne :

  • La surpopulation des destinations touristiques traditionnelles qui approchent de la limite de leur capacité ;
  • La proximité des sources de la demande, étant donné que la demande nationale prédomine ;
  • Des prix attractifs par rapport aux hôtels et pensions typiques proposés dans les destinations nationales ou en comparaison avec les offres touristiques vers l’étranger, et enfin :
  • L’évolution des goûts des clients – les touristes recherchent de plus en plus le contact avec la nature et aspirent à des formes de loisirs plus actives.

L’OBJECTIF

Ainsi, l’objectif de cet article sera d’identifier des perspectives de développement du tourisme rural en tant qu’alternative aux activités agricoles.

Bien que le tourisme agricole ne représente qu’une faible part du marché polonais du tourisme, le gouvernement et les autorités locales le considèrent comme un facteur important pour un développement touristique futur durable. Toujours très en dessous de leur capacité, les zones rurales du pays se trouvent dans une position de force qui leur permettent de mettre au point des stratégies touristiques élaborées autour d’objectifs environnementaux à long terme. En ce faisant, les autorités souhaitent forger à la Pologne une réputation de pays propre et relativement intact, contrastant avec son image négative, liée à l’intensification industrielle qui l’a autrefois marquée (Roberts L., Hall D., 2001).

DÉFINITIONS

Pour relever le défi posé par l’intitulé de cet article, nous devons tout d’abord répondre à la question : qu’est-ce que le tourisme rural et qu’entend-on par masse critique ? Devons-nous débattre du tourisme rural en soi ou d’un concept plus large de tourisme en zone rurale ? Cette dernière option prend en considération de plus grandes sociétés touristiques et modifie totalement l’optique de ce projet. La première option limite l’analyse à des entreprises d’une seule personne, ou mieux, à de petites entreprises familiales, et – cas rarement rencontré de nos jours – à des sociétés locales et des coopératives locales dont les propriétaires habitent le village ou la commune.

Le tourisme rural doit être, sous sa forme la plus pure :

  • Basé dans des zones rurales ;
  • Fonctionnellement rural – fondé sur les caractéristiques propres à la campagne et notamment : la production à petite échelle, les grands espaces, le contact avec la nature et le patrimoine, les communautés traditionnelles et les coutumes ;
  • À échelle rurale, à la fois en termes de taille des logements et des communautés et donc généralement petit ;
  • De caractère traditionnel, suivant un développent lent et organique, basé sur les familles autochtones. Il doit souvent être contrôlé par des communautés locales et développé dans le but d’apporter des bénéfices à long terme à la région ;
  • Varié, reflétant la nature complexe de l’environnement rural, de son économie, son histoire et sa situation (Majewski, Lane, 2001 p.40).

Le tourisme en zone rurale, n’est cependant pas tenu de répondre à ces critères. En général, il doit, pour seule exigence, se situer dans une zone administrativement rurale, afin que la région n’adopte pas un caractère matériel. En outre, ces types de projets touristiques modifient souvent considérablement le paysage rural traditionnel, car ils sont rarement conformes à l‘architecture régionale existante et à son échelle (par ex., l’hébergement style hôtel, les complexes de bungalows).

Nous nous concentrerons, dans ce document, sur le tourisme rural au sens strict.

Répondre à la question relative à la masse critique et au moment où celle-ci est atteinte n’est pas sans équivoque, car la réponse dépend des critères que nous définissons. Nous disposons de plusieurs possibilités :

  • Un critère économique (financier) individuel pour un fournisseur de service ou une société, basé, par exemple, sur le nombre d’employés ou sur un revenu moyen du travail dans le pays – peut-être plus et peut-être moins.
  • Un critère collectif (pour un lieu ou une région), pour lequel, en raison de sa contribution à l’économie locale, le tourisme représente maintenant une part significative de celle-ci ;

La masse critique ne sera pas la même pour une grande société orientée bénéfices que pour une petite entreprise familiale (typique dans le secteur du tourisme rural.) Même les petites entreprises familiales présenteront des différences au niveau de leur masse critique, selon la région dans laquelle elles sont situées, en raison de différences entre les revenus moyens, les besoins et les mentalités.

Nous pouvons illustrer cette constatation par les différences enregistrées au niveau du PNB par tête. Si nous prenons 100% pour moyenne nationale (4,538 EUR par an), le PNB par tête des cinq provinces les plus riches de Pologne (OUEST) s’élèvera à 114,2%, alors que pour les cinq provinces les moins développées, (EST) ce chiffre atteindra seulement 73,5% . Nous constatons des différences encore plus importantes si nous effectuons une comparaison entre les villes du pays. Par exemple, le PNB par tête à Varsovie est de 13,435 EUR, de 9,298 EUR à Poznan et dans les régions rurales, il atteint en moyenne 2.800 à 3.000 Euros.

Une autre question se pose à propos de la masse critique : le tourisme doit-il constituer une source de revenus alternative ou supplémentaire ? Selon la réponse, les objectifs et les revenus escomptés seront définis à des niveaux différents. Au départ, on considère généralement le tourisme comme une source de revenus supplémentaire. Ensuite, après un certain temps, il devient, pour certains, la source de revenus alternative qui remplace l’agriculture, en rassemblant les deux activités ou en reléguant cette dernière à un rôle secondaire. Cette transformation n’a pas seulement lieu dans des unités agricoles individuelles, mais souvent dans des villages ou des régions entières. La fonction agricole est parfois uniquement remplie au profit des touristes et afin de conserver le caractère de la ferme agrotouristique.

En ce qui concerne le terme durable, le thème principal de cette conférence, nous pouvons poser une question qui mérite réflexion : avons-nous besoin d’atteindre une masse critique ? Après tout, nous parlons d’un tourisme durable pour lequel le critère économique n’a pas plus d’importance que les considérations écologiques et éthiques. Cette constatation est particulièrement vraie lorsqu’il s’agit d’entreprises locales et familiales qui, à la différence des sociétés typiques à orientation lucrative, ne considèrent pas le critère économique comme le facteur prédominant, même s’ils ne le perdent pas complètement de vue. Cette attitude est à la base de la vitalité du tourisme rural, dont l’authenticité de l’offre constitue un élément essentiel. Nous perdons cette authenticité si le critère de profit occulte tout le reste et le relègue au second plan (Bramwell B., Lane B. (ads), 1994).

LES FACTEURS QUI INFLUENCENT LE DÉVELOPPEMENT DE L’AGROTOURISME EN POLOGNE

En exposant les perspectives du tourisme rural, nous devons accepter un certain nombre de facteurs dont l’impact sur le développement futur de ce dernier pourrait être considérable. Ces facteurs incluent notamment :

  1. Le succès du développement du tourisme rural n’est possible que dans des régions attractives – dans des régions touristiques qui occupent une certaine zone géographique.
  2. La politique gouvernementale, à tous les niveaux de l’autorité (central, régional et local), est (ou doit être) le résultat de la mise en application de la stratégie adoptée.
  3. L’agriculture doit être rentable et efficace, grâce à :
    - la politique agricole du gouvernement
    - la situation géographique et la qualité des terres agricoles disponibles, l’état des connaissances professionnelles et le niveau de mécanisation du travail agricole.
  4. La concurrence sur le marché. Celle-ci concerne à la fois la production agricole et l’offre de services agrotouristiques.
  5. Le développement du tourisme rural n’est possible que dans les régions les moins urbanisées.
  6. L’offre de services doit être saisonnière – sauf dans les destinations de montagne, une saison touristique type est courte, elle ne dure que trois mois au maximum.
  7. L’exploitation d’installations agrotouristiques doit être liée à des motivations supra-économiques, notamment à la possibilité d’interagir avec les habitants des grandes villes, au plaisir que l’on retire de la satisfaction des clients (commentaires sur les livres d’or) ou à la possibilité de présenter ses objets artisanaux ou artistiques aux visiteurs.

Ad. 1.
Parmi les unités touristiques géographiques, en termes d’espace géographique et socio-économique, qui abritent le phénomène touristique, on trouve des zones et des régions touristiques (G. Golembski, 1999). Le concept de zone, en tant qu’espace librement défini au sein du pays et qui rempli la fonction touristique, ne requiert pas de critère de délimitation strict, la région touristique adoptant donc une position plus élevée dans la hiérarchie des unités spatiales. La région touristique peut être définie par sa zone, dessinée en fonctions de similitudes au niveau de ses caractéristiques, mais elle peut également posséder une structure nodale. Le tourisme rural peut uniquement se développer dans le premier type de régions.

La condition préliminaire à l’identification de régions au sein des zones touristiques est l’évaluation des ressources, selon leur attractivité. Parmi ces ressources, on trouve les attributs touristiques, l’état de l’environnement naturel et son niveau de protection, ainsi que l’accessibilité de la zone. Grâce à une technique d’indicateurs synthétiques permettant d’évaluer l’attractivité touristique des destinations, les régions les plus attractives en termes de fonction touristique ont été identifiées dans des zones couvrant 1/8 de la Pologne (des zones généralement considérées comme attractives d’un point de vue touristique). Ces régions sont les plus susceptibles de supporter le développement du tourisme rural.

Ad. 2.
L’une des expressions de la politique du gouvernement au niveau central est sa politique fiscale et de crédit. Les réductions fiscales peuvent stimuler l’exercice d’activités à plus grande échelle. La diminution des taux d’intérêt sur les crédits (même s’ils sont plus élevés que le taux d’inflation) et le rallongement des délais de remboursement des emprunts reflètent une politique de crédit de l’État impliquant l’adoption de mesures encourageantes visant à réduire les risques commerciaux.

La stratégie des autorités régionales s’exprime notamment par la définition du produit central dans des zones sélectionnées et la vision de l’offre touristique. Cette stratégie doit également inclure l’amélioration des conditions de logement dans la zone (rénovation et réhabilitation des bâtiments ruraux), l’aide à la préservation de l’identité culturelle des communautés locales et la protection de l’environnement. Le rôle des autorités régionales s’étend également au marketing régional et notamment à la promotion des services agrotouristiques et au reclassement des personnes par le biais de formations appropriées.

Lorsque l’on descend dans la structure des autorités, les gouvernements locaux sont responsables de l’état des infrastructures techniques (principalement des réseaux de distribution de gaz et d’égouts), dont l’inadéquation entraîne des frais d’exploitation plus élevés, pour une qualité de service moindre. Les autorités locales sont également responsables de la signalisation de la zone, de la mise en place d’informations touristiques, de la construction et de l’entretien des sentiers touristiques, etc. Ces responsabilités sont illustrées sur le schéma 1.

Ad. 3.
Suite à la mise en application des principes de l’économie de marché en Pologne, au début des années 90, la rentabilité de l’agriculture a considérablement chuté. Les prix des engrais et des machines sont montés en flèche, alors que les prix de vente des produits agricoles ont commencé à chuter. La fluctuation des prix a encore accentué les risques liés à l’agriculture. Dans le même temps, afin de combattre l’inflation galopante, les taux d’intérêt sur l’emprunt ont grimpé à un niveau qui les privait de toute rentabilité. Pour un agriculteur, toutes ces raisons suffisaient à motiver la recherche d’une source de revenus supplémentaire, phénomène vérifié en particulier dans les petites exploitations, qui avaient cessé d’être autosuffisantes.

Un certain nombre de facteurs fournissent des arguments valables en faveur du développement de l’agrotourisme dans les petites exploitations. Premièrement, s’il s’agit d’exploitations familiales – et il s’agit du type de ferme le plus courant en Pologne – les propriétaires doivent être intéressés par les revenus supplémentaires générés par le tourisme. Deuxièmement, les petites exploitations agricoles – souvent pour des raisons économiques – utilisent très peu (ou pas du tout) d’engrais artificiels et de produits chimiques phytosanitaires. Même si la plupart des fermes ne disposent pas de certificats attestant de leur caractère écologique, la qualité des produits proposés répond souvent aux critères de l’écologie. Les petites fermes de 1 à 5 hectares constituent 59% du nombre total d’unités agricoles, les fermes de 6 à10 hectares représentent 22% du total et celles qui dépassent les 10 hectares, 19%.

En général, les petites exploitations agricoles qui produisent très peu ne disposent pas de suffisamment d’argent pour démarrer une activité touristique et manquent souvent de chambres libres pour leurs hôtes. En outre, elles ne sont pas considérées comme solvables par les banques et ne peuvent donc même pas recourir à l’emprunt. D’un autre côté, les fermes plus importantes, celles qui retirent des bénéfices satisfaisants de la production agricole, de la culture de fruits ou de l’horticulture, en dépit de leur capacité financière, ne sont pas intéressées par l’exploitation d’une activité touristique supplémentaire, considérée comme une charge de travail additionnelle. Étant donné que les familles qui exploitent de grandes fermes travaillent généralement 10 heures par jour à la ferme, il n’est pas réaliste d’attendre d’elles qu’elles se lancent en plus dans une activité commerciale touristique. En revanche, dans les petites exploitations agricoles, une journée de travail dure environ 4,3 heures.

La campagne se caractérise également par la lenteur de la diffusion de l’innovation, une constatation qui se vérifie dans le cas du tourisme rural. Ainsi, au sein des communautés rurales, on attribue un rôle important aux pionniers (leaders) qui sont les premiers à prendre le risque de se lancer dans une nouvelle activité. Ces éclaireurs sont regardés avec attention par les autres membres de la communauté et s’ils réussissent , ils sont suivis. Au début des années 90, ce rôle était assumé par les travailleurs itinérants des villes, qui étaient les premiers à proposer des services touristiques. Ces personnes avaient souvent reçu un enseignement universitaire et dans les années 80, avaient décidé non seulement de vivre à la campagne, mais également d’exploiter une ferme, une activité très rentable à l’époque.

Ad. 4.
La concurrence naît principalement de la multiplicité des producteurs. La baisse des prix des produits de la ferme incite les agriculteurs à augmenter la production afin de compenser la perte de revenus. Cette hausse, aggrave à son tour la difficulté de vendre les produits. Même si le nombre de foyers vivant des activités de la ferme a considérablement chuté, le nombre de producteurs agricoles est toujours trop élevé.

Actuellement, les foyers vivant des activités de la ferme représentent 10,5 millions d’individus, soit 27,4% de la population totale (9,4% de moins qu’en 1996), parmi lesquels 80% vivent effectivement à la campagne.

Pour 16,6% de cette population, la ferme constitue la seule source de revenus (21,3% en 1996) ;
2% déclarent que la ferme est leur principale source de revenus (2,2% en 1996) ;
14,8% déclarent que la ferme est une source de revenus supplémentaire (33,5% en 1996) ;
11,7% surviennent aux besoins de leur famille exclusivement ou principalement grâce à un travail extérieur à la ferme
15,8% déclarent que leur source de revenus unique ou principale est une pension (ou rente d’invalidité)
38,9% sont dépendants.

D’un autre côté, le nombre de fermes agrotouristiques a énormément augmenté. La concurrence sur ce marché explique des prix exceptionnellement bas, qui affectent la rentabilité et ajournent les perspectives d’atteindre la masse critique (comparaison des exemples).
Voici les chiffres correspondants pour les treize dernières années :

1990 : 590 fermes proposaient des services agrotouristiques
1997 : 4 800 fermes
2002 : 13 200 fermes
2003 : environ 15 000 fermes
En 2002, les fermes agrotouristiques ont offert leurs services à près d’un million de visiteurs.

Ad. 5.
Le développement du tourisme rural est limité par une urbanisation progressive. C’est pourquoi les périphéries des villes doivent être exclues de ce processus, le rayon d’exclusion dépendant de la taille de l’unité urbaine. Les rayons suivants peuvent être considérés comme raisonnables, en fonction de la taille respective des villes (selon les chiffres de la population) :

50 à 100 mille : 10 kilomètres
101 à 500 mille : 15 kilomètres
501 mille à 1 million : 20 kilomètres

Il est convenu (Drzewiecki, 1992) que le degré d’urbanisation est exprimé par la densité de la population par kilomètre carré de terre agricole. Le chiffre maximum permettant à une zone d’être considérée comme acceptable pour abriter du tourisme et des loisirs a été fixé à 80 habitants par kilomètre carré. La fragmentation des installations et l’éloignement des routes interurbaines sont considérés comme un avantage.
Les régions ainsi sélectionnées, attractives en matière de développement touristique, doivent être analysées du point de vue de l’indicateur d’urbanisation, qui réduira probablement la taille de ces zones.

HYPOTHÈSES

En nous basant sur les constatations préalables, nous pouvons avancer quatre hypothèses en ce qui concerne les perspectives du tourisme rural en tant qu’alternative à l’agriculture. Ces hypothèses sont les suivantes :

  • Il existe une relation étroite entre la masse critique du tourisme rural et l’attractivité d’une zone et son urbanisation.
  • La condition préalable au développement du tourisme rural est l’élaboration d’une stratégie de développement du produit touristique dans une zone sélectionnée.
  • La faible rentabilité de l’agriculture est à la fois un facteur de stimulation et de retardement du développement du tourisme en zone rurale.
  • Le caractère évolutif des modifications de l’environnement rural traditionnel signifie que dans les premières phases de son développement, le tourisme rural est considéré comme une source de revenus supplémentaire et qu’il ne devient que plus tard une source de bénéfices alternative.

Plusieurs obstacles freinent le développement de l’agrotourisme. Ils doivent être surmontés pour permettre la croissance des services agrotouristiques en volume et en qualité, afin qu’ils deviennent une alternative durable à l’agriculture.

ÉTUDES DE CAS
(d’après l’étude menée en novembre 2003 en coopération avec Mlle Janina Stanczyk, Présidente de la Société d’agrotourisme de Poméranie Centrale KOSA).

La généralisation du phénomène d’agrotourisme en Pologne est très difficile. Le pays est grand, les régions touristiques sont nombreuses et extrêmement diversifiées (montagnes, côtes, régions de lacs, etc.) et le caractère saisonnier des services varie selon les régions. Le développement de l’agrotourisme dépend de la taille des fermes, du type de production agricole et de sa rentabilité, de la situation géographique, de la mentalité des habitants et de nombreux autres facteurs. C’est pourquoi la seule méthode d’évaluation fiable semble être une analyse de cas individuels, très diversifiés et revêtant différentes caractéristiques typiques, susceptibles de fournir une base à quelques observations générales.
Les études de cas couvrent sept exemples de fermes agrotouristiques fonctionnant dans la région de Poméranie centrale, en Pologne. Cette zone inclut à la fois la côte, zone pour laquelle la distance de 15 à 20 kilomètres de la mer décide de l’attractivité de la destination et des régions de lacs auxquelles les terrains et la densité forestière variés confèrent un caractère attractif en tant que tel.

CAS n°1
CHLOPY – une ferme située à 200 mètres du littoral baltique.

Cette ferme a été achetée en 1975 par une famille originaire de la ville de Bydgoszcz (territoire annexé par la Prusse avant la 1ère Guerre Mondiale). Il s’agissait d’une ferme de 7 hectares comprenant une maison, construite en 1819, dans un état de délabrement avancé. L’acheteur était un fermier lui-même et sa femme avait suivi une formation professionnelle de niveau secondaire dans la restauration. Il avait acheté la ferme afin de développer une exploitation agricole. La ferme s’est progressivement étendue par le biais d’acquisitions de parcelles avoisinantes et la production s’est spécialisée dans l’élevage de vaches et d’oies. Au début des années 80, la ferme a commencé à vendre des repas aux touristes (grâce à la formation et aux compétences de la femme de l’agriculteur). Cependant, tout l’argent ainsi gagné servait à autofinancer l’activité agricole (achat de machines, d’engrais, etc.). À cette époque, l’agriculture était très rentable.
En dépit de l’afflux considérable de touristes vers la côte pendant la saison estivale et de l’importance de la demande de services d’hébergement et de restauration, une barrière mentale fit son apparition (« pourquoi hébergerions-nous des étrangers à la maison ?! »), qui retardait effectivement toute décision relative à l’extension de la maison ou à la location de chambres aux touristes.
Suite à des changements politiques et économiques, survenus au début des années 90, la Pologne connut un déclin spectaculaire de la rentabilité de la production agricole. Les coûts de production montèrent en flèche alors que les prix de vente s’effondraient. En 1995, de nouvelles réglementations autorisaient l’installation de campings sur les terres agricoles. Un autre ensemble de réglementations limitait l’exonération fiscale pour la location de chambres à cinq chambres au maximum. Le cas étudié est celui d’une famille de deux générations (deux familles inscrites à la même adresse), qui pouvait donc louer dix chambres exemptes de taxe. En janvier 1996, la famille a pris la décision d’abandonner tout à fait la production agricole et de rénover et d’agrandir la maison. Les bâtiments existants de la ferme ont été transformés en salle de séjour et en magasin de bicyclettes. Des toilettes, des salles de bain, des cabines de douche et des lavabos ont été installés pour les utilisateurs du camping. Toutes les chambres louées aux touristes sont équipées de leurs propres salles de bain. L’impression générale est très bonne– l’endroit est propre et décoré de fleurs.
La remise à neuf et la réparation ont été « bricolées » et financées par l’argent de la famille. Environ 60% des bénéfices annuels sont mis de côtés afin d’être réinvestis. La demande est forte. En dépit de la fraîcheur du climat, les clients viennent tout au long de l’année, bien que l’occupation des lits varie entre 10% (janvier, février) à 50% (mai, septembre) en dehors de la haute saison. La ferme propose actuellement 22 lits.

Pour calculer les ventes, les coûts et les profits, nous sommes partis de la supposition suivante :

Nombre de lits : 22

Occupation selon les mois :
Juillet, août 100%
Mai, juin, septembre 50%
Mars, avril, octobre, novembre, décembre 15%
Janvier, février 10%
Tarif par lit :
Juillet, août 30 à 40 PLN
Autres mois 20 à 25 PLN
Prix des repas :
Adulte 15 PLN
Enfant 10 PLN

Nombre de places au camping : 60

Prix : 10 PLN par personne

Frais d’exploitation + dotation aux amortissements 50% des ventes
(pas de main d’œuvre salariée)
Les frais incluent : électricité, gaz, vidange de fosse septique, peinture et décoration, blanchisserie, ingrédients alimentaires, etc.

Tableau 1

Chiffre d’affaires
(PLN)
Produits à la vente
Mois
Location de chambre
Camping
Repas
Jan
1,500
-
750
Fév
1,500
-
750
Mar
2,250
-
750
Avr
2,250
-
750
Mai
8,250
-
1,800
Juin
8,250
7,500
6,600
Juil
23,100
18,000
13,050
Août
23,100
18,000
13,050
Sep
8,250
7,500
6,600
Oct
8,250
-
750
Nov
2,250
-
750
Déc
2,250
-
750
Total
85,200
51,000
39,350

 

Chiffre d’affaires annuel total :   175.550 PLN
Coûts d’exploitation et amortissements (50% du chiffre d’affaires)   85.775 PLN
  BÉNÉFICES 85.775 PLN
    (1 EUR = 4,5 PLN)

Environ 60% des bénéfices (ou 52.000 PLN) sont réservés aux investissements. Le solde est consommé par les hôtes. Les revenus disponibles sont donc de 2.815 PLN, soit 625 EUR par mois. En Pologne, cela représente un salaire net supérieur à la moyenne de 50%.

CAS n°2
KISZKOWO, commune de BEDZINO

Situation : 2,3 kilomètres de la côte, terres arables
Taille de la ferme : 30 hectares, cultivés
Statut : Fermiers de la 3ème génération, famille de 5
Type de production agricole : Élevage de porcs + production d’aliments pour animaux
Activités supplémentaires : Scierie depuis 1986
Rentabilité de la production agricole : En déclin depuis 1990
Rentabilité de la scierie : Aucune, production limitée, puis interrompue en 1995
Débuts de l’agrotourisme : 1997, suite à la baisse des revenus
Nombre de chambres à louer : 3
nombre de lits : 8
Occupation des lits : 80 à 90% sur trois mois
Prix par lit : 30 PLN
Prix par repas : 15 PLN (dîners seulement)
Nombre de repas vendus : 200 par mois
Services supplémentaires : Location de bicyclettes, feux de joie, (compris dans le prix) fumaison du poisson

 

Frais d’exploitation + dotation aux amortissements : env. 50% du CA (pas de main d’œuvre salariée)
Argent disponible pour investir : Aucun
Facilités de crédit : Aucune
Part des revenus touristiques dans les revenus annuels totaux : 40%
Calcul du chiffre d’affaire et des bénéfices : voir annexe

 

CAS n°3
MACHLINY, commune de Czaplinek

Situation : Région des lacs de Drawskie, à environ 100 km de la mer. Terrain vallonné, beaucoup de bois et de lacs ; à 200 mètres du rivage du lac
Taille de la ferme : 15 hectares, cultivés
Statut : Ferme héritée, famille de quatre (grand-mère, mère, fils adulte, fille (encore scolarisée)
Aucune connaissance des langues étrangères
Type de production agricole : Cultures traditionnelles (grains) ; animaux de ferme pour les besoins de la famille (1 vache à lait, 10 porcs, volailles)
Rentabilité production agricole : Faible et décline encore, fournit au max. 30% des revenus totaux de la famille, sol de faible qualité
Débuts de l’agrotourisme : 1995, pour palier à la baisse des revenus de la production agricole
Nombre de chambres à louer : 3 chambres doubles, une salle de bain
2 chalets doubles, chacun avec salle de bain et kitchenette
2 chalets pour quatre, chacun avec salle de bain et kitchenette
Nombre total de lits : 18
Occupation des lits : Mai – 30%, juin – 30%, juil – 70%, août – 70%, sep – 10%
Prix par lit plus repas : 40 PLN (100% des visiteurs mangent à la ferme)
Services supplémentaires : Location de bicyclettes, de bateaux, barbecue,
(compris dans le prix) Fumaison du poisson, terrain de basket-ball
Frais d’exploitation + dotation aux amortissements : environ 40% du CA
Argent disponible pour investir : Oui, rénovation des installations pour améliorer la qualité
Facilités de crédit : Oui – obtention d’un prêt bancaire
Part des revenus touristiques dans les revenus annuels totaux : 40%
Calcul du chiffre d’affaire et des bénéfices : Voir annexe

CAS n°4
Ferme agrotouristique « LISÓWKA »

Situation : Commune de Manowo, région de lacs, 40 km de la mer sur un canal reliant deux lacs (Majka – 1 km, Rosnowo – 3 km), dans les bois
Taille de la ferme : 20 hectares, non cultivés
Statut : Ferme héritée, famille de trois. Pas d’argent pour commencer une production agricole rentable. Prévoient de boiser le terrain.
Revenus non agricoles : Époux : pompier ; femme : peintre sur verre amateur, ventes occasionnelles ; éducation : générale secondaire
Débuts de l’agrotourisme : 1997
Nombre de chambres à louer : 2 suites ; nombre de lits : 8
Occupation des lits : Mai – 20%, juin – 50%, juil – 100%, août – 100%, sep – 70%
Prix par lit : 20 PLN
Prix par repas : 14 PLN (50% prennent les dîners)
Services supplémentaires : Location de bicyclettes, feux de joie, séchage des (compris dans le prix) champignons
Revenus supplémentaires : Vente d’artisanat

Pas de main d’œuvre salariée, tout le travail est effectué par les membres de la famille (3 personnes)

Frais d’exploitation + dotation aux amortissements : 50% du chiffre d’affaires
Argent disponible pour investir : Aucun
Facilités de crédit : Aucune
Part des revenus touristiques dans les revenus annuels totaux : 33%
Projets futurs : bassin, 2 poneys, agrandissement deuxième étage (2 chambres supplémentaires)

Calcul du chiffre d’affaire et des bénéfices :
Voir annexe

CAS n°5
Ferme de SARBINOWO

Situation : À environ 1,5 km de la mer ; maison de 200 ans louée aux touristes, la famille vit dans une maison neuve. Terrain agricole.
Taille de la ferme : Environ 15 hectares, cultivés
Statut : La ferme a été achetée au début des années 80. Les deux propriétaires ont reçu un enseignement universitaire (Maîtrise d’horticulture). Famille de sept, deux membres de la famille travaillent à l’extérieur de la ferme.
Type de production agricole : Plantation de fraises, jusqu’en 1995 sur 8 hectares de terrain, aujourd’hui sur environ 3 hectares
Autres activités : Élevage de chevaux, actuellement six chevaux à monter, en vue de rallonger la saison touristique
Rentabilité production agricole : En déclin, principalement à cause de la difficulté d’embaucher des cueilleurs (interdiction d’employer des travailleurs étrangers). Les récoltes doivent être limitées. Production très risquée en raison des fluctuations des prix.
Débuts de l’agrotourisme : 1999 à la suite d’une étude de faisabilité détaillée
Nombre de chambres à louer : 4 ; nombre de lits : 14
Occupation des lits : Juin – 25%, juil – 100%, août – 100%, Sep – 10%
25% des hôtes sont étrangers
Prix par lit plus repas : 35 PLN – haute saison, 25 PLN – basse saison
(les enfants de moins de 7 ans paient 50% du prix)
Nourriture : 1 soupe par jour plus 1 dîner sans soupe pour 90% des hôtes
Prix par repas : 20 PLN
Services supplémentaires : Location de bicyclettes, tennis de table, pêche, (compris dans le prix) promenades en 4x4
Services supplémentaires moyennant frais additionnels : promenades à cheval à 25 PLN/heure en moyenne
Frais d’exploitation + dotation aux amortissements : Hébergement : 45%
Nourriture : 40% pas de main
d’œuvre salariée
Argent disponible pour investir : Peu, environ 25% des bénéfices totaux
Facilités de crédit : Aucune
Part des revenus touristiques dans les revenus annuels totaux : 20%
Projets futurs : Enclos couvert pour les chevaux, transformation du grenier de la vieille maison en deux appartements (maximum 20 personnes dans des chambres doubles), chalets, court de tennis, cantine
Calcul du chiffre d’affaire et des bénéfices : voir annexe


CAS n°6
POPOWO, commune de BEDZINO

Situation : À environ 10 km de la mer, région agricole, quelques forêts, maison âgée de 10 ans
Taille de la ferme : 34 hectares
Statut : Famille de cinq, éducation secondaire agricole
Production agricole : Ferme laitière : 25 vaches à lait, homologuée UE. Production totale vendue à une entreprise suédoise
Activités non agricoles : Aucune
Rentabilité production agricole : Satisfaisante ; prix stables fixés à environ 0,9 PLN par litre. Rendement par vache : 7 200 litres par an
Débuts de l’agrotourisme : 1997; suite à un grand afflux de touristes vers la côte après les crues catastrophiques survenues dans les montagnes du Sud de la Pologne, provoquant l’encombrement des zones proches de la mer
Occupation des lits : Seulement l’été et pas à 100%
Prix par lit : 20 PLN
Offre de nourriture : Aucune
Services supplémentaires : Location de cannes à pêche, feux de joie, (compris dans le prix) possibilité de travailler à la ferme

REMARQUE : La famille d’accueil considère la location de chambres comme une occasion de faire des rencontres et de se divertir pendant l’été

Frais d’exploitation + dotation aux amortissements : 35% du chiffre d’affaires (pas de main d’oeuvre salariée)
Argent disponible pour investir dans l’agrotourisme : Aucun
Facilités de crédit : Aucune
Part des revenus touristiques dans les revenus annuels totaux : 8,7%
Calcul du chiffre d’affaire et des bénéfices : Voir annexe

CAS n° 7
MASZKOWO, commune de SIANÓW

Situation : Région de lacs, à 25 km de la mer. Terrain vallonné, beaucoup de forêts et de lacs. Proche de la ville de Koszalin
Taille de la ferme : 25 hectares, non cultivés
Statut : Ferme héritée, famille de cinq. Éducation secondaire et universitaire
Production agricole : Poulets – environ 25 000 poulets (également l’ingrédient principal des repas servis aux touristes)
Rentabilité production agricole : Satisfaisante et stable ; avec cette échelle de production, la ferme peut aisément subvenir aux besoins de toute la famille
Débuts de l’agrotourisme : 1996, passe-temps de l’épouse, l’époux était en convalescence suite à un accident (perte d’une main)
Nombre de chambres à louer : 5 ; nombre de lits : 20 ; toutes les chambres sont équipées de salles de bain
Occupation des lits : Mai – 20%, juin – 20%, juil – 70%, août – 100%, Sep – 40%
Prix par lit plus dîner : 25 PLN
Nourriture quotidienne : 25 PLN. Tous les hôtes utilisent ce service.
Services supplémentaires : Location de bicyclettes, piscine en plein air, bassin (compris dans le prix) à poissons
Frais d’exploitation + dotation aux amortissements : Hébergement : 50% du chiffre d’affaires
Nourriture : 70% du chiffre d’affaires
Argent disponible pour investir dans l’agrotourisme : Oui (mais peu utilisé)
Facilités de crédit : Aucune
Part des revenus touristiques dans les revenus annuels totaux : 8,6%
Calcul du chiffre d’affaire et des bénéfices : Voir annexe

VÉRIFICATION DES HYPOTHÈSES

Les études de cas confirment la validité des hypothèses avancées dans cet article. Étant donné que le développement de l’agrotourisme dépend de nombreux facteurs (décrits plus tôt), nous pouvons utiliser la méthode des expériences de contrôle (Samuelson, 1995), en ne prenant pour variable qu’un seul élément et en donnant à tous les autres des valeurs prédéfinies.

Si nous acceptons le fait que plus une région est attractive, plus les revenus du tourisme sont susceptibles de devenir une alternative aux revenus de la production agricole (HYPOTHÈSE 1), les études de cas confirment largement cette supposition.

Tableau 2

Lieu
Part des revenus du tourisme dans les revenus totaux
Situation
Score
Chlopy
100
200 m de la mer
10
Kiszkowo
40
2,3 km de la mer
6
Machliny
40
Région de lacs
6
Lisówka
33
Région de lacs
6
Sarbinowo
20
1 km de la mer
7
Popowo
8,7
10 km de la mer
3
Maszkowo
8,6
25 km de la mer
1

Si, cependant, nous acceptons que la part des revenus du tourisme dans le total des revenus agricoles dépend de la rentabilité de la production agricole (hypothèse 2), alors, les résultats confirment également cette supposition.

Lieu
Part des revenus de la production agricole dans les revenus totaux
La production agricole est-elle rentable ?
Part des revenus du tourisme dans les revenus totaux
Chlopy
0
non
100
Kiszkowo
60
peu
40
Machliny
30
peu
40
Lisówka
0
non
33
Sarbinowo
80
oui, mais risquée
20
Popowo
92,3
oui
8,7
Maszkowo
92,4
oui
8,6

Les exemples décrits fournissent des explications au faible taux et à l’échelle relativement réduite du développement du tourisme rural et illustrent pourquoi il est peu probable qu’il atteigne la masse critique. Cette constatation est liée à plusieurs causes principales :

  • une part importante de fermes de moyenne et grande tailles qui obtiennent de bons résultats et n’ont pas besoin de se diversifier à l’aide d’activités commerciales supplémentaires visant à leur apporter davantage de revenus
  • à l’autre extrême, une forte proportion de fermes très pauvres et/ou très petites, qui ne disposent pas de la capacité financière nécessaire ou d’espace libre pouvant être loué à des fins d’hébergement,
  • des alentours peu attractifs, le manque de richesses du patrimoine, l’insuffisance d’occupations pour les touristes, l’éloignement trop important des marchés potentiels,
  • la réticence ou l'incapacité à coopérer avec les autres agriculteurs, les autorités locales et les entreprises touristiques afin d’améliorer les infrastructures et de réaliser des opérations marketing communes,
  • les barrières mentales, le manque d’esprit d’entreprise.

Les études de cas ont identifié divers obstacles qui limitent le développement de l’agrotourisme en Pologne. Ces obstacles sont les suivants :

  1. Obstacle lié au crédit. Le développement de l’agrotourisme en Pologne nous renvoie à des souvenirs d’économie naturelle. Presque aucun propriétaire de ferme n’a utilisé de facilité de crédit bancaire. Il existe deux raisons à cela : de forts taux d’intérêts et le manque de délais de paiement pour le remboursement des emprunts. Dans cette situation, les rénovations et les nouveaux investissements sont difficilement possibles. Actuellement, les taux d’intérêts sur l’emprunt bancaire dépassent les 10%, tandis que l’inflation se situe à 1,5%. Le franchissement de cet obstacle constitue une condition préalable de base au développement de l’agrotourisme.
  2. Obstacle lié au développement quantitatif. L’agrotourisme n’est pas une opération à grande échelle. Il ne s’agit pas d’une proposition alternative destinée à assurer la prospérité des fermes, même si les risqués liés d’une part au caractère saisonnier et d’autre part à la demande dans le secteur de l’agrotourisme sont inférieurs au risque que représente la production agricole. L’ampleur de l’activité agrotouristique est effectivement limitée par le système fiscal (possibilité de louer seulement 5 chambres exemptes de taxes) mais également par la crainte que l’attractivité et la qualité des services ne se détériorent si l’on héberge un trop grand nombre d’hôtes. L’échelle réduite de cette activité limite effectivement les revenus qu’elle génère et donc les possibilités de développement des fermes. Ces possibilités sont encore limitées par :
  3. Obstacle lié au caractère saisonnier. Le prolongement de la saison occasionne des coûts supplémentaires, principalement liés au besoin de chauffer les chambres et de proposer des services supplémentaires afin de divertir les visiteurs. Parmi les sources de frais additionnels et d’augmentation des coûts, on trouve :
  4. Obstacle lié aux infrastructures. La plupart des villages de Pologne manquent de réseaux d’égouts et de distribution de gaz. On utilise des fosses septiques pour évacuer les déchets liquides (installations peu hygiéniques et très coûteuses à entretenir) et du gaz de pétrole liquéfié (GPL) dans des bouteilles rechargeables pour la cuisine – un carburant bien plus onéreux et moins sûr que le gaz naturel distribué par des conduites.
  5. Obstacle structurel en termes de demande de services agrotouristiques. Jusqu’à présent, cette demande provenait des clients moins riches et des adeptes des loisirs passifs. Actuellement, les prix subissent une forte pression vers le bas.
  6. Obstacle lié à la civilisation. On entend par ce terme le niveau général d’instruction ainsi que la capacité à suivre les progrès de la civilisation et à en comprendre les changements, une capacité limitée par les conditions de la vie à la campagne telle qu’elle se déroule jusqu’à aujourd’hui. Le niveau d’instruction est lié à la connaissance de langues étrangères, à la compréhension des normes de qualités généralement suivies en Europe et de l’évolution des tendances de la demande du consommateur. L’obstacle de civilisation fait également référence à la mentalité des propriétaires de fermes, marquée par la méfiance envers les étrangers. La mentalité campagnarde a été en très grande partie modelée par l’isolation de l’influence des cultures urbaines. Les différences culturelles qui distinguent les personnes originaires de diverses parties de la Pologne jouent également un rôle essentiel. Ces différences se sont forgées au fil de l’histoire turbulente de la Pologne, pays annexé et divisé il y a deux cents ans, et des grandes migrations de population qui ont suivi la Seconde Guerre Mondiale. Finalement, la mentalité spécifique des propriétaires de la campagne pourrait être en partie liée à un sentiment de rancune, car au cours des quinze dernières années, leurs revenus ont considérablement chuté par rapport à ceux perçus dans les villes.
  7. Obstacle lié à la main d’œuvre. En dépit du fort taux de chômage qui touche la Pologne (supérieur à 17%), en particulier dans les zones les plus attractives d’un point de vue touristique, qui sont généralement dépourvues d’industrie et de toute autre forme d’activité commerciale, l’agrotourisme peut difficilement être considéré comme une activité génératrice d’emplois. Il est exactement autosuffisant en ce qui concerne la main d’œuvre nécessaire au succès économique des fermes agrotouristiques. Le revers de la médaille, l’absence d’embauche de main d’œuvre, constitue bien sûr un frein au développement de l’agrotourisme en tant que tel.

Taux de chômage (Septembre 2003)
Moyenne nationale de 17,5%

Province de Warmie et Mazurie 27,5%
Province de Poméranie Ouest 26,0%
Province de Lubuskie 25,5%
Province de Basse Silésie 21,9%

Ces provinces sont très « touristiques ».

CONCLUSIONS

En Pologne, l’agrotourisme présente un excellent potentiel de développement. Il est capable de compenser en partie la disparition de l’agriculture sur une zone qui couvre environ 20% de la superficie totale du pays (c’est-à-dire plus de 60.000 kilomètres carrés). Nous excluons de cette équation les fermes en état de faillite qui n’employaient pas plus de 13 à 15% de la population totale travaillant dans le secteur agricole.
Il ne fait aucun doute que le tourisme rural n’a pas atteint la masse critique en Pologne et qu’il ne créé pas d’emplois en nombre suffisant. Les fermes agricoles abandonnées à leur propre sort ne seront pas en mesure d’agir fortement sur la quantité et la qualité des services touristiques en général. Pour y parvenir, l’agrotourisme a besoin de l’aide de l’État à tous les niveaux de l’autorité et d’aide extérieure (Union Européenne), sans que cela doive adopter la forme de paiement direct. Pour être constructive, l’aide de l’état doit se baser sur une stratégie de développement du tourisme dans certaines zones sélectionnées.
Les stratégies de développement doivent être comprises comme des objectifs de développement à long terme et de mise en service d’un produit touristique dans une destination et doivent s’accompagner des ressources nécessaires à leur réalisation (Marciniak, 1998). Les objectifs et les ressources dépendent tous les deux des conditions endogènes des régions (notamment la nature des ressources et la capacité organisationnelle de construire et de coordonner des actions) et des conditions de l’environnement externe (comme les activités des organisations centrales qui fournissent le cadre juridique et économique). Les stratégies de développement ne font pas simplement partie de la gestion du produit touristique d’une destination, mais elles doivent également être considérées comme des instruments qui déterminent l’amélioration durable de la qualité du produit et la croissance financière des fournisseurs de services, des autonomies gouvernementales et des communautés locales à long terme.
La réussite d’une stratégie repose sur la vision de l’agrotourisme en tant que produit touristique central. Une telle stratégie doit tout englober et fournir le cadre nécessaire à la construction d’infrastructures, à la protection de l’environnement, à l’offre de conseils et à la formation.
Le tourisme rural ne constitue pas la solution universelle aux maux du monde rural. Il ne s’agit que d’une entreprise qui peut sans doute avoir un effet d’entraînement susceptible d’aider à freiner ou, dans certains cas, à compenser la désintégration du tissu économique local. Mais pour constituer un outil de développement rural tout à fait efficace, il doit s’inscrire dans un plan stratégique de développement économique, c’est-à-dire un plan capable d’aider à combattre le sous-emploi agricole et le sous-emploi rural en général.
Un tel plan doit englober le développement social, économique, environnemental, physique et administratif d’une zone et doit viser à diversifier la base économique via des activités complémentaires. Ces activités peuvent notamment inclure les secteurs des services, de l’artisanat et de la maintenance, des produits auxiliaires issus ou pas de la ferme, une agriculture à petite échelle bien répartie, de petites entreprises de fabrication ainsi que des activités de commerce de gros et au détail. Grâce à une stratégie de diversification et à un fort taux de participation communautaire, accompagnés d’initiatives au niveau local, la communauté obtient ainsi une meilleure sécurité que celle apportée par le développement d’un seul secteur. Le développement économique unique est synonyme d’insécurité en termes de développement rural (Gannon, 1994).

La stratégie de développement de l’agrotourisme doit constituer le point de départ à l’obtention d’une aide de l’Union Européenne qui permettra de financer des plans complets de développement de produits touristiques capables d’améliorer l’attractivité des régions et de prolonger les saisons touristiques, etc. Ces fonds devraient servir à :

  • Reconstruire le cœur du produit touristique et tout ce qui l’accompagne (principalement à reconquérir l’authenticité des zones rurales dans lesquelles est basé le produit)
  • Construire et reconstruire la chaîne de valeur des services.

Les fonds d’aide pourraient également servir à :

  • La rénovation d’éléments du patrimoine tels que des palais, des parcs nationaux, et des sites archéologiques ;
  • La rénovation des grands ensembles de parcs ;
  • Développer les zones rurales et reconquérir leur authenticité ;
  • Étendre et moderniser les fermes agrotouristiques existantes ;
  • L’offre de restauration, notamment via l’aide à la reconstruction des anciens fours polonais et la revitalisation des vieilles recettes polonaises ;
  • Démarrer des productions de souvenir ;
  • La construction de parkings ;
  • La construction de pistes cyclables et de trottoirs.

Il est nécessaire de rétablir l’offre de facilités de crédit afin de permettre aux agriculteurs d’accéder à des emprunts à faibles taux d’intérêt, remboursables sur de longues périodes. La libéralisation des réglementations fiscales pourrait constituer un avantage supplémentaire.

Enfin, le marketing territorial apparaît comme un problème d’importance capitale. Dans ce domaine, la fonction de coordinateur est tenue par les autorités régionales.
La responsabilité de promouvoir les attraits des destinations touristiques lors de salons commerciaux incombe aux autorités provinciales. Les activités marketing liées au produit touristique proposé doivent être coordonnées par un service spécialisé du gouvernement de la Province. Seul un plan d’action complet garantira le succès du produit touristique conçu pour une région en particulier.
Au niveau des autorités locales, un service marketing similaire doit mettre en application des politiques rédigées par l’organisme chargé de la coordination et assumer la responsabilité de la stratégie marketing du segment de produit dépendant de son administration.
Les maillons finaux du processus marketing sont les propriétaires et les administrateurs immédiats des installations spécifiques.

Les 8 ou 9 dernières années ont déjà été marquées par une croissance impressionnante de l’agrotourisme. Les barrières érigées par les mentalités se brisent et les agriculteurs ont accédé à une meilleure compréhension des besoins du marché et des exigences plus strictes en matière de qualité. Les agriculteurs ont fait preuve d’une grande volonté et d’un fort esprit d’initiative au moment d’assumer le risque et la responsabilité d’une reconstruction structurelle de l’agriculture.
Grâce à l’aide et au soutien extérieurs, l’agrotourisme peut, dans une large mesure, apaiser le choc causé par la nécessité de modifier les structures de l’emploi en Pologne et par le redimensionnement drastique de l’agriculture.

RÉFÉRENCES

  1. Augustyn M. National Strategies for Rural Tourism Development and Sustainability: The Polish Experience (Stratégies nationales pour le développement et la durabilité du tourisme rural : l’expérience polonaise), Journal of Sustainable Tourism, 1998, Vol. 6, No 3.
  2. Bramwell B., Lane B. (eds), Rural Tourism and Sustainable Rural Development (Tourisme rural et développement rural durable), Channel View Publication, Clevedon, 1994.
  3. Drzewiecki M., Agroturystyka. Zalozenia - uwarunkowania – dzialania, Instytut Wydawniczy Swiadectwo, Bydgoszcz 1995.
  4. Drzewiecki M., Wiejska przestrzen rekreacyjna, Varsovie 1992.
  5. Commission Européenne, A Framework for Indicators for the Economic and Social Dimensions of Sustainable Agriculture and Rural Development (Un cadre des indicateurs des dimensions économiques et sociales de l’agriculture durable et du développement rural) Bruxelles 2001.
  6. Gannon A., Tourism as a factor in Rural Community Economic Development for Economies in Transition (Le tourisme en tant que facteur de développement économique des communautés rurales pour les économies en transition), Journal of Sustainable Tourism, 1994, Vol. 2, No 1&2.
  7. Golembski G., The Role of Public Sector in Developing, Tourism Product Strategies for Tourism Destinations (le rôle du secteur public dans le développement de stratégies touristiques pour les destinations touristiques), The Journal of the Poznan University of Economics, 2003.
  8. Golembski G. (eds), Regionalne aspekty rozwoju turystyki, PWN, Varsovie 1999.
  9. Majewski J., Lane B., Turystyka wiejska i rozwój lokalny, Fundacja Fundusz Wspólpracy, Poznan 2001.
  10. Marciniak M. (eds), Mikro i makro ekonomia, PWN, Varsovie 1998.
  11. Powszechny Spis Rolny 2002, GUS, Varsovie 2003.
  12. Roberts L., Hall D., Rural Tourism and Recreation. Principles to Practice (Tourisme rural et loisirs. Principes à appliquer), CABI Publishing, Wallingford 2001.
  13. Samuelson, Novdhaus, Ekonomia, PWN, Varsovie 1995.

Diaporama

 

ANNEXES

Calculs des ventes, coûts et profits pour les cas étudiés de 2 à 7

ANNEXE 1
Étude de cas n°2
KISZKOWO, com. de BEDZINO

 

ANNEXE 2
Étude de cas n°3

MACHLINY, commune de CZAPLINEK

 

ANNEXE 3
Étude de cas n°4
« LISÓWKA » ROSNOWO-LISOWA

 

ANNEXE 4
Étude de cas n°5

Ferme de SARBINOWO

ANNEXE 5
Étude de cas n°6

POPOWO, commune de BEDZINO

ANNEXE 6
Étude de cas n°7

MASZKOWO, commune de SIANÓW

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