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Bilan critique de 50 ans de tourisme
à Chamonix

Partie 3 : Mondes chamoniards et mondes touristiques



Présentation et recommandations de lecture

Cette étude a été commandée par la ville de Chamonix dans la perspective de l'organisation des 1ers Sommets du Tourisme. Cette manifestation avait fait sienne la réflexion sur les conditions et les modalités d'un développement touristique durable. Dans ces conditions, il était intéressant de s'interroger sur la durabilité du système touristique chamoniard.

Mais la notion même de durabilité du développement fait traditionnellement la part belle à la dimension écologique de ce développement. Un développement est généralement considéré comme durable s'il garantit un renouvellement des ressources naturelles sur l'exploitation desquelles il repose. L'interrogation est assurément pertinente et légitime ; et il ne serait pas superflu d'étudier le développement chamoniard de ce point de vue.

Mais cette étude ne s'inscrit pas dans cette perspective. Cela tient certes aux compétences mobilisées - les auteurs ne sont ni écologues, ni naturalistes - mais aussi et surtout à la conception autre du développement durable que nous avons faite nôtre. Nous estimons à la suite de nombreux théoriciens de la notion, que la durabilité du développement mérite d'être évaluée à l'aune de critères économiques, sociaux et culturels. Autrement dit, pour qu'il soit durable, un développement ne doit pas seulement être écologiquement acceptable mais aussi socialement acceptable et économiquement pérenne ou adaptable. Car à quoi servirait un développement respectueux de l'environnement si la majorité de ses promoteurs ou de ses bénéficiaires présumés devaient ne pas y trouver leur compte, si les revenus matériels et symboliques tirés de ce développement devaient s'avérer éphémères ?

Plus précisément encore, c'est l'analyse des facteurs socio-culturels du développement que nous avons privilégiée ici. Que devient la société chamoniarde aujourd'hui dans la relation qu'elle a établi avec le tourisme et avec les touristes ? Le réponse est affaire de représentations collectives, d'identité et de comportements. Cette analyse des représentations sociales de Chamonix du point de vue des personnes domiciliées s'est appuyée sur une double enquête par entretiens. Une partie de l'enquête s'adressait à ceux que nous avons convenu d'appeler ici, par commodité, les " décideurs " c'est à dire aux personnes qui ont une activité publique ou privée qui apparaît décisive dans le fonctionnement de la commune et dans la prise de décision publique. Une autre partie de l'enquête s'adressait aux autres résidents de la commune.

L'enquête visait à identifier trois ensembles de représentations que les Chamoniards se donnent :

  • de la fréquentation touristique et de ses effets,
  • de leur commune et de la qualité de la vie qui y règne,
  • des convergences et des disparités qui structurent la société locale

La méthodologie de cette enquête et les guides d'entretien figurent en annexe de cette partie.

L'importance conférée ici à la question des identités collectives devait nécessairement nous faire réfléchir au vocabulaire utilisé pour désigner les personnes sur lesquelles a porté cette étude. Or dans ce domaine, les mots ne sont jamais neutres. Les catégories employées pour différencier les habitants et usagers de la vallée (Chamoniards, touristes, résidents secondaires) sont à la fois classiques et discutables. Le moment venu, ce rapport abordera les enjeux identitaires de cette manière de faire. Dans un premier temps, nous parlerons de Chamoniards pour désigner les personnes ayant leur domicile principal ou une activité économique sur le territoire de la commune ; de touristes pour désigner les autres usagers ; les résidents secondaires sont, parmi les touristes, ceux qui possèdent et utilisent pour leur propre compte, une propriété.

 

Tendances longues : un brassage de plus en plus complexe de populations

L'histoire de la société chamoniarde se caractérise par la vigueur de l'identité collective. Loin d'avoir été altérée par le développement touristique, elle a été forgée par lui, au moins à partir du milieu des années 1850. L'analyse historique que nous avons conduite antérieurement (B. Debarbieux, 1991) a montré que cette identité reposait traditionnellement sur les représentations et les valeurs suivantes :

  • un attachement à un environnement naturel singulier qui par certains aspects est propre aux Chamoniards (la mémoire collective des usages anciens, les risques naturels), par d'autres aspects est partagé avec les touristes (qualité esthétique, intérêt pour les pratiques sportives),
  • le sentiment d'avoir développé un mode de vie original combinant une grande variété de métiers (ceux de l'agriculture, de l'élevage, du bâtiment, de l'hôtellerie, du guidage et de la formation sportive, etc.) et de lieux d'exercice de ces derniers,
  • une conception de la haute montagne qui en fait un domaine de pratiques et de gestion collectives,

Or l'histoire locale de ces 50 dernières années a conduit à une profonde remise en cause de ces représentations. Les causes en sont très diverses :

  • L'augmentation de la fréquentation touristique a été rapide et tout à fait spectaculaire. Depuis 1994, on dépasse chaque année les 4 millions de nuitées touristiques (voir Partie I). Désormais la fréquentation touristique est hors de proportion avec la population résidente ; le nombre de logements touristiques a également largement dépassé celui des logements permanents.

  • Cette forte croissance de la population touristique s'accompagne d'une très forte différenciation des clientèles et d'une rapide transformation du profil sociologique de certaines d'entre elles. La clientèle de très haut de gamme qui avait marqué les imaginations dans les années 1920 et qui avait suscité la construction de grands hôtels et de palaces a disparu, à Chamonix comme dans quantité d'autres stations de cette génération. Lui a succédé une clientèle hétérogène où se côtoient des sportifs de haut niveau, des visiteurs d'un jour, des habitués ayant acquis une résidence secondaire et des étrangers de passage venus sacrifier à un rite touristique, le séjour à Chamonix.

  • La population résidente a augmenté dans de moindres proportions que la clientèle touristique. Néanmoins la croissance est remarquable : la population domiciliée à Chamonix double entre 1946 (4600 habitants) et 1982 (8728 habitants) ; elle ralentit et se stabilise par la suite : 9 955 en 1999. Le taux de croissance est désormais passé en dessous de celui de l'ensemble du département de la Haute-Savoie.

  • Cette augmentation résulte pour partie par l'installation sur place des représentants des jeunes générations. Mais elle résulte aussi et surtout de l'installation de personnes et de familles nouvelles. Bien que l'importance de ces mouvements démographiques soit difficile à quantifier en raison de l'imprécision des données des recensements récents de population sur ce point, il semble que ce brassage des populations qui caractérise Chamonix depuis le siècle dernier se soit accru depuis les années 1950.

  • Dans le même temps, la population active bascule en quasi-totalité dans l'économie de services. L'essentiel des emplois chamoniards sont aujourd'hui des emplois touristiques (hôtellerie, commerces, remontées mécaniques, etc.) et des emplois de services publics (hôpital, enseignement, personnel municipal, etc.) et privés que l'on trouve souvent pour des villes de taille comparable. Cette spécialisation de la population active dans l'économie de services se fait au détriment des emplois agricoles, artisanaux et industriels. Les premiers en fort déclin dès les années 1920, disparaissent presque entièrement au lendemain de l'ouverture du tunnel : leur proportion passe de 20% en 1962 à 2% en 1968. Les seconds accusent une baisse sensible au même moment : 55% en 1954 et 35% en 1968.
-
1936
1960
1990
1999

Secteur primaire

31.4%
9.85%
0.1%
Non connu

Secteur secondaire : Industrie, artisanat et BTP

23.5%
19.6%
12.8%
Non connu

Secteur tertiaire

45.4%
70.6%
87.1%
Non connu
Tableau 12 : Répartition de la population active recensée à Chamonix
Source : recensement général de la population
Ces transformations démographiques et sociales ne sont en rien problématiques en elles-mêmes. A un certain degré, elles ne constituent que la version chamoniarde d'un phénomène général observé dans les sociétés occidentales. Elles ne sont problématiques que si elles conduisent à des interrogations susceptibles d'affaiblir le ciment social et la performance économique collective. Or cette évolution altère précisément la singularité de la société et de l'économie chamoniarde : jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, l'une et l'autre sont fortement diversifiées, de nombreux habitants exerçant simultanément ou selon les saisons des activités relevant de divers secteurs économiques. Depuis la fin des années 1960, une écrasante majorité de Chamoniards travaillent dans et pour le tourisme, dans un panel d'activités très large, plus large même que dans beaucoup d'autres stations touristiques, mais sans continuité avec les activités rurales traditionnelles.

  • Les principaux équipements de la montagne chamoniarde sont désormais possédés par des acteurs largement extérieurs à la vallée (sociétés à capitaux privés, club alpin, etc.). Et les formes traditionnelles d'exploitation de la haute montagne conformes à l'idée de gestion collective des zones d'altitude, notamment le pastoralisme, sont en fort déclin tout au long du siècle.

Cet ensemble d'évolutions a remis en cause les représentations que les Chamoniards se donnaient d'eux-mêmes et de leur environnement. Et ces dernières ne coïncident plus toujours avec que le système de valeurs qui garantissait autrefois la cohésion chamoniarde. Ici encore, une telle évolution n'est pas problématique en soi. Elle n'est socialement acceptable et durable que si un nouveau système de représentations et de valeurs partagées remplace le précédent. C'est à l'identification de ces systèmes rapportés aux représentations sociales de la fréquentation touristique que s'est employée cette partie de l'étude.

 

Les représentations sociales de la fréquentation touristique

Descriptions et qualification de la fréquentation touristique

La double enquête réalisée tout au long de l'année 1999 visait en premier lieu à recueillir des descriptions de la fréquentation touristique. Les principaux enseignements de cette enquête sont les suivants :

Les Chamoniards partagent un " noyau dur " de représentations relatives à la fréquentation touristique. La fréquentation est généralement décrite comme étant :

  • beaucoup plus importante en nombre qu'elle ne l'était dans l'immédiat après-guerre. Toutefois, quand il s'agit d'indiquer la tendance de l'évolution actuelle, on trouve à peu près autant de personnes pour penser que la fréquentation continue de s'accroître que de personnes qui pensent que le mouvement s'est inversé. Les données existantes nous ont montré qu'après quatre années de stagnation, la croissance de la fréquentation avait repris en 1998 ;
  • fortement différenciée en deux saisons d'importance comparable, mais moins sujette qu'autrefois aux étiages d'intersaison. On entend souvent dire qu' " il n'y a plus d'intersaison ". On sait déjà que cette interprétation mérite d'être nuancée : la fréquentation d'automne et de printemps a effectivement augmenté, notamment depuis l'ouverture du tunnel du mont Blanc. Mais on sait aussi que les intersaisons, bien que moins marquées, restent en moyenne toujours secondaires dans le trafic touristique général. On verra plus loin les diverses significations de cette représentation.
  • construite autour de séjours dont la durée s'amenuise ; cette tendance est attestée par les comptages et les enquêtes réalisés depuis une quarantaine d'années.

Tous ensemble ces éléments de description convergent pour exprimer l'idée d'une fréquentation touristique croissante, plus variée et plus insaisissable, sans préjuger du regard critique ou bienveillant que les Chamoniards portent sur la clientèle actuelle.

Par contre, les Chamoniards se différencient sur certains points de la description ou sur leur aptitude à verser spontanément dans l'interprétation critique des faits décrits. Cette différenciation se structure pour l'essentiel autour de 2 couples de pôles :

  • les analyses formulées par les " décideurs " diffèrent sensiblement de celles des " habitants " sur les points suivants :
    • les " décideurs " portent un regard critique à l'égard des choix d'aménagement réalisés dans les années 1950-1975. On parle d'une politique de " remplissage à tour de bras ", d'une " politique de l'entonnoir ". On prétend parfois que " l'image de Chamonix est bradée ". Les analyses formulées sont extrêmement similaires, à de très rares exceptions près. Cela témoigne probablement des effets de la campagne d'information et de mobilisation des principaux acteurs dans le cadre du Projet-Station (voir partie II).
    • Les " habitants " sont beaucoup moins nombreux à construire ce type d'interprétation rétrospective des conditions ayant conduit à la situation présente. Le discours dominant porte plus sur l'évolution de la clientèle que les politiques et pratiques professionnelles qui, aux yeux des décideurs, en sont la cause. La clientèle est jugée plus volatile, plus insaisissable. Certaines catégories de touristes sont volontiers stigmatisées : c'est le cas de la clientèle plutôt jeune " adepte du surf et du sandwich "; c'est aussi le cas de certains groupes étrangers dont on souligne la propension à l'incivilité, voire à la délinquance.

L'évocation fréquente d'un incident déjà ancien traduit de façon exemplaire une certaine représentation dominante de l'évolution de la fréquentation touristique et des nuances d'interprétation dont elle est l'objet. Les entretiens ont très souvent conduit les personnes interrogées à formuler des critiques à l'égard de " Suédois " qui endommageraient les appartements meublés qu'ils louent. Et l'évocation de cet incident est aussi bien le fait des " habitants " que des " décideurs ". Or cette évocation réfère à des faits qui se sont produits au milieu des années 1980. Sauf à croire qu'il y a là la manifestation récurrente d'un comportement atavique de la clientèle scandinave - ce dont les faits avérés n'attestent pas - on peut voir dans la prégnance collective de cette histoire un véritable récit emblématique; autrement dit, cet évènement, fortement médiatisé à l'époque, reste présent dans toutes les mémoires parce qu'il synthétise sous la forme d'une image simple une évolution complexe de l'urbanisme et de la clientèle. En effet, l'incident a eu lieu dans le quartier de Chamonix-sud qui symbolise la politique de vigoureuse urbanisation et de croissance quantitative de la clientèle qui fut celle du second mandat de M. Herzog.

  • Par ailleurs, parmi les " décideurs " et plus encore parmi les " habitants ", un second clivage existe entre un pôle explicitement critique et un pôle apparemment bienveillant. Du côté des critiques, on trouve une forte proportion d'habitants et une faible proportion de " décideurs " qui regrettent la moindre qualité de la clientèle touristique. Cette qualité semble jaugée autant à son niveau de vie qu'à son comportement et à son degré de civilité.

 

Les avantages de la fréquentation touristique

La double enquête réalisée tout au long de l'année 1999 visait en second lieu à recueillir une évaluation des effets de la fréquentation touristique. Sur ce sujet, les Chamoniards semblent s'accorder bien plus sur les avantages que sur les inconvénients.

Une écrasante majorité d'" habitants " et de " décideurs " reconnaissent deux avantages majeurs à la fréquentation touristique. Ces deux avantages participent donc à ce " noyau dur " des représentations collectives. Il s'agit de :

L'importance des revenus et des emplois issus de cette activité. L'évocation de cet avantage est presque toujours " spontanée ", presque jamais " suggérée " (voir la signification de ces deux termes dans la fiche méthodologique située en annexe). Cela témoigne de son importance. Elle est formulée de telle façon qu'elle semble aller de soi ; même pour ceux qui formulent un avis globalement critique sur la fréquentation.

La variété et le nombre des équipements existants à Chamonix. L'excellent taux d'équipement pour une ville de moins de 10 000 habitants, en constante amélioration si l'on se fie à l'inventaire communal, est donc dans l'ensemble reconnu par les habitants. Dans ce domaine, les citations les plus nombreuses portent sur les équipements sportifs (remontées mécaniques, patinoire, piscine, tennis) et dans une moindre mesure les équipements culturels (cinéma, bibliothèque) dont chacun a conscience qu'ils seraient moins nombreux en l'absence de touristes. Curieusement, les autres types d'équipements (commerces, services publics, infrastructures de transport, etc.) sont rarement cités, alors qu'on peut aisément imaginer qu'ils seraient plus rares ou même absents (hôpital) sans la demande touristique. On peut interpréter ce déséquilibre de deux manières selon les personnes concernées : pour certains, les avantages du tourisme en matière d'équipements consistent pour l'essentiel à donner aux Chamoniards la possibilité d'adopter les mêmes loisirs que les touristes ; pour d'autres, ces avantages se limitent à ce qui est le plus évidemment associé au comportement dominant des touristes. Dans les deux cas, il est frappant de constater que l'analyse reste généralement superficielle et que la majorité des Chamoniards ont peu conscience ou peu d'intérêt pour les enjeux véritables de l'activité touristique dans la vallée. Il pourrait s'avérer utile de faire preuve de pédagogie dans ce domaine.

L'évocation des avantages de la fréquentation touristique se résume à ces deux aspects qui, dans les grandes lignes, font consensus. Les autres avantages imaginables sont très rarement soulignés, même quand ils sont suggérés. C'est le cas de " l'animation ", du caractère multiculturel et polyglotte du site, du patrimoine touristique existant (architecture, perspectives paysagères, etc.). Le fait est inquiétant même s'il ne surprendra pas grand monde; il témoigne d'une certaine banalisation des contacts avec les touristes, quand il ne s'agit pas de franche lassitude ou d'indifférence.

 

Les inconvénients de la fréquentation touristique

Interrogés sur les inconvénients de la fréquentation touristique, les Chamoniards adoptent deux attitudes très différentes. Elles correspondent à des profils socio-culturels assez aisément identifiables, représentés à quasi-parité dans notre échantillon :

  • Certains refusent d'envisager cet aspect des choses ou dénient la pertinence d'une telle suggestion. Il s'agit majoritairement de personnes très impliquées dans la vie touristique (hôteliers, restaurateurs, commerçants) qui se refusent à " cracher dans la soupe " comme l'ont dit plusieurs de nos interlocuteurs. La majorité de ces mêmes personnes, sollicitées sur des conséquences précises, reconnaissent une série d'inconvénients; mais elles s'efforcent toujours d'en minimiser la gravité ou la portée. On les qualifiera de " pragmatiques " dans la suite de ce document.

  • D'autres personnes au contraire sont très promptes à pointer du doigt un ensemble de dysfonctionnements. Il s'agit souvent d'employés des secteurs publics et privés, d'élus ou de techniciens municipaux, de représentants des clubs sportifs, mais très exceptionnellement de propriétaires ou de gestionnaires d'entreprises touristiques grosses ou petites. On qualifiera ces personnes de " critiques " dans la suite de ce document. Il est important de préciser que l'immense majorité de ces personnes ne s'en prennent pas au tourisme lui-même, mais à son intensité ou aux conséquences de son insuffisante gestion.

L'éventail des inconvénients cités est beaucoup plus large que celui des avantages :

  • Une première série de réponses spontanées identifient deux ensembles inconvénients principaux :
    • L'évocation la plus fréquente et la plus spontanée concerne les problèmes de circulation et de stationnement ; on notera que cette évocation n'est que très rarement accompagnée d'une mention des efforts réalisés par la mairie dans ce domaine, comme s'ils étaient mal connus ou insuffisants pour résoudre le problème dans son ensemble.
    • Dans une moindre mesure c'est le " manque de tranquillité " et le " comportement des touristes peu respectueux de la nature " qui sont mentionnés.

    Ces quatre inconvénients font l'unanimité, même si, comme cela a déjà été dit, beaucoup de personnes répugnent à les évoquer spontanément.

  • Une seconde catégorie d'inconvénients est reconnue de concert par les " pragmatiques " et les " critiques " mais presque toujours après suggestion. Il s'agit :
    • du bruit engendré par les touristes au centre-ville,
    • de leur relative incivilité (stationnement sur les voies privées, dégradations diverses, petite délinquance),
    • du coût de la vie (commerces, terrains, loyers)
    • de la pression fiscale,
    • de l'encombrement des services publics.

    Il arrive fréquemment que l'importance de ces inconvénients, admis après suggestion, soit minimisée.

On remarquera que deux conséquences bien connues du tourisme en général ne sont généralement pas identifiées comme des inconvénients. Il s'agit :

  • des effets écologiques et environnementaux (coût de la gestion des eaux usées et des déchets, impacts divers de l'urbanisation sur les sols et les écoulements naturels, etc..)
  • de la précarité de l'emploi, et notamment du travail saisonnier.

Par contre, certains inconvénients mentionnés spontanément ou suggérés conduisent à de radicales divergences d'appréciation. Il s'agit :

  • du " manque de convivialité " des touristes volontiers reconnu par les pragmatiques, souvent contesté par les critiques
  • de la dégradation de la qualité du paysage mentionnée par les critiques, mais niée par les pragmatiques.

 

Résume et bilan

L'image publique que les Chamoniards donnent des touristes apparaît relativement pauvre et assez peu valorisante aussi bien pour les touristes eux-mêmes que pour les Chamoniards qui ont affaire à eux.
En effet, la connaissance de la fréquentation touristique telle qu'elle apparaît dans le discours public semble assez stéréotypée ; l'évocation des avantages de cette fréquentation se résume aux avantages matériels qu'elle procure ; très rares sont ceux qui parlent de bénéfices sociaux et culturels (interaction, convivialité, etc.) ; l'identification des inconvénients est rarement assortie de recommandations ou même d'une claire conscience des efforts engagés pour les résoudre. Pour faire image, cette représentation publique de la fréquentation touristique pourrait être qualifiée de " tiède ", à la fois consciente de son intérêt et résignée face aux inconvénients qu'elle suscite.
Les entretiens prolongés nous ont permis de rapprocher cette représentation publique de la façon dont chacun vivait l'activité touristique au quotidien. Les personnes interrogées se partagent en trois tiers :

  • Pour un tiers, cette représentation " tiède " contraste avec l'évaluation volontiers chaleureuse des expériences multiples et variées qu'elles vivent dans le quotidien de leur relations avec les touristes. Cette façon de faire est dominante chez les " critiques " ;
  • Pour un autre tiers, elle coïncide avec une façon très désabusée et très utilitariste de présenter ce genre d'expériences. Cette façon de faire est dominante chez les " pragmatiques " ;
  • Un dernier tiers de l'échantillon, essentiellement composé de " décideurs ", parvient à ne jamais qualifier leurs propres expériences du contact avec les touristes.

L'image publique de l'activité touristique apparaît donc assez pauvre dans son ensemble, et fréquemment décalée par rapport aux expériences vécues. Comme s'il était de bon ton de la banaliser en public, voire d'afficher son acceptation résignée. On peut imaginer qu'elle est susceptible de nuire à la fois à la qualité de la prestation touristique, à la capacité des résidents à construire une réflexion sur l'amélioration de ces prestations et au prestige social des métiers du tourisme eux-mêmes.

 

La communauté chamoniarde : références, identités et clivages

L'enquête par entretien dont cette partie rend compte accordait un place importante à la qualité de la vie telle que la perçoivent les Chamoniards. Elle débutait même par des questions relatives à cet aspect des choses, avant même d'aborder la question de la fréquentation touristique. L'objectif de cette démarche était triple. Il s'agissait:

  • de mieux cerner les représentations que la population se donne de la vallée, et de mieux comprendre ce qui fondait l'identité chamoniarde
  • de rapprocher ces représentations des représentations touristiques connues par les enquêtes commandées ces dernières années par la ville et par l'office du tourisme
  • de rapprocher ces représentations de l'évaluation de la fréquentation touristique ; ceci devait permettre de mieux cerner la signification des avantages et inconvénients de cette fréquentation.

 

La qualité de la vie à Chamonix

Une immense majorité de Chamoniards, tous profils confondus, soulignent l'intérêt du cadre de vie, du paysage et de l'environnement montagnard. Cette mention est presque systématique et toujours spontanée. Très rares sont les habitants qui expriment des réserves dans ce domaine : à quelques reprises on trouve des allusions à l'encaissement de la vallée, à la fermeture du paysage, à l'ensoleillement insuffisant en hiver et au " sentiment d'étouffement " créé par la configuration topographique. Il est utile de préciser que ces réserves, toutes marginales qu'elles soient, ne sont pas le fait des seuls nouveaux habitants. Quelques descendants de familles anciennement établies dans la vallée tiennent ce genre de discours.

Le deuxième facteur mentionné, par ordre de fréquence, est la possibilité de vivre et de travailler, grâce à l'activité touristique. Certaines personnes mentionnent de façon spécifique " l'absence de chômage ". Les réponses qui vont dans ce sens sont tantôt spontanées, tantôt suscitées.

La mention de ces deux facteurs prend en général toute sa signification quand ils sont mentionnés de façon conjointe. On entend souvent dire que la qualité de la vie à Chamonix réside d'abord et avant tout dans la possibilité de " travailler dans un environnement de vacances ".

Les autres facteurs mentionnés le sont de façon beaucoup plus marginale. Il s'agit de:

  • l'absence de délinquance
  • la situation frontalière et la proximité de sites suisses et italiens jugés intéressants (Martigny, Turin, etc.). A l'inverse quelques rares personnes déplorent " l'enclavement " de la vallée.
  • la diversité des personnes rencontrées
  • le caractère " sympathique " et " chaleureux " de nombreux habitants

Il ressort de cet ensemble une image dominante et fortement valorisée par une grande majorité de personnes. Située dans un environnement de qualité, source de plaisirs multiples (paysage, sports, nature), Chamonix est une commune où il font bon vivre grâce à l'abondance des emplois, à une certaine urbanité et à une certaine convivialité. Autrement dit, elle combine avantageusement les avantages usuellement associés à la ville (emplois et urbanité) et à la montagne (cadre, convivialité, nature, sports).

Le rapprochement de ces représentations avec celles formulées par les touristes, et celles que les Chamoniards ont de la fréquentation touristique est intéressant. Il est même déterminant à plusieurs titres. En effet, il conditionne :

  • la compréhension mutuelle de ces deux populations
  • l'acceptabilité de cette fréquentation
  • la cohérence et la solidité de l'identité chamoniarde elle-même

Les enquêtes réalisées auprès de la clientèle touristique durant les années 1980 et 1990 (enquête Thenoz-CNRS, CIAT-MTM, 1992, et AGC consultants, 1996) soulignent les points suivants :

  • L'intérêt et la notoriété de Chamonix résident principalement dans la qualité de l'environnement montagnard, le massif du Mont-Blanc en particulier, et les possibilités de pratiques sportives de loisirs (ski, alpinisme, randonnée, etc.) qu'il autorise.
  • Parce qu'ils sont en montagne, et plus particulièrement dans la montagne savoyarde, les touristes interrogés sur leurs attentes ou leurs idéaux, sollicitent les stéréotypes bien connus: l'habitat idéal est " le chalet "; le repas idéal est la fondue ou plus généralement " la cuisine savoyarde "; et le Chamoniard est imaginé comme étant " solide et rude ".
  • Les dysfontionnements principaux (enquête AGC consultants) sont de type fonctionnels (temps d'attente à la poste, aux remontées mécaniques, aux distributeurs de billets de banque; difficultés de circulation et de stationnement), financiers (prix pratiqués) et relationnels (qualité de l'accueil parfois insuffisante)

Le rapprochement des résultats de ces deux types d'enquêtes montre que :

  • les Chamoniards et les touristes partagent une même représentation positive du cadre montagnard. Les principales valeurs qui fondent ces représentations sont comparables (esthétiques, sportives et ludiques) à l'exception de la valeur patrimoniale et identitaire qui est le propre de certains Chamoniards. Ils témoignent de l'adhésion de ces deux populations aux mêmes systèmes de valeurs et aux mêmes modèles de comportement. Il s'agit là d'une convergence que l'on retrouve rarement au même degré dans d'autres régions touristiques de montagne. Elle s'explique par l'ancienneté de la fréquentation touristique et au rôle déterminant que Chamonix a pu jouer dans l'éveil de ces modèles culturels dans les décennies et les siècles passés.
  • l'identification de la valeur économique de la vallée, concrétisée dans la relative abondance des emplois et l'importance du chiffre d'affaire, est le propre des Chamoniards. Mais elle suppose la fréquentation touristique elle-même et suggère une évidente complémentarité fonctionnelle des représentations.
  • par contre, les images que les populations se donnent d'elles-mêmes sont assez peu conciliables. L'agrément des relations sociales, souligné par de nombreux chamoniards, malgré des réserves dont il sera question plus loin, est spécifique aux relations entre Chamoniards. Il est rare que les Chamoniards l'évoquent à propos des touristes et le contraire est même bien plus fréquent (voir plus haut). Il est tout aussi rare que les touristes en parlent et les réserves relatives à la qualité de l'accueil vont plutôt dans le sens inverse. Par ailleurs les représentations stéréotypées de la montagne (fondue, cuisine, " montagnards ") que beaucoup de touristes véhiculent cadrent mal avec les aspirations culturelles des Chamoniards.
  • les inconvénients de la fréquentation touristique mentionnés par les Chamoniards pointent des éléments qui touchent directement aux représentations les plus fortes de la qualité de la vie. L'identification des problèmes de circulation et de stationnement, commune aux deux populations, revêt une importance toute particulière dans la bouche des Chamoniards dans la mesure où elle va à l'encontre de l'idée que Chamonix ne possède de la ville que les avantages, que la vie y est " tranquille ". Les allusions nombreuses à l'urbanisation des paysages et au manque de respect des touristes pour la nature vont à l'encontre de l'idée que Chamonix est un lieu de nature montagnarde exceptionnelle.

Les convergences de représentations sont donc nombreuses et essentielles. Le goût commun pour le paysage et les pratiques sportives constituent un terrain de bonne compréhension mutuelle des deux populations. Par contre, les divergences sont autant de sources potentielles d'incompréhension, voire de mal-être dans les relations qu'elles entretiennent. Il est parfois de bon ton à Chamonix de cultiver ces divergences et de souligner ainsi la spécificité chamoniarde et une certaine supériorité sociale et culturelle des Chamoniards vis à vis des touristes. L'intérêt identitaire est donc indéniable : en effet l'identité chamoniarde peut entre autres facteurs se construire sur une représentation commune de la population touristique même si elle est critique. Mais les risques sont réels, la qualité de la prestation et du séjour touristiques s'en ressentent. Il n'est pas inutile de rappeler, tout en restant conscient des limites de l'exercice de la comparaison, que le succès du tourisme suisse et autrichien, tient entre autres facteurs, à une meilleure convergence de ces représentations. En particulier, la propension des professionnels suisses et autrichiens du tourisme à accepter la population touristique telle qu'elle, y compris avec les stéréotypes qu'elle véhicule, est supérieure.

 

Comment en tant que Chamoniard tirer son épingle du jeu ?

Les façons que les Chamoniards ont de tirer profit de cette configuration des représentations et de s'accommoder de leurs divergences sont diverses et d'implication variable. Les deux modalités dominantes correspondent à des avantages perçus de la fréquentation touristique (voir plus haut). Il s'agit :

  • des revenus et des emplois générés par le tourisme. L'activité économique est née des représentations touristiques de la montagne chamoniarde. Les Chamoniards le savent bien ;
  • de l'utilisation à des fins de loisirs des équipements touristiques existants. La commune de Chamonix dispose d'un large éventail d'équipements mis en place pour les touristes (remontées mécaniques) ou calibrés en fonction de cette fréquentation (piscine, patinoire, etc.). Compte tenu de la forte demande locale de pratiques sportives, ces équipements connaissent une forte utilisation chamoniarde. On a vu que les Chamoniards voient dans cette situation un des principaux avantages de la fréquentation touristique.

De façon complémentaire, les façons qu'ont les Chamoniards de s'accommoder des inconvénients de la fréquentation touristique méritent également d'être mentionnées. Il s'agit le plus souvent de ce que l'on peut appeler des " tactiques d'évitement " :

  • Il semblerait que les Chamoniards tendent à rechercher de façon préférentielle un domicile dans des hameaux et secteurs de la commune relativement épargnés par les hébergements touristiques et les nuisances qui leur sont associées (bruit, dérangement, etc.). On pourrait citer les hameaux des Pèlerins, de la Frasse et des Mouilles pour s'en tenir aux abords immédiats du centre de la commune. Inversement, le centre-ville subit une certaine désaffection. On perçoit aussi depuis plusieurs années une tendance croissante à l'installation de Chamoniards sur le territoire des communes voisines, vers Vallorcine d'un côté, vers Servoz et les Houches de l'autre. Mais cette tendance perceptible dans les discours, mériterait d'être confirmée par une analyse fine des documents d'urbanisme et des recensements de la population et des logements.

  • On a vu que les encombrements de la circulation et les difficultés de stationnement constituaient les principaux griefs des Chamoniards à l'égard de la fréquentation touristique. En effet, le taux d'équipement automobile des Chamoniards est élevé et l'usage de la voiture pour de courts trajets particulièrement élevé. Les difficultés de circulation peuvent à peine être contournées par le recours à des itinéraires alternatifs en raison de la configuration topographique de la vallée et de la structure du réseau. La tactique d'évitement privilégiée consiste à gérer les temps des déplacements en fonction du moindre encombrement. Beaucoup de Chamoniards disent chercher à se déplacer en évitant les pointes de circulation touristique, dont on sait qu'elles sont assez aisément identifiables ; en hiver notamment, elles sont calées sur les heures d'ouverture des domaines skiables. D'autres personnes déclarent moduler la fréquence de leurs déplacements en fonction des saisons : ils seraient plus nombreux en intersaison qu'en saison.

  • Les mêmes tactiques d'évitement sont volontiers utilisées pour les équipements sportifs. La pratique du ski de piste semble d'autant plus élevée que la fréquentation touristique s'amenuise : la disponibilité des actifs du secteur touristique et l'accessibilité des domaines skiables est alors meilleure. A ces tactiques d'évitement s'ajoutent des pratiques récurrentes qui trahissent une représentation assez partagée selon laquelle les équipements sont d'abord et avant tout l'affaire des Chamoniards. Il s'agit par exemple du balisage souvent insuffisant des sentiers et des itinéraires de fond de vallée ou encore de la gestion relativement sélective de l'information sur les clubs sportifs et certaines manifestations sportives. Interrogées à ce sujet, les personnes concernées donnent fréquemment l'impression de considérer que les efforts de signalétique et d'information sont superflus pour des gens suffisamment familiers de la vallée ; ce raisonnement montre que l'on s'adresse de façon préférentielle aux Chamoniards plutôt qu'aux touristes. A titre d'exemple, on peut citer la réponse entendue plusieurs fois à la question " Y a-t-il une carte des pistes de ski de fond ? " : " Pour quoi faire ? On connaît ! "

Les représentations que les Chamoniards se donnent de leur vallée et de la fréquentation touristique qui l'anime induisent donc un ensemble de comportements spatiaux et temporels. Ceux-ci leur permettent de maximiser les avantages de cette fréquentation et d'en minimiser les inconvénients. Il est possible d'interpréter l'idée selon laquelle " il n'y a plus d'intersaison " à la lueur de ces pratiques : on a vu précédemment que les Chamoniards pensent volontiers, tout en le regrettant, que les creux de la fréquentation touristique se sont comblés. L'analyse des statistiques nous a enseigné que si la fréquentation a effectivement augmenté sur les mois d'étiage, ils n'en restent pas moins, par définition, des mois de moindre fréquentation. Dans ces conditions, il convient peut-être d'interpréter cette idée comme l'expression du sentiment assez partagé qu'il n'y a plus de moment de l'année où la fréquentation touristique est suffisamment marginale pour " rendre Chamonix aux Chamoniards ".

 

Les diverses manières d'être chamoniard

Jusqu'à présent, l'analyse a essentiellement porté sur les divergences de représentations et de pratiques entre Chamoniards et touristes. Ces deux catégories fort commodes étaient explicitement employées en rapport avec des critères objectifs (lieu de domicile principal et lieu de travail), sans interroger leur pertinence sociale et culturelle. Toutefois, pour affiner l'analyse et pour pouvoir passer à une réflexion spécifique sur les identités collectives, il devient nécessaire d'identifier les facteurs objectifs de différenciation de la population chamoniarde et de comprendre quelles représentations les groupes se donnent les uns les autres.

A plusieurs moments de l'analyse des représentations de la fréquentation touristique et de ses effets, nous avons été amenés à suggérer qu'il existait une diversité de points de vue entre les Chamoniards. Le recoupement des types de discours formulés et d'indicateurs sociaux, économiques et institutionnels permettant de qualifier ceux qui les énoncent conduit à identifier trois pôles de représentations publiques au sein de la population :

  • Le premier pôle correspond à de nombreux commerçants et restaurateurs et, dans une moindre mesure, quelques hôteliers. Ils ont été qualifiés de " pragmatiques ". Dans l'identification des facteurs de la qualité de la vie à Chamonix, ils mettent en avant les bénéfices de l'activité touristique. Leur conception de la relation au touriste passe pour l'essentiel par l'établissement d'un rapport marchand. Ils sont généralement réticents à évoquer des inconvénients à la fréquentation touristique. L'entretien montre souvent qu'ils sont conscients de quelques dysfonctionnements et de la gêne personnelle que les touristes leur occasionnent. Mais, ces aspects leur semblent marginaux. Ils sont généralement assez peu conscients des effets indirects du tourisme et des modalités de l'action collective. D'ailleurs, ils se sentent eux-mêmes assez peu impliqués.

  • Un second pôle existe autour de ceux qui, dans leur relation au lieu et au paysage, mettent en avant la qualité de l'environnement montagnard. Parce qu'ils ont le sentiment de partager des valeurs communes, ils se sentent plus proches des touristes les plus sensibilisés que les " pragmatiques ". Ce sont aussi ceux qui sont les plus bienveillants à leur égard, les moins prompts à regretter la clientèle d'antan et les comportements présents. Mais ce sont aussi ceux qui sont les plus sensibles aux inconvénients de cette fréquentation, dans la mesure où elle altère le plus facilement l'idée qu'ils se font de leur vallée. Si on la qualifie à l'aide des indicateurs habituels de la sociologie, on retrouve autour de ce deuxième pôle de représentations des individus très impliqués dans les milieux sportifs, ayant fait des études plus longues que la moyenne. Les nouveaux habitants sont tout aussi bien représentés que les lointains descendants de familles chamoniardes. Ces personnes sont généralement plus conscientes que les " pragmatiques " des effets indirects de la fréquentation touristique. Mais ils connaissent souvent aussi mal qu'eux les contenus de l'action municipale et les formes d'organisation professionnelle.

  • Un troisième pôle s'organise autour d'un noyau de " décideurs ". On a vu plus haut qu'ils formulaient des descriptions de Chamonix très similaires et qu'ils disposaient d'une information analogue sur la fréquentation touristique et les modalités de l'action collective. Cette convergence témoigne de la réussite au moins dans ce domaine des efforts de mobilisation autour d'une réflexion collective. Au sein de cet ensemble de décideurs, les divergences tiennent moins à l'analyse qu'ils formulent de la situation que sur les directions que doit prendre l'action collective.

Cette organisation autour de 3 pôles des représentations collectives coïncide pour partie, mais avec de nombreuses exceptions, avec l'idée que les Chamoniards se font de leur propre diversité. Quand ils sont interrogés sur les similitudes et les divergences de points de vue relatifs à la fréquentation touristique à Chamonix, on observe plusieurs attitudes :

  • Il est fréquent d'entendre chez les personnes qui relèvent de la catégorie des "critiques" la dénonciation de trois évolutions supposées :
    • l'accélération du turn-over des petites entreprises touristiques, commerces et hôtels notamment
    • la " dictature du chiffre d'affaire " qui guiderait l'action d'une proportion croissante de propriétaires et de gestionnaires
    • le rôle croissant joué dans la vie publique des représentants des sociétés de remontées mécaniques.

    Ces trois évolutions pointent des personnes que l'on qualifie volontiers de " non-chamoniards ". Cette expression réfère :

    • parfois à l'origine étrangère à la vallée de la plupart d'entre elles,
    • souvent à la distance qu'elles adopteraient à l'égard d'un système de valeurs et de pratiques que leurs critiques considèrent comme étant la condition du statut de Chamoniard. Ces valeurs et ces pratiques sont le plus souvent évoquées de façon très vague, mais elles relèvent généralement d'un registre affectif (" aimer Chamonix ") ou éthique (" respecter Chamonix ").

  • Il est fréquent d'observer chez certains de ceux que les " critiques " qualifient de non-chamoniards une attitude symétrique. D'une certaine manière, plusieurs des commerçants et restaurateurs visés par les " critiques " leur donnent raison par leur manière de décrire la fréquentation touristique et ses effets : comme il a été dit plus haut, leur analyse est très largement construite autour de l'idée que leur vie chamoniarde s'organise essentiellement autour des perspectives de revenus de leur activité professionnelle. Mais dans le même temps, ces personnes s'avèrent très sensibles aux critiques qui leur sont faites et reprennent parfois le vocabulaire de leurs détracteurs. Ils parlent volontiers des " Chamoniards " pour désigner les descendants d' anciennes familles de la vallée qui n'accepteraient pas la venue de nouveaux acteurs de la vie économique. Ils regrettent souvent le caractère fermé et opaque de la vie publique locale. Leur justification repose sur l'idée que la fermeture de la vie publique chamoniarde les prive d'interactions susceptibles d'échanger et d'ajuster les systèmes respectifs de valeurs. On semble se trouver ici dans une situation d'incompréhension radicale que rien ne conduit à réduire dans l'état actuel des choses.

  • Les décideurs n'ont que très rarement recours à cette dichotomie entre Chamoniards et non-Chamoniards ; et quand ce vocabulaire apparaît, c'est toujours à l'occasion d'un entretien privé, jamais dans une intervention publique. Par ailleurs, l'évocation en séance publique du conseil municipal de cette dimension récurrente des représentations sociales recueillies lors des entretiens a donné lieu à de nombreux et virulentes dénégations. Le rapprochement de ces deux constats donne à penser qu'il existe chez les décideurs un véritable tabou à évoquer la simple hypothèse d'une dualité de la société chamoniarde reposant sur des valeurs et des pratiques susceptibles de fonder la légitimité sociale des uns et des autres. Or si les critères objectifs de la condition chamoniarde sont certainement difficiles à isoler et assurément variables selon les interlocuteurs, les représentations et jugements de valeur sont eux bel et bien présents. Il y a donc un danger indéniable à vouloir ignorer cette dimension des représentations collectives.

La dimension identitaire de l'action collective

Compte tenu de l'importance des représentations collectives qui semblent en jeu dans l'activité touristique elle-même et dans la transformation de la société chamoniarde, on peut interpréter les principaux éléments du débat public du point de vue de leur valeur sociale et culturelle, c'est-à-dire en fonction de leur capacité à révéler des enjeux de représentations ou à les infléchir. Le projet-station et le tunnel sous le mont Blanc fourniront deux illustrations significatives des enjeux contemporains.

Le Projet-Station est une opération ambitieuse dont le contenu a déjà été présenté. Rappelons que l'objectif principal était de mobiliser les professionnels du tourisme sur la définition d'un diagnostic partagé et de stratégies collectives. Or les enquêtes réalisées soulignent les limites de l'exercice : mobilisation incomplète et éphémère, décisions dont l'exécution n'est pas prise en charge par certains des intéressés. Sur ce dernier point une anecdote mérite d'être citée. Elle concerne la réglementation adoptée sur le territoire de la commune relative à la pratique du VTT : une expérience réitérée à plusieurs reprises a montré qu'une majorité de loueurs n'étaient pas amenés (faute d'information ou de motivation) à informer leurs clients dans ce domaine, laissant dès lors penser que la pratique du VTT était autorisée en tous lieux et en tous temps.

Le statut du tunnel sous le mont Blanc est un autre indicateur de valeur. Il semble que dans la société locale, il joue aujourd'hui le rôle qui avait été celui de chemin de fer au Montenvers en 1892, ou du projet de parc international du mont Blanc à la fin des années 1980, celui d'un catalyseur permettant à la population chamoniarde de faire front en bloc face à des décisions qui semblaient initiées de l'extérieur et contraires au système de valeurs dominant localement. L'actualité de cette question du tunnel et les formes de mobilisations qu'elle engendre sont probablement révélateurs de l'évolution et des contradictions de la société locale. En effet, on remarque que :

  • le trafic occasionné par le tunnel et la pollution qu'il génère sont dénoncés de façon presque unanime par les personnes ayant participé à l'enquête de mars 1999 ;
  • l'impact considérable de l'incendie intervenu un mois plus tard (avril 1999) semble avoir renforcé cette hostilité ;
  • l'association créée en 1991 pour dénoncer cette situation et décourager les promoteurs d'un doublement de l'ouvrage est parvenue à mobiliser en quelques mois de très nombreux habitants et de nombreux résidents secondaires, au delà des clivages habituels ;
  • la municipalité est longtemps restée un temps en retrait de cette mobilisation, même si elle a cultivé une distance manifeste à l'égard de la ATMB. Par contre, elle s'est placée en première ligne quand, suite à l'incendie, il convenait de concevoir des scénarios sur le devenir de l'ouvrage.

Tous ces indicateurs montrent à quel point il semble y avoir convergence de populations diverses sur un enjeu considéré comme commun. Il est possible d'interpréter cette situation comme le révélateur circonstanciel de valeurs identitaires fondamentales à la communauté chamoniarde : l'appréciation collective de la qualité de l'environnement montagnard, l'hostilité à des opérations venues de l'extérieur inattentives aux besoins et aspirations locales.

 Mais les limites de cette opposition sont tout aussi révélatrices. En effet, on remarque aisément que :

  • le domaine d'intervention de l'association est resté cantonné à la dénonciation de l'augmentation du trafic ou à sa reprise après l'incendie d'avril 1999. Les tentatives visant à élargir son champ de réflexion à l'ensemble des questions relatives à la qualité de l'environnement dans la vallée n'ont pas été couronnées de succès. En effet, en quittant le terrain de l'affrontement opposant un acteur extérieur et une communauté locale indifférenciée, elle prenait le risque de faire voler en éclat le consensus local et de contrarier les intérêts de certains acteurs locaux ;
  • la sensibilité à la pollution dont témoigne les enquêtes est très sélective. Elle vise explicitement le trafic utilisant le tunnel sous le mont Blanc et plus précisément le trafic international de poids lourds. Certes, il s'agit là probablement de la principale source locale de pollution; mais ce n'est certainement pas la seule. Le trafic automobile empruntant la route blanche, le trafic automobile de proximité entre hameaux et domaines skiables chamoniards mais aussi les techniques de chauffage domestique concourent également à la pollution atmosphérique locale. Or non seulement ces sources de pollution ne sont généralement pas spontanément évoquées ; mais en outre, quand elles sont mentionnées, elles font souvent l'objet de réactions incrédules.

Résumé et bilan

La société chamoniarde semble peiner à trouver le système de valeurs et de représentations qui puisse garantir sa cohésion et qui puisse servir de moteur à l'action collective. La qualité de l'environnement montagnard et les avantages d'une situation économique favorable sont les deux principales qualités du site identifiées de concert par la majorité des habitants. Mais les représentations et les opinions se différencient fortement dès qu'il s'agit de qualifier et d'évaluer la fréquentation touristique ou de définir les valeurs communes aux résidents.
Cette divergence des représentations combinée à la perception de fortes disparités sociales et culturelles, notamment entre " chamoniards " et " non-chamoniards ", quelque soient les critères employés pour fonder cette démarcation, ne constitue pas un contexte favorable à l'élaboration de stratégies communes.

 

Modalités et contraintes de l'intervention publique

Les systèmes de représentation de la qualité de la vie à Chamonix diffèrent donc sensiblement selon plusieurs clivages existants entre les populations étudiées : touristes versus Chamoniards, touristes occasionnels versus résidents secondaires fidélisés, Chamoniards versus " non-Chamoniards ", " critiques " versus " pragmatiques ", habitants versus décideurs. On aura compris que ces clivages avaient des vertus identitaires : ils permettent de se concevoir collectivement par rapport à d'autres groupes. On aura également compris que ces représentations des groupes existants s'appuient sur des critères variables : résidents versus non-résidents ; familles anciennes versus nouveaux habitants ; personnes " respectueuses " versus personnes " non-respectueuses " de Chamonix ; etc.
Rappelons si nécessaire que ces clivages ne constituent pas des problèmes en soi ; ils sont probablement nécessaires au bon fonctionnement d'une société et d'un système touristique. Il n'y a problème que si, replacés dans un contexte économique, ces clivages sont source de moins-value, que si replacés dans un contexte social de forte valorisation de la qualité de la vie, ils sont sources de nuisances.

La capacité d'intervention publique sur ces systèmes de représentations peut être conçue de trois façons très différentes :

  • La collectivité chamoniarde se donne les moyens d'intervenir sur sa composition et la nature des protagonistes. Dans ce cas de figure, elle peut encourager ou décourager l'installation sur place de groupes particuliers. Cela passe par exemple par l'adoption d'une politique de prix. Elle peut intervenir notamment sur :
    • les prix des prestations touristiques qu'il est par exemple possible de relever pour privilégier une clientèle à hauts revenus, ou de différencier pour combiner des clientèles jugées également souhaitables mais n'ayant pas les mêmes niveaux de revenus (par exemple, la clientèle à hauts revenus et une clientèle très sportive) ;
    • les prix du foncier et du logement pour faciliter l'installation sur place d'une population dont on souhaite qu'elle se développe. Par exemple, le risque de changement de commune de domicile d'une frange croissante de la population est réel ; si ce phénomène devait prendre de l'ampleur, il risquerait de banaliser le fonctionnement social et d'affaiblir l'identité de la commune, d'autant qu'en l'état actuel des choses, l'intercommunalité de vallée ou de pays semble trop ténue pour prendre le relais.

  • Elle peut encourager les convergences jugées les plus souhaitables pour faciliter la communication entre groupes sociaux et la communion autour de représentations fortes. Cela passe par exemple par :
    • La valorisation du patrimoine : l'intérêt du patrimoine chamoniard (architecture, paysage, artisanat,…) n'est que rarement souligné dans la communication publique. En cela Chamonix se démarque de nombreuses stations de montagne qui tendent peut-être à cultiver cette ressource à l'excès. Il est vrai que la profonde évolution de la société chamoniarde et son indiscutable originalité rendent probablement plus artificiel encore qu'ailleurs l'évocation de traditions largement disparues. Toutefois, il est un type de patrimoine que Chamonix peut cultiver plus qu'aucune autre station : il s'agit du patrimoine touristique proprement dit - hôtels du début de siècle, friches touristiques (les installations restantes du téléphérique des Glaciers notamment), les lieux emblématiques de la pratique touristique d'un autre temps (la Pierre à Ruskin, les Pyramides, le Montenvers, etc.) - dont la valeur est indéniable. Ce genre de patrimoine longtemps délaissé par l'attrait de la modernité technique mérite d'être revalorisé.
    • La célébration d'une culture commune : le passé culturel singulier de Chamonix mérite également d'être mobilisé. La longue tradition de séjour de scientifiques dans la vallée a déjà justifié la création en 1989 d'un remarquable Festival annuel des Sciences. La longue histoire de l'alpinisme a permis l'organisation d'évènements réussis, comme la célébration en 1986 du bicentenaire de l'ascension du mont Blanc. Ces manifestations parviennent à échapper à la célébration nostalgique et à faire converger des populations diverses, à l'image de la fête des guides qui parvient à entretenir sous une forme très vivante une tradition qui remonte à plus d'un siècle maintenant et qui, il est bon de le rappeler, a été créée à des fins touristiques. La mémoire chamoniarde peut donc être entretenue pour le bénéfice conjoint des résidents et des touristes, chacun étant susceptibles d'y puiser des significations différentes. Les possibilités dans ce domaine sont encore nombreuses et certaines, comme le Musée de la montagne, sont déjà à l'étude. Les cimetières de Chamonix et Argentière mériteraient également une valorisation patrimoniale, dans le plus grand respect des défunts et de leurs familles, à l'image de ce qui se passe dans de nombreux établissements anglais et nord-américains.
    • L'adoption de politiques publiques relatives à l'environnement exceptionnel et à l'amélioration de la qualité de la vie qu'apprécient conjointement toutes les populations. Jusqu'à présent, la réponse de la municipalité et des professionnels aux nuisances engendrées par le tourisme a essentiellement été traitée de façon technique : tentative de régulation des flux, mise en place d'un service de transports en communs, pour se limiter au seul exemple de la circulation routière. Elle pourrait aussi être conçue de façon plus globale et toucher par exemple à la gestion du paysage et au contrôle des sources de pollution endogène.
      L'adoption d'une telle politique aurait pour effet de rendre crédible l'action municipale visant à promouvoir un développement durable de la vallée, tout en renforçant l'attachement et la responsabilité collective des Chamoniards à l'égard de leur cadre de vie.

  • Elle peut concevoir une politique de communication qui mette en avant les points de convergence et de débats. C'est dans ce domaine que les principaux efforts semblent avoir été faits ces dernières années. En attestent :
    • la communication municipale construite en temps normal sur un bulletin périodique et en complément à la faveur de situations exceptionnelles
    • la communication touristique : cette dernière a fait l'objet d'un infléchissement notable en 1995. L'économie générale des plaquettes éditées par l'office du tourisme a été repensée pour promouvoir une image plus précise de la station. Les références à la haute montagne, considérée à juste titre comme un patrimoine et une ressource commune à toutes les populations, ont été accentuées. Une analyse réalisée par Christophe Lezin dans le cadre de cette étude s'est efforcée de quantifier les résultats obtenus : la proportion des images consacrées aux paysages naturels de montagne dans les documents consacrés à l'été est passée de moins de 20% avant 1991 à plus de 50% en 1999 (tableau 12). Cette croissance s'est faite au détriment de l'évocation de la population elle-même, et en particulier de la population explicitement présentée comme montagnarde. La communication chamoniarde échappe un peu plus encore qu'autrefois et mieux que celle des communes voisines à la folklorisation de la population locale (tableau 14).
      Par contre, les plaquettes consacrées à la saison hivernale n'ont pas été concernées par cette évolution ; elles conservent une très large place aux populations, locales ou touristiques, pratiquant des loisirs. Une comparaison des plaquettes éditées par Chamonix et par les communes des Pays du mont Blanc souligne l'originalité des premières, notamment pour la saison estivale (tableaux 13 et 15).

 

L'iconographie des plaquettes promotionnelles
Chamonix 1972 - 2000

 
-
1972-73
1981-82
1984-85
1988-89
1992-93
1999-2000
Population "montagnarde"7
0
1,6
1,3
1
3
0
Population non Identifiée
55,2
40,6
75,8
74,2
70,7
76,3
Total Population
55,2
42,2
77,1
75,2
73,7
76,3
Paysage "naturel"
16
12,5
0
0
0
1,7
Paysage "humain"
29,1
45,3
22,6
24,4
26,8
18,1
Savoir-Faire Produits locaux
0
0
0
0
0
3,5
Total
100
100
100
100
100
100
Tableau 12 : Types d'images utilisées dans les plaquettes promotionnelles hivernales de Chamonix (1972-2000)
Source : Ch. Lezin, 2000

 

-
1976
1979
1987
1991
1997
1999
Population "montagnarde"
0
10,4
6,3
0
3,9
0
Population non Identifiée
45,1
49,5
72
67,9
7,4
16,2
Total Population
45,1
59,9
78,3
67,9
11,3
16,2
Paysage "naturel"
0
13
0
0
40,6
51,3
Paysage "humain"
55,3
26
22,2
32,6
43
32,7
Savoir-Faire Produits locaux
0
0
0
0
0,8
0
Total
100
100
100
100
100
100
Tableau 13 : Types d'images utilisées dans les plaquettes promotionnelles estivales de Chamonix (1976-1999).
Source : Ch. Lezin, 2000

 

L'iconographie des plaquettes promotionnelles
Comparaison Chamonix et stations des Pays du Mont-Blanc 1999 - 2000

 

Hiver 1999-2000
Chamonix
Autres stations des PMB
moyenne
maximum
minimum
Population "montagnarde"
0
6,2
Passy : 33,3
Les Contamines : 17
Plusieurs
0
Population non Identifiée
76,3
39,1
Passy : 66,7
Les Houches : 64,7
Sallanches : 10,4
Cordon : 12,5
Total Population
76,3
52,2
Passy : 100
Les Contamines : 71,4
Cordon : 12,5
Sallanches : 13
Paysage "naturel"
1,7
21,5
Sallanches : 83,3
Combloux : 49,5
Plusieurs
0
Paysage "humain"
18,1
33,3
Praz sur Arly : 75,3
Vallorcine : 54,7
Passy : 0
Les Houches : 4,8
Savoir-Faire
Produits locaux
3,5
0,1
Combloux : 0,8
Megève : 0,3
Plusieurs
0
TOTAL
100
100
100
100
Tableau 14 : Types d'images utilisées dans les plaquettes promotionnelles hivernales de Chamonix et des stations des Pays du Mont-Blanc (1999-2000)
Source : Ch. Lezin, 2000

 
Eté 1999
Chamonix
Autres stations des PMB
moyenne
maximum
minimum
Population "montagnarde"
0
4,6
Servoz : 19,2
Les Contamines : 13,3
Plusieurs
0
Population non Identifiée
16,2
34,9
Megève : 64,9
Les Contamines : 58,5
Cordon : 11,6
Combloux : 12,9
Total Population
16,2
38,5
Les Contamines : 71,8
Megève : 68,1
Cordon : 11,6
Combloux : 15,3
Paysage "naturel"
51,3
30,5
Passy : 65,5
Les Houches : 60,5
Megève : 0
Les Contamines : 6,1
Paysage "humain"
32,7
28,8
Praz sur Arly : 75,3
Vallorcine : 54,7
Passy : 0
Les Houches : 4,8
Savoir-Faire
Produits locaux
3,5
1,2
Cordon : 10,1
Sallanches : 1,7
Plusieurs
0
TOTAL
100
100
100
100
Tableau 15 : Types d'images utilisées dans les plaquettes promotionnelles estivales de Chamonix et des stations des Pays du Mont-Blanc (1999)
Source : Ch. Lezin, 2000

 

Synthèse

Les Chamoniards ne se montrent presque jamais hostiles au tourisme lui-même. Ils ont bien conscience des bénéfices pratiques qu'ils en retirent en matière d'emploi, de revenus et d'équipements. Les réserves formulées par une majorité portent sur l'ampleur du phénomène, sur les nuisances qu'il leur occasionne au quotidien, et sur la gestion d'ensemble de cette activité.

Les Chamoniards organisent leur évaluation du tourisme autour de pôles :

  • d'un côté les " pragmatiques " disent accepter le coût d'une activité qui les fait vivre. Ils sont très peu revendicatifs sur la mise en œuvre de réflexions et de solutions à ces dysfonctionnements, de peur d'atteindre la ressource elle-même
  • de l'autre, les " critiques " n'hésitent pas à pointer du doigt les problèmes dont ils aimeraient qu'ils soient sérieusement pris en compte et traités, au risque de nuire, mais de façon marginale, aux recettes touristiques.

La société chamoniarde est fragmentée selon des modalités mal perçues et, par voie de conséquence, très mal prises en compte par les " décideurs ". Il y a là une double menace : menace politique, les élus notamment risquant de construire leur projet indépendamment d'une situation complexe ; menace pour l'efficacité des projets collectifs (à l'image du projet-station) et des institutions communes (l'office du tourisme par exemple) qui ne semblent pas avoir pris la mesure de ce phénomène.

 

Résumé des recommandations

Diversifier l'économie chamoniarde en promouvant l'artisanat ou la petite industrie. L'enjeu consiste à rendre moins dépendante l'économie touristique de la seule ressource touristique et tendre à une diversification socio-professionnelle de la population active.

Se doter d'instruments d'observation et de suivi de l'évolution de la population chamoniarde (professions, lieux de résidence, etc.) et des entreprises (propriétaires et gestionnaires, évolution des entreprises elles-mêmes). L'enjeu consiste à améliorer la connaissance disponible à ce sujet et d'aider les élus à orienter leurs choix politiques.

Diffuser l'information relative au poids du tourisme dans l'économie chamoniarde et à ses effets sur l'équipement de la vallée. Il s'agit là de sensibiliser les résidents à une phénomène qu'ils connaissent bien pour le vivre au quotidien, mais qu'ils connaissent mal dans ses effets globaux.

Poursuivre l'effort de mise en rapport des représentations touristiques et locales. Cet effort peut porter sur la communication de l'office du tourisme, sur les manifestations culturelles et festivités populaires.

Ne pas négliger le turn over des commerces. Il est possible d'intervenir pour en limiter les effets (par la fiscalité communale par ex.). Il est également possible de l'accepter ; mais dans ce cas, il faut concentrer les efforts pour faciliter l'intégration sociale et culturelle de la population concernée.

Œuvrer à la multiplication des lieux d'échange et de participation conjointe des différents segments de la population chamoniarde. Les leçons du projet-station doivent être tirées.

 

7 : Les chiffres correspondent au pourcentage des images contenues dans les plaquettes qui peuvent être rangées dans une catégorie thématique donnée. La population " montagnarde " correspond à la mise en scène de personnes délibérément présentés comme appartenant à la population locale (costumes, métiers, etc.). Les images présentant d'autres personnages sont classés " population non identifiée ", partant du principe que des touristes et des habitants peuvent y figurer - Retour dans le texte

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