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Bilan
critique de 50 ans de tourisme Partie 1 : Evolution de la fréquentation touristique, de l'urbanisation et de l'aménagement |
- Présentation générale de l'étude
- Calendrier des travaux
- Partie I : Evolution de la fréquentation touristique, de l'urbanisation et de l'aménagement
- Partie II : La Gestion Touristique
- Partie III : Mondes chamoniards et mondes touristiques
- Références des travaux réalisés
Présentation et recommandations de lecture
L'étude commandée par la mairie de Chamonix au Laboratoire TEO ne portait pas sur une évaluation objective de la fréquentation touristique, ni même sur les processus d'urbanisation et d'aménagement sensu stricto. Comme il a déjà été dit, l'étude était centrée sur deux aspects proches de ceux-ci mais plus spécifiques : les représentations sociales de cette fréquentation et l'organisation de la gestion de l'activité touristique. Les aspects dont il sera question dans cette première partie n'ont donc pas fait l'objet d'un recueil d'informations fondamentalement originales ou nouvelles, ni d'une interprétation renouvelée. Toutefois, il nous a semblé utile de résumer en quelques pages les principales données et les principaux enjeux en matière de fréquentation, d'aménagement et d'urbanisation. En effet, une estimation de ces trois phénomènes sur les 50 dernières années était indispensable à la compréhension des deux parties suivantes. Par ailleurs, elle nous permettra de mettre en place quelques éléments d'interprétation qui prendront toute leur cohérence à l'issue de ce document.
Le regroupement dans cette première partie des analyses relatives à la fréquentation touristique, à l'urbanisation et à l'aménagement de la montagne à Chamonix s'explique par leur évolution conjointe et fortement corrélée. Depuis le milieu du XXe siècle, chacun de ces phénomènes est marqué par une tendance à la croissance et à la densification, et par des périodes de forte croissance et de ralentissement. Toutefois les phases observées ne sont pas toujours couplées d'un phénomène à l'autre. Cela justifie que la chronologie soit organisée de façon différente pour chacun.
Tendances de l'évolution de la fréquentation touristique
De 1950 aux années 1980
En 1950, Chamonix est sans aucun doute la principale station touristique de la montagne française. Pourtant, à cette date, elle sort d'une période difficile qui couvre les années de crise économique (années 1930) et de conflit mondial (années 1940-1945), et qui contraste avec la croissance et la prospérité des années 1910 et 1920. Et la reprise qui caractérise l'économie française dès les années 1947-48 tarde à se faire sentir à Chamonix en raison de la concurrence nouvelle qu'exercent des stations plus récentes (Val d'Isère, l'Alpe d'Huez notamment) et en raison d'un relatif déficit d'initiatives locales.
La fréquentation reprend au début des années 1960 à la faveur d'un renouveau de ces initiatives conjugué à l'amélioration de l'accessibilité de la station qui résulte de la création de l'axe du tunnel sous le mont Blanc. La croissance est alors spectaculaire. Les données disponibles pour cette période n'ont pas la précision de celles qui sont produites aujourd'hui. Mais la simple croissance de la fréquentation hôtelière au moment de l'ouverture du tunnel du Mont-Blanc est un signe révélateur : elle passe de 233 537 nuitées en 1965 à 261 906 en 1967 (CRHM).
A partir de la fin des années 1980, la croissance se ralentit de nouveau en raison du tassement général de la clientèle touristique des Alpes françaises, de la concurrence accrue exercée par d'autres stations (notamment celles de Tarentaise) et de la perte relative de compétitivité de Chamonix. Cette dernière s'explique par l'obsolescence de nombreuses installations (hôtels, meublés et remontées mécaniques) et par les difficultés rencontrées pour réorganiser l'appareil touristique pour le conformer aux attentes nouvelles de la clientèle.
Les principales caractéristiques de la fréquentation touristique chamoniarde sur l'ensemble de cette période sont :
- la fidélisation d'une clientèle attachée au site. Cette clientèle existe déjà avant guerre ; mais à la faveur de l'urbanisation de la vallée, cette clientèle devient massivement acquéreuse de résidences secondaires ;
- l'apparition d'une clientèle nouvelle, souvent de nationalité étrangère, volontiers volatile notamment en hiver, de plus en plus exigeante au cours des décennies en matière de qualité des prestations et d'organisation de la station. Avec le temps et l'expérience, les touristes d'hiver deviennent de plus en plus attentifs à des facteurs pour lesquels Chamonix se trouve pénalisée :
- le confort des installations : en effet, le parc d'hébergements marchands et de remontées mécaniques est plus ancien que celui de nombreuses autres stations ;
- la fonctionnalité de la station : en effet, les sites aménagés pour la pratique des sports d'hiver sont dispersés dans la vallée et mal reliés les uns aux autres ;
- l'apparition de visiteurs faisant de courts séjours dans la vallée ou même des visites à la journée (jusqu'à 18 000 par jour en août 1968). Ce phénomène est relativement récent ; il correspond à une évolution de l'organisation du temps des loisirs et à une nette amélioration de la desserte des vallées de montagne. Il est donc assez général qu'un peu partout dans les Alpes, la durée des séjours touristiques tend à diminuer rapidement. Il est particulièrement marqué à Chamonix en raison
- de sa notoriété : le passage par Chamonix est un " point de passage obligé " pour un touriste dans les Alpes, mais le séjour ne l'est pas nécessairement
- de son excellente accessibilité depuis l'ouverture du tunnel et l'amélioration de la route Blanche. La durée moyenne des séjours en hôtel passe de 3.9 à 3.1 jours entre 1964 et 1967.
La croissance de la fréquentation touristique de Chamonix sur la période 1960-1985 est donc portée par un mouvement qui contient ses propres limites : elle repose essentiellement sur la notoriété de la station et sur la possibilité accrue qui est donnée aux amateurs de s'y rendre. Mais elle génère des flux qui ont parfois de faibles retombées en matière de développement (les visiteurs à la journée) et des attentes que le site et ses infrastructures ont parfois du mal à satisfaire. Il semble bien que durant toute cette période, les décideurs chamoniards aient peu pris conscience des enjeux de la transformation de la quantité et de la qualité de cette fréquentation.
Les années 1990
Durant les dix dernières années (1990-1999), certaines tendances de la période antérieure se sont prolongées, voire accentuées :
- l'augmentation de la fréquentation reste forte (tableau 1) ; mais elle est moins constante. Les années 1994-1997, pour lesquelles on dispose d'estimations ayant eu recours à des méthodes identiques, sont marquées par un réel tassement :
Tableau 1 : Estimation du nombre de nuitées.
1992
1994 1997 1999 3 215 000 4 043 000 4 100 000 4 630 000
Source : Observatoire Touristique de Chamonix
- l'augmentation des nuitées enregistrées est essentiellement le fait des résidences secondaires. La fréquentation des hébergements marchands a tendance à stagner, voire à diminuer (Tableau 2).
Tableau 2 : Nuitées touristiques selon le type d'hébergement (1994-1999)
- Hébergements marchands Résidences secondaires 1994
2 200 000 1 615 000 1997
1 780 000 2 299 000 1999
1 800 000 2 830 000
Source : Observatoire Touristique de Chamonix
- la réduction des disparités mensuelles se poursuit. La part des mois d'été (juin, juillet, août et septembre) continue de décroître même si les effectifs progressent : elle passe de 52% en 1964, à 39% en 1995 et à 37% en 1999. Dans le même temps, la saison la plus creuse (octobre et novembre) passe de 1.5% en 1964 à 7.2% en 1995 et à 9.5% en 1999
Les professionnels et la municipalité se sont suffisamment inquiétés de certaines tendances (stagnation des années 1994-97 ; déclin de l'hébergement marchand) pour prendre un ensemble d'initiatives importantes :
- La création un observatoire du tourisme chamoniard (OTC) chargé de concevoir ou d'adapter des outils permettant de mieux suivre l'évolution de la fréquentation de la commune ;
Tableau 3 : Evolution de la saisonnalité touristique entre 1964 et 1999
- 1964 1995 1999 janvier
3,9 9,4 10 février
10,4 10,2 9,3 mars
8,3 11,6 11,3 avril
4,9 9,2 9,6 mai
2,7 6,7 6,6 juin
4,9 4,8 5,3 juillet
17,6 11,7 11,3 août
28,6 15,8 13,1 septembre
6 6,5 6,7 octobre
1,1 4 5,1 novembre
0,4 3,2 4,4 décembre
11,1 7 7,2
(chaque valeur représente la part du mois dans les nuitées enregistrées dans la station)
Sources : 1964 : statistiques des nuitées d'hôtels ; 1994 et 1999 : OTC
- La commande de plusieurs enquêtes auprès des touristes. Les deux plus importantes de cette période ont visé pour l'une à mieux cerner les images touristiques de Chamonix telles qu'elles sont perçues par les Français (enquête CIAT-Sup de Co, Montpellier, 1991-92) et pour l'autre à mieux connaître les motifs d'insatisfaction (enquête AGC consultants, sept 1996)
- Une réflexion sur la qualité de l'offre touristique. Dans la foulée des réflexions conduites au plan national à partir de la fin des années 1980, des entreprises chamoniardes (la STMB notamment), puis un grand nombre de professionnels encouragés dans leur démarche par l'office du tourisme et par la mairie (le Projet-Station, voir 2ème partie) ont initié des réflexions sur la qualité de l'offre chamoniarde et, parfois, organisé des formations à l'accueil.
- Une réflexion sur la nature et le contenu de la promotion touristique. Les aspects organisationnels de cette question seront abordés dans la deuxième partie de cette étude. Les questions d'image seront traités en troisième partie.
- Enfin, Chamonix a été une des premières stations touristiques françaises à tenter de rénover le système de perception de la taxe de séjour et d'affectation des fonds collectés. En adoptant la " carte d'hôte " (voir 2ème partie), elle s'est donné les moyens de combiner les avantages d'une meilleure connaissance de la fréquentation des hébergements marchands, d'une concertation entre les partenaires et d'une réflexion sur les efforts à conduire pour améliorer la qualité globale de la station.
Ces initiatives sont toutes intéressantes. Elles sont surtout révélatrices d'un nouvel état d'esprit : elles témoignent d'une indéniable évolution de la culture professionnelle des acteurs du tourisme chamoniard. Pour la première fois sans doute, les acteurs publics et privés du tourisme chamoniard ont pris conscience de l'importance des évolutions en cours, de l'intérêt de disposer d'instruments de mesure, de l'impact de l'évolution respective des diverses clientèles, et de la pertinence d'une action collective pour infléchir les tendances. Cet état de fait contraste fortement avec le credo qui a prévalu tout au long depuis les années 1900 : celui de la croissance de la fréquentation, sans grande attention à l'égard de sa structure et de son évolution qualitative.
Toutefois, ces initiatives ont aussi leurs limites :
- Les efforts consentis ne " payent " pas rapidement. Les images touristiques évoluent lentement et les dysfonctionnements ne se résorbent qu'à de nombreuses conditions.
- Certaines limites sont de nature institutionnelle, organisationnelle et politique. Elles concernent tout spécialement la carte d'hôte et le " projet-station " et seront traitées dans la deuxième partie de ce rapport.
- Les enquêtes conduites auprès de la clientèle touristique ont toujours été légères et limitées à des aspects assez superficiels de leurs motivations ou de leurs opinions. Il semble que la clientèle chamoniarde soit assez mal connue dans ses motivations profondes, dans ses pratiques effectives et dans son extrême diversité.
- L'OTC n'a sans doute pas les moyens de ses ambitions. Si la mise en place et le suivi d'un système de mesure de la fréquentation par hébergement, principale mission actuelle de l'OTC, a une évidente utilité et une certaine efficacité, il ne renseigne pas sur les clientèles présentes ni sur leurs pratiques effectives. Des " coups " comme celui de la journée d'août 1999 durant laquelle on a tenté de dénombrer les personnes situées en montagne ne suffisent pas à combler cette lacune de l'information. Ou alors il aurait fallu recourir à des méthodes nettement plus contraignantes que celles qui ont été utilisées. Une des limites de l'OTC tient également à l'échelle (communale) sur laquelle il porte ses observations. En effet, l'évolution des pratiques touristiques en général et de la mobilité en cours de séjour en particulier donnent à penser que le bassin de Sallanches et le SIVOM des pays du Mont-Blanc sont l'échelle et le niveau de compétence le plus approprié pour l'observation de certaines pratiques.
Résumé
La croissance de la fréquentation touristique de Chamonix est spectaculaire entre 1950 et 1999. Toutefois, elle connaît des rythmes très contrastés faisant alterner périodes de forte croissance et périodes de ralentissement, voire de stagnation. Par ailleurs, la durée des séjours diminue constamment et la proportion des excursionnistes augmente. Jusqu'à ces dernières années, les entreprises, les groupements professionnels et la commune ont donné le sentiment d'assister passivement à ces évolutions, les subissant parfois de mauvaise grâce. Mais depuis 1992, un ensemble d'initiatives témoignent d'un volontarisme nouveau dans les domaines complémentaires de la connaissance de la clientèle touristique et d'une meilleure coordination de l'offre touristique.
Tendances générales
La forte pression exercée par la demande touristique croissante a engendré une multiplication des constructions dans le fond de vallée. La comparaison du nombre d'hébergement à une quinzaine d'années d'intervalle (Tableau 4) montre que le rythme de croissance est très irrégulier ; il est particulièrement fort entre 1954 et 1971. Mais le nombre de lits créés par période de 15 ans reste compris entre 12 000 et 23 000, ce qui est considérable et qui équivaut à peu près à la capacité touristique de Davos ou Zermatt.
Tableau 4 : Estimation du nombre de lits touristiques à Chamonix
- Estimation du nombre de lits touristiques Croissance entre deux dénombrements 1954
10 000 + 23 000 (+ 230 %) 1971
33 000 1985
45 000 + 12 000 (+ 36 %) 1999
65 000 + 20 000 (+ 44 %)
Sources : 1954 : Guichonnet (1962) ; 1971 : G. Veyret, Centre de Recherches sur la Haute Montagne; 1985 : SEATM-DDE74 ; 1999 : POS rapport de présentation. Les données disponibles ont toutes été arrondies au millier supérieur.Rapportée à l'augmentation de la fréquentation touristique, cette croissance immobilière est d'autant plus forte que la proportion des résidences secondaires est élevée et celle des hôtels est faible (Tableau 5). En effet les résidences secondaires ont généralement le plus faible taux d'occupation des hébergements touristiques et les hôtels le meilleur. Les formes prises par l'urbanisation touristique à Chamonix ont sans doute été parmi les plus coûteuses en surface et en terrains. Le déclin des hôtels et la croissance des résidences secondaires ont été encouragés par la restructuration d'établissements abandonnés en copropriétés, phénomène qui s'est produit à plusieurs reprises dans les trente dernières années.
Les constructions nouvelles quant à elles ont été décidées sans grand souci de cohérence urbanistique et architecturale, du moins jusqu'à la fin des années 1970. L'existence d'une forte demande a encouragé les transactions, source de profits pour de nombreux propriétaires, et l'adoption d'une politique très libérale de la part des autorités locales soucieuses de croissance plutôt que de contrôle. Il en a résulté un paysage urbain très hétérogène et un décalage croissant entre les infrastructures routières et la densité résidentielle, source d'encombrements sur la voirie.
Tableau 5 : L'importance respective des hôtels et des résidences secondaires dans l'hébergement touristique (1971-1990)
- CRHM 1971 PPDT 1979-80 SEATM 1986 Commune 1990 Résidences secondaires
Env 9 000 (27.3%) nc 23 544 (54.6%) 32 255 (57 %) Hôtels
6 900 (20.9%) 4 596 (11.5%) nc 5 045 (8.9 %) Total
Env. 33 000 39 911 44 341 56 609 A partir du milieu des années 1970, le mode de croissance adopté commence à susciter des réactions hostiles de la part d'habitants, de résidents secondaires et de l'administration nationale, pour des raisons très différentes les unes des autres (voir les parties suivantes). Un premier tournant intervient en 1977 avec l'élection d'une nouvelle municipalité soucieuse de ralentir le rythme de la construction immobilière attentive à la grande cohérence architecturale de la station. Cette municipalité revoit à la baisse les objectifs du plan d'occupation des sols (POS). Un second tournant intervient en 1983-1984 avec l'adoption successive du nouveau POS qui réduit considérablement les possibilités de construction dans la vallée et d'un plan pluriannuel de développement touristique (PPDT) imposé par l'Etat. Ce second document engage la commune, en concertation avec les communes voisines, dans un ralentissement de la construction immobilière et de remontées mécaniques et dans une réflexion sur les déplacements.
Le bilan de quinze années de politique urbanistique (1984-1999)
Quinze ans plus tard, le bilan de cette réorientation de la politique d'urbanisme et d'aménagement fait ressortir les points suivants :
- La croissance immobilière s'est maintenue à un rythme élevé jusqu'en 1985 (tableau 6). Ce rythme est resté proche de celui du boom immobilier contemporain de l'ouverture du tunnel. Le ralentissement observé entre 1985 et 1996 a laissé la place à une nouvelle phase de croissance, certes moins élevée que dans les années 1970 mais sensible. Le ralentissement observé s'explique par une diminution importante du nombre et du volume des grosses opérations. Par contre, le rythme de progression de la construction individuelle s'est globalement maintenu.
Tableau 6 : Nombre de logements nouveaux construits en moyenne par an
- Nombre annuel moyen de logements construits dont logements dans bâtiments collectifs dont logements individuels 1964-1967
413 nc nc 1975-1984
339 296 43 1985-1996
132 100 32
Source : CRHM et Rapport de présentation du POS de 1999Cette situation s'explique par des facteurs divers parmi lesquels il convient de citer
- la réalisation de programmes lancés dans la période précédente, programmes qu'il était délicat ou coûteux d'arrêter (à Chamonix sud notamment) et qui ont seulement été différés et réorientés ;
- la propension bien légitime les propriétaires fonciers à continuer de valoriser leur bien ;
- le souci de défendre les intérêts de partenaires socio-économiques locaux : les entreprises du bâtiment en quête de chantiers, les sociétés de remontées mécaniques en quête de clients ;
- Une évolution du parc immobilier qui, malgré de notables efforts, ne va pas toujours dans le sens des recommandations faites par les spécialistes de cette question.
- Le nombre et la proportion des résidences secondaires a continué de croître de façon rapide (tableau 7). Or, bien qu'il semble progresser sensiblement depuis quelques années, le taux d'occupation de ce type de " lits touristiques " est plus faible que dans l'hébergement marchand. Et les retombées économiques (emplois, fiscalité, etc.) de ce type d'hébergement sont relativement faibles ;
- Le nombre de lits d'hôtels a stagné. Certes le parc hôtelier s'est beaucoup renouvelé à la faveur de nombreuses opérations de modernisation et de reclassement des établissements (tableau 8) et de nouvelles constructions notamment dans le haut de gamme. Mais le poids de ce type d'hébergement est assez faible, rapprochant la situation chamoniarde de celle de nombreuses autres stations françaises, l'éloignant un peu plus de la situation des stations suisses et autrichiennes. Or c'est le type d'hébergement touristique qui apporte la plus grand plus-value en terme d'emplois et de retombées indirectes.
Tableau 7 : L'importance respective des hôtels et des résidences secondaires dans l'hébergement touristique (1990-2000)
- 1990 1995 2000 Résidences secondaires
32 255(57%) 36 142(60.8%) 40 200 (62.3%) Résidences de tourisme
4 629(8.2%) 4 133(6.9%) 3 620(5.6%) Hôtels
5 045(8.9%) 4 755(8.0%) 4 656 (7.2%) Total des hébergements touristiques
56 609 59 471 64 510
Source : commune et OTC
Tableau 8 : Dénombrement des chambres d'hôtels par catégories
- PPDT 1979-80 OTC 2000 4*
173 310 3*
640 2517 2*
2675 1355 1*
1405 337 NH
205 137
Source : PPDT et OTC
- Les hébergements de substitution à une hôtellerie globalement désaffectée par les touristes français ne se sont pas développés dans les proportions constatées ailleurs dans les Alpes. C'est le cas des résidences de tourisme et des clubs de vacances dont l'importance reste marginale à Chamonix.
- Le réaménagement des infrastructures routières et des transports collectifs initié par le PPDT s'est assez largement concrétisé à la faveur de l'adoption en 1989 d'un plan de circulation et de stationnement. Les réalisations les plus remarquables sont la piétonnisation du centre-ville (rue Paccard), l'aménagement de parkings couverts ou de délestage, la création d'itinéraires piétonniers, la réalisation de la rocade ouest et la restructuration du réseau et du service des bus. La création de la carte d'hôte a eu des effets importants sur ce dernier service. Par contre, d'autres opérations restent en suspens : coordination des dessertes ferroviaires et routières, accès des domaines skiables depuis les gares SNCF, réaménagement de la place du Mont-Blanc.
Résumé et bilan
La politique urbanistique très libérale des années 1963 et 1977 a confronté Chamonix à un ensemble de problèmes délicats. La plupart sont par nature longs à résorber : il s'agit notamment des choix architecturaux discutables, de la structure des hébergements, de l'inadaptation du réseau de rues à la fréquentation de la station, de la relative dispersion des principaux équipements qui nuit à la cohérence urbanistique contemporaine de Chamonix. La résorption de ces difficultés se heurte à des difficultés bien connues : dispersion et souci d'indépendance des propriétaires, capacité limitée d'intervention foncière des communes, coûts des opérations de restructuration. Consciente de ces problèmes, la ville de Chamonix s'est dotée d'une véritable politique urbanistique depuis le milieu des années 1980. Elle a obtenu ou est sur le point d'obtenir des résultats sensibles dans le domaine de la circulation automobile (aménagements piétonniers, plan de circulation automobile, stationnements publics, réaménagement de la place du Mont-Blanc, etc.). Elle peut espérer y parvenir dans la restructuration urbaine du centre-ville (autour de l'hôtel Couttet et du Casino, dans le quartier du Lyret). Mais elle semble avoir beaucoup moins progressé sur le terrain de la restructuration des hébergements marchands, faute sans doute d'incitations suffisantes.
Le ralentissement de la construction envisagé dès la fin des années 1970 s'est avéré modeste. Là aussi, les explications sont nombreuses : le poids des sociétés de remontées mécaniques et des propriétaires fonciers est réel ; l'existence d'une forte demande de logements principaux ou secondaires aussi ; les moyens de pression des promoteurs privés soucieux de terminer des programmes lancés ou de compenser de coûteuses opérations de réhabilitation par l'augmentation de surfaces aménagées tout autant. Mais dans ce domaine, la municipalité semble relativement timorée, redoutant sans doute et à juste titre les coûts économiques, sociaux et donc politiques d'une attitude plus volontariste.
La municipalité et les services techniques de la mairie chargés de l'urbanisme et de la voirie, soumis à une charge de travail probablement excessive, semblent manquer du temps et des moyens nécessaires pour disposer d'une bonne information préalable à la prise de décision et à l'évaluation des décisions prises. Les innombrables données accumulées par ces services ne sont généralement pas traitées dans cette perspective, en raison du nombre et de l'urgence des questions pratiques à traiter. Il est remarquable de noter que les informations disponibles ne sont pas toujours communiquées d'un service à l'autre. Il est plus remarquable encore de noter qu'une réflexion sur l'acquisition et l'adaptation d'un système d'information géographique capable de stocker et de traiter cette information ne soit intervenue qu'en 1999 alors qu'un très grand nombre de communes françaises de taille comparable avaient déjà adopté cet outil.
Tendance de l'évolution de l'aménagement de la montagne
Les années 1950-1980 sont également marquées par la construction d'un remarquable ensemble de remontées mécaniques venues compléter l'équipement hérité des années 1905-1928 (essentiellement le chemin de fer du Montenvers, le premier téléphérique de l'Aiguille du Midi dit " des Glaciers " et celui du Brévent). Ces nouvelles remontées ouvrent de nouveaux domaines au tourisme estival et hivernal : Flégère, Lognan - Grands Montets, Aiguille du Midi - Pointe Helbronner, Balme-Charamillon, sans négliger les opérations de fond de vallée comme les équipements du Mont, des Planards et d'Argentière.
La multiplication de ces équipements témoigne des intérêts convergents de trois types d'acteurs :
- La municipalité qui voit là le moyen d'augmenter le nombre d'équipement touristique du site et d'attirer une clientèle de plus en plus nombreuse, notamment en hiver ;
- Les entrepreneurs et les sociétés qui peuvent investir un site de renommée mondiale que les seuls capitaux locaux ne semblent pas en mesure d'équiper (voir sur ce point, Debarbieux, 1991)
- La population active de la vallée qui voit s'ouvrir un nouveau marché de l'emploi touristique.
Cette situation bénéficie donc d'un relatif consensus local. Et elle a permis à Chamonix de se doter d'un des ensembles les plus importants de grands équipements de toutes les Alpes. Mais elle débouche sur une série de problèmes qui n'ont pas été anticipés ou insuffisamment prévenus. On peut en citer trois principaux :
- Plusieurs de ces équipements se sont avérés être d'une médiocre rentabilité. En effet les coûts de construction et d'entretien imposés par la topographie de la vallée ont durablement pesé sur les entreprises.
- Les municipalités se sont lancées dans une course à l'équipement essentiellement motivée par la crainte de la concurrence. Dans ce domaine comme dans celui de l'urbanisation, la recherche de la quantité a primé sur celle de la cohérence. Les différents secteurs de la vallée ont été équipés sans qu'aucun schéma d'ensemble ait été défini. Il en a résulté une dispersion des sites aménagés et d'innombrables problèmes d'accès et de connexion.
- Cette concentration d'installations et leur pénétration à l'intérieur de massifs jusqu'alors épargnés a suscité un sentiment de suréquipement chez ceux qui commencent alors à prôner une protection des sites de montagne prestigieux. L'histoire de ces équipements est donc aussi l'histoire de conflits récurrents qui opposent les tenants de conceptions très divergentes de la gestion de la montagne chamoniarde et du massif du mont Blanc en particulier.
A partir du milieu des années 1980, un tournant décisif intervient dans ce domaine. Après des décennies de conflits inaugurées par la construction du télécabine de la Vallée Blanche, un ensemble de décisions modifie la donne de façon déterminante :
- Le PPDT imposé par l'administration française impose l'adoption d'une politique de gestion globale des sites équipés et protégés ;
- Les derniers grands projets conflictuels sont adoptés (Pendant) ou abandonnés (Carlaveyron) conformément à l'arbitrage du ministère de l'Environnement ;
- Au début des années 1990, au moment de l'élaboration et de la mise en veilleuse du projet de parc international du mont Blanc, l'administration de l'Environnement veille à ce que tout équipement touristique supplémentaire en montagne soit assorti de mesures de protection dans des secteurs voisins : le développement du secteur Balme-Posettes a pour contrepartie la mise en réserve naturelle du Vallon de Bérard.
Une quinzaine d'années plus tard, la gestion des grands équipements touristiques de la montagne chamoniarde se caractérise par :
- Une augmentation de la capacité des remontées mécaniques obtenue par l'amélioration des équipements existants (débit accru, renouvellement des gares et des bâtiments d'accueil) plutôt que par extension des domaines (tableau 9).
Tableau 9 : Estimation du débit horaire des remontées mécaniques à Chamonix (1971-1997)
- Débit horaire des remontées mécaniques Taux de croissance Taux de croissance de l'immobilier de loisirs (rappel) 1971
16400 - - 1984
31330 + 91 % Inf. à + 36% 1997
50340 + 61 % Inf. à + 44%
Sources : 1971 - G. Veyret, Centre de Recherches sur la Haute Montagne ; 1985 et 1999 - Rapport de présentation du POS
- Une coordination des entreprises visant à proposer des produits se rapprochant des attentes des touristes. Récemment, cette coordination est allée dans le sens d'une fusion des entreprises (Flégère + Montenvers, STMB + Balme), puis d'une intégration des sociétés elles-mêmes avec institutionnalisation des relations établies avec la commune (voir plus loin).
- L'atténuation sensible des conflits portant sur la gestion de l'espace de haute montagne. Un relatif statu quo est intervenu dans le zonage de la montagne chamoniarde aujourd'hui presqu'intégralement partagée entre domaines skiables d'une part, réserves naturelles et sites classés d'autre part. Ce statu quo résulte aussi d'une meilleure prise en compte des facteurs environnementaux et paysagers dans les aménagements et la gestion des domaines skiables. Toutefois des améliorations sont encore possibles dans ce domaine. Le cas particuliers du téléphérique des Glaciers, révélateur d'une certaine velléité publique à vouloir conduire une véritable politique paysagère, mérite d'être cité en guise d'illustration :
- Il était prévu dans la concession autorisant la construction du téléphérique de l'Aiguille du Midi que les installations du téléphérique des Glaciers, abandonnées depuis les années 1940, soient démontées par le nouveau concessionnaire, la CTVB, devenu depuis la STMB. Celui-ci a temporisé durant des décennies, la mairie ne parvenant pas à obtenir gain de cause. Elle a même préféré renoncer à cette clause en échange de l'implication financière de la STMB dans l'équipement du secteur de Balme-Posettes. D'ailleurs, il n'est pas certain qu'il faille le regretter, ces installations ayant acquis un caractère patrimonial qui mériterait peut-être d'être mis en valeur (voir partie III).
Résumé et Bilan
Les enjeux de gestion de la haute montagne ont perdu de leur intensité depuis 5 ou 10 ans en raison d'un relatif statu quo et d'une nouvelle organisation structurelle des sociétés et institutions impliquées. Cette situation relativement favorable devrait permettre la mise en place d'outils de suivi, d'analyse et de prospective susceptibles de guider l'action collective, à l'image de ce qui se passe pour l'urbanisme aujourd'hui. Ceci passe par l'adoption de méthodologies et la mise en commun de données à la fois économiques, touristiques et environnementales relatives aux divers équipements et aux divers secteurs de la vallée concernés.
Durant les 50 dernières années, la collectivité chamoniarde a construit une relation à la ressource touristique qui est passée par trois phases successives. Chacune à sa manière a imprimé sa marque au paysage de la vallée, à la structure et au fonctionnement de l'activité touristique et dans les stratégies conduites par les principaux acteurs.
Les années 1950-1963 correspondent à une phase de lente reprise et de relance modérée de l'activité touristique. Chamonix connaît une croissance immobilière modeste. Les principales structures d'hébergement sont héritées de l'entre-deux-guerres et vieillissent. La municipalité et les principaux prestataires de services touristiques font preuve de peu d'initiative. Les projets les plus ambitieux conçus pendant ou immédiatement après la guerre ne débouchent que lentement sur des réalisations concrètes. Les réalisations les plus remarquables interviennent dans l'équipement de la montagne : téléphériques de l'Aiguille du Midi et de la Flégère.
Les années 1963-1977 correspondent à une phase de développement vigoureux. Celui-ci est stimulé dans un premier temps par le percement du tunnel sous le mont Blanc. Les effets de l'ouverture de cet équipements ne sont pas ceux attendus. Mais le renversement de tendance est bien réel. Son inauguration ouvre une phase de croissance, accompagnée par une politique d'équipement très volontariste. La stratégie de développement adoptée privilégie la croissance par la quantité : le nombre d'hébergements, de remontées mécaniques et d'équipements publics augmente considérablement, précédant et accompagnant la croissance de la fréquentation. Un nombre important d'équipements sont le fait d'investisseurs étrangers à la vallée qui recherchent un retour rapide sur investissements. La municipalité accompagne cette stratégie de croissance. Le site est exploité comme un gisement. Les politiques d'aménagement visent à conformer le site à l'idée que les élites locales se font d'un ensemble touristique compétitif. Les transformations introduites dans le bâti et sur les versants sont souvent brutales et rapides, au détriment du patrimoine immobilier et du paysage. Cette attitude suscite de nombreuses critiques qui, parce qu'elle proviennent essentiellement de résidents secondaires ou d'acteurs extérieurs à la vallée, aiguisent la susceptibilité des responsables locaux, soucieux de concevoir en toute indépendance le développement de la vallée.
Entre 1977 et 1986, l'exacerbation des tensions conduit à des conflits successifs qui entravent ce processus de croissance tout azimut. Des limites à l'équipement des versants et, dans une moindre mesure, du fond de vallée sont proposées ou imposées de l'extérieur. Toutefois, une contestation de ce modèle de croissance se fait jour au sein de la population chamoniarde. Elle s'exprime à la faveur de scrutins municipaux.
Depuis 1986, les conflits avec l'administration, les associations écologistes et les clubs alpins ont perdu en intensité, notamment à la faveur des lois de décentralisation qui confère davantage de compétences en matière d'urbanisme à la commune, et de l'infléchissement de l'attitude de l'Etat dans le sens d'une plus grande responsabilisation des élus et de la négociation. Par ailleurs, la progressive saturation du site et l'adoption de documents de planification foncière, urbaine et touristique (POS et PPDT) fixent les limites spatiales d'une croissance des équipements et de l'urbanisation. La commune prend en charge une politique d'aménagement qui vise moins la croissance des surfaces aménagées qu'une intensification modérée de l'existant. Cette évolution est rendue possible par un changement significatif des mentalités locales. Elle est encouragée par les inquiétudes nées de la stagnation de l'activité touristique. Le rapport à la ressource touristique, traditionnellement conçu sur le modèle du gisement, évolue sensiblement. Une véritable réflexion est conduite sur la nature de cette ressource et la nécessité d'en assurer la pérennité. En outre, une série d'événements dramatiques - inondations de l'Arve (1996), avalanche meurtrière de Montroc (1999), incendie sous le tunnel (1999) - font prendre conscience des menaces exercées par les produits de la croissance des décennies passées d'une part, et de la sensibilité de la fréquentation et de l'activité touristiques aux événements catastrophiques d'autre part. Ces divers facteurs concourent à la mise en place d'actions diverses visant à une meilleure connaissance des processus et à une mobilisation des acteurs locaux.
Toutefois, ces nouvelles conditions ne se traduisent pas toujours par des résultats spectaculaires. Les tendances longues, en matière d'urbanisation notamment, ne sont pas systématiquement infléchies en raison des nombreuses inerties existant dans ce domaine.
- Poursuite des efforts engagés depuis dix ou quinze ans visant à acquérir une bonne connaissance des processus guidant l'activité et l'aménagement touristiques et à capitaliser les connaissances acquises ;
- Convertir les expériences acquises et les connaissances produites en dispositifs de gestion durable des ressources et des risques.
- Adoption de mesures incitatives vigoureuses en matière de réhabilitation et de reconversion immobilière, notamment dans le but de faire évoluer la structure de l'hébergement touristique et d'ouvrir un marché pour le logement principal ;
- Renforcement des mesures destinées à dissuader la construction neuve et à la contenir dans les secteurs bâtis existants.
- Adoption d'une stratégie de ciblage de la fréquentation touristique afin d'être davantage maître de son évolution qualitative, moins victime des fluctuations du marché.
- Elargissement des compétences de l'intercommunalité en matière d'urbanisme en mettant en uvre certains principes esquissés au moment de la préparation du PPDT
- Réflexion exploratoire sur la pertinence d'une politique paysagère globale à l'échelle du territoire communal : identification des " points noirs ", charte architecturale complémentaire aux prescriptions du POS, incitations financières à des opérations de requalification paysagère.
- Poursuite des efforts entrepris dans le réaménagement de la circulation et dans l'amélioration des transports collectifs. Des résultats probants dans ce domaine doivent probablement passer par l'adoption de mesures plus restrictives à l'égard de la circulation et du stationnement des véhicules individuels.
- Mise en place et en commun d'outils capables d'enregistrer et de traiter les informations relatives à la propriété foncière, à l'environnement, aux aménagements réalisés, aux équipements touristiques. Les travaux exploratoires réalisés par Anne Guéridon et Julien Naveau dans le cadre de cette étude contiennent des propositions intéressantes dans ce domaine. A cette fin, il serait possible de solliciter l'Observatoire du Tourisme Chamoniard (OTC) et d'envisager une extension de ses compétences. Il serait souhaitable que le suivi quantitatif de la fréquentation touristique soit régulièrement complété par un suivi qualitatif qui aille au-delà de la simple évaluation de la satisfaction de la clientèle.
- Etudier la possible extension de compétences et des moyens de l'OTC en rapport avec les moyens et les politiques conduites par les autres communes du SIVOM des Pays du Mont-Blanc
Documents réalisés dans le cadre de cette étude et disponibles en mairie :
Julien NAVEAU, Bilan critique de la gestion des infrastructures de transport et des flux de circulation en fond de vallée, mémoire de DESS, Institut de Géographie Alpine, Université Joseph-Fourier, 1999 (texte + cdrom : disponibles au " service voirie ")
Anne GUERIDON, La mise en place d'un SIG à la mairie de Chamonix, mémoire de DESS, Institut de Géographie Alpine, Université Joseph-Fourier, 1999 (disponible au service " aménagement et montagne ")
Nicolas BRIFFAUD, Analyse de l'urbanisation à Chamonix (1949-1998), mémoire d'IUP Institut de Géographie Alpine, Université Joseph-Fourier, juin 2000 (texte + 2 cdrom ; disponible au service " aménagement et montagne ")