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Bilan critique de 50 ans de tourisme
à Chamonix
Pratiques sportives de montagne et développement durable

Introduction



Ce dossier de synthèse rend compte des travaux de diagnostic conduits de 1999 à 2001 sur le thème " pratiques sportives de montagne et développement durable ", dans le cadre du " bilan critique de 50 ans de tourisme à Chamonix ". Il reprend les axes développés lors de la restitution orale de mars 2002 devant les élus et techniciens communaux, et se réfère aux 2 rapports déjà remis à la commune de Chamonix :

  • " pratiques sportives et développement durable à Chamonix ", mai 2000 (étudiants IUP 2)
  • " évolution et gestion de la fréquentation sportive de la montagne à Chamonix ", juillet 2001 (Séverine Roy)

Dans un contexte marqué par de nombreuses études sur le tourisme à Chamonix et par la qualité de l'expertise locale (Office du tourisme, observatoire du tourisme, Sommets du tourisme...) la démarche retenue a pris la forme d'un travail exploratoire réalisé par des étudiants de l'Institut de Géographie Alpine de Grenoble1.

L'objectif de ce travail était d'aborder la question de la durabilité touristique à Chamonix à partir du cas emblématique des sports de montagne, sous un aspect global (économique, social, culturel et environnemental) et en privilégiant une approche interne du système touristique local.

La méthode de travail mise en oeuvre a essentiellement reposé sur des entretiens semi-directifs réalisés auprès d'opérateurs locaux du tourisme et de résidents de Chamonix : gardiens de refuges, guides, moniteurs, accompagnateurs, dirigeants associatifs, techniciens municipaux, hôteliers, transporteurs, responsables de remontées mécaniques, élus, résidents permanents et secondaires, naturalistes, gestionnaires d'espaces protégés, secouristes... Plus de 80 personnes ont ainsi été consultées2. Les matériaux issus d'une table ronde organisée en novembre 2001 à l'ENSA3 avec une quinzaine d'acteurs et d'observateurs des sports de montagne d'été ont aussi été exploités en complément. Des informations et analyses issus de recherches et d'observations générales sur les sports de montagne sont également synthétises afin de replacer le contexte chamoniard dans une perspective élargie.

 

Pistes d'analyse développées dans ce dossier

Les pistes d'analyse développées prennent acte du mouvement notable de diversification, d'hybridation et d'ouverture des cultures sportives de nature sur la période 1980-2000. L'inflation bien connue des pratiques " nouvelles " ou rénovées se conjugue en effet avec l'affirmation d'un système de valeurs sportives post-fordistes (ou analogiques selon A. Loret), pour mettre en avant le culte du plaisir et de l'émotion alors que les valeurs sportives fordistes des Trente glorieuses valorisaient la rigueur et la technicité.

Cette " révolution " culturelle se joue aussi du coté des univers et des milieux de référence : les caractères, les imaginaires, les langages et les pratiques de la mer, de la ville et de la montagne se mêlent, se complètent et se conjuguent désormais sur le mode de la symétrie et même parfois du syncrétisme : culture surf, turbulence et modernité urbaine, verticalité et vertige font bon ménage aussi bien en station et en montagne que dans les jeux et films vidéos.

Les évolutions et tendances observées à Chamonix s'inscrivent d'autant mieux dans ce mouvement que la station est un des " spots " où s'invente cette nouvelle relation à la montagne, même si les modèles de référence de l'alpinisme et du ski demeurent omniprésents. Il en résulte une certaine ambivalence (adaptation/résistance, changement/permanence) dont témoignent les représentations du profil et de la demande de la clientèle, et le positionnement pragmatique ou critique qui en résulte de la part des opérateurs des sports de nature à Chamonix.

Dans un contexte de permanence (et à certains égards de renforcement) de la polarisation touristique et sportive dont font l'objet Chamonix et le massif du Mont-blanc, il apparaît que la moyenne montagne, la vallée et la station sont les espaces privilégiés au sein desquels de nouvelles dynamiques d'usages récréatifs se font jour : parcours acrobatiques, parc vtt, sentiers, équipements sportifs plus conventionnels... Il en résulte un rééquilibrage notable des polarités touristico-sportives entre la haute montagne et la vallée au profit d'une nature plus proche, plus accessible, plus " civilisée ".

Comment aborder la question environnementale dans ce contexte de mouvement des cultures sportives et de dynamique des espaces récréatifs ? Si la nature sous toutes ses formes est plus que jamais le support physique et imaginaire de référence des pratiques sportives dans la vallée de Chamonix, elle est aussi un milieu dont la fragilité ne peut plus être minimisée, y compris pour des activités réputées " douces " comme par exemple la randonnée ou l'escalade. Face à la montée globale des sensibilités environnementales et à l'accentuation indéniable des pressions touristiques, la situation chamoniarde parait très représentative des situations observées dans les Alpes, avec toutefois des effets de massification et de diffusion accentués par la présence de nombreuses remontées mécaniques. Si la prise de conscience de la nécessité d'une " qualité environnementale " semble largement partagée par les acteurs et opérateurs du tourisme sportif à Chamonix, les témoignages recueillis soulignent toutefois les efforts conséquents de concertation et d'information restant à faire dans ce domaine.

Au delà de l'environnement, la notion de développement durable permet de poser la question de l'impact du tourisme sur l'identité locale et territoriale. A cet égard, les entretiens réalisés témoignent de la richesse et de la complexité de la situation vécue par les chamoniards, et là encore d'une forte attente de politique participative face aux problèmes qui caractérisent une grande station. La consultation de visiteurs de la vallée complète ce diagnostic en proposant une représentation des faiblesses de la qualité touristique locale autour de 3 points : surpopulation touristique, prix élevés, circulation automobile et aérienne. Du coté des professionnels, les débats récurrents qui animent la communauté des guides de haute montagne au sujet des conditions de fréquentation du Mont-blanc ou de la Vallée blanche illustrent à la fois l'ampleur des problèmes vécus au quotidien sur le terrain, et le besoin accru d'espaces de concertation et de régulation entre les opérateurs touristiques.

Il est admis qu'une politique de tourisme durable se doit d'intégrer un large éventail de paramètres environnementaux, sociaux, culturels et économiques concernant aussi bien la population locale que les visiteurs. Dans le cas des sports de montagne à Chamonix, ce postulat s'applique notamment aux questions de la sécurité, de la santé et des secours, qui deviennent de plus en plus des critères clés des choix résidentiels et touristiques. Mais il concerne également les conditions d'accès et de gestion des espaces récréatifs, l'observation des impacts environnementaux, l'éthique et la déontologie, la qualité de vie des résidents, la qualité de l'expérience vécue par les visiteurs, la valorisation de l'identité culturelle liée aux sports de montagne à Chamonix, la mise en place d'outils d'observation spécifiques des pratiques sportives et récréatives, sans oublier l'évaluation des politiques et actions conduites.

 
10 pistes d'intervention pour un développement maîtrisé et une qualité globale du tourisme sportif à Chamonix

1. Maintien de la liberté d'accès aux espaces de pratiques

2. Gestion maîtrisée (responsable, concertée, participative) des espaces de pratique, des flux de fréquentation et des relations entre pratiques récréatives : sports motorisés-non motorisés, vtt-randonnées, raquettes-ski de fond...

3. Observation et maîtrise des impacts environnementaux des pratiques touristiques et sportives (comme élément d'une qualité environnementale globale : air, eau, paysages, transports, urbanisme, architecture...) : notices et études d'impacts, gestion des flux...

4. Affirmation d'une éthique environnementale au sein de l'éthique sportive et de la déontologie professionnelle publique et privée

5. Gestion de la sécurité et des secours comme facteur de durabilité : diagnostics sécuritaires, coopération entre opérateurs de la sécurité, information et formation des usagers à la sécurité...

6. Prise en compte des besoins et de la qualité de vie des résidents (permanents et secondaires) dans le développement et la gestion du tourisme et des équipements et services récréatifs

7. Développement de la qualité de l'expérience vécue par les pratiquants des sports de montagne et par les consommateurs de produits de tourisme sportif

8. Valorisation du " capital culturel " (Jean Corneloup) de la destination Chamonix et des sports de montagne

9. Mise en place d'outils d'observation spécifiques des fréquentations de tourisme sportif

10. Évaluation permanente des politiques et actions conduites

Pour concrétiser et " nourrir " ces perspectives de maîtrise du succès du tourisme sportif à Chamonix, 7 pistes sont proposées afin de prolonger et de dépasser le caractère exploratoire de ce travail :

  1. Mettre en place une observation spécifique du tourisme sportif et des pratiques récréatives (été et hiver) au sein de l'observatoire local du tourisme
  2. Favoriser et formaliser les échanges et les coopérations entre les acteurs et opérateurs (publics et privés) du tourisme sportif (été et hiver) : bilans saisonniers, tendances et faits porteurs d'avenir, prévention des conflits et crises...
  3. Réaliser un diagnostic de sécurité et de secours global à l'échelle de la station (dispositifs, procédures, qualité...)
  4. Réaliser des enquêtes-qualité auprès des pratiquants de la haute montagne et des usagers des équipements et services de tourisme sportif
  5. Conduire un travail de diagnostic socio-historique et marketing sur le " capital culturel " de Chamonix
  6. Initier un travail collectif de réflexion et d'explicitation autour de l'éthique des sports de montagne et du tourisme sportif
  7. Élaborer un cahier des charges partenarial définissant de " bonnes pratiques " dans le développement, l'ingénierie et la gestion durable des espaces et équipements de tourisme sportif : refuges, remontées mécaniques, pistes, sentiers, sites d'escalade... notamment en référence à de nombreuses expériences étrangères

 

Notes

1 - Promotion IUP 2 1999-2000, Stage de maîtrise Séverine Roy 2001, DEA de Cécile Toggwiller 2001. Retour texte.

2 - Voir en annexe les grilles d'entretiens utilisées. Retour texte.

3 - Table ronde conçue et animée par Jean Corneloup en coopération avec Philippe Bourdeau. Retour texte.

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